Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Texte libre



VIDEO
Vea el documental
"Los Guerreros del Arcoiris"
Cooperativa Humana/YVKE Mundial
aporrea.org/internacionales/n113165.html

Recherche

2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 18:41

jeudi 28 janvier 2010

NdLRV : Cet article du "Post" est un concentré parfait de l’idéologie, de la thématique et du vocabulaire qu’utilisent le Monde ou Libération dans leur campagne permanente contre le "socialisme du XXIème siècle" de Chavez.

Le 25 janvier 2010, The Washington Post a publié l’article “Comment s’effondre la révolution de Hugo Chávez” signé par Jackson Diehl, éditorialiste et spécialiste de l’analyse internationale. Cet article est publié juste avant le terrible tempête médiatique déclenchée par l’affaire des chaines de télévision. Dommage pour cet auteur qui aurait pu y trouver quelque argument supplémentaire dans sa tentative volontariste de faire s’écrouler des révolutions.

La première phrase de son analyse est sans appel : "Hugo Chávez et son socialisme du 21ème siècle ont échoué et roulent vers l’abîme.

Face à une telle affirmation on ne peut s’attendre qu’à des révélations transcendentales et indiscutables de la part de l’analyste.

Cependant, nous sommes habitués à la presse commerciale et à ce genre d’analystes et nous trouvons rapidement ce à quoi nous nous attendions.

L’auteur dévoile rapidement sa position politique : “Au Honduras, sept mois de crise déclenchée par un client de Chávez créant une rupture de l’ordre constitutionnel, s’achèvent sur un accord qui l’enverra en exil après qu’un nouveau président élu démocratiquement a prêté serment comme président.”

Ce qui ne mérite aucun commentaire.

L’article aborde ensuite la crise économique, toujours fondamentale pour la presse commerciale. “Le Venezuela est secoué par la récession , l’inflation á deux chiffres, et le possible effondrement du réseau électrique national.” Et ajoute que pendant ce temps, “une élection présidentielle au Chili, économie la plus prospère de la région, a produit la première victoire d’un candidat de la droite”. Typique comparaison entre deux systèmes en lutte depuis quelques années.

Si nous examinons les chiffres de l’économie chilienne nous observons qu’en 2009 celle-ci a subi une chute du PIB d’un 1,9 %, et une contraction sans précédent depuis la crise de 1982. Tandis que l’économie vénézuélienne a reculé de 2,9% en 2009. L’économie chilienne a cru en 2008 de 3,2% et l’économie vénézuélienne a cru en 2008 de 4,8%.

Nous ne comprenons donc pas à quelle économie prospère se refère l’auteur. J’imagine qu’il se réfère á l’économie prospère pour les néo-libéraux, à savoir pour les riches et grands entrepreneurs internationaux, qui au Chili peuvent faire et défaire en toute “liberté”, sans s’inquiéter des injustices et des misères que provoque leur modèle de développement. Le gouvernement bolivarien a atteint, en pleine crise globale, la plus grande baisse de l’indice d’inégalité de toute l’Amérique Latine, l’indice Gini, qui descend à 0,41.

Comme toujours notre analyste avisé évoque le thème des Droits de l’Homme : “Piñera a ainsi offert à Washington une occasion d’élever la voix sur les violations des droits de l’homme au Venezuela.”

Voici le dirigeant le plus autorisé pour parler des Droits de l’Homme : Piñera. Dirigeant du parti de la droite chilienne, cette droite assise sur l’héritage d’excellentes réussites en matière de Droits de l’Homme comme 35.000 persones victimes de violations des Droits de l’Homme - 28 mille torturés, 2.279 exécutés et 1.248 qui restent disparus.

L’auteur insiste sur le Honduras, parle des élections illégales et affirme que “Le résultat est une victoire pour les États-Unis qui furent pratiquement le seul pays à appuyer une élection démocratique alors que la situation était au point mort. Honduras marque la fin de la croisade de Chávez pour exporter sa révolution vers d’autres pays”.

Nous voyons que pour l’auteur, dans le cas du Honduras, peu importent les Droits de l’Homme. Que le Honduras a subi un coup d’État militaire avec perquisitions illégales, arrestations massives, exécutions extrajudiciaires, fermeture de médias, cela indiffère l’auteur. Ce qui importe est de mettre un terme à la croisade de Chavez.

Haití ne fait qu’agrandir le trou de Chavez. Face au monde, les États-Unis commandent une opération humanitaire massive et les Haïtiens encouragent l’arrivée des Marines nord-américains.” Même la tragédie d’un tremblement de terre est une raison de plus pour justifier l’argument selon lequel Chavez est fini. Il est difficile de suivre sa logique, si tant est qu’elle existe. Ni les coups d’État, ni les disparitions, ni les tortures, ni les assassinats, ni les tremblements de terre, ni la faim, ni la souffrance. La seule chose qui semble importer à l’analyste c’est la défaite de Chávez.

Il revient à l’économie : “L’économie vénézuélienne est entrée dans une profonde récession et continue à plonger tandis que le reste de l’Amérique Latine se récupère. Les économistes prédisent que l’inflation pourrait s’élever à 60 pour cent dans les prochains mois.”

Nous savons qui sont ces économistes qui prédisent une inflation de 60% et l’écroulement de l’économie, et nous imaginons que ce sont les mêmes qui annoncent fréquemment depuis dix ans la chute du gouvernement Chávez pour faillite économique alors que dans la dernière décade, le Venezuela a atteint les meilleurs chiffres économiques des dernières décades, dont l’inflation la plus basse.

En se référant à Haiti et au rôle déplacé de Chávez il ajoute que celui-ci “a même affirmé que la Marine des États-Unis a provoqué le tremblement de terre avec une nouvelle arme secrète.” Cette affirmation il l’a tirée d’un article d’opinion repris d’un certain “Patria Grande” et repris notamment par une chaîne de télévision publique vénézuélienne. J’imagine que suivant la même logique, toutes les opinions qui s’expriment dans une télévision publique nord-américaine devront être attribuées à Obama.

Comme on pouvait s’y attendre depuis le début du texte, il fallait citer une enquête. “... Les indices d’approbation de Chávez ont continué à s’effondrer : il est tombé sous les 50 pour cent au Venezuela et à 34 pour cent dans le reste de la région.

On ignore à quelles enquêtes se réfère l’auteur. Ce 34% d’appui dans le reste de la région est intéressant si on prend en compte la campagne médiatique internationale. Cependant au Chili il n’y a pas eu de vote pour que les chiliens élisent le président du Venezuela. Ce qui importe, ce sont les élections nationales et jusqu’il y a deux semaines les enquêtes les plus sérieuses du pays confèrent un haut pourcentage de popularité (autour de 60%) à Hugo Chávez, suffisant pour gagner aisément les prochaines élections présidentielles.

De toutes manières, c’est au peuple vénézuélien que revient le dernier mot, bien que l’analyste du Washington Post ne semble pas croire beaucoup en lui, et jusqu’à l’heure actuelle Chávez a gagné clairement toutes les élections auxquelles il s’est présenté comme candidat. L’analyse se conclut par une brillante affirmation : “... le point d’inflexion dans la bataille entre populisme autoritaire et démocratie libérale en Amérique Latine est passé – et Chavez a perdu.”

Sans arguments ... et sans commentaires.

Source : Rafael Rico Ríos, Rebelión, http://www.rebelion.org/noticia.php?id=99473

Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve/


Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 12:21

 Jean-Pierre Langellier procède à une nouvelle dévaluation du journalisme

 

Les coupes claires dans le poste « international » des médias obligent à de périlleuses acrobaties. Par exemple, « Informer » sur le Vénézuéla de Chavez depuis... Rio de Janeiro (soit à 4500 Km de distance...).

Cela ne semble pourtant pas effrayer le trapéziste Jean-Pierre Langellier. D’autant plus que le filet est solide : 99 % des médias du Venezuela et du monde le confortent d’avance dans son aversion pour Hugo Chavez et son « socialisme du XXIème siécle ».

En août 2009 le très contesté « correspondant régional » du Monde dénonçait depuis Rio la nouvelle Loi d’Éducation. Elle ouvrait la voie à la « censure de la presse », expliquait-il gravement, en prévoyant une « éducation critique aux médias » (réforme que proposait pourtant l’ex-directeur du Monde Jacques Fauvet, cité pour l’occasion par Hugo Chavez). Hélas, en janvier 2010, aucun commissaire politique n’est en vue dans les cours de récré. Au point que l’opposition vénézuélienne et ses médias ont oublié leur campagne contre la loi.

Répondant aux critiques d’un lecteur en mai 2009, Langellier disait aussi sa crainte de voir Chavez fermer Globovision, chaîne privée de droite. Or, six mois plus tard, celle-ci continue en toute liberté à exiger le départ du président « par tous les moyens ». (1)

La technique du trapèze est simple et nécessite une connection internet : papillonner de thème en thème, reprendre les "informations" des médias d’opposition (majoritaires au Vénézuéla), refuser le droit de suite au lecteur, ne jamais enquêter sur les réformes en cours.

Cette fois cela s’appelle « Pour financer ses dépenses publiques, Hugo Chavez dévalue le bolivar ».

Aux fins d’objectivité, Mr. Langellier commence par la conclusion : « Cette dernière mesure est un sérieux échec pour le chef de l’État, qui s’était toujours refusé à envisager un tel recours, que la dégradation continue de la situation économique et financière du Venezuela a rendu inéluctable. »

Passons sur les incohérences de l’auteur qui nous explique que « la dépréciation massive du bolivar est un camouflet pour le président Chavez, que les médias pro-gouvernementaux tentent de dissimuler en parlant de simple ajustement » alors que le président a d’emblée annoncé : "nous procédons à une dévaluation" (discours du 8 janvier).

