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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 17:57

 

 
 
 

Ce mercredi 29 mai 2019, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat de la République française, recevait une délégation de vénézuéliens, avec à leur tête Lorent Saleh. 
 
En costume-cravate, le jeune vénézuélien se livrait à un exercice de diplomatie parallèle afin de rallier certains secteurs politiques décisionnaires de notre pays dans sa croisade anti-démocratique au Venezuela. 
 
Que Mr. Saleh parade devant les médias français est une chose. Nous connaissons l’alignement systématique des rédactions sur les positions atlantistes et le manque de discernement de certains journalistes pour identifier leurs interlocuteurs. En revanche, l’invitation de Mr Saleh au Palais du Luxembourg révèle soit un disfonctionnement des services de renseignements de notre pays, soit l’alignement d’une institution républicaine respectable sur les secteurs les plus anti-démocratiques de l’opposition vénézuélienne. Dans les deux cas, c’est assez préoccupant. 
 
Puisque personne ne semble connaître les antécédents et l’orientation politique de Lorent Saleh, nous nous permettons ici de les rappeler.  
 
Qui est Laurent Saleh ?
 
Lorent Saleh est un activiste politique vénézuélien et fondateur du groupe ultra-radical Juventud Activa Venezuela Unida (JAVU). Ce groupuscule a été formé par les serbes de l’organisation Canvas (ex Otpor) aux techniques de coup d’Etat soft, théorisé par Gene Sharp. Ayant quitté Javu pour créer une autre officine (Operación Libertad), Lorent Saleh fut responsable d’actions insurrectionnelles réalisées dans l’Etat central de Carabobo.  Actes pour lesquels il écopera d’une condamnation sans incarcération en 2010, mais avec l’obligation de se présenter au commissariat. Selon des révélations du Ministère de l'Intérieur vénézuélien, il participe, dès 2011, à des camps d’entrainement dans le but d’agresser le gouvernement d’Hugo Chávez. 
 
Le 6 juillet 2013, Mr. Saleh a participé, en Colombie, au lancement d’un mouvement politique (Alliance Nationaliste pour la Liberté) aux cotés de militants néo-nazis du groupe Troisième Force. Le positionnement politique de Lorent Saleh n’est pas un délit, cependant il nous paraît étonnant que le Sénat français déroule le tapis rouge à des représentants de cette idéologie. 

 
Lorent Saleh et Diego Cubillos, du groupuscule nazi colombien Tercera Fuerza
 
Les amis colombiens de Lorent Saleh 
 
En 2014, il participe à des guérillas urbaines dans le but de renverser le gouvernement vénézuélien. Bilan : 41 morts, 608 blessés, dont la plupart sont imputables aux amis de Mr Saleh. Durant les mois qui suivirent ces violences, le jeune vénézuélien s’initiera à cette diplomatie parallèle en parcourant plusieurs pays dans le but de conquérir des soutiens dans sa lutte contre le gouvernement du Venezuela. 

Au cours de cette année, il retournera en Colombie et sera arrêté par les autorités colombiennes pour avoir participer à des actions violentes à Bogota, et avoir tenter d’infiltrer l’Ecole de Guerre de ce pays
 
Durant sa détention en Colombie, le journal colombien El Tiempo, publiera des photos compromettantes de Lorent Saleh dont une, où il apparait armé d’un fusil Galil, de fabrication israélienne. El Tiempo relèvera pudiquement que l’activité de Lorent Saleh allait bien au delà de ce que son visa de coopération lui permettait. Au vu des révélations de cet organe de presse peu susceptible de complaisance avec la Révolution Bolivarienne, on peut se demander ce qui justifie l’invitation d’une telle personnalité dans les institutions de notre République. 

 
Docteur Lorent et Mister Saleh. A gauche, lors de son audition au Sénat de la République Française, à droite armé d'un fusil Galil, prêt à commettre des activités terroristes au Venezuela
 
Lorent Saleh (au milieu) lors d'un voyage en Colombie
 
Pire encore, la même année, un échange skype entre Laurent Saleh et un mystérieux interlocuteur révèle le caractère mercenaire de l’invité du Sénat. Durant la conversation, que chacun peut découvrir, Lorent Saleh découvre les contours d’une opération terroriste qu’il a lui même contribué à planifier. 
 
«Il faut commencer à monter des camps d’entrainement, ici en Colombie. Que nos gens apprennent à manier les armes et les explosifs, à faire de l’auto-défense et du parachute » dit l’invité de la République française. Puis il continue « nous possédons déjà des explosifs et du C4, mais nous devons avoir aussi des gilets pare-balles et de l’armement, et une façade diplomatique avec Opération Liberté [son ONG, NDT]». 

 
En septembre 2014, la Colombie finira par extrader ce terroriste en herbe au Venezuela, et lui interdira l’accès à son territoire durant 10 ans. Rapatrié dans son pays, il sera jugé, arrêté, mis sous les verrous, puis libéré en 2018, dans le cadre de négociations entre le gouvernement vénézuélien et des diplomates européens. 
 
Le 26 février 2019, trois jours après l’échec du gouvernement des Etats-Unis de violer la souveraineté du territoire vénézuélien, nous retrouvons Lorent Saleh en Colombie. L’interdiction d’entrer sur ce territoire, émise par la justice cinq ans auparavant, avait été levé pour 90 jours par le gouvernement d'Ivan Duque. Ce soir là, il fut arrêté par la police colombienne. Les interprétations sur les causes de cette arrestation divergent. Certaines sources révèlent que Lorent Saleh aurait essayé d’abuser de deux femmes dans un bar de nuit, la police de Colombie informera quelques jours plus tard qu’il s’agissait d’un contrôle de routine.  Il sera finalement libéré. 
 
La crise politique au Venezuela ne peut se résoudre pacifiquement que par le dialogue. Si les Etats-Unis et leurs alliés latino-américains continuent de jeter de l’huile sur les braises, les diplomaties qui recherchent des solutions de paix ne peuvent que soutenir les rencontres qui se déroulent actuellement en Norvège entre les dirigeants envoyés par le président Maduro et des députés de l’opposition vénézuélienne. 
 
Or cette dernière est protéiforme, et couvre un échiquier politique très large. Il existe au sein de l’opposition des politiciens qui, tout en s’opposant au chavisme, à Hugo Chavez et au président Maduro, cherchent tout de même des solutions politiques pour éviter un conflit de plus grande ampleur. 
 
En faisant le choix de s’afficher avec un membre de l’opposition la plus radicale, la plus violente et la plus extrémiste politiquement, la France ne fait pas honneur à la recherche de solutions politiques. Lorsque le président de la Commission des affaires étrangères au Sénat, Mr Christian Cambon  (LR) affirme, devant Mr Saleh aux anges, que « les 11 monstres ciblés par les pays qui ont saisi le Tribunal Pénal International devront répondre de leurs crimes », ou invite son hôte à « rapporter à nos amis vénézuéliens le soutien du Sénat de la République Française », la France ne s’exclurait-elle pas de son rôle de médiation en posant des préalables qui pourrait nuire au dialogue d’Oslo ?
 
 
 
https://www.romainmigus.info/2019/05/pourquoi-le-senat-francais-invite-un.html

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Published by RICHARD - dans Le Venezuela
3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 12:42

D5a2pDpWwAEQADD30 avril 2019, Caracas. Le peuple appuie massivement le Président Nicolás Maduro face à la tentative de coup d’état dirigé par les Etats-Unis et appuyé par les médias privés du Venezuela et internationaux. L’extrême droite du milliardaire Leopoldo Lopez, un temps relookée en « Obama » (Guaido), n’a pas réussi à briser l’union civico-militaire construite par Hugo Chavez.

L’image mise aussitôt en boucle planétaire d’un « blindé de l’armée vénézuélienne fonçant sur la foule », alors qu’il s’agit de véhicules utilisés par des putschistes, montre que lorsqu’un « sens commun » est sédimenté par une hégémonie médiatique, chaque « journaliste » peut grimper sur une branche de plus en plus haute de la désinformation. Cette existence d’un « Venezuela » virtuel créé par les plans serrés des caméras depuis vingt ans est une leçon pour la gauche du monde entier : comprendre que les médias actuels ne peuvent que désinformer sur ce pays comme sur les Gilets Jaunes, comme sur toute bataille de l’émancipation humaine, et légitimer les coups d’Etat ou la répression d’un mouvement social.

D’où l’urgence de passer du marketing électoraliste à des programmes politiques centrés sur la démocratisation de la propriété des médias, la fondation de nouvelles écoles de journalisme, la création d’un puissant réseau de médias associatifs et de nouvelles technologies numériques plus organisatrices que les réseaux inventés par les Etats-Unis.

Thierry Deronne., Caracas, 30 avril 2019

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4HN

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- dans Le Venezuela
14 mars 2019 4 14 /03 /mars /2019 13:35
LA VIE (ET LA MORT) NE S'ARRETENT PAS POUR UNE COUPURE D'ELECTRICITE  par Romain Migus
Caracas, Mercredi 13 mars 2019. 

 
Le service d'électricité a été rétabli sur l'ensemble du territoire national. Celui de l'eau potable est encore en cours mais de très nombreux endroits ont enfin accès de nouveau au précieux liquide. 
 
Au moment où l'électricité commençait à revenir, les habitants du Venezuela, ainsi que l'opinion publique internationale, ont été soumis à une intense campagne psychologique. 
 
Face aux défaites successives de Trump et de ses serviteurs vénézuéliens, le sabotage de l'industrie électrique a été l'occasion de consolider l'image d'un pays en proie à un désastre humanitaire. 
 
En premier lieu, rappelons que la coupure d'électricité est dû à un arrêt de plusieurs turbines sur plusieurs barrages en même temps. Le mythe de la déficience gouvernemental ne tient pas la route face à une attaque de cette magnitude. 
 
Même si cela est une fake news, attribuer la coupure d'électricité au président Maduro est cependant nécessaire pour le rendre responsable de dizaines (voire de centaines) de morts dans les hôpitaux vénézuéliens faute d'électricité. Précisons encore une fois que les hôpitaux vénézuéliens disposent de groupes électrogènes. En revanche, la mort n'attend pas le rétablissement du courant pour frapper et emmener avec elle celles et ceux qu'elle a déjà frappé de son sceau. Des morts dans les hôpitaux, il y en a eu la semaine avant le sabotage électrique, et il y en aura malheureusement cette semaine et celles qui suivront. Les décès font partie de la vie tragique d'un hôpital, au Venezuela ou ailleurs. 
 
Tout comme la mort, la vie non plus ne s’arrête pas. Les vénézuéliens ont dû faire face au manque d’eau. Des chaines de solidarité se sont crées. A Caracas, le gouvernement a déployé de nombreux camions citernes, et les citoyens ont pris d’assaut les flancs de la montagne Avila, qui entoure la capitale, et d’où coulent de nombreuses sources d’eau potable. Absolument personne n’a été boire ou se baigner dans les eaux ultra-polluées du Guaire, le cours d’eau qui sépare la vallée de Caracas en deux. Dans le cas contraire, nous assisterions ces jours-ci à une épidémie de grande ampleur. Ce n’est pas le cas. Si des eaux usées s'écoulent bien dans le rio Guaire, de nombreux cours d'eau, qui naissent dans les montagnes qui entourent la ville, s'y déversent aussi. C'est cette eau de source que les gens sont venus chercher. Il n’y a pas de doute que ces opérations psychologiques avaient été soigneusement préparées pour tenter de recréer l’image d’un pays vivant une crise humanitaire, et d’un Etat failli qui ne protège plus sa population. 

Les médias ont montré des citoyens avec des bidons sur les berges du rio Guaire, sauf que.....
...ils venaient s'approvisionner dans un des nombreux conduits qui acheminent les cours d'eau de la montagne Avila vers le rio Guaire.
 
 
En ce qui nous concerne, durant quatre jours, nous avions deux ou trois heures d’électricité, et un accès à l’eau d’une demie heure, à l’aube. Un laps de temps suffisant pour remplir absolument tout ce qui ressemblait à un récipient pouvant contenir et retenir ce liquide devenu or, et rechargé tous nos appareils électroniques. Nous avons été privilégiés. De nombreuses zones de Caracas et du pays n’ont pas eu la même chance, et sont restés dans le noir et sans eau durant quatre jours. 
 
Mais la vie ne s’arrête pas avec le courant, même si la dynamique change. Tous les jours, de nombreux vénézuéliens descendaient dans la rue afin de trouver un commerce dont le terminal bancaire fonctionnait et faire leurs courses. Les congélateurs ne marchant plus, les produits stockés se décongelant, il n’y avait pas d’autres choix que de cuisiner, chercher le voisin qui dispose d’une cuisine à gaz, partager les victuailles, mutualiser les denrées alimentaires, privilégier les anciens et les enfants. Et peu importe d’ailleurs l’opinion politique des voisins. Dans ce cas de gravité extrême, la solidarité l’emportait sur le reste. Et la vie pouvait suivre son cours, dans une situation extrêmement difficile, et malgré les cris d’orfraie d’une opposition frustrée qui voyait, de nouveau, son plan mis en déroute.  
 
Cela, répétons le jusqu’à ne plus avoir de salive, nous ne l’avons pas inventé : nous l’avons vu et vécu. Oui, nous avons vu des centaines de personnes, le vendredi soir, dehors, aux pieds de leurs immeubles ou de leurs maisons, partager un moment avec les voisins ; à San Agustin ou sur l’Avenue Libertador, sur l’avenue Urdaneta ou dans le centre de la capitale, dans des quartiers populaires ou de petite classe moyenne. Face à l’adversité de la situation, et face à l’ennui qui guète lorsqu’on est seul chez soi sans lumière, la chaleur du collectif est le meilleur des remparts. 
 
Lorsque la lumière est revenue, nous avons enfin pu nous communiquer avec les nôtres:
 
« J’étais inquiet. Tout va bien ? »
Et les histoires commencent à pleuvoir. Toute sont chargées d’émotions et de cette capacité de résistance qui caractérise le Peuple vénézuélien. 
 
« J’ai fait des puzzles, me dit Paola, cela faisait des années que je n’en avais pas fait ». Même son de cloche chez Tania « j’ai lu des vieux contes avec les enfants, et puis on a fait des jeux de société ». Toutes les histoires nous ramènent à notre propre expérience de ces jours passés, et nous rappelle que nous avions aussi une belle vie avant, sans internet ni les réseaux sociaux. 
 
« Mon père était à l’hôpital public Perez Carreño. Il devait être opéré de l’estomac » nous raconte Charilin avant de poursuivre « et avant que tu me le demandes, non il n’est pas mort pour la coupure d’électricité. Il est convalescent mais il va bien ». 
 
Depuis Barquisimeto, la troisième ville du pays, la tia Salma nous dit en riant « tous les voisins ont ramené un peu d’eau, des légumes ou du poulet, et nous avons fait une grande soupe communautaire pour tous ». Son propos illustre ce que nous avions déjà vu à Caracas. Salma est la seule chaviste de son pâté de maison. Ces témoignages sont peut être la meilleure preuve que la guerre civile, exigée par Guaido et les secteurs extrémistes de l’opposition vénézuélienne, ne prend pas au sein de la population. C’est aussi une illustration de pourquoi la demande de Guaido de descendre dans la rue et d’organiser des pillages n’a pas été suivi dans les faits. La vie ne s’arrête pas pour une coupure de courant. La vie est comme la végétation qui recouvre des ruines. Elle s’impose à la destruction et à la mort. Et cela, les vénézuéliens viennent de nous le rappeler, encore une fois. 
 
 
 

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Published by RICHARD - dans Le Venezuela
11 mars 2019 1 11 /03 /mars /2019 20:06

Ces derniers jours, le Venezuela a été victime d’une nouvelle vague de sabotages, la plus importante de l’histoire du pays, contre la centrale hydroélectrique de Guri à l’aide de virus informatiques mais aussi de bombardements électro-magnétiques contre la téléphonie notamment. Tout cela a privé d’électricité au moins 80% de la population. Même le magazine états-unien Forbes considère comme hautement probable que cette attaque soit l’oeuvre des Etats-Unis. Le but est de saper toute tentative du gouvernement du Venezuela de stabiliser l’économie et d’initier une séquence de chaos social insurrectionnel (panne d’électricité, panne de télécommunications = pénurie d’essence, d’eau, de nourriture, etc..) que les Etats-Unis et leurs outils comme Juan Guaidó doivent à tout prix organiser dans ce pays. La fausse “aide humanitaire” à la frontière colombienne était peut-être une manoeuvre secondaire, voire “distractive”, face à ce plan élaboré de phases successives du « coup d’Etat à mèche lente » (Maurice Lemoine). (Notons que le New York Times vient de faire amende honorable et de reconnaître, grâce à une vidéo non tronquée des événements, que l’incendie des camions « humanitaires » a été causée comme nous l’avions indiqué précédemment, par des paramilitaires colombo-vénézuéliens, et non par les autorités vénézuéliennes comme la plupart des médias l’ont affirmé. Pour sa part, la télévision canadienne a déjà démonté la fake news du « pont bloqué par Maduro »…)

    1. La préparation du choc.

Les messages venant des Etats-Unis étaient clairs ces derniers jours: la montée en puissance de la déstabilisation était imminente. Le retour faussement épique de Guaidó a duré moins longtemps que prévu sur le panneau d’affichage: il n’ y a pas eu de défections critiques dans les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) qui, mélangées à une révolte sociale générale, l’auraient installé à Miraflores pour exercer le pouvoir. Son retour glorieux au Venezuela n’a eu d’effet que dans la frénésie passagère des médias. En conséquence, Guaidó est revenu au point de départ inconfortable d’il y a deux mois. Épuisée par la défaite “humanitaire” du 23 février et sans des actions concrètes de commandement présidentiel qui le catapulteraient à l’intérieur, l’orchestration des opérations suivantes se ferait entièrement aux dépens des Etats-Unis.

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Le sénateur US Marco Rubio, puis Juan Guaido, a annoncé quelques heures avant la panne que « les Vénézuéliens vivront la plus grave pénurie de nourriture et d’essence« . « Les politiques de Maduro n’amènent qu’obscurité. Pas de nourriture, pas de médicaments, pas d’électricité et bientôt, pas de Maduro » s’est gaussé le Secrétaire d’Etat et ex-directeur de la CIA Mike Pompeo dans un de ses tweets.  Pour sa part, le gouvernement russe a publié une déclaration dans laquelle il avertit que  » les Etats-Unis sont en train d’élaborer un plan de secours visant à introduire des groupes armés illégaux formés au Venezuela afin de mener des activités de sabotage et de subversion ».

Le black-out généralisé a eu un impact étendu sur le réseau bancaire, les télécommunications et les services publics vitaux du pays (hôpitaux, approvisionnement en eau, transport, etc.), entravant son fonctionnement et paralysant les activités courantes de la population. Bref, une attaque secrète contre le centre gravitationnel du système électrique vénézuélien, destinée à aggraver le malaise social et économique, a remis à flot le récit de la « crise humanitaire » et de l' »État en faillite », avec lesquels ils espèrent réactiver le leadership déprimé de Guaidó.

Mais cette tendance à faire appel aux options anti-politiques et à la guerre non conventionnelle lorsque les ressources politiques font défaut n’est ni nouvelle ni récente (il suffit de se rappeler les attaques électriques continues lorsque les révolutions colorées de l’extrême droite de 2014 et 2017 sont entrées en récession). À sa façon, Bloomberg l’a laissé entendre dans son dernier rapport. L’usure de Guaidó, son incapacité à mener un processus de transition plus ou moins sérieux, ouvre la voie à des attaