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23 septembre 2005 5 23 /09 /septembre /2005 00:00

Interview avec le journaliste colombien Jorge Enrique Botero, directeur de l’information de TeleSur

Par Santiago Torrado

Source originale : Semana (hebdomadaire colombien)

Mercredi 22 juin 2005

Le 24 juillet prochain, jour de la naissance de Bolívar, la chaîne TeleSur commencera à émettre. Basée à Caracas, la chaîne –baptisée par certains " Al Bolívar ", en allusion à la chaîne arabe Al Jazeera– aura des correspondants à Buenos Aires, à Brasilia, à La Paz, à La Havane, à Mexico, à Montevideo, à New York et à Bogotá.

Le directeur de l’information sera le journaliste colombien Jorge Enrique Botero. Semana.com l’a contacté à Caracas, alors qu’il se préparait aux premières émissions d’essai.

Semana : TeleSur a été présentée comme l’antithèse des chaînes internationales comme CNN. Que remettez-vous en cause dans le traitement de l’information pratiqué par ces chaînes-là ?

Jorge Enrique Botero : Ce qui nous distinguera parmi les grands médias c’est que nous regarderons l’Amérique latine avec nos propres yeux. Ce que nous remettons en cause c’est que des médias internationaux ont un regard biaisé sur notre continent, rempli de préjugés et de lieux communs. La Colombie, par exemple, n’est évoquée que sur la thématique du narcotrafic ou à propos du conflit armé. Dans ces médias ce sont presque toujours les mêmes sources, les mêmes voix. Nous disons : Comment est-il possible que l’Amérique latine, si diverse et si riche, soit interprétée, lue et commentée par un noyau si réduit de sources ? C’est l’observation que nous faisons, et c’est de là que découle notre proposition d’être différents.

Semana : Comment pensez-vous établir cet éventail de thématiques propres ?

Jorge Enrique Botero : Nous sommes en train d’évaluer une liste de thèmes, ces derniers jours, avant de commencer à émettre. Nous allons travailler sur la question de l’ALCA [Zone de libre-échange des Amériques, ZLEA], mais également sur l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques). Nous comptons aborder le thème de la fameuse triple frontière, entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine. Là-bas ils ont créé une ambiance particulière, prétendant qu’Al Qaeda s’intéresserait à la région, alors que la vérité c’est qu’il s’agit de l’occupation d’une zone géographique qui dispose de richesses naturelles infinies, où sont par exemple concentrées les ressources en eau les plus importantes de l’Amérique latine.

Les bases nord-américaines et la présence militaires des Etats-Unis en Amérique latine seront observées de près. Un phénomène tellement inquiétant et qui provoque tant d’irritation dans la région passe généralement inaperçu –à l’exception de la base de Guantánamo de temps en temps– ; nous allons suivre cela comme une question de tous les jours et nous la traiterons de façon continue. Nous parlerons des tortures et de l’impunité à Guantánamo, bien entendu, et nous mobiliserons des moyens audiovisuels pour montrer cet enfer.

Nous avons un autre thème, c’est la dette éternelle, et non pas la dette extérieure. L’année 2005 et l’année 2006 seront des années d’élections sur le continent et nous suivrons tout cela. Nous suivrons également la guerre de l’eau dans l’Amazonie, la question des transgéniques, le thème de l’immigration latino-américaine aux Etats-Unis, leur vie là-bas, et tout une série de thèmes très variés liés aux mouvements sociaux et populaires qui existent en Amérique latine. Nous suivrons l’activité du MST (Mouvement des Sans Terre brésilien), la récupération des usines par les ouvriers argentins, la Révolution Bolivarienne au Venezuela. Ce n’est pas une programmation insensée que nous avons inventé, c’est une programmation basée sur la réalité existante, méconnue et occultée dans la plupart des cas par les grandes chaînes.

Semana : Quelles seront ces nouvelles voix qui pourront s’exprimer sur TeleSur ?

Jorge Enrique Botero : Ceux qui n’ont jamais parlé. Ceux qui sont des êtres anonymes depuis des décennies, des dirigeants syndicaux, des dirigeants populaires. Combien de fois avez-vous vu Evo Morales sur l’écran de télévision en Colombie ? Il y a des dizaines, des centaines d’Evos Morales en Amérique latine, des gens qui travaillent, qui réalisent des choses et qui n’ont pas accès aux médias ; et nous allons leur donner la parole de façon permanente.

Sur le plan politique il y a aussi des acteurs qui sont laissés dans l’oubli. Je suis un témoin direct du fait qu’i existe des tendances éditoriales qui réduisent au silence certaines personnes quand elles commencent à se faire remarquer. Et je vais vous parler du cas concret de la Colombie. Dernièrement c’est différent, parce que maintenant ils sont présents, mais pendant des mois les voix de Piedad Córdoba ou de Gustavo Petro ont été réduites au silence. Je sais qu’il existe des ordres stricts dans certains médias, et y compris sur certaines chaînes câblées, pour que Chávez ne soit ni vu ni entendu en Colombie. Avec nous il apparaîtra dans la mesure où une nouvelle pourrait se rapporter à lui. Ce n’est pas que allons devenir la chaîne de propagande de qui que ce soit, mais il est l’un des protagonistes de notre continent et il génère de l’information.

Semana : Donc, ceux qui pensent qu’il s’agira d’une chaîne de propagande sont dans l’erreur ?

Jorge Enrique Botero : Complètement dans l’erreur. Cette chaîne sera tout sauf une chaîne de propagande. Tout sauf le travail de façon tendancieuse, ennuyeuse et institutionnelle, pour donner des nouvelles et observer la réalité latino-américaine. Ce sera tout le contraire. La règle numéro un de cette chaîne c’est la pluralité.

Semana : Que diriez-vous à ceux qui ont cette crainte ?

Jorge Enrique Botero : Les personnes qui craignent que cela ne devienne la chaîne chaviste, comme on l’a dit, vont être très déçus et vont être surpris quand ils verront ce qui apparaîtra sur l’écran de TeleSur. Ce qu’il y aura c’est de la diversité, de la pluralité. L’orientation de notre manuel de style à propos de la couverture des sujets est très précise, et nos correspondants ont l’obligation de faire parvenir toutes les sources qui concerneraient un thème donné. Cela peut indiquer le caractère non propagandistique de cette chaîne.

Semana : Si nous considérons que les partenaires actionnaires ce sont les gouvernements de gauche sur le continent, le Venezuela, l’Argentine, l’Uruguay et Cuba, la vision de la chaîne sera nettement de gauche ?

Jorge Enrique Botero : D’un point de vue éditorial, je dirais qu’il s’agit surtout d’une chaîne indépendante qui joue le jeu de la pluralité, qui fait le pari d’un mouvement important qui se déroule actuellement sur le continent, c’est-à-dire l’intégration. Par chance ce processus d’intégration est activé par des gouvernements qui viennent de s’installer dans un état d’esprit anti-hégémonique, ouvrant ainsi des espaces à la question de la souveraineté face aux Etats-Unis et à la question de l’intégration. La chaîne ne saurait faire abstraction de cet élan qui parcourt le continent actuellement.

Semana : Pourquoi le Brésil est-il resté en dehors ?

Jorge Enrique Botero : En fait le Brésil n’est pas vraiment en dehors. Ils ne se sont pas associés formellement à l’entreprise La Nueva Televisión del Sur SA parce qu’ils ont donné la priorité à un projet sur lequel ils travaillaient depuis longtemps et qui s’appelle TV Brasil Internacional. Le Brésil ne fait pas parti des actionnaires mais le Brésil est une pièce fondamentale d’un point de vue opérationnel et logistique pour nous, parce que nous allons collaborer par le biais de dizaines d’accords. Nous en avons déjà souscrit cinq avec des télévisions régionales et avec la chaîne du sénat.

Semana : Chávez et Lula ont tenté d’établir une nouvelle géopolitique et ils ont parlé de la coopération sud-sud et de la modification de la géographie commerciale du monde. TeleSur partage cette vision ? Comment couvrirez-vous l’actualité internationale ?

Jorge Enrique Botero : Pour vous répondre de façon précise, nous allons signer un accord avec Al Jazeera pour un échange continu de l’information. Eux, pour la première fois, auront un correspondant au Venezuela, et nous allons accéder à l’information provenant du monde arabe à travers leur regard à eux. Nous sommes en pleine harmonie avec ce don vous parlez. Par exemple lors de la dernière visite du président Rodríguez Zapatero en Amérique latine, toute cette perspective nouvelle avec l’Espagne du PSOE, pour un autre type d’approche. Cette unipolarité du monde, tout le monde regardant vers le nord dans un mouvement de vénération qui tend à l’agenouillement, doit être brisée. Pour nous il y a une grande quantité d’horizons au-delà de ce qui se passe à Washington et c’est pour cela que la devise de la chaîne c’est " Notre nord c’est le sud ".

Semana : Nous pouvons considérer comme un fait acquis une position très critique de votre part à propos de la présence des Etats-Unis sur le continent.

Jorge Enrique Botero : C’est un fait. Nous ne pouvons pas continuer de nous borner aux statistiques. Comment se fait-il qu’en un an le nombre de conseillers militaires, et de personnels de sécurité sous contrat, en Colombie, ait été multiplié par deux, et cela ne reste qu’un simple chiffre ? Quelles sont les implications de tout cela ? Nous avons un thème assez avancé concernant l’activité d’une bonne partie de ce personnel nord-américain en Colombie, ce qui a été relativement bien illustré avec les épisodes récents qui ont montré l’implication de ces personnes dans le narcotrafic et dans le trafic d’armes. Nous regarderons de façon assez détaillée tout le déploiement et tous les agissements des Etats-Unis sur notre continent.

Semana : Quel est l’origine des journalistes qui géreront le contenu de la chaîne ?

Jorge Enrique Botero : Cette chaîne est une vieille idée de journalistes. Nous avons réuni un groupe de professionnels très expérimentés, qui travaillent dans ce domaine depuis plusieurs années. Le directeur général Ahram Aharonian est Uruguayen. Il y a le ministre de la communication vénézuélien Andrés Izarra qui était parmi les fondateurs de CNN En Español. La journaliste argentine Ana Descalón a travaillé pendant plusieurs années dans l’audiovisuel pour la BBC. Le Brésilien Beto Almeida est présentateur de journaux et d’émissions sur la télévision brésilienne depuis plusieurs années, et il a porté beaucoup d’attention aux médias communautaires et au mouvement social brésilien. Ils ont tous beaucoup d’expérience dans le média audiovisuel.

Semana : Quelles formes prendront les contenus de vos émissions ?

Jorge Enrique Botero : Nous aurons une heure d’information le midi et une autre le soir. Nous ouvrons avec une nouvelle, mais ensuite il y aura deux ou trois commentaires qui expliqueront au téléspectateur ce qui se passe. A l’heure actuelle je suis sûr que le public latino-américain sait ce qui s’est produit en Equateur, mais il n’a pas su quelles forces ont agi à ce moment-là, quelles sont les implications et les conséquences de ces événements pour le reste de la région, quel est le rôle réel des Etats-Unis, quel est le comportement du nouveau gouvernement. J’aspire à ce que cette avalanche informative quotidienne sur notre continent puisse être placée dans un contexte, dans un panorama.

45% du contenu c’est de l’information, le reste c’est des documentaires et du cinéma. Ces 45% ne sont pas que des nouvelles, il a des interviews, des gens débattant sur tout le continent, des chroniques et des reportages. Nous allons récupérer pour la télévision tous ces genres qui ont disparu.

Semana : Que pouvons-nous attendre de votre couverture de la Colombie ?

Jorge Enrique Botero : En termes éditoriaux, la priorité de TeleSur concernant la Colombie sera une couverture dans l’optique de la recherche de la paix. C’est le plus pertinent. Cela nous oblige à effectuer une couverture très minutieuse du pays avec toutes les sources, avec tous les acteurs qui participent du conflit, en mettant l’accent sur les thèmes qui conduisent à une solution politique du conflit, laquelle existe sans le moindre doute. Nous aurons également des émissions sur l’énorme richesse culturelle et entrepreneuriale de notre pays. Nous avons déjà un correspondant, William Parra, qui travaillera avec nous à partir du 15 juillet 2005. Le public peut s’attendre à une couverture très plurielle, très diverse, mais nous mettrons surtout l’accent sur tout qui peut conduire à une solution politique.

Semana : Comment cela se passera-t-il pour la distribution ?

Jorge Enrique Botero : Nous sommes une chaîne satellitaire. L’accès se fera principalement par le câble. En ce qui concerne la Colombie nous aurons accès à Tele Pacífico et à Canal Capital par le biais d’accords souscrits il y a quelques jours dans le département du Valle de Cauca avec Angelino Garzón et à Bogotá avec Lucho Garzón. Ces deux chaînes utiliseront les espaces d’information de TeleSur, et en plus ils reprendront les programmes de TeleSur pendant toutes les heures sur lesquelles ils n’ont pas d’émission actuellement. Peu à peu nous couvrirons tout le territoire colombien, mais en plus nous serons accessibles par des dizaines de distributeurs de câbles, des réseaux de chaînes communautaires et paraboliques. Il y aura une clameur pour demander TeleSur à très brève échéance pour une raison très simple, c’est que TeleSur sera une chaîne pleine de scoops.

Semana : Quelle sera votre relation avec le marché ?

Jorge Enrique Botero : Nous avons un capital initial très important provenant des gouvernements concernés, nous sommes en train de construire ce que nous appelons une " bicyclette financière " qui nous permettra, dans un premier temps à travers les entreprises publiques des pays membres ou les entreprises commerciales ou industrielles de l’Etat, de garantir des revenus pour le futur. Nous avons actuellement engagé un débat pour savoir si nous devons accepter des parrainages, des mécénats, ou d’autres types de soutiens, de la part des entreprises commerciales, débat qui n’est pas encore achevé.

Propos recueillis par Santiago Torrado

Source originale : http://semana2.terra.com.co/opencms/opencms/Semana/articulo.html?id=86997

Traduction : Numancia M. Poggi

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Published by Par Santiago Torrado - dans Revue de Presse
29 juin 2005 3 29 /06 /juin /2005 00:00

La bataille de Fort Lauderdale


mercredi 29 juin 2005

 
 
Par Eleazar Díaz Rangel, Radio Nacional de Venezuela

Vous devez me croire si je vous dis que je ne comprends pas comment les Etats-Unis commettent tant d’erreurs d’appréciation sur la situation latino-américaine, que je ne sais pas qui sont les analystes et les assesseurs du président Bush qui le conduisent à se tromper à ce point, que j’ignore le degré de responsabilité de Condoleezza Rice, et que je ne m’explique pas non plus comment ils font pour ne pas voir qu’ils subissent défaite sur défaite.

Avant d’entrer en cette Assemblée de l’OEA [tenue à Fort Lauderdale, Floride, Etats-Unis], rappelons les échecs de leur politique interaméricaine.

En juin 2003 malgré les pressions de Colin Powell au Chili, pour la première fois depuis la création de la Commission Interaméricaine des Droits Humains en 1949, l’OEA à écarté le candidat des Etats-Unis, préférant choisir un Vénézuélien et un Brésilien. Rude coup.

En septembre 2004, Maisto et Noriega se sont déplacés comme des poids plume pour empêcher l’approbation du rapport de l’OEA qui avalisait les résultats du referendum [au Venezuela, remporté par Chávez]. Ils n’ont pu que retarder le vote de 24 heures et, résignés, ils ont fini par accepter la proposition originale. Nouveau revers.

En Equateur en janvier 2005, lors de la conférence des ministres de la défense, les propositions nord-américaines pour préparer des forces pour intervenir en Colombie ont été vaincues.

Récemment ils ont lancé un Salvadorien comme candidat pour la présidence de l’OEA. Ils ont dû y renoncer, pour apporter leur soutien à un Mexicain. Ils sont parvenus à une égalité, à 5 reprises, 17 à 17. Mais lors de la reprise de la session deux pays sont passés du côté du Venezuela, et pour ne pas rester une fois de plus isolés, ils ont fait retirer le Mexicain et ils ont votés pour le Chilien. Ils ont ainsi évité une défaite retentissante.

Quelqu’un doit bien être responsable de tant d’échecs. Rice ? Roger Noriega ? Il est logique, lorsque se produisent de façon continue des faits de ce genre, que les causes soient analysées, que des changements s’opèrent, que des stratégies se redéfinissent, etc. Bien qu’ils ne parviennent pas à sortir de leur crise, j’imagine que Joe Torre se sera réuni à plusieurs reprises avec son équipe de direction pour voir ce qui leur arrive, aux Yankees.

Face à une telle série d’échecs, c’est ce que font les entrepreneurs, les politiciens, tout le monde. On peut se demander si à la Maison Blanche ils n’ont pas cette saine habitude.

Ce qui est arrivé à Fort Lauderdale c’est une défaite multiple. Sans la moindre consultation, ni même avec leurs bons amis des autres pays, ils ont élaboré un projet de Déclaration de Floride qui, ignorant la Charte de l’OEA, créait un mécanisme comportant des « contributions de la société civile » (Qui les introduirait en contrebande ?), afin de réaliser un suivi de la démocratie dans nos pays. Tous les gouvernements l’ont vu comme une tentative d’ingérence dans leurs affaires, et ils l’ont logiquement rejeté.

Personne ne leur garantissait que ce mécanisme ne serait utilisé que contre le Venezuela, ainsi qu’il était prévu. La Déclaration qui a été approuvée, dont la rédaction a été impulsée par [le Chancelier vénézuélien Alí] Rodríguez Araque, était totalement différente. Les Etats-Unis ont dû apporter leur vote.

Le Venezuela a présenté le projet sur le terrorisme, auquel il ne manquait que les noms et prénoms : les Etats-Unis et l’affaire Posada Carriles. Ce texte exhorte à refuser l’asile à tout terroriste qui serait recherché par un autre pays.

Il a été approuvé, mais on ne sait pas si les Etats-Unis y ont apporté leur voix. Lorsque la question à été posée à l’ambassadeur Jorge Valero dans l’émission d’Ernesto Villegas, il était impossible de dissiper les doutes. Le triomphe de la diplomatie vénézuélienne a été tellement éclatant que six autres projets ont été approuvés. Mais le pays n’en connaît pas encore le contenu.

Vous n’attendrez pas qu’ils soient rendus publics par les agences ou par CNN.

Que la politique des Etats-Unis vis-à-vis de l’Amérique latine subisse tant de défaites est une affaire qui les regarde. Je ne sais s’ils sont parvenus au moment d’opérer des révisions, s’ils se rendront compte du processus de changement qui se produit en Amérique latine, s’ils verront que l’OEA n’est plus leur « ministère des colonies », que cette fermeté et cette combativité des mineurs et du peuple bolivien n’a pas été stimulée par Caracas, même s’ils en reçoivent la solidarité.

Le chancelier panaméen a émis ce commentaire dans un couloir : « Les yankees ne savent pas comment les choses ont changé, maintenant ils doivent négocier ».

Et rien ne pouvait être plus tranchant que la prise de position du Parti Démocrate [des Etats-Unis], qui a sévèrement critiqué la politique interaméricaine des Etats-Unis, et particulièrement au sein de l’OEA.

Ce qui est surprenant c’est qu’il existe au Venezuela des secteurs et des individus de l’opposition qui se joignent à cette ligne de la défaite, qui étaient tout le temps aux côtés de Noriega et de Maisto, et dont l’antichavisme viscéral les empêche de percevoir les changements qui sont en train de se produire ; c’est l’Amérique latine qui est le vainqueur de cette assemblée de l’OEA, mais ils se placent en opposition à toute la région et se trouvent à la droite du Parti Démocrate. C’est incroyable.

Nouveautés

A me retour je trouve ces faits :

[Le militant de l’opposition radicale] Julio Borges surprend tout le monde et annonce sa candidature à la présidence. C’est une décision audacieuse de Primero Justicia, qui a laissé bouche-bée toute l’opposition. Il a pris ses distances et il a montré le chemin constitutionnel pour s’opposer à Chávez. Cela me semble une décision avisée.

Je ne parviens pas à comprendre ce qui s’est réellement passé lors des absences du président Chávez, pour la marche du 28 mai, pour l’émission Aló Presidente, et sa disparition temporaire. On dit que l’absence d’information opportune et fiable génère la confusion et alimente les rumeurs.

Aujourd’hui, après sa rencontre avec Bush, ce serait une grave erreur pour Corina Machado de se porter candidate à l’élection présidentielle. Autant à la Maison Blanche, qui semble la soutenir, qu’au sein de Súmate, ils doivent connaître l’expérience de la candidature soutenue par les Etats-Unis contre Perón. Si elle avait été défaite quand les Etats-Unis étaient au sommet de leur puissance, tout juste vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, on peut imaginer ce qui se produirait aujourd’hui.

Ceux qui mettent en doute l’échantillon de 1% du registre électoral, parce qu’il serait peu fiable, devraient savoir qu’une enquête parmi 1500 personnes est un échantillon suffisant aux Etats-Unis, ou en France, pour connaître les opinions de dizaines de millions de personnes. Et j’imagine qu’ils savent leur niveau de véracité.

Le [parti de Chávez, Mouvement Ve République] MVR a écouté les 10 gouverneurs et les secrétaires généraux de tous les partis du chavisme (à l’exception du Parti communiste du Venezuela), et a demandé la constitution d’une commission équilibrée et pondérée pour étudier les dénonciations à l’encontre de Manuitt. Il ne s’agit pas d’éviter l’investigation, qui doit être menée en profondeur, mais d’empêcher que des questions personnelles et politiques ne soient déterminantes.

C’est un raz de marée ce qui se passe à l’Université Bolvarienne et à la Mission Sucre. Une conspiration, réelle ou supposée, aurait commencé durant la période d’Egilda Castellanos, avec des effets négatifs. Mais on ne trouve pas facilement quelqu’un qui ose parler.

Washington semble avoir oublié la « course aux armements » du Venezuela après la sortie du rapport annuel 2004 du prestigieux Institut de Recherche de Stockholm pour la Paix (SIPRI). Les Etats-Unis sont les premiers exportateurs d’armes : 38 des 100 entreprises qui vendent des armes sont de ce pays, et elles contrôlent 63,2% du marché.

En Amérique latine durant la période 2000-2004 voici les pays qui se trouvent devant le Venezuela : le Brésil avec 888 millions de dollars ; le Mexique avec 610 millions ; la Colombie 515 ; le Chili 504 ; et l’Argentine avec 345. Le Venezuela arrive enfin avec 250 millions.

Qu’en pensez-vous ?

Source : Radio Nacional de Venezuela : http://www.rnv.gov.ve/noticias/index.php?act=ST&f=15&t=18828

Traduction : Numancia Martínez Poggi

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Revue de Presse
15 mai 2005 7 15 /05 /mai /2005 00:00

Face au Venezuela, Washington sort le drapeau blanc

par A. Guillermo García Danglades - Rebelion.


Rebelion.org, 10 mai 2005


«  La politique impérialiste des Etats-Unis, et leur prétention d’isoler le Venezuela, a été complètement mise en déroute ».
Président Hugo Chávez, La Havane, le 29 avril 2005


A la suite de l’attaque impitoyable subie par le Venezuela de la part de la caste anticastriste au Département d’Etat qui dicte la politique des Etats-Unis vis-à-vis de l’Amérique latine, le gouvernement Bush a finalement sorti le drapeau blanc, admettant ainsi son échec fracassant dans sa tentative d’isoler le gouvernement Chávez sur le continent américain.

La bataille médiatique contre le Venezuela a commencé aussitôt après le referendum révocatoire du 15 août et les élections locales du 31 octobre 2004, lorsque l’opposition a échoué dans sa tentative de chasser le Président Chávez par la voie électorale malgré les énormes ressources logistiques et financières offertes par Washington. L’extinction de la Coordinadora Democrática, la perte d’espaces politiques et la disparition des politicards du puntofijisme des écrans de télévision, tout cela a contraint le gouvernement Bush à prendre une posture plus agressive à l’encontre du Venezuela, assumant le discours de l’opposition ainsi que sa volonté de chasser Chávez du pouvoir.

L’affaire Granda et la brouille dans les relations Colombie - Venezuela, provoquée par le gouvernement Bush qui prétendait lier le gouvernement vénézuélien aux guérillas colombiennes, se sont également conclues par un échec pour Washington. Après avoir prétendu que le Venezuela offrait un « sanctuaire » à des groupes « terroristes », le gouvernement Bush a voulu présenter l’achat par le Venezuela d’équipements militaires à l’Espagne et au Brésil comme une source d’approvisionnement pour les FARC ; tout simplement parce qu’à la différence du régime puntofijiste pro-yankee de Quatrième République, le Venezuela cette fois réalisait un achat militaire de façon souveraine et sans passer par le filtre du Pentagone. Les Etats-Unis ont également exercé des pressions par différentes voies sur les pays d’Amérique latine pour qu’ils durcissent leurs positions contre le Venezuela e t pour qu’ils les accompagnent dans leur croisade interventionniste. Avec le plus grand culot, le sous-secrétaire d’Etat chargé de l’Hémisphère occidental, Roger Noriega, demandait devant le comité des relations internationales du Congrès des Etats-Unis, le 9 mars 2005, « de soutenir les éléments démocratiques au Venezuela », ce qui signifiait davantage de financements pour les activités déstabilisatrices de l’opposition putschiste vénézuélienne, ainsi que de « faire comprendre aux voisins du Venezuela les implications pour la région des souhaits émis par Chávez d’étendre sa révolution bolivarienne... ». Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, ont réalisé chacun une tournée dans différents pays de l’Amérique latine dans le but de promouvoir leur plan néoimpérialiste dans la région et dans le but de faire a dmettre que le Venezuela est « un pays problématique » qui doit être isolé de la communauté interaméricaine. Cependant, ces deux tournées ont été deux échecs. A part quelques déclarations isolées provenant de vassaux de droite, le gouvernement Bush n’a pas obtenu le soutien espéré de la part des « pays alliés » pour la militarisation du continent et encore moins pour affaiblir le processus bolivarien au Venezuela.

Au Brésil, le Parti des Travailleurs (PT) a réagi aux accusations infondées de Rumsfeld en assumant une position digne et solidaire envers le Venezuela, en défense des processus de transformation progressiste dans la région, et a assuré que « l’Amérique latine n’est pas une extension des Etats-Unis ». Le secrétaire aux relations internationales du PT, Paulo Ferreira, a également considéré que la « réprimande » de Rumsfeld envers le Venezuela était sans valeur, étant donné que l’Amérique latine n’est plus en orbite autour des Etats-Unis, ce qui fait que les dites accusations ne font que révéler « une mentalité qui malheureusement est encore présente dans la diplomatie des Etats-Unis, qui considèrent l’Amérique latine comme une extension de son territoire » (RNV, 25 mars 2005). Selon Ferreira, en Amérique latine « nous vivons un cycle nouveau avec des gouverneme nts nouveaux, lesquels ont des projets d’intégration régionale et d’autodétermination » (El Universal, 25 mars 2005). Le président Lula lui-même a déclaré quelques jours plus tard, lors du sommet dans l’Etat de Guayana avec les présidents vénézuélien, colombien, espagnol et brésilien, qu’au Brésil « [nous] n’acceptons pas les diffamations contre les compañeros... le Venezuela a le droit d’être un pays souverain » (La Voz, 30 mars 2005)... A la même occasion, le président [du gouvernement espagnol] Rodríguez Zapatero a manifesté un désaccord en raison de l’intromission des Etats-Unis dans la question des relations bilatérales entre le Venezuela et l’Espagne. Il a exigé respect après avoir signé un accord pour la fourniture de 8 vedettes patrouilles et de 12 avions de transport pour la lutte contre le terrorisme, la narcotrafic et le crime organisé, non sans avoir auparavant rappelé que le président colombie n lui-même « avait accepté l’opération, alors que son pays serait le premier à devoir craindre une menace militaire vénézuélienne » (Aporrea, 31 mars 2005).

Pour la tournée de Rice, la situation n’a pas été très différente. Lors d’une conférence de presse conjointe, le chancelier brésilien, Celso Amorin, a exigé « le respect de la souveraineté vénézuélienne » (La Jornada, 27 avril 2005). Y compris, à Bogotá, après avoir continué ses attaques contre le Venezuela en affirmant que l’achat d’armes et les activités du gouvernement « peuvent être déstabilisatrices » dans la région (Panorama, 28 avril 2005), la ministre colombienne des relations extérieurs, Carolina Barco, a considéré que l’achat d’armes constitue une « décision souveraine » du Venezuela (La Jornada, 28 avril 2005), prenant ainsi ses distances avec les déclarations du ministre de la dé fense, Jorge Uribe, qui pour faire plaisir à son invitée avait fait état de la même « préoccupation ».

L’arrogance interventionniste de Rice est allé jusqu’à prétendre faire passer l’idée que « la tâche de notre temps » selon le credo néoimpérialiste du gouvernement Bush, serait que « nous qui vivons du côté de la liberté nous avons l’obligation d’aider ceux qui se trouvent du mauvais côté ».

Une fois au Chili, l’échec de la politique de harcèlement contre le Venezuela, orientée par la caste anticastriste de Washington représentée par Roger Noriega et son conseiller privé Otto Reich, est apparu avec évidence : le gouvernement Bush ne trouvait pas d’allié dans le monde pour affronter le gouvernement de Chávez (The New York Times, 26 avril 2005). Le président chilien Ricardo Lagos a déclaré qu’au Venezuela « il y a président légitimement élu et une opposition qui doit être à la hauteur de ses défis pour pouvoir jouer de façon adéquate le rôle d’une opposition », il est donc fondamental que les Etats-Unis « baisse d’un ton dans leur rhétorique » (Panorama, 27 avril 2005).

Une autre frustration pour Rice, elle a réalisé qu’il lui était impossible de manipuler l’OEA à sa guise pour faire appliquer la Charte Démocratique contre le président Chávez, en effet le nouveau candidat des Etats-Unis pour le poste de secrétaire général de l’OEA, le Mexicain Luis Ernesto Derbez, risquait d’être battu par le Chilien José Miguel Insulza [Derbez a retiré sa candidature, Insulza a donc en effet été élu. NdT]. Cependant on peut accorder à Rice le crédit d’avoir su habilement, à la différence de ses collègues anticastristes, réorganiser sa politique vis-à-vis du Venezuela et négocier sa défaite à l’OEA afin d’éviter une humiliation publique, qui n’aurait fait qu’exacerber les élans bellicistes de Washington au moment où le gouvernement Bush doit encore régler la question de sa sortie du marais irakien et faire face au défi nucléaire de la Corée du Nord.

Après d’intenses négociations avec le Mexique et le Chili, Rice a contraint Derbez à se retirer au bénéfice d’Insulza en échange d’une déclaration de ce dernier qui exprimerait ses « préoccupations » à propos du Venezuela. Le « consensus » ainsi obtenu à l’OEA autour de la candidature d’Insulza a permis aux Etats-Unis de dissiper la défaite aux yeux de l’opinion publique et de garder quelque influence sur le nouveau secrétaire général. C’est ce qu’a montré Roger Noriega quand il a déclaré que l’élection d’Insulza était une victoire des Etats-Unis, puisque la présentation d’un candidat unique n’a été possible que grâce au « leadership » du gouvernement Bush, lequel a en effet « jouer un rôle fondamental pour que Derbez retire sa candidature » (El Universal, 3 mai 2005).

Malgré l’anticastrisme exacerbé qui au dernier moment souhaitait battre à tout prix « l’axe Venezuela-Cuba » (El Universal, 29 avril 2005), Rice a négocié le virage de la politique des Etats-Unis vis-à-vis du Venezuela, dissipant ses « préoccupations », et centrant son discours sur les « démocraties fragiles » de l’Equateur et de la Bolivie, et sur « ce qui se passe » à Cuba (La Nación, 29 avril 2005), même si son attention devra bientôt se porter sur le Pérou, où une commission du Congrès vient d’accuser le président Alejandro Toledo « d’association de malfaiteurs et d’actes contre la confiance publique dans l’affaire des falsifications massives de signatures » (Panorama, 4 mai 2005), ou sur le Mexique, où un peuple indigné a rempli les rues pour protester contre les honteuses manœuvres de l’oligarchie mexicaine pour éviter que le maire de gauche de la ville de Mexico, Andrés Manuel López Obrador, ne se présente à l’élection présidentielle de l’an prochain.

Conformément aux déclarations du président Lula, prédisant la probable normalisation des relations entre le Venezuela et les Etats-Unis, Rice a également omis le gouvernement vénézuélien dans son discours d’ouverture de la 35 ème Conférence des Amériques, parlant plutôt de l’élection d’Insulza à l’OEA, de sa récente tournée en Amérique latine, des processus démocratique dans la région et du « défi de la croissance économique avec équité ». De son côté Rumsfeld a également fait tout son possible pour éviter de se prononcer sur le Venezuela et il n’a pu que déclarer son refus que ce soit les Etats-Unis qui « fassent quelque chose » pour contenir l’avancée du processus bolivarien. Cependant, celui qui a sorti le drapeau blanc pour signaler tacitement la défaite dans la bataille médiatique de Washington contre le Venezuela, c’est l’anticastriste Roger Noriega, qui a admis q ue « dorénavant [les Etats-Unis] vont changer la stratégie de confrontation permanente avec Caracas et donneront la priorité aux relations positives qui existent avec les autres pays d’Amérique latine, et chercheront à « maintenir un dialogue sérieux et constructif avec le gouvernement du Venezuela » (El Universal, 4 mai 2005).

La bataille médiatique contre le Venezuela a été remportée par la société civile, militaire et politique vénézuélienne qui a répondu avec dignité et courage à la furie néoimpérialiste des anticastristes et néoconservateurs nord-américains. Le comportement ferme du président Chávez mérite d’être relevé, honorant la mémoire de nos Libertadores il a fait face à la puissante agression de l’empire à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela, coordonnant avec habileté sa politique pétrolière et économique avec une politique extérieure basée sur le respect de la souveraineté et sur la promotion de l’intégration régionale, le multilatéralisme partagé par les gouvernements progressistes d’Europe et d’Amérique latine. Il a maintenu l’engagement du gouvernement en défense de la démocratie, des droits humains et la lutte contre le bureaucratisme, la corruption, la pauvreté et l’exclusion sociale, ce qui lu i a permis de créer une solide base politique interne et une forte solidarité à l’échelle internationale. Le gouvernement vénézuélien a raison d’accueillir positivement la nouvelle politique extérieure des Etats-Unis et de réitérer son « souhait d’établir des relations constructives de respect et de coopération avec les Etats-Unis ». Cependant, la « guerre » n’est pas finie. Les Etats-Unis financent encore fortement l’opposition extrémiste qui a organisé le coup d’Etat du 11 avril 2002 et le sabotage pétrolier. De plus, l’expérience montre que, en raison des grands intérêts de Washington dans la région, ce pas en arrière face au Venezuela pourrait bien signifier qu’il y aura bientôt deux pas en avant, en de ce point de vue le gouvernement et le peuple du Venezuela devront rester vigilants pour répondre correctement et opportunément à toute tentative de déstabilisation ou d’agression.

Antonio Guillermo García Danglades

-  Source : www.rebelion.org  (http://www.rebelion.org/noticia.php?id=14864)

-  Traduction : Numancia M. Poggi

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Published by Antonio Guillermo García Danglades - dans Revue de Presse
4 février 2005 5 04 /02 /février /2005 00:00

Source : EncontrARTE

Farruco :

« Les grandes bases nécessaires au développement culturel devront être constituées »

 

vendredi 4 février 2005

 

Farruco : « Je me dois à mes idées, à mes sentiments et à mes engagements profonds »

Francisco Sesto Novás, « Farruco » comme on l’appelle affectueusement, est actuellement Ministre d’Etat à la Culture et Président du Conseil National de la Culture (CONAC).

Vénézuélien né à Vigo, en Espagne, en 1945, cette dernière décennie il a occupé différents postes dans l’administration publique. En avril 2003 il a été désigné Vice-ministre de la Culture au Ministère de l’Education, de la Culture et des Sports, Président du Conseil National de la Culture (CONAC) et membre de la Commission Présidentielle pour l’Alphabétisation (Mission Robinson). En juin 2004, lors du processus de réorganisation et de restructuration du Secteur Culture a été créé par décret présidentiel le poste de Ministre d’Etat à la Culture et Farruco a été maintenu à ce poste par le Président Chávez, donnant ainsi continuité aux projets qu’il avait lancés quand il était Vice-ministre.

Architecte dans l’âme, et par profession, il a reçu plusieurs prix pour ses œuvres, aussi bien au Venezuela qu’à l’étranger ; il a été pendant 25 ans professeur titulaire, maintenant retraité, de la Chaire de Projet de l’Ecole d’Architecture de l’Université Centrale du Venezuela (UCV).

Pendant ses moments de liberté, qui maintenant ne sont plus très fréquents, il aime écrire et peindre. Il a écrit des poèmes et des essais : « Isolda », anthologie poétique ; « Una Pasión », nouvelle courte primée en Espagne en 1990 ; « Libro de la luna interior », anthologie poétique de 1995 ; « Desnudo el tuyo tan hermoso y para nosotros necesario », dessins et poèmes, de 1997 ; « Estudio de la mirada, la presencia, la belleza, la necesidad, el deseo, la desolación et la resurrección », anthologie poétique de 2002 ; « Porque soy chavista », essai ; et « Fatigas y fulgores », anthologie poétique de 2003.

EncontrARTE : Ministre, sur la plan de la culture, qu’est-ce qui a été fait et qu’est-ce qui n’a pas été fait par rapport aux plans que vous aviez pour l’année 2004 ?

Farruco Sesto : Je pense que le principal a été réalisé, c’était de réorienter la gestion publique de la culture. 2004 a été une année clé. Auparavant il semblait que la culture était à l’écart du Processus, aujourd’hui la perception est différente.

La culture occupe une place importante dans le panorama des changements. Elle contribue aux changements de mille façons. Cependant concrètement beaucoup d’objectifs n’ont pas été atteints. Nous sommes encore lents dans l’administration ; nous avons des problèmes dans le suivi des programmes, bien que nous soyons en train de corriger ces défauts.

Si je devais m’auto-évaluer et évaluer l’équipe qui m’accompagne, je dirais que nous avons obtenu 16 sur 20. C’est bien, mais perfectible. C’est ce que je crois.

EncontrARTE : Aussi bien pour le CONAC que pour le Ministère, quelles sont vos lignes stratégiques pour l’année 2005 ?

Farruco Sesto : Les projets spéciaux, qui sont les grands chantiers de la gestion culturelle, nous les avons intégrés dans les dix objectifs généraux de la Nouvelle Etape qui ont été exposés par le président Chávez. De plus, nous souhaitons toujours aller vers la déconcentration, vers la massification et vers la démocratisation de la gestion culturelle dans le Processus. Bien, si je devais synthétiser tout notre effort de l’année 2005 je te donnerais les lignes stratégiques suivantes :

Refondation intégrale des institutions culturelles publiques, pour les harmoniser avec les objectifs de la Révolution Bolivarienne. Révision et actualisation de tout le dispositif législatif et de toutes les normes concernant la culture, afin de disposer des instruments juridiques nécessaires aux grands changements. Création du réseau de 20 000 activateurs culturels au sein du peuple, présents dans toutes les communautés du territoire national : Misión Cultura. Création par l’Etat des plate-formes nécessaires pour le soutien au niveau national des diverses manifestations culturelles, en mettant l’accent sur la production et à la diffusion massive du livre, de la musique, du cinéma et des médias audiovisuels, plus le Registre des Traditions populaires. Universalisation des événements culturels, facilitant le rapprochement de la majorité du peuple vers toutes les expressions et formes de création et de pensée, et favorisant le dialogue interculturel entre les différentes régions du Venezuela et entre celles-ci et le reste du monde. Contribution décisive à l’élévation de la conscience et aiguisement des valeurs fondamentales, nécessaires pour faire avancer le projet de vie collective contenu dans la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela.

EncontrARTE : Nous observons un important travail d’investigation et de diffusion de l’activité créatrice des différentes cultures présentes au Venezuela, mais il y a également un autre processus non institutionnel, il s’agit du souhait des gens de participer à la vie culturelle du pays et de s’exprimer de différentes façons. Comment faire pour contribuer, sans leur donner de limite et sans tracer de voie, à ces manifestations dans le cadre des structures bureaucratiques des institutions existantes ?

Farruco Sesto : Si cela n’est pas obtenu, je veux dire si tout le peuple n’est pas intégré, et pas seulement une partie du peuple, mais tout l’ensemble de la société vénézuélienne, à cette effervescence permanente du travail culturel, rien de tout ce que nous faisons ne serait très utile. Si l’existence d’une bureaucratie culturelle sert à quelque chose, là est son utilité. Si les institutions de la culture sont nécessaires, elles le sont pour que tout le peuple se manifeste et s’exprime. En conséquence, tout ce que nous faisons tend vers cela. Les formules que nous pouvons avoir ce sont celles que nous mettons en pratique.

EncontrARTE : A qui est destiné le Programme de Financement Culturel ?

Farruco Sesto : C’est une longue histoire que je résumerai de la façon suivante. Il y a quelques années, les députés et les sénateurs de l’ancien Congrès s’étaient inquiétés parce que dans les différents Etats du pays, les budgets publics pour la culture étaient très faibles. En conséquence beaucoup d’institutions publiques et privées dans la vie culturelle avaient de grandes difficultés économiques. Mais les congressistes, au lieu de lutter pour que les budgets des Etats et des municipalités soient plus généreux pour la culture, ont trouvé plus facile d’établir à partir du Congrès un budget pour ces institutions de tout le pays.

Tout cela s’est développé ainsi jusqu’à ce que nous parvenions à la situation de l’an passé. Presque 2000 institutions non gouvernementales, la majorité de dimension régionale ou locale, ont reçu un financement du gouvernement national qui s’élevait à 47 milliards de bolivars [20 millions d’euros]. Tout cela représente un héritage. Il est logique de corriger tout ce programme de financement, qui ne fait que répondre à des vides structurels au niveau des Etats [provinciaux] et au niveau local. Savais-tu, par exemple, que les orchestres symphoniques des Etats sont des associations civiles ? Ces associations devraient à mon avis être des entités publiques dépendant du gouvernorat de chaque Etat [provincial]. Comme ce n’est pas le cas, le gouvernement national les inclut dans le plan de financement. Et cela se produit avec beaucoup d’institutions privées comme les Ateneos ou les Ecoles d’art. A mon avis, le gouvernement national ne devrait financer que des programmes et des institutions de dimension nationale. C’est ce qui conviendrait.

EncontrARTE : Quels projets culturels et quelles personnes doivent participer aux Journées de Planification ?

Farruco Sesto : Quoi qu’il en soit, le financement ne doit pas servir à faire vivre tel ou tel groupe, mais il doit servir pour faire arriver la culture aux communautés. De ce point de vue, les groupes devraient mettre leurs projets en harmonie avec l’orientation publique concernant la culture.

EncontrARTE : Comment peut-on comparer le Programme de Financement de cette année avec celui de l’année 2004 ?

Farruco Sesto : Nous avons peu à peu perfectionné le système pour qu’il soit de moins en moins mauvais. En essayant d’éviter les perversions induites par sa nature équivoque. Nous l’avons pas mal démocratisé. Maintenant, par exemple, tout ce qui concerne des projets, ce qui correspond à peu près à la moitié du total du financement, nous en discutons autour des tables de travail dans chacun des Etats du Venezuela.

Le CONAC ne décide pas des assignations. Elles sont décidées autour des tables participatives. Cela, au moins, représente une avancée. Nous avons donné beaucoup de fluidité au fonctionnement. Je dois te dire que cette année nous avons battu un record. Le 22 décembre 2004 nous avions déjà payé 41 des 47 milliards de bolivars de subventions au secteur privé. Et ce qui n’a pas été payé est dû au retard de certains groupes dans la présentation des comptes. Une telle efficacité n’avait jamais existé auparavant. Cette année nous l’améliorerons certainement encore. Mais, dans le fond, comme tu peux voir, ni moi ni l’équipe du CONAC ne sommes très heureux avec le système que nous avons reçu en héritage.

Ce n’est pas que nous souhaitions que les institutions et les groupes privés cessent de recevoir le financement, non, il ne s’agit pas de ça. Il s’agit pour l’institution culturelle, dans les différents niveaux de gouvernement, d’assumer chacune de ses responsabilités, de sorte que, dans notre cas en tant que gouvernement national nous nous occupions des politiques et des programmes nationaux. Mais cela ne s’obtient pas par décret. C’est quelque chose qu’il faut construire par des accords, des discussions et beaucoup de patience. Mais il ne s’agit pas de laisser les groupes sans financement.

EncontrARTE : Nous avons perçu en différents milieux de Caracas et de l’intérieur du pays, la satisfaction de groupes culturels et de médias alternatifs pour le soutien qu’ils reçoivent du CONAC à la différence d’autres organismes de l’Etat. Existe-t-il des différences avec d’autres ministères ou d’autres institutions ?

Farruco Sesto : Nous travaillons sans problème avec les groupes et les institutions privées qui entrent dans le plan. Evidemment nous travaillons également parfaitement bien avec les différents ministères et les organismes de l’Etat. Je ne connais pas ces différences dont tu parles.

EncontrARTE : Ministre, bien que nous sachions que chacun a toujours des objectifs très élevés presque inatteignables, vous sentez vous satisfait de la voie empruntée et par la direction qui est prise ?

Farruco Sesto : Je crois que nous sommes sur un très bon chemin. Les idées se sont clarifiées. Nous savons ce que nous devons faire. Maintenant il s’agit de le réaliser. Notre horizon naturel c’est l’année 2006. A ce moment-là les grandes bases nécessaires au développement culturel devront être constituées. Si nous parvenons à cela je serai satisfait à ce moment-là. Pour le moment, nous ne pouvons nous glorifier de rien.

EncontrARTE : Si le gouvernement et le peuple sont satisfaits de votre travail il serait juste de donner une continuité à votre vision de la culture et de la politique culturelle mise en œuvre. Si ça dépendait de vous, Farruco serait à la culture pour plusieurs années ?

Farruco Sesto : La vérité c’est que je suis avec le peuple et avec la révolution où on a besoin de moi, où on pense que je peux faire le meilleur travail. Le dernier mot reviendra toujours au président Chávez, le grand stratège de tout cela. Le président a son jeu d’échec et il mène la partie. Je me tiens simplement à disposition. Parfois, bien entendu, je regrette quelques activités personnelles qui ont été laissées de côté. Mais on n’est pas maître de soi si on s’immerge vraiment dans ces processus de libération. Je me dois à mes idées et, pourquoi ne pas le dire, à mes sentiments et à mes engagements profonds.

EncontrARTE : Vous êtes architecte, et on observe que le CONAC ou le ministère dont vous avez la charge ne prévoient ni événements ni activités pour diffuser la production de l’architecture nationale, et ne prévoient pas non plus de faire la promotion de la bonne architecture. Pour quelles raisons ?

Farruco Sesto : C’est une carence à laquelle nous avons réfléchi. Il est très difficile de donner une présence à l’architecture dans l’institution culturelle que nous avons aujourd’hui. Les changements auxquels nous aspirons, je suis convaincu qu’ils donneront toute sa place à l’architecture.

EncontrARTE : Architecte, nous connaissons votre passion pour l’architecture et nous supposons que les exigences de vos activités comme fonctionnaire vous empêchent l’exercice de la profession. Cela vous donne de la nostalgie ?

Farruco Sesto : Qui n’est pas habité par la nostalgie dans son âme, par les chemins qui sont restés dans le passé et même pour les chemins qui n’ont pas été empruntés ? Bien sûr que j’ai des sentiments de nostalgie. Nous ne serions pas humains sans notre bonne dose de regrets. Tu n’as jamais entendu le président parler de se retirer sur le bord d’un fleuve là-bas dans le Llano ? Mais ce ne sont pas des nostalgies qui nous paralysent. Elles donnent plutôt la vie. J’aime dessiner, projeter. Maintenant je fais d’autres types de projets, peut-être plus importants.

De toute façon, il est presque impossible de se détacher de ce que nous sommes, et même si on ne travaille pas comme architecte, on garde certainement des idéaux et une vision du fait architectonique et du fait urbain.

EncontrARTE : Considérez-vous que le Processus révolutionnaire soit sur la bonne voie en ce qui concerne la promotion d’une ville nouvelle et d’une architecture de grande qualité ?

Farruco Sesto : On a un peu avancé. Je crois qu’il y a davantage de compréhension du phénomène urbain, beaucoup plus que durant la 4 ème République. Je crois qu’on comprend mieux que la ville est un projet de vie collective. Mais, en vérité, les faits ne sont pas encore probants. Nous sommes en retard sur ce point. Il faut accélérer certains processus.

Adresse de l’article en espagnol : http://encontrarte.aporrea.org/hablando/12/

Traduction : Numancia Poggi

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Published by EncontrARTE - dans Revue de Presse
18 janvier 2005 2 18 /01 /janvier /2005 00:00

Est-ce que Washington pourra tolérer une alliance pétrolière entre le Venezuela et la Chine ?

Le 18 janvier 2005

Par Seth R. DeLong - COHA 

 

 

  

Le Venezuela émerge rapidement comme un acteur majeur sur l’échiquier énergétique mondial en raison de la demande très forte de la Chine et de l’instabilité croissante des ressources pétrolières au Moyen-orient et en Afrique. En raison de son opposition aux Etats-Unis qui veulent imposer des politiques économiques néolibérales, le président Hugo Chávez a renouvelé ses propositions pour un bloc pétrolier régional en Amérique du sud. Une OPEP latino-américaine exaspérerait forcément le gouvernement Bush parce qu’elle se placerait en opposition aux plans hémisphériques de Washington. Le gouvernement Bush doit être inquiet en raison de la récente visite de Chávez en Chine, laquelle a donné lieu à des accords avec Pékin qui vont attirer des nouveaux investissements dans le secteur énergétique.

Chávez veut réduire la dépendance presque totale du Venezuela vis-à-vis du marché pétrolier américain, et cela pourrait précipiter une vaste redistribution des cartes, la Chine pourrait alors plus facilement satisfaire ses besoins énergétiques croissants avec le pétrole d’Amérique latine. Cependant, Washington n’a pas renoncé à « l’Option Schlesinger-Kissinger ». Dans l’éventualité d’un embargo de facto du pétrole vénézuélien à l’encontre des Etats-Unis, la Maison Blanche serait avisée de réaliser qu’à long terme, un accord entre la Chine et un bloc pétrolier latino-américain serait équivalent à un embargo anti-Etats-Unis.


La question pétrolière entre le Venezuela et les Etats-Unis atteint un point d’ébullition

Le différend Etats-Unis–Venezuela est parvenu à un point dramatique. Bien que le Venezuela soit depuis longtemps l’un des quatre principaux fournisseurs des Etats-Unis en pétrole brut, les relations entre les deux pays sont de plus en plus tendues depuis le coup d’Etat manqué contre le président populiste Hugo Chávez en avril 2002, coup d’Etat tacitement soutenu par Bush. L’attitude du gouvernement Bush vis-à-vis de Caracas est conforme à un schéma familier pour tout étudiant des relations Etats-Unis/Amérique latine : le soutien à des coups ouverts ou secrets contre les régimes de gauche démocratiquement élus provoque une réaction de soutien populaire pour le gouvernement qui fait face aux « gringos impérialistes ». Cela conduit alors Washington à soutenir encore plus agressivement l’opposition conservatrice, ce qui génère une vague de réaction populaire encore plus forte.

La grande différence entre le soutien des Etats-Unis à l’opposition vénézuélienne –principalement par le biais de la National Endowment for Democracy (NED, agence pour le renforcement de la démocratie) et la US Agency for International Aid (USAID)– et son soutien d’autrefois aux dictatures de Somoza, Batista, Duvalier et Pinochet, c’est que le gouvernement de Washington peut difficilement se permettre de s’affronter au gouvernement populiste dont il reçoit entre 11% et 15% de ses importations de pétrole. Cette situation fait que Washington ne peut tout simplement pas risquer une crise pétrolière pour faire plaisir aux nostalgiques de la Guerre froide, comme le Secrétaire d’Etat Assistant Roger Noriega et le Sous-secrétaire d’Etat John Bolton. Mais malgré le soutien tacite du gouvernement de Bush au coup d’Etat de 2002 et les fonds substantiels que la NED a envoyés pour soutenir le referendum révocatoire d’août 2004, Chávez ne montre toujours pas le moindre signe de vouloir interrompre les exportations pétrolières vers les Etats-Unis. Il a demandé, par contre, à Washington de « ne même pas songer à essayer quelque chose d’équivalent au Venezuela », se référant à ce qu’il affirme être un coup d’Etat orchestré par Washington contre le président haïtien Jean-Bertrand Aristide en février 2004. Si les Etats-Unis suivaient cette voie, Chávez a fait remarquer que le Venezuela « a suffisamment d’alliés sur le continent pour commencer une guerre de cent ans », et que « les citoyens américains devraient alors renoncer à l’idée de recevoir du pétrole vénézuélien ».

Avec le dragon

En décembre 2004, le président Chávez a rencontré son homologue chinois Hu Jintao, à Pékin, pour discuter d’un nouvel accord bilatéral concernant le marché énergétique vénézuélien. Chávez est intéressé par cet accord parce que, selon ses mots, « c’est ce dont le monde a besoin pour en finir avec l’unilatéralisme ». En conséquence, Caracas soutiendra Pékin en augmentant les réserves stratégiques en contrepartie des investissements chinois dans le secteur agricole vénézuélien et du développement de quinze champs pétroliers actuellement hors d’activité. La rencontre avait été précédée par le renouvellement des appels de Chávez à la création de PetroSur, une version latino-américaine de l’OPEP. Dans une interview à l’agence de presse IPS, le commentateur politique Alberto Garrido, de l’Université des Andes [au Venezuela], a émis le raisonnement suivant : « Chávez essaie de donner une dimension régionale, latino-américaine, à sa Révolution Bolivarienne, conformément à ce qui était préconisé dans les documents de son mouvement qui remontent à son arrivée au pouvoir ».

Cette nouvelle donne ne peut pas être limitée à la rhétorique nationaliste des chavistes ou bien aux fréquentes protestations de Chávez à l’encontre de Washington. Chávez perçoit probablement un bloc pétrolier latino-américain conduit par Caracas comme un rempart protecteur face à toute éventuelle intervention des Etats-Unis contre lui et dans le même temps comme un moyen de gagner l’assise internationale qui avait fait la force de l’OPEP. Garrido ajoutait que le Venezuela « non seulement achète des armes russes pour se libérer de la dépendance militaire vis-à-vis de Washington, mais le gouvernement essaie également de tenir les Vénézuéliens prêts en cas de confrontation, ainsi les récents appels de Chávez à préparer la réserve ».

La politique du risque calculé de Chávez

Ce ne sont pas là de bonnes nouvelles pour les stratèges de Washington qui ont de plus en plus de mal à trouver, ou à conserver, des ressources pétrolières stables. Avec les attaques d’Al Qaeda en Arabie Saoudite, les sabotages continuels des Insurgés en Irak et en Colombie contre les pipelines, avec l’instabilité sociale au Nigeria, les stratèges de la politique pétrolière aux Etats-Unis ne peuvent qu’être désespérés dans leur recherche d’exportateurs de pétrole. Avec les plus grandes réserves de pétrole prouvées (77,8 milliards de barils), les accords bilatéraux avec la Chine, un temps de transport avantageux de six jours vers les ports américains –comparés aux cinq semaines nécessaires pour le pétrole qui vient du Moyen-Orient– Chávez contraint Washington à observer avec soin ce qui se passe vers le sud. Que l’insaisissable leader vénézuélien fasse un téméraire pari dans sa relation avec Washington qui pourrait mener à sa perte, ou bien qu’il soit en train de manœuvrer subtilement pour les meilleurs intérêts de son pays, c’est une question dont nous connaîtrons peut-être à court terme, et de façon explosive, la réponse.

 

 

Evocation de la Doctrine Monroe

En 2003 la Chine a dépassé le Japon en devenant le deuxième consommateur de pétrole dans le monde. Etant donné que vers 2025 la Chine importera selon les prospectives 9,4 millions de barils par jour, la US Energy Information Agency (Agence américaine d’information sur l’énergie) prévoit qu’en 2030 la Chine importera autant de pétrole que les Etats-Unis aujourd’hui (11,8 millions de barils par jour). La Chine doublera sa consommation pétrolière dans la prochaine décennie, elle recherche donc des fournisseurs, lesquels ont traditionnellement fourni le plus gros de leur pétrole brut aux Etats-Unis. Bien que Pékin n’ait pas d’autre choix que de tout faire pour satisfaire ses énormes besoins en pétrole, pour les Etats-Unis le problème c’est que tout accroissement de la dépendance de la Chine vis-à-vis de Caracas affecte fatalement l’une de ses rares sources de brut à peu près stables. Ironiquement, Washington doit tout faire pour séduire Caracas ou bien frapper le Venezuela de façon décisive.

 

 

Les récentes initiatives de la Chine vis-à-vis du Venezuela se produisent alors que Pékin a indiqué avoir les mêmes intentions pour le marché pétrolier canadien qui est aujourd’hui dominé par les Etats-Unis. En d’autres termes, non seulement la Chine pointe son nez dans notre ‘‘arrière-cour’’, mais également dans notre cour de devant. Le New York Times a indiqué le 23 décembre 2004 que, selon Murray Smith, un ex-dirigeant pétrolier d’Alberta, « l’arrivée de la Chine peut modifier notre dynamique. Notre relation principale sera toujours avec les Etats-Unis, mais cela nous donnera davantage de marchés et plus de compétition pour une précieuse ressource ».  Comment Washington percevra les initiatives de Pékin vers les principaux fournisseurs pétroliers des Etats-Unis ?  Le même article du New York Times cite le National Post de Calgary qui écrit avec amusement : « Observons les Américains faire face à un contretemps si l’avancée chinoise se concrétise… Jusqu’à présent les Américains considéraient les ressources énergétiques canadiennes comme acquises ».

Ainsi, le problème immédiat pour Washington face à l’axe Caracas-Pékin est de deux ordres : d’une part, Washington ne peut pas permettre à la Chine de devenir trop familière avec l’un de ses plus proches fournisseurs en pétrole, ce qui pourrait conduire à la résurrection de la Doctrine Monroe ; d’autre part, la politique actuelle de Washington de parti pris favorable à l’opposition anti-chaviste risque de produire les conséquences que Washington cherche à éviter, à savoir pousser Caracas dans les bras de Pékin ou provoquer un embargo anti-Washington. La popularité de Chávez ne devrait pas baisser, il a jusqu’à présent remporté deux élections présidentielles et un referendum –toujours avec de confortables majorités– la première chose que Washington doit faire c’est arrêter de courtiser l’opposition. Après tout, comment se sentiraient les stratèges de la politique américaine si le Ministre des affaires étrangères français Dominique de Villepin dépensait des millions d’euros pour soutenir aux Etats-Unis une opposition dont l’objectif déclaré serait de renverser le président Bush ?

Si la NED voulait respecter sa propre charte, elle devrait commencer par cesser de soutenir les méthodes anti-démocratiques, voire même autoritaires, de l’opposition. Déclarer que Chávez « doit mourir comme un chien parce qu’il le mérite », comme l’exprime l’ex-président et prétendant au leadership de l’opposition Carlos Andres Pérez, cela révèle la force de son attachement aux valeurs démocratiques. Lors d’une interview dans le quotidien [vénézuélien] El Nacional en juillet 2004 il précise : « Nous ne pouvons pas simplement nous débarrasser de Chávez puis immédiatement après avoir une démocratie… Nous aurons besoin d’une période de transition de deux ou trois ans pour jeter les fondations d’un Etat où prévaudra l’empire de la loi… Lorsque Chávez tombera, nous devrons fermer l’Assemblée Nationale et la Cour Suprême ».

Le modèle Kissinger ?

Le Secrétaire d’Etat Donald Rumsfeld a probablement fait en sorte d’accroître la capacité offensive de l’armée américaine pour le futur proche, Chávez devrait donc étudier le document de l’intelligence britannique du 13 décembre 1973, récemment déclassé, titré « Moyen-Orient, possibilité de l’emploi de la force par les Etats-Unis ». Le document du Foreign Office [Affaires Etrangères britanniques] citait une mise en garde provenant du Secrétaire à la Défense James R. Schlesinger adressée à l’ambassadeur britannique à Washington, Lord Cromer, précisant que le gouvernement américain ne tolérerait pas de menaces de pays « sous-développés et sous-peuplés ». Comme noté par le Washington Post en janvier 2004, Kissinger avait ensuite écrit dans ses mémoires, Years of Upheaval [Temps d’Insurrection], « Ce n’était pas des menaces en l’air. J’avais demandé des études dans les principaux services pour prendre des contre-mesures contre les Arabes membres de l’OPEP si l’embargo se poursuivait. A la fin du mois plusieurs plans d’urgence avaient été élaborés ». Vu que les Etats-Unis tous les ans importent autant de pétrole du Venezuela que de Riad, si ce n’est plus, Chávez devrait être bien conscient que tout embargo pourrait déclencher une intervention militaire des Etats-Unis. Il pourrait prendre le risque d’ouvrir la voie à cette éventualité s’il est perçu par Washington comme trop décidé à refonder une nouvelle OPEP, ou s’il se rapprochait trop de Pékin au goût de Washington.

Certains analystes prévoient déjà un affrontement global entre les Etats-Unis et la Chine sur la question pétrolière, ce qui pourrait même finir par constituer un casus belli. Comme l’a indiqué il y a quelques jours Gal Luft, directeur de l’Institut for the Analysis of Global Security, dans un éditorial du Los Angeles Times, « sans une stratégie cohérente visant à empêcher la Chine de devenir un consommateur de pétrole équivalent aux Etats-Unis, une collision entre deux superpuissances est inévitable ». Le docteur Luft suggère que les Etats-Unis font tout pour conduire la Chine vers les énergies non-pétrolières, comme l’hydrogène ou le gaz naturel. Cependant, malgré son avance spectaculaire dans les technologies de contrôle des cellules de l’hydrogène et équivalentes, la Chine recherchera toutes les possibilités de satisfaire ses besoins en pétrole.

Jusqu’à présent, ni les autorités chinoises ni les autorités américaines, en tout cas publiquement, n’ont parlé d’affrontement global sur la question des ressources énergétiques.  Selon Stephanie Ho d’AXcess News, le porte-parole de l’ambassade chinoise Sun Weide a déclaré : « Bien entendu, comme nos deux économies continuent de croître, nous nécessitons, les Etats-Unis et la Chine, des ressources énergétiques à des prix abordables… Il y a donc une base pour la coopération entre les deux pays ». Mais un tel optimisme omet le fait que Washington fait face à une intrusion presque certaine dans ses marchés pétroliers par le deuxième importateur du monde. La Chine devra satisfaire sa demande en énergie pour faire face à ses besoins, qui croissent de 7,5% par an, Washington n’observera pas gentiment ce genre d’intrusion chez ses fournisseurs traditionnels. Comme l’observe Luft, « La Chine se servait jusqu’à maintenant sur les marchés faciles d’accès. Maintenant ils ont d’autres ambitions, dans des endroits tels que le Venezuela, l’Arabie Saoudite et le Canada, qui se situent clairement à l’intérieur de la sphère d’influence américaine ».

Washington pourrait commencer par réparer sa relation endommagée avec Caracas en soutenant ce qui pourrait bien devenir une alliance pétrolière entre le Venezuela et la Chine. Etant donné l’inévitabilité de cette nouvelle alliance, Washington aurait tort d’obstruer la croissance économique chinoise en dictant à Chávez où il peut et où il ne peut pas vendre du pétrole. Comme tant de figures importantes aux Etats-Unis demandent au gouvernement de réduire ses importations pétrolières du Moyen-Orient, les Vénézuéliens demandent de la même façon à Chávez de réduire la dépendance traditionnelle du Venezuela vis-à-vis du marché américain. Comme la Chine offre cette opportunité à Chávez, la question est de savoir si Washington tolérera une pacte pétrolier Chine-Venezuela ou bien dépoussiérera la Doctrine Monroe.

Cette analyse est signée Seth R. DeLong, Ph.D., COHA Senior Research Fellow.

COHA: Council on Hemispheric Affairs

 

 

Traduction : Cercle Bolivarien de Paris

Source : www.venezuelanalysis.com

Adresse de l’article : http://www.venezuelanalysis.com/articles.php?artno=1356

 

 

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1 mai 2002 3 01 /05 /mai /2002 00:00

COUP D’ÉTAT AU VENEZUELA

Hugo Chávez sauvé par le peuple

Par Maurice Lemoine
Auteur de La Dette (roman de la paysannerie brésilienne), L’Atalante, Nantes, 2001.

Auteur de CHAVEZ PRESIDENTE ! Flammarion. 2004/

http://www.monde-diplomatique.fr/2002/05/LEMOINE/16486

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