Langellier ne dit pas à ses lecteurs que l’économie du Vénézuéla reste largement dominée par un "faux" libre marché où de grands groupes comme "Polar" fixent les prix en monopolisant sous des marques diverses la commercialisation de la plupart des articles - farine, bière, dentifrice, électro-ménager, etc. Ce secteur a toujours préféré spéculer en important les biens au lieu de les produire sur place, tout en profitant largement… des subsides d’un État rentier-pétrolier ! Si ce secteur critique le président Chavez c’est parce que celui-ci a décidé d’investir dans la production nationale, renvoyant le libre marché à son propre jeu.

"La crise ne touchera pas à un seul de nos cheveux", clamait le président au début de 2009. Elle a pourtant "décoiffé" toute l’économie » jubile Mr. Langellier. Elle a surtout mis en lumière ces quarante ans d’économie artificielle, non-productive, reposant sur l’importation des biens et la spéculation sur les prix de vente, facteurs majeur d’inflation et obstacle au développement du pays.

« La double dévaluation, selon M. Chavez, a trois objectifs : renforcer l’économie, freiner les importations qui ne sont pas strictement nécessaires, stimuler les exportations. » Mr. Langellier ne retient qu’il s’agit de «  financer les dépenses de Chavez » à travers un « État contrôlé par lui » pour « fidéliser l’électorat ».

En réalité il s’agit de rééquilibrer la balance commerciale et à plus long terme de construire une véritable économie productive. Tâche d’ampleur, qui se poursuit à travers l’amélioration du contrôle des changes, l’octroi simplifié de devises aux entrepreneurs (un décret de janvier 2010 permet aux exportateurs de retenir 30% des devises pour leur marché intérieur) et une meilleure méthodologie de contrôle des mouvements de capitaux.

Le gouvernement a créé le 13 janvier 2010 le « Fonds du Bicentenaire » : un milliard de dollars pour financer la substitution des importations, l’appui aux productions stratégiques et les exportations de produits agricoles (cacao, café, riz..) ou de production légère (plastique, acier, aluminium, alimentation..) grâce à un taux de change favorable aux petits et moyens entrepreneurs. À la différence du grand patronat, ceux-ci ont bien accueilli ces mesures.

Le commerce privé indexait ses prix sur le dollar parallèle, surévaluant artificiellement les prix (1 dollar pour 7 bolivars). La Banque Centrale du Venezuela vient d’injecter 100 millions de dollars sur les marchés, faisant immédiatement baisser le dollar parallèle de 25%. La conséquence devrait être une baisse des prix de la part du secteur privé. En outre la dévaluation ne peut avoir d’effet concret sur les prix (si tant est qu’elle en ait) que dans deux mois, au renouvellement des stocks de certains produits d’importation. Les augmentations actuelles de prix ne sont donc que spéculatives et totalement illégales.

« Pendant le week-end, les habitants de Caracas ont pris d’assaut les magasins pour acheter téléviseurs et ordinateurs, avant que leurs prix n’augmentent » raconte Mr. Langellier. Les chaînes privées ont en effet transmis les scènes risibles d’une classe moyenne achetant fébrilement des écrans plats, victime de la psychose entretenue par ces mêmes médias. Au Vénézuéla, 80 % des habitants appartiennent aux secteurs populaires. Ce sont les associations de consommateurs populaires et l’Institut qui défend leurs droits (INDEPABIS) qui ont «  pris d’assaut les magasins » pour contrôler les prix.

La mobilisation sociale est un réel succès. La population s’est unie aux fonctionnaires pour empêcher les augmentations illégales et fermer le cas échéant les commerces qui s’obstinent á frauder.

Une fois n’est pas coutume, un gouvernement défend les droits des « petits ». En décembre il a également nationalisé plusieurs banques coupables de malversations, remboursé immédiatement les épargnants, tandis que la justice poursuit les hauts responsables, dont certains ont fui aux États-Unis.

Pour Mr. Langellier, seul compte le fait que «  le Venezuela est entré en récession : - 2,9 % en 2009 ». En réalité, face à la crise économique mondiale, les Vénézueliens sont plus protégés que leurs voisins grâce a une politique anti-austérité qui a multiplié les budgets sociaux. Résultat : un taux de chômage tombant à 6,6% en décembre 2009, la pauvreté en baisse continue (30% aujourd’hui contre 65% en 1998). Le Vénézuéla monte dans le classement du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et entre dans le club fermé des pays à « indice de développement humain élevé ».

De tout cela, Mr. Langellier ne dit rien. Il préfère dénoncer ce « gouvernement qui aura plus d’argent, mais qu’il prendra dans la poche des gens ». Sauf que c’est pour l’y remettre aussitot et en plus grande quantité. L’État poursuit sa politique de missions sociales, notamment par le biais du Fonds du 19 avril, garantissant ainsi la gratuité de l’éducation, l’accès aux soins pour tous, cassant les prix des aliments de base. Le président Chavez a décidé ce 15 janvier une augmentation de 25 % du salaire en 2010 (sans compter les avantages dont bénéficient les travailleurs comme les tickets-restaurants, etc...). Ce qui fait du salaire minimum vénézuélien le plus élevé de toute l’Amérique Latine.

Mr. Langellier « oublie » même la naissance d’une nouvelle monnaie régionale, le SUCRE (Système Unique de Compensation Régionale) qui permet de libérer de la dictature du dollar les échanges commerciaux entre les pays de l’ALBA (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Dominique, Equateur, Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda, soit 71 millions de personnes et un PIB d’environ 540 milliards de dollars, système ouvert à d’autres États d’Amérique Latine.) Cette union régionale non-concurrentielle, basée sur la complémentarité des économies, est cohérente avec la vision non-monétariste, sociale de l’économie vénézuélienne qui récupère des secteurs-clefs comme la sidérurgie, les télécommunications, le ciment, le pétrole, l’agriculture, la banque.

La Banque Centrale que l’Europe a réduit, par dogmatisme néolibéral, à un robot monétariste, devient au Vénézuéla un levier d’investissement au service du développement national. En Argentine la présidente Cristina Fernandez affronte, elle, une Banque Centrale archaïque qui refuse d’éponger les dettes de l’État au moment oú le pays veut sortir de la crise dans laquelle l’a plongé le néolibéralisme.

Des émeutes de la faim reprimées par la social-démocratie (1989) à la première élection de Chavez (1998), le Venezuela a connu une lente gestation politique. Dix ans de gouvernement bolivarien ont ensuite permis de changer les lois et de procéder aux premières modifications structurelles. On passe en 2010 à la construction d’un nouveau modèle de production et de nouvelles relations sociales basées sur des instruments juridiques, politiques, sociaux, économiques (démocratie participative, structures communales, entreprises de production sociale,...). Plusieurs sondages indiquent que 60 % des vénézuéliens préfèrent aujourd’hui le socialisme au capitalisme. Changement profond dans un pays ultra-consommateur et culturellement nord-américanisé. C’est toute l’importance du temps comme clef d’une transition d’un modèle a l’autre.

C’est évidemment cette transformation « socialiste » que Le Monde se doit d’attaquer. Mr. Langellier cite un économiste : "Il est rare dans le monde d’aujourd’hui de voir un système de change qui privilégie autant le secteur public". Dans un article de mai 2009, Mr. Langellier écrivait : « ce socialisme du XXIe siècle que Chavez affirme vouloir enfanter, ressemble beaucoup à celui, autoritaire et étatiste, qui, rappelle le philosophe et opposant Antonio Pasquali, « a échoué au XXe siècle dans 46 pays ».

D’autres dangereux révolutionnaires étatistes en Allemagne, en France, durant la bien-nommée période des « Trente Glorieuses » ont suivi une politique de dévaluation du franc et fait intervenir l’État dans l’économie, tout en augmentant les salaires et en prenant des mesures de protection sociale. « La seule chose que les Américains n’ont jamais pardonné á De Gaulle, m’a dit Pierre Messmer peu avant sa mort, ça n’est pas sa sortie de la défense intégrée de l’OTAN, (où Sarkozy veut nous faire rentrer), ni son fameux discours de Pnom-Penh dénonçant la guerre au Vietnam, c’est sa remise en cause du « privilège exorbitant du dollar » (...) De Gaulle avait pour opposants les mêmes gens, haute finance et classe moyenne, qui firent tomber le gouvernement Blum dans les années trente en spéculant contre le franc et en plaçant leur argent à l’étranger (écrit Hannah Arendt dans une lettre à Mary Mc Carty fin 68). Le tout non pas en réaction aux émeutes étudiantes, mais aux idées de De Gaulle sur la participation des travailleurs dans les entreprises » (2).

Certes demander au "Monde" de passer de l’imputation au journalisme reviendrait à exiger du trapéziste aveugle un triple saut périlleux sans filet et sans trapèze.

Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (Bruxelles)

Grégoire Souchay, étudiant de l’Institut d’Études Politiques (Toulouse)

Caracas, janvier 2010.    http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1274


(1) Autre exploit : le 2 octobre 2009, Mr. Langellier avait relayé la campagne du Parti de la Presse et de l’Argent brésilien reprochant au président Lula d’accueillir dans son ambassade au Honduras le président Zelaya victime d’un coup d’État qui a ramené son pays à l’ère des escadrons de la mort et du libre commerce.

(2) Extrait de : « Le mai 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler » Morgan Sportes.


Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 08:51
Publié le 14 décembre 2009 par Henri Maler

Source : ACRIMED


Comment informer sur ces pays d’Amérique Latine qui connaissent des formes diverses de contestation de l’ordre social et politique préexistant ? « Avec une parfaite désinvolture », semblent répondre implicitement nombre de journalistes en charge du « dossier ».

Deux exemples.

I. Libération « valide » le coup d’Etat au Honduras

« Le Honduras élit Lobo et valide le coup d’Etat » : tel était le titre d’un article paru dans Libération le 1er décembre 2009, mais payant quelques heures après sa parution sur le site. Désormais – mais pour combien de temps ? - l’article est à nouveau gratuit [1]. Inutile par conséquent de payer pour apprendre qu’une élection pouvait « valider » a posteriori, un coup d’Etat. Position des « vainqueurs » au Honduras, évidemment, et du gouvernement étatsunien, implicitement. Mais de Libération, aussi ?

Titre d’autant plus « troublant » que, apparemment, rien dans l’article qu’il couronne ne vient le… « valider » !

L’article en question a été rédigé « d’après l’AFP ». Comparons l’original et sa copie corrigée [2].

- Dépêche de l’AFP : « Le candidat d’opposition Porfirio Lobo s’est déclaré vainqueur de la présidentielle controversée de dimanche au Honduras, un pays qu’il devra sortir de la crise politique où l’a plongé le coup d’Etat du 28 juin. »
- Libération « traduit » : « Porfirio Lobo […] s’est déclaré vainqueur de la présidentielle qui s’est tenue dimanche au Honduras. » Pour Libé, inutile de souligner d’emblée que la présidentielle était « controversée ».

- L’AFP rapporte : « "Nous voulons un gouvernement d’union nationale, de réconciliation, l’heure n’est plus aux divisions", a proposé M. Lobo, "Pepe", qui devra aussi convaincre de la légitimité du scrutin, organisé sous un gouvernement putschiste. »
- Libération « traduit » : « "Nous voulons un gouvernement d’union nationale, de réconciliation, l’heure n’est plus aux divisions", a estimé M. Lobo, "Pepe", faisant référence à la situation politique qui handicape [sic] le Honduras depuis la destitution par l’armée, le 28 juin dernier, de l’ancien président […] » Et Libération oublie que selon l’AFP, le gouvernement en place était « putschiste » et que, pour cette raison, M. Lobo « devra aussi convaincre de la légitimité du scrutin », que ce « gouvernement putschiste » a donc organisé.

- Une dépêche de l’AFP (Bruxelles, 30 novembre) relève : « La Commission européenne a salué lundi le fait que l’élection présidentielle au Honduras se soit déroulée "de manière pacifique et dans le calme", sans aller toutefois jusqu’à en reconnaître explicitement le résultat dans l’immédiat. »

- Libération remplace « la commission européenne » par « l’Union européenne » et « oublie » la précision finale : « sans aller toutefois jusqu’à en reconnaître explicitement le résultat dans l’immédiat ».

- A mi-parcours de son article, Libération se souvient : « Zelaya avait été renversé au moment où il souhaitait organiser un référendum – contre l’avis de la Cour suprême, de l’armée et du Congrès – pour réformer la Constitution qui lui interdit de briguer un second mandat ».
- L’AFP notait pour sa part : « M. Zelaya, du Parti libéral également, avait été renversé le jour où il avait organisé - contre l’avis de la Cour suprême, de l’armée et du Congrès - une consultation populaire pour réformer la Constitution, qui interdit à un président de briguer un second mandat. »

Nuance infime ? Pas du tout. Comme nous l’avons déjà expliqué, la version de l’AFP est un raccourci. Mais la version de Libé est totalement frelatée : dans tous les cas de figure, M. Zelaya ne pouvait pas « briguer » un second mandat immédiatement consécutif au premier.

Un paragraphe plus loin, après avoir résumé le « coup de barre à gauche » de Zelaya et rapporté les propos de Ian Kelly, porte-parole de la Maison Banche, selon lequel les élections marquent un « pas en avant », l’article revient sur les conditions du scrutin. Comment ?

- Une dépêche de l’AFP du 29 novembre rapportait : « A San Pedro Sula, la capitale économique dans le nord du pays, la police a dispersé à coups de grenades lacrymogènes et de canon à eau environ 2.000 partisans du Front de résistance contre le coup d’Etat, qui réclamaient "le retour de Manuel Zelaya". Plusieurs personnes ont été arrêtées, ou blessées, dont un photographe, a constaté un correspondant de l’AFP. Selon un militant des droits de l’Homme américain, Tom Loudon, au moins "28 personnes ont été arrêtées" et certaines, frappées. »

- Libération résume : « L’élection s’est globalement déroulée dans le calme, hormis à San Pedro Sula, deuxième ville et poumon économique du pays, où les forces de l’ordre ont violemment dispersé des partisans de Zelaya qui manifestaient contre la tenue du scrutin. ».

Et à cette version d’un « calme global » s’opposerait… le refus de nombreux pays d’avaliser le scrutin et son résultat.

- Libération écrit en effet : « En revanche, de nombreux pays d’Amérique latine, dont le Venezuela, le Brésil et l’Argentine, ont affirmé qu’ils ne reconnaîtraient pas l’élection, dénonçant la création d’un "précédent" dans la région, qui n’avait pas vu de coup d’Etat s’inscrire dans la durée depuis la fin de la guerre froide. »
- L’AFP, à laquelle cette phrase est intégralement empruntée, n’avait pas relevé cet « en revanche ».

Etc. Il faut attendre la fin de l’article pour lire que le résultat de l’élection est contesté et que « Le Front national de résistance contre le coup d’Etat, qui avait également appelé au boycott, évoque pour sa part une abstention comprise entre 65 et 70%. »

Quelle était donc l’ampleur de l’abstention dont dépend évidemment le sens du scrutin ? On attend toujours une enquête indépendante de journalistes indépendants sur ce sujet. Misère du journalisme de recyclage des dépêches de l’AFP…

Le Figaro, au moins, disposait d’un envoyé spécial à Tegucigalpa. Sans doute est-ce la raison pour laquelle, dans un article ouvertement défavorable à Zelaya, on pouvait lire le 1er décembre : « Le taux de participation annoncé étonne plus d’un observateur à Tegucigalpa. Dans la dizaine de bureaux que nous avons pu visiter dimanche en fin de journée, un seul atteignait plus de 50 % de votants, les autres oscillant entre 30 et 40 %. L’OEA, la fondation Carter, l’UE et l’ONU avaient refusé d’envoyer des observateurs. »

Inutile d’attribuer à une intention malveillante du journaliste de Libération les effets d’un recyclage (réalisé sans doute dans des conditions de temps limitées et titré, peut-être, non par son auteur, mais par un secrétaire de rédaction empressé) de plusieurs dépêches de l’AFP : il suffit de les constater...

... Et de constater que l’article du 1er décembre est signé par le même auteur que celui du 30 juin 2009 qui titrait finement « Manuel Zelaya, le putsch au crime » et expliquait : « Le président, destitué dimanche, avait scellé son sort en violant la Constitution ». Perplexe, Libération se demandait alors : « Y a-t-il eu un véritable coup d’Etat militaire au Honduras ? ». La réponse n’est venue qu’après quelques mois de réflexion : la preuve qu’il y avait eu un véritable coup d’Etat, c’est qu’il a été « validé » par une élection… controversée.

II. Le Journal du Dimanche est déçu par Evo Moralès

Le 7 décembre Evo Moralès remporte l’élection en Bolivie et le Journal du Dimanche (JDD) en prend acte sous le titre « Morales haut la main ». Mais la veille, on pouvait lire, dans un article intitulé « Les déçus d’Evo Moralès » les propos d’ « expatriés européens » comme les désigne le JDD (alors que l’un d’entre eux au moins récuse cette appellation). Des « expatriés » qui, le JDD le mentionne à peine, soutiennent Evo Maralès, mais s’efforcent de le faire lucidement. C’est dire qu’ils ne sont en rien « déçus », comme l’explique l’un d’entre eux - Daniel Viñar Ulriksen - sur le site « Se hace caminon da andar », sous le titre « Evo Morales : 63% à la hausse. Pas trop “déçu” ? ». Cet article, dont nous n’avons retenu que de larges extraits, mérite d’être lu intégralement.

Après avoir retracé brièvement la carrière politique et le premier mandat de Morales, Daniel Viñar Ulriksen évoque sa situation personnelle. Sa position est nette : « Ayant participé pendant ces deux dernières années, avec ma petite goutte de labeur et de passion, aux changements qu’entreprend ce pays, je m’en sens très heureux. Et même, avouons-le, un peu fier ».

Aucune « déception », donc. Mais plutôt, comme le montre la suite de l’article, une analyse lucide et engagée des difficultés (ici résumées en une phrase) que doit affronter le gouvernement d’Evo Moralès, « dans un pays qui hérite de 500 ans d’état colonial et de bureaucratie importée » notamment pour transformer un appareil d’Etat jusqu’alors au service des « intérêts des puissants ».

« Des mensonges éhontés et déloyaux »…

Une fois ce diagnostic effectué l’auteur revient sur l’article publié par le JDD.

[…] « Dans un article du JDD, je me retrouve avec trois autres “expatriés” comme l’un des “décus de Evo Morales”.

Après avoir pris soin de parler explicitement avec chacun, j’informe ici que ni Victor Roldán, ni Hervé do Alto, ni Louca Lerch, ni moi-même ne nous considérons comme des “décus d’Evo Morales”. C’est à dire qu’AUCUNE des quatre personnes qui sont interviewées, ne se sentent en quoi que soit reflétées dans le titre de l’article. 100%, la TOTALITÉ des personnes citées, considèrent leur propos trahis par le titre et par le contenu de cet article mensonger du JDD. Un “attentat idéologique”, me disait Víctor scandalisé, le seul des quatre que je ne connaissais pas jusqu’à ce matin, où je l’ai appelé pour lui demander son avis.

Qu’on le dise et qu’on le répète : AUCUN D’ENTRE NOUS N’EST UN DÉÇU D’EVO MORALES. Et plusieurs, au contraire, nous nous considérons comme de fervents défenseurs et supporters de cette révolution démocratique. Même si les citations sont exactes, elles sont à un tel point sorties de leur contexte et absolument contraires à l’essence de notre pensée, qu’elles constituent des mensonges éhontés et déloyaux.

Vous venez de me lire au sujet de la Bolivie. De plus de deux heures d’interview sur le même ton et avec un contenu similaire, […] les deux pigistes en vacances (qui ne parlent pas un traître mot d’espagnol, moins encore d’Aymara ou de Quechua) [3] ne retiennent que trois mots : “une bureaucratie crasse”.

Oui, j’ai probablement dit ces mots. Mais je parlais de la bureaucratie héritée de 500 ans d’état colonial, qui malheureusement sévit encore. »

Comment expliquer ces « déformations » ?

Le produit d’un entretien pré-formaté

Par les conditions de l’interview et la volonté délibérée des pigistes de tromper leurs interlocuteurs ? Par leur ignorance et leur incompréhension ? Par la réalisation d’une commande de la rédaction parisienne, exécutée en dépit du bon sens ? Pour toutes ces raisons à la fois ? Difficile pour nous de trancher. Voici l’explication que propose Daniel Viñar Ulriksen :

« […] Comment sommes-nous tombés dans ce piège grossier ? Avant le rendez-vous, j’avais demandé : “si c’est pour faire un article qui casse du sucre sur Evo Morales, c’est pas la peine, je refuse l’interview”. “Oh ! Non, pas du tout ! D’ailleurs en général on travaille surtout pour Politis”. “On a fait l’école de journalisme”. Et tout un tas d’arguties du même genre pour gagner la confiance.

Même, une fois la pige publiée, ils essaient de passer pour les gentils naïfs : “Nous avons été aussi étonnés que vous en le lisant puisque notre titre était : "Bolivie : le bilan positif mais désillusionné des expatriés".” Leur texte initial est certes un peu moins grossier, mais à peine. Je ne me sens pas non plus “désillusionné”, je ne me reconnais aucunement dans ce terme "d’expatrié", et les quelques citations coupées sont tout aussi tendancieuses, décontextualisées et malhonnêtes.

In fine, la tactique derrière leurs questions insistantes est claire comme de l’eau de roche. Les deux pigistes apprentis de la presse de vendeur d’armes […], avaient en fait une commande de la rédaction du JDD : trouver les “expats” déçus (ou “desillusionnés”) de Evo Morales. De préférence quelques gauchos un peu ringards, histoire de continuer de conclure à “la fin de l’histoire”.

Ils les cherchent, mais ne les trouvent pas. Et l’article est pour ce dimanche. Alors tant pis pour la déontologie — faut bien bouffer —, on découpe quelques mots qui vont bien pour que la pige réponde à la commande. D’ailleurs, ils le disent eux-mêmes, en réponse à mes protestations : “Nous ne pensons avoir déformé tes propos, nous les avons seulement sélectionnés en fonction de nos besoins dans l’article.” Édifiant... Maintenant, la “déontologie”, c’est comme jadis le droit d’auteur (lorsqu’on ne le confondait pas avec les oxymorons de la “propriété intellectuelle”) : ça porte sur la forme, pas sur le fond.

Dimanche, dans le “forum” de l’article, je tente de poster une réaction : “Je suis l’un des interviewés de cet article, qui est un tas de mensonges, et j’exige un droit de réponse , au moins aussi long. La Bolivie effectue actuellement un changement profond, avec une nouvelle constitution, laïque et plurinationale, plus de justice sociale, etc. Contre insultes, mensonges, tentatives coups d’état, racisme et violence, elle maintient paix, démocratie, et libertés.”

Le JDD s’en fout. Même envoyé aux deux pigistes et dans l’espace “abus” du site du torchon, histoire qu’ils puissent vérifier que j’en suis la source, pas de réponse […] »

Et il n’en obtiendra pas. Fin de l’histoire.

*** Recyclage orienté des dépêches d’agence, réécriture orientée de propos recueillis sur place : petits ravages de la désinvolture qui revendique si souvent son « professionnalisme ». Quant à l’information, elle attendra.

Henri Maler

Original de cet article publié sur ACRIMED

Notes :

[1] Lien financièrement biodégradable.

[2] Ne sachant exactement à quelles dépêches de l’AFP – car elles furent nombreuses – le journaliste de Libération s’est référé, nos citations proviennent de plusieurs d’entre elles.

[3] Parce que ce sont ces précisions sur le statut des journalistes incriminés et sur leurs compétences qui sont significatives, nous avons préféré supprimer leurs noms. (note d’Acrimed)


Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 18:41

Paris, le 5 novembre 2009

Monsieur le Cardinal André Vingt-Trois
Chancelier de l’Institut catholique de Paris

 

Monsieur le Chancelier,

 

Un groupe de syndicats, partis politiques, associations et organes de presse s’est vivement ému de la remise, le 24 novembre prochain, d’un doctorat honoris causa de l’Institut catholique de Paris au Cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga et à M. Michel Camdessus. Ce groupe s’est constitué en collectif dont il a confié la coordination à l’association Mémoire des luttes.

C’est donc au nom de ce collectif que je m’adresse à vous pour vous demander de reconsidérer la décision de l’Institut de remettre les insignes de docteur honoris causa à ces deux personnalités. L’une et l’autre ont en effet pris des positions en totale rupture avec les aspirations démocratiques et sociales de la société. La distinction dont elles pourraient faire l’objet dans un lieu académique choque profondément les consciences.

A l’initiative du Cardinal Maradiaga, et au mépris de la totalité de la communauté internationale, la Conférence épiscopale du Honduras a pris position en faveur du coup d’Etat contre le président légitime du pays, M. Manuel Zelaya. Le gouvernement légal a d’ailleurs inscrit le nom du Cardinal dans la liste des putschistes qui devront un jour ou l’autre rendre des comptes à la justice.

Le fait qu’un processus de réconciliation, du moins de façade, semble être en cours au Honduras n’exonère en rien le Cardinal Maradiaga de ses responsabilités dans la légitimation du coup de force ni n’excuse son silence sur les multiples violations des droits de l’homme commises par le régime de facto.

Quant à M. Michel Camdessus, il devrait être disqualifié d’emblée par son action à la tête du Fonds monétaire international, dont les politiques ont provoqué des ravages sociaux partout où il est intervenu. Comme a pu l’écrire dans divers médias, et à fort juste titre, M. François Houtart, professeur émérite de l’Université catholique de Louvain et conseiller spécial du Président de l’Assemblée générale de l’ONU en 2008-2009, « s’il existait une Cour pénale internationale pour les crimes économiques, M. Michel Camdessus se trouverait sur le banc des accusés pour crime contre l’humanité ».

C’est donc, selon M. Houtart et aussi selon nous, un « contre-témoignage parfait » que s’apprête à organiser l’Institut catholique de Paris. Ce qui serait vécu comme un scandale par de très nombreux citoyens, chrétiens ou non.

J’espère que ces éléments d’information, dont certains n’avaient sans doute pas été portés à votre connaissance, vous conduiront à remettre en question la cérémonie du 24 novembre.

Pour compléter votre information, je suis à votre disposition pour vous rencontrer, avec deux ou trois autres membres du collectif, à votre meilleure convenance.

Je vous prie, Monsieur le Chancelier, de croire à l’assurance de mes sentiments très respectueux.

 

Bernard Cassen
Secrétaire général de Mémoire des luttes

http://www.medelu.org/spip.php?article296

Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 22:29

Salim Lamrani

 

            Le 2 août 2009, Reporters sans frontières (RSF) a publié un communiqué dénonçant la fermeture de « trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental » au Venezuela. L’organisation parisienne « proteste avec vigueur contre la fermeture massive de médias audiovisuels privés » et s’interroge : « Est-il encore permis d’émettre publiquement la moindre critique envers le gouvernement bolivarien ? Cette fermeture massive de médias réputés d’opposition, dangereuse pour l’avenir du débat démocratique, n’obéit qu’à la volonté gouvernementale de faire taire les voix discordantes, et ne fera qu’aggraver les divisions au sein de la société vénézuélienne1 ».

            RSF fait référence à la décision prise le 1er août 2009 par la Commission nationale des Télécommunications (Conatel) de retirer la fréquence à trente-quatre stations de radio et télévision. Selon RSF, la décision serait uniquement motivée par le fait que ces médias se soient montrés critiques à l’égard du gouvernement d’Hugo Chávez. En un mot, il s’agirait d’un acte politique pour museler la presse d’opposition. Cette version a été reprise par la grande majorité des médias occidentaux2.

            Or, la réalité est tout autre et a été soigneusement occultée par RSF et les transnationales de l’information dans le but de tromper l’opinion publique et de transformer le gouvernement le plus démocratique d’Amérique latine (Hugo Chávez s’est soumis à quinze processus électoraux depuis son accession au pouvoir en 1998 et en a remporté quatorze lors de scrutins salués par l’ensemble de la communauté internationale pour leur transparence) en un régime portant gravement à la liberté d’expression.

            En effet, la décision de la Conatel aurait été prise dans n’importe quel pays du monde dans une situation similaire. Plusieurs radios ont délibérément ignoré une citation de la Commission destinée à vérifier l’état de la concession et à actualiser leur situation. Après enquête, la Conatel a découvert de nombreuses irrégularités telles que l’existence de concessionnaires décédés dont la concession était utilisée illégalement par une tierce personne, le non-renouvellement des démarches administratives obligatoires, ou tout simplement l’absence d’autorisation d’émettre. Or, la loi vénézuélienne, similaire à celles du reste du monde, stipule que les médias ne renouvelant pas leur concession dans le délai légal ou émettant sans autorisation perdent leur fréquence, et celle-ci revient dans le domaine public. Ainsi, trente-quatre stations qui émettaient de manière illégale ont perdu leur concession3.

            En réalité, la décision de la Conatel, loin de limiter la liberté d’expression, a mis fin à une situation illégale et a ouvert une politique de démocratisation du spectre radioélectrique vénézuélien afin de le mettre au service de la collectivité. En effet, au Venezuela, 80% des radios et télévisions appartiennent au domaine privé, alors que seules 9% d’entre elles se trouvent dans le domaine public, le reste étant dévolu aux secteurs associatif et communautaire. De plus, l’ensemble des médias privés vénézuéliens se trouvent concentrés entre les mains de 32 familles4.

            Ainsi, une mesure prise par la Conatel pour mettre fin à une situation illégale a été complètement manipulée par RSF et les médias occidentaux.

            RSF a pris fait et cause pour l’opposition vénézuélienne, responsable d’un coup d’Etat contre Chávez en avril 2002, putsch immédiatement avalisée par l’organisation parisienne. RSF défend particulièrement la chaîne putschiste Globovisión, qu’elle considère comme le symbole de la liberté d’expression au Venezuela5. Néanmoins, elle omet de signaler qu’en plus de sa participation au putsch de 2002, Globovisión a soutenu le sabotage pétrolier la même année, a lancé un appel aux contribuables afin de ne pas s’acquitter de leurs impôts et a appelé à l’insurrection et à l’assassinat du Président Chávez6.

            Dernièrement, Globovisión a apporté son soutien à la junte putschiste du Honduras qui a renversé le Président démocratiquement élu José Manuel Zelaya, unanimement condamnée par la communauté internationale. Le propriétaire de la chaîne Guillermo Zuloaga Núñez a ainsi reconnu le gouvernement illégal de Micheletti tout en lançant un appel au coup d’Etat : « Le gouvernement autoproclamé de Micheletti respecte la Constitution et nous aimerions, nous aimerions vraiment qu’ici au Venezuela on respecte la Constitution comme on est en train de la respecter au Honduras7 ».

            RSF ne défend pas la liberté d’expression au Venezuela. Elle préfère se ranger aux côtés des ennemis de la démocratie.

 

Notes

1 Reporters sans frontières, « Trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental », 2 août 2009. http://www.rsf.org/Trente-quatre-medias-audiovisuels.html (site consulté le 3 août 2009).

2 Agencia Bolivariana de Noticias, « Productores independientes respaldan suspensión de emisoras radiales ilegales », 4 août 2009.

3 Fabiola Sanchez, « Radios desafían a Chávez operando por internet », The Associated Press, 3 août 2009.

4 Thierry Deronne, « Au Venezuela, la bataille populaire pour démocratiser le ‘latifundio’ des ondes », 2 août 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Medida de Conatel no afectará libertad de expresión e información en Venezuela », 4 août 2009.

5 Reporters sans frontières, « Le gouvernement accélère sa croisade contre les médias privés en voulant modifier les lois et les règles », 21 juillet 2009.

6 Salim Lamrani, « Reporters sans frontières contre la démocratie vénézuélienne », Voltaire, 2 juillet 2009.

7 Agencia Bolivariana de Noticias, « Goblovisión apoya marcha a favor de gobierno golpista en Honduras », 22 juillet 2009.

 

Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a publié, entre autres, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008). Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009) et comporte un prologue de Nelson Mandela.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; salim.lamrani@parisdescartes.fr

 

Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 12:58

DÉFAITE DU MONDE A PARIS

Thierry Deronne  29 juin 2009.

            Calderon, Colom, Arias, Morales, Chavez, Correa, Castro, Torrijos... Tant de chefs d´État latino-américains qui décident de se réunir en urgence ce lundi a Managua, c´est une première. L´histoire retiendra leur unanimité et leur fermeté. Les pays de l´ALBA, du SICA, du Groupe de Rio et de l´OEA exigent “le retour immédiat et incon- ditionnel du président Zelaya au Honduras”. Sa volonté affirmée de rentrer au pays dès jeudi lui vaut une standing ovation.
            Alors que ses homologues dénoncent "le retour à la barbarie subie à l´époque de la National Security" et refusent de “revenir à l´âge des cavernes”, le journal français Le Monde, lui, évoque un “coup d´État d´un genre nouveau" (1). Ce titre, Sabot l´emprunte au “principal quotidien” nicaraguayen -sans dire qu´il s´agit surtout du plus réactionnaire - "La Prensa". C´est ce journal que le président dominicain Leonel Fernandez, connu pour sa prudence , brandit ce soir a Managua devant la trentaine de collègues latino-américains pour en dénoncer la manchette : "deux présidents se disputent un siège". "Il n´y a qu´un président du Honduras, corrige un Fernandez indigné, celui qui est sorti des urnes !".
            Le Monde feuillette la “presse latino-américaine” comme si on pouvait trouver le pluralisme dans la concentration économique de la presse écrite. Technique connue : se retrancher “objectivement” derrière les citations. Cela permet de jeter une ombre sur la consultation électorale avortée, ces enquêtes demandées par 400.000 signatures citoyennes et que les partis de l´élite putschiste, majoritaires au congrès, craignaient tant. Pourquoi s´inquiéter d´une consultation voulue par la population au point que les habitants montaient dimanche des barricades pour empêcher les militaires de confisquer les urnes ? Mais voyons, cher lecteur, parce que les honduriens pourraient demander ensuite une réforme constitutionnelle. Et si les gens votent et s´ils décident de réélire Zelaya, eh bien, ce sera - nous vous l´expliquerons bientôt - la dictature comme au Venezuela, vous savez bien. C´est la faute de Zelaya de croire que ni les États-Unis ni la Banque Mondiale ne rendront la vue à des milliers de pauvres ou ne donneront aux paysans les moyens de produire pour nourrir la population et de préférer les programmes sociaux de l´ALBA et du Petrocaribe initiés par le gouvernement venezuelien.
          Pour écarter tout soupçon de partialité, le Monde cite un journal argentin, qui nous précise-t-on est “de gauche”. “50 % pour Hitler, 50 % pour les juifs” (Godard).        Pourquoi faudrait-il démonter les rouages de l´élite économique hondurienne et ces conseillers d´un Pentagone qui pèsent plus qu´Obama dans leur volonté de briser le maillon le plus faible de l´ALBA ? Nicolas Sabot cite la presse hondurienne mais ne dit rien du coup d´État médiatique, du monopole privé du spectre radioélectrique, de ces télévisions qui passent des telenovelas pour censurer la résistance de la population. Tout récemment Lula, Correa et  même  Obama  ont  critiqué  ces médias qui attentent contre  les  institutions démocratiques ? Des “fils de Chavez” sans doute.
         Le Monde ne dira rien non plus de la part active du président vénézuélien dans la construction de ce front pluraliste de chefs d´états pour sauver la démocratie au Honduras. Alors que le président vénézuélien a réaffirmé a Managua, entouré de ses collègues du reste du continent, que “l’ère des fusils est bien finie et que les révolutions doivent être pacifiques”, le Monde reprend dès dimanche la vulgate mondiale : “Chavez met ses troupes en alerte”. Pour conclure son article, Antonin Sabot a choisi
un dessin
de la Prensa (Panama). Le président du Honduras court en pleurant vers son "père", Hugo Chavez, qui lui demande, énervé : "Qui t'a mis ce coup ? Que je lui en mette un !"
         Lorsque le Pinochet hondurien (Romeo Vasquez, formé a l´Ecole des Amériques) rejoindra sa caserne grâce a la résistance civile et aux efforts conjugués des chefs d´État latino-américains, les Honduriens devraient décorer “le Monde” pour sa courageuse contribution à la mobilisation générale.

Thierry Deronne
Vicepresidencia de Formación Integral
www.vive.gob.ve (castellano)


 

Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 09:33

Salim Lamrani

 

            Le 29 mai 2009, Reporters sans frontières a publié une lettre ouverte destinée au président vénézuélien Hugo Chávez dans laquelle l’association dénonce « une véritable charge du pouvoir et de l’administration » contre Globovisión, « une chaîne privée d’information ». Selon l’organisation parisienne, Globovisión « fait l’objet d’une procédure administrative pouvant mener à sa suspension d’antenne pour une durée de soixante-douze heures » pour avoir « relayé l’information [du séisme du 4 mai 2009] en se référant aux données de l’Institut géologique des Etats-Unis1 ».

            Les autorités vénézuéliennes reprochent à la chaîne « d’avoir enfreint l’article 29 de la Loi de responsabilité sociale en radio et télévision (Loi Resorte) sanctionnant les médias qui ‘promeuvent, font l’apologie ou incitent à la guerre ; promeuvent, font l’apologie ou incitent aux altérations de l’ordre public ». RSF questionne : « En quoi une information donnée sur un tremblement de terre, pour imparfaite qu’elle puisse être, cadre-t-elle avec la définition de l’infraction2 ?».

            Présentée de cette manière, l’affaire a de quoi surprendre l’opinion publique internationale. Mais contrairement à ce qu’affirme RSF, la réalité est autre et soigneusement éludée par l’entité française de « défense de la liberté de la presse ».

Globovisión contre la démocratie

            Depuis 1998, Globovisión n’a eu de cesse de s’opposer au gouvernement démocratique d’Hugo Chávez. En avril 2002, la chaîne de télévision avait activement participé au coup d’Etat de Pedro Carmona Estanga. Dans n’importe quel pays du monde, Globovisión aurait été fermée et ses dirigeants condamnés à de lourdes peines de prison. Mais le Tribunal suprême, contrôlé par l’opposition à l’époque, avait refusé de reconnaitre la réalité du putsch et s’était contenté de prononcer une « vacance de pouvoir » pour expliquer le coup de force.

Par la suite, la chaîne a multiplié les appels à l’insurrection3. En mai 2007, Globovisión s’est même rendue coupable d’incitation à l’assassinat du président Chávez en manipulant des images et en lançant des messages subliminaux. Lors de la diffusion du programme Aló, Ciudadano, où une interview de Marcel Granier, directeur de la chaîne RCTV, critiquant fortement Chávez était diffusée, la chaîne a montré simultanément les images de l’attentat contre le Pape Jean-Paul II survenu en mai 1981. Globovisión n’avait pas su expliquer pourquoi elle avait diffusé des images de l’attentat dans un programme traitant du non renouvellement de la concession de RCTV4. Plusieurs experts en sémiotique avait été catégoriques à ce sujet : « On incite à l’assassinat du Président5 ». En France, de tels agissements auraient conduit les journalistes de la chaîne ainsi que leurs dirigeants derrière les barreaux.

Les journalistes de Globovisión ainsi que les présentateurs de la chaîne ont également multiplié les expressions diffamatrices à l’égard du gouvernement en utilisant les termes « dictature » et « tyrannie », afin de justifier les appels à la désobéissance civile et les actes de violence. De telles expressions sont inimaginables en Occident6.  

L’affaire du séisme

            Le 4 mai 2009, une secousse sismique a frappé l’état de Miranda à 4 heures 40 du matin, suivie de trois répliques (4h50, 6h23 et 6h24), sans faire de dégâts humains. A 5h25, le ministre de l’Intérieur et de la Justice Tarek El Aissami a indiqué que le tremblement de terre avait été ressenti à plusieurs endroits. « Nous recevons actuellement des rapports sur les dégâts. Nous sommes en train de déterminer l’épicentre et la magnitude à travers la Funvisis (Fondation vénézuélienne de recherche sismologique). Nous voulons informer que pour l’instant nous n’avons aucun rapport de dommages matériels ou humains. Nous souhaitons lancer un appel au calme. Nous avons ordonné immédiatement un déploiement de patrouilles afin de protéger les personnes qui ont quitté leur demeure », a-t-il déclaré7. A 5h44, El Aissami a rendu public un second rapport informant qu’il s’était entretenu avec le président ainsi que le vice président Ramón Carrizález, soulignant par la même occasion que Chávez avait ordonné le déploiement de la Garde nationale bolivarienne afin d’assurer la sécurité des citoyens7.

De son côté, Francisco Garcés, président de Funvisis, a informé à 5h40 que deux secousses avaient frappé la capitale Caracas ainsi que la zone métropolitaine et a demandé aux médias de lancer des appels au calme à la population. A 6h05, le ministre des Travaux publics et du Logement, Diosdado Cabello, a indiqué que le métro, le chemin de fer et l’aéroport fonctionnaient parfaitement. Hector Navarro, ministre de l’Education, a également souligné que les écoles et les universités n’avaient pas été touchées par le séisme et qu’elles restaient ouvertes. Jesús Mantilla, ministre de la Santé, a fait part du fonctionnement normal des centres hospitaliers du pays. A 6h47, la ministre des Télécommunications et de l’Informatique Socorro Hernández a informé la population que le réseau de télécommunications n’avait pas été affecté. Alejandro Hitcher, président de Hidrocapital, a expliqué pour sa part que le système des aqueducs fonctionnait normalement. A 7h, Blanca Ekhout, ministre de la Communication et de l’Information, a signalé que l’ensemble des organismes de l’Etat était entré en état d’alerte dès la première secousse. Jacqueline Faría, chef du gouvernement du District de la capitale, ainsi que Rafael Ramírez, ministre de l’Energie et du Pétrole, ont tenu la population informée dans leurs attributions respectives8.

            Cependant, à 5h20 du matin, soit à peine 40 minutes après la première secousse sismique, le directeur de Globovisión Alberto Federico Ravell, s’est empressé d’intervenir personnellement en direct sur sa chaîne pour – après avoir fourni une information erronée sur l’épicentre du séisme se basant sur des informations en provenance… des Etats-Unis – s’en prendre directement au gouvernement et l’accuser d’incurie tout en transmettant un message de peur et d’angoisse. « Nous sommes très inquiets, nous n’avons trouvé personne, nous n’avons trouvé aucune autorité susceptible de nous informer de manière précise et exacte […]. Nous sommes dans l’attente d’une information précise et vérace de la part de nos autorités car nous n’avons personne à qui nous adresser. Nous avons appelé Funvisis mais on a été coupé, nous n’avons pas pu entrer en contact avec les pompiers. Le maire [Gerardo] Blay n’indique pas s’il y a des dégâts dans sa région9 ».

            A ce moment de la conversation, le présentateur de Globovisión a interrompu son directeur pour lui rappeler une réalité. « Directeur, nous venons d’avoir une nouvelle fois au téléphone le président de Funvisis qui nous informe qu’il se trouve en voiture et que c’est la raison pour laquelle il lui a été impossible de nous fournir des informations. Cependant, il a affirmé que dès qu’il arrivera à destination, il nous informera en direct à la télévision pour nous fournir une meilleure information10 ».

            Loin d’entendre l’appel à la raison, Ravell en profita pour stigmatiser de nouveau les autorités : « Les médias officiels qui font tant de propagande devraient être en train d’informer les citoyens en ce moment, sans que nous ayons à recourir aux services météorologiques des Etats-Unis pour informer les gens qu’à Caracas il y a eu un tremblement de terre11 ».

            Tarek el Assaimi a dénoncé « l’attitude mesquine et l’utilisation irresponsable d’un moyen de communication ». Ravel, au lieu de transmettre un message de tranquillité, a instrumentalisé une catastrophe naturelle pour des fins politiques et « semer la crainte au sein de la population », selon Cabello, ministre des travaux Publics12. Que se passerait-il en France si le directeur de la chaîne privée TF1 avait attaqué le gouvernement de Nicolas Sarkozy, avec la même virulence, quarante minutes après le début des inondations survenues en 2008, l’accusant d’abandonner les victimes à leur sort ?  

La désinformation de RSF

            RSF a bien évidemment soigneusement censuré cette réalité et tente de faire passer une grave atteinte à la déontologie journalistique et un sérieux manquement à la responsabilité des médias pour une violation de la liberté de la presse. En référence au coup d’Etat de 2002, l’organisation parisienne reconnait qu’« une procédure judiciaire, assortie d’un débat contradictoire, sur l’attitude de certains médias privés au cours de ces évènements n’était pas sans fondement à l’époque » mais feint d’ignorer les agissements continuels et illégaux de Globovisión en s’interrogeant : « Sur quel contenu repose désormais l’accusation, plus de sept ans après les faits13 ? ».  

Enfin, RSF affirme que « Globovisión est le seul média télévisuel du réseau à émettre une voix nettement critique envers votre gouvernement. […].Dans d’autres pays d’Amérique latine, où vos homologues ont été durement confrontés à des médias hostiles ou considérés comme tels, jamais la réplique de l’État n’a pris une tournure aussi extrême. Jamais n’a eu lieu la subordination de la quasi-totalité du secteur télévisuel à la seule voix dirigeante ». Ici, le mensonge est triple : l’entité du président Robert Ménard tente de faire croire que les agissements de Globovisión sont monnaie courante en Amérique latine, que le gouvernement Chávez s’en prend à la chaîne en raison des critiques émises à son encontre et que les autres médias télévisuels du pays  sont à la solde du leader bolivarien14.

Encore une fois, il est aisé d’infirmer les propos de RSF. D’une part, aucun média latino-américain n’a appelé au renversement du président élu tel que l’a fait Globovisión. Par ailleurs, il suffit de regarder les chaînes de télévision privées qui occupent plus de 80% de l’espace médiatique du pays pour se rendre contre que la critique à l’encontre des autorités y est acerbe et constante. Enfin, tout analyste sérieux sait pertinemment qu’aucun pays du continent américain ne peut se targuer de disposer d’une liberté d’expression et de la presse similaire à celle qui règne au Venezuela. Ainsi, pour RSF, les médias doivent inciter à l’insurrection et au renversement de l’ordre établi comme le fait Globovisión pour ne pas être considérés comme étant à la botte du pouvoir.

            Depuis l’élection d’Hugo Chávez à la présidence de la République bolivarienne du Venezuela, RSF a pris fait et cause pour l’opposition antidémocratique et putschiste et n’a eu de cesse de défendre ses intérêts au niveau international. Ainsi, lors du coup d’Etat du 11 avril 2002, RSF s’était bien gardée de dénoncer le rôle principal joué par les médias privés opposés au président démocratiquement élu. Pis encore, le 12 avril 2002, RSF avait publié un article reprenant sans aucune réserve la version des putschistes et avait essayé de convaincre l’opinion publique internationale que Chávez avait démissionné :

« Reclus dans le palais présidentiel, Hugo Chávez a signé sa démission dans la nuit, sous la pression de l’armée. Il a ensuite été conduit au fort de Tiuna, la principale base militaire de Caracas, où il est détenu. Immédiatement après, Pedro Carmona, le président de Fedecámaras, a annoncé qu’il dirigerait un nouveau gouvernement de transition. Il a affirmé que son nom faisait l’objet d’un "consensus" de la société civile vénézuélienne et du commandement des forces armées15 ».

            RSF n’est pas une organisation de défense de la liberté de la presse mais une sombre entité à l’agenda politique bien précis chargée de discréditer par tous les moyens possibles les gouvernements progressistes à travers le monde et qui se trouvent sur la liste noire des Etats-Unis. Rien d’étonnant quand on sait que Washington finance substantiellement l’organisation par le biais de la National Endowment for Democracy, une officine écran de la CIA selon le New York Times16.

Notes 1 Reporters sans frontières, « Acharnement gouvernemental contre la chaîne Globovisión : lettre ouverte au Président Hugo Chávez », 29 mai 2009. http://www.rsf.org/article.php3?id_article=31466 (site consulté le 2 juin 2009). 2 Ibid.3 Agencia Bolivaria de Noticias, « Periodistas coinciden en que Globovisión es promotor de protestas de oposición », 29 mai 2007. 4 Agencia Bolivaria de Noticias, « Ministro Lara denunció que medios de oposición incitan a magnicidio », 27 mai 2007. 5 Agencia Bolivaria de Noticias, « CNN miente sobre Venezuela y Globovisión incita al magnicidio », 28 mai 2007. 6 Agencia Bolivaria de Noticias, « Globovisión continúa con la instigación a la desestabilización », 29 mai 2007. 7 Luigino Bracci Roa, « Fuerte temblor sacudió región central del país esta madrugada sin causar daños », Yvke Mundial,4 mai 2009. http://www.radiomundial.com.ve/yvke/noticia.php?23910 (site consulté le 15 juin 2009).  8 Ibid.9 Globovisión, « ¿Quién sintio el temblor primero? ¿Los chavistas o los opositores? », 4 mai 2009. http://www.youtube.com/watch?v=TwC0pLR-ajQ (site consulté le 15 juin 2009). 10 Ibid.  11 Ibid. 12 Ibid.13 Reporters sans frontières, « Acharnement gouvernemental contre la chaîne Globovisión : lettre ouverte au Président Hugo Chávez », op. cit.14 Ibid.15 Reporters sans frontières, « Un journaliste a été tué, trois autres ont été blessés et cinq chaînes de télévision brièvement suspendues », 12 avril 2002. www.rsf.org/article.php3?id_article=1109 (site consulté le 13 novembre 2006). 16 Salim Lamrani, Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009).  

Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a publié, entre autres, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008). Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Ce que les médias ne vous diront jamais (Paris : Editions Estrella, 2009) et comporte un prologue de Nelson Mandela.  Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; salim.lamrani@parisdescartes.fr

Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 13:56

A Paris, le 22 mai 2009,  

Monsieur Eric Fottorino

Directeur du Monde

 

 Monsieur le Directeur, 

C’est avec un grand respect que je souhaite vous exprimer, au nom du peuple vénézuélien et de notre gouvernement, mon sincère étonnement face à l’article selon moi tendancieux de votre correspondant, Monsieur Jean-Pierre Langellier, que j’ai eu l’opportunité de découvrir en parcourant les pages de votre quotidien daté du 19 mai dernier. 

Cet article, dont j’ai constaté avec surprise qu’on le qualifie « d’analyse », reprend à son compte les plus incroyables stéréotypes et contrevérités colportés depuis dix ans par ceux qui ne comprennent pas la volonté souveraine des vénézuéliens – démontrée à maintes reprises dans les urnes – de se choisir un modèle original et alternatif de développement. 

Retranché derrière sa supposée objectivité journalistique, Monsieur Langellier dresse au fil des lignes un portrait de notre pays digne d’une parodie de Tintin et les Picaros : plusieurs  chiffres et discours sont utilisés hors de leur contexte et les sources sont occultées. De ce fait,  Monsieur Langellier  trompe sciemment vos lecteurs, en contribuant à forger une vision de l’Amérique Latine simpliste et heureusement contraire à la réalité. 

On peut ainsi lire, au fil des lignes, que le Venezuela est gouverné par un « régime » « autoritaire et étatiste », « centralisé et militarisé », qui n’honore pas ses engagements internationaux, qui transforme en « traîtres » les « camarades » critiques, « exerce une vendetta contre ses opposants », les « harcèle » et réduit « chaque jour un peu plus l’espace de la démocratie », tout cela grâce à « un Parlement à sa dévotion », une compagnie pétrolière qui est un « Etat dans l’Etat » et au fait que « les médias privés sont dans le collimateur ». 

Dans son « analyse », Monsieur Langellier juge tout de même utile de retranscrire l’opinion de membres du Gouvernement qu’il décrie, en expliquant que « récemment », notre Ministre des Finances déclarait « qu’au Venezuela ressurgit le rêve de l’Union Soviétique » : une phrase là aussi sortie de son contexte, mais qui sert son dessein de donner l’image d’un pays archaïque, aux antipodes de notre volonté affirmée de construire un modèle novateur et moderne de réelle redistribution de la richesse, participatif et démocratique. 

Alors que si peu se sont émus, pendant les années 80 et 90, de la terrible expérimentation des politiques ultra-libérales sur notre continent et de leurs conséquences désastreuses sur le niveau de vie des latino-américains, certains commentateurs démontrent aujourd’hui un aveuglement idéologique lorsqu’ils attaquent notre politique de reconstruction de l’Etat, de services publics forts et efficaces à lutter contre les effets sociaux de la crise économique et financière actuelle. 

Par ailleurs, il n’est pas juste de dénoncer une faiblesse grandissante de la démocratie au Venezuela, alors que depuis 1998, il est le pays à avoir connu le plus grand nombre de consultations électorales, que parallèlement à ces consultations se sont consolidés les mécanismes de participation citoyenne et populaire, et que notre pays à été pionnier dans la mise en place du référendum révocatoire qui permet aux électeurs de mettre librement fin au mandat de tout élu : un processus auquel le Président Hugo Chavez s’est courageusement soumis, chose que beaucoup omettent de mentionner lorsqu’ils l’accusent d’autoritarisme ou de persécution des opposants. 

Je tiens à vous réaffirmer, Monsieur le Directeur, notre réelle disposition à apporter des compléments d’information à vos lecteurs qui puissent leur permettre de mieux connaître la réalité de notre pays. Nous serions honorés de pouvoir nous exprimer dans votre quotidien, si vous le souhaitiez, par exemple au sein de sa rubrique d’opinions. 

En espérant que vous comprendrez nos motivations, je vous prie, Monsieur le Directeur, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

 

Jesús Arnaldo Pérez

Ambassadeur

 

Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 14:44

Nouvelle victoire populaire au Vénézuéla :
Libération se verrait bien désinformer ses lecteurs à vie.

Maximilien Arvelaiz et Thierry Deronne

 

Une photo de Reuters montre un Chavez solitaire émergeant, narquois, de son château-fort. Le titre : "Chavez se verrait bien en président à vie". Les intertitres : "caudillo" et "insécurité". Les témoins parlent de “caudillisme”. La révolution bolivarienne est un “castrisme new-look”. Voilà ce que Libération offre à ses lecteurs, le 14 février 2009, en guise d´information préalable sur le nouveau scrutin que vient de remporter le peuple bolivarien avec une marge éclatante de dix pour cent, au bout de dix ans de révolution (1).

En 2006 ce journal inventait déjà de toutes pièces l´antisémitisme de Chavez au moyen d´un truquage de texte décrypté en détail par l´association Acrimed (2). Cette fois un certain Gérard Thomas met en doute la victoire populaire au référendum de ce dimanche 15 février au motif qu´une “puissante” “union bolivarienne des étudiants” aurait décidé d´appuyer le “non” de droite. Le problème pour G. Thomas c´est que nul n´a jamais vu l´organisation dont il parle. Les médias d´opposition vénézuéliens où il puise ses informations (l´opposition détient la majorité des titres de presse, web et 80 % du spectre radio et Tv) sont passé maîtres dans la manipulation mondiale et dans la récupération du label “bolivarien” pour fabriquer des clones virtuels destinés à semer la confusion parmi les électeurs. Le principal mouvement étudiant au Venezuela, le vrai, s´appelle “fédération bolivarienne des étudiants”. Née il y a six ans de l´explosion des missions éducatives et de la création de l´université bolivarienne sur l´ensemble du territoire, cette fédération représente des millions de jeunes qui ont défendu hier dans les urnes la poursuite de la démocratisation d´une université jusqu´ici réservée aux classes supérieures. Les étudiants des universités privées, minoritaires mais ultramédiatisés, n´ont cessé de manifester leur refus raciste de partager l´éducation supérieure avec quelques millions de nouveaux condisciples de milieu populaire. La victoire populaire de dimanche signe leur défaite autant que celle des grands médias.

Gérard Thomas qualifie la démocratie venezuelienne de “castrisme new look” ? Une seconde, permettez. Après dix ans de révolution le Venezuela compte une quarantaine de partis politiques, de l´extrême-droite à l´extrême-gauche. La grande majorité des medias appartient à l´opposition. L´ONG chilienne indépendante Latinobarometro (3) qui sonde tout le continent vient de classer le Venezuela avec un score de 80% sur l´échelle de la conscience démocratique en Amérique Latine. Le président Lula a souligné récemment que Hugo Chavez est sans doute le plus légitime des présidents latino-américains, vu le nombre d´élections et de référendums organisés sous sa présidence, et qu´il ne voyait que démocratie dans le référendum de dimanche puisque c´est le peuple qui tranche. Rafael Correa, depuis l´Equateur, demande qu´on cesse de donner des lecons à la démocratie vénézuélienne et les Présidents de la Bolivie et du Paraguay, Evo et Lugo ont souhaité bonne chance au Président Chavez quelques heures avant les élections. Si tous ses collègues latinoaméricains le saluent ainsi, c´est aussi parce qu´ils reconnaissent que si aujourd`hui l´ìntégration latinoaméricaine avance à grand pas avec des initiatives comme la UNASUR , l`ALBA ou la Banque du Sud c`est en grande partie grace a la diplomatie vénézuélienne que Thomas qualifie d`«erratique» sous prétexte que le Venezuela aurait rompu ses relations avec Israël par solidarité avec le peuple palestinien et entretienne de bonnes relations avec l`Iran comme avec tous les grand pays du Sud de la Chine au Viet Nam, de l´Afrique du Sud a la Malaisie : ce sud que des médias comme Libé se refusent de voir.

Pourquoi faut-il que Libération continue à cacher à ses lecteurs que la possibilité de rendre reéligibles tous les élus sans limite permet simplement de multiplier l´offre démocratique des candidats ? Que cela existe déjà dans la plupart des démocraties ? Qu´en France c´est Nicolas Sarkozy qui a fait supprimer cette possibilité de se présenter plus de deux fois à la présidence (sans doute traumatisé par l´hypothèse d´un troisième mandat de Chirac - lequel aurait pu, peut-être, empêcher la France de retomber sous la coupe de l´OTAN). Pourquoi cacher qu´au Venezuela les observateurs internationaux ont jugé transparents, démocratiques toutes les élections, tous les référendums ( quinze en dix ans alors qu`entre 1959 et 1998 n`ont eu lieu que 12 elections ans ), saluant un systeme electoral des plus fiables au monde?

Au fond ce que craint Libération c´est que la politique puisse encore passer par des projets à long terme, portés par de grands hommes d´État, comme de Gaulle a pu l´incarner à une époque. Pour Libération la démocratie consiste a renouveler rapidement les présidents comme les produits frais au marché. Quelle importance comme le soulignait encore recémment une étude de la CEPAL si la pauvreté a baissé de 20 % et que l´inégalité sociale ne cesse de se résorber, si la santé publique gratuite sauve des millions de vies, s´il y a encore tant à faire du point de vue de la majorité sociale pour sortir à jamais de la misère et construire l´égalité totale des droits ? Quelle importance si les vénézuéliens, contrairement aux francais, ont déjà conquis le droit de monter légalement des médias alternatifs de radio et télévision, d´y user d´une pleine liberté de parole, ou le droit de décider des politiques locales et de les évaluer à travers des milliers de conseils communaux ? Gérard Thomas fait dire à un “habitant de Caracas” que ce ne sont là que "promesses non tenues d´année en année".

Libération est passée de Sartre à Rothschild, sans sortir des règlements de compte des années 80, rivée au dogme selon lequel toute révolution mène au stalinisme. En fondant le journal Sartre avait prévenu : “Le droit a l´information n´est pas, comme on le croit à tort, un droit du journaliste mais le droit du peuple de savoir ce qui se passe. Le rôle du journaliste, en somme, est de permettre au peuple de discuter avec le peuple”.

Caracas, le 15 février 2009 Notes : 1. http://www.liberation.fr/monde/0101319404-ch-vez-se-verrait-bien-president-a-vie 2. Sur le journalisme d´imputation pratiqué par Libération contre Hugo Chavez : ttp://www.acrimed.org/rubrique355.html 3. Voir http://www.latinobarometro.org/ 4. Tous les résultats des scrutins au Venezuela sont disponibles sur le site du conseil électoral : http://www.cne.gob.ve/

Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation
20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 21:02





La presse internationale a un faible tout particulier pour Teodoro Petkoff. Chaque fois qu’un média hors du Venezuela veut publier une déclaration contre Hugo Chavez, il interviewe l’ex-guérillero et ex-communiste. Ça ne loupe jamais. Et Petkoff dit ce que les médias veulent entendre.

Teodoro Petkoff est l’exemple vivant de comment la droite veut que soit quelqu’un de gauche. Les médias le présentent comme un homme de gauche, démocratique et responsable, un social-démocrate moderne. Lui-même, dans son livre « Las dos izquierdas » (« Les deux gauches »), se présente comme un représentant de l’ « autre gauche », distincte de celle de Chavez et proche de Lula et de Ricardo Lagos.

Sa trajectoire politique va du communisme orthodoxe à l’apologie du néolibéralisme au nom de la gauche. Opposant comme il faut durant la Quatrième République, son projet politique devint, comme l’affirme le journaliste Ernesto Villegas, la « troisième patte » du système bipartite, constitué par les partis Action démocratique (AD) et le Comité d’organisation politique électorale indépendant indépendants (COPEI) en plus d’être le pro consul du Fonds monétaire international (FMI) au Venezuela. Il justifia son parcours politique en disant que « seul les imbéciles ne changent pas d’avis ».

Économiste, journaliste et, surtout homme politique professionnel, Petkoff a aujourd’hui 76 ans. Fils d’immigrants bulgare et polonais, il entra en 1949 au Parti communiste du Venezuela (PCV). Avec Douglas Bravo, il participa à la lutte de guérilla. Arrêté à trois occasions, il s’évada de prison au cours d’épisodes qui semblent extraits d’un roman. Gabriel García Márquez conta un de ces épisodes.

Il critiqua l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, rompit avec le PCV en 1970 et fonda, quelques mois plus tard, le Mouvement au socialisme (MAS). Le nouveau projet politique suscita des sympathies internationales pour sa vision d’un socialisme à visage humain et sa prise de distance avec le léninisme classique. En peu de temps, cependant, il intégra la particratie traditionnelle et devint l’un des bénéficiaires de la rente pétrolière.

Petkoff fut élu député au cours de plusieurs législatures. En 1983 et en 1988, il fut candidat à l’élection présidentielle, mais son score fut plus que modeste. Quand en 1989, les habitants pauvres de Caracas se soulevèrent contre les mesures d’austérité du président Carlos Andrés Pérez, au cours de ce qui est connu comme le Caracazo, et que le gouvernement répondit en massacrant des civils désarmés, il garda le silence. Passant déjà ouvertement à droite, il fut vaincu en 1992 aux élections pour la mairie de la Caracas par un candidat de la gauche radicale. Un an plus tard, il donna son appui à la campagne présidentielle de Rafael Caldera, un social-chrétien qui avait rompu avec son parti, le COPEI.

L’ex-communiste entra dans le cabinet du nouveau gouvernement. Il occupa la direction de Cordiplan (le bureau central de coordination et planification) et dirigea la politique économique. Il mit en œuvre un plan agressif de privatisations que la revue Producto résuma un jour en une par le titre : « Le Venezuela, pays à vendre ».

Sans aucune médiation, il annonça en 1997 qu’il « allait serrer davantage la vis  » à un moment où 67,8% des Vénézuéliens étaient officiellement classés comme pauvres. Il demanda compréhension et sacrifice aux travailleurs et aux classes moyennes. Il licencia plus de 50 000 fonctionnaires publics. Il modifia le régime des prestations sociales pour éliminer leur rétroactivité, avec la promesse que cela permettrait d’augmenter les salaires.

Petkoff donna son aval à l’« ouverture pétrolière », par laquelle la colonne vertébrale de l’économie vénézuélienne fut privatisée dans les fait par la souscription de contrats léonins en faveur de compagnies transnationales. Dans le cadre de cette politique, des réductions sur le prix du barril furent appliquées pour des raffineries des Etats-Unis. Petróleos de Venezuela (PDVSA) transféra son système informatique à une entreprise mixte du nom d’Intesa, formée par la propre PDVSA et par SAIC, une compagnie écran de la C.I.A., dont plusieurs directeurs sont des anciens secrétaires à la Défense des Etats-Unis. Ce transfert fut clé dans la grève/ sabotage pétrolier de décembre 2002 et janvier 2003 [1]

Le gouvernement de Caldera fit montre de mépris pour l’OPEP en la qualifiant, selon les paroles du ministre de l’Énergie de l’époque, de « cartel de menteurs  ». Il ne respecta pas ses quotas de production et favorisa la concurrence entre ses membres. Les conséquences ne se firent pas attendre : le prix du brut chuta de manière fracassante.

Petkoff fut le principal fonctionnaire chargé de négocier un accord entre le gouvernement du Venezuela et le FMI. Sans aucune résistance, il se soumis au diktat de l’organisme financier international. Par la suite, il déclara qu’il était nécessaire de démocratiser l’institution.

Quand en 1988, le MAS, le parti qu’il avait formé, décida d’appuyer la candidature présidentielle d’Hugo Chavez, il l’abandonna sous les huées. En 2000, il fonda le quotidien Tal Cual, dans lequel il consacre au chef de l’État vénézuélien une critique systématique, viscéral, amère et factieuse. La publication est à mille lieux d’être le média objectif et équilibré que ses apologistes décrivent.

Depuis lors, chaque fois qu’un média a besoin d’un commentaire contre Hugo Chavez qu’on peut accréditer à un « homme de gauche », il a recours à Teodoro Petkoff. Pendant ce temps, l’opposition vénézuélienne l’utilise comme elle l’entend. A l’heure où il faut choisir son candidat à la présidence de la République, elle ne le laisse pas passer. Pour ceux qui commandent véritablement au sein du bloc de l’opposition, Petkoff leur sert là où il est, en faisant ce qu’il fait, mais pas avec plus de pouvoir.

Ceux qui au Mexique portent Petkoff aux nues ne le font pas seulement pour s’opposer à Chavez mais pour promouvoir aussi dans le pays une gauche institutionnelle qui plaît à la droite. C’est à dire une gauche comme celle qui dirige aujourd’hui le Parti de la Révolution Démocratique (PRD, Mexique).

Notes :

[1] [RISAL] L’auteur fait ici référence à la tentative de renversement du gouvernement Chavez fin 2002 et début 2003. L’opposition politique, qui avait déjà tenté un coup d’État en avril 2002, essaya de faire chuter le gouvernement en bloquant la principale entreprise du pays, PDVSA. Il semble que le sabotage du système informatique de l’entreprise fut une arme essentielle des nombreux cadres anti-chavistes pour bloquer la production.

Source : La Jornada, Mexique, 23 décembre 2008.

Traduction : Frédéric Lévêque, pour le RISAL.

http://risal.collectifs.net/spip.php?article2460

Partager cet article

Repost0
Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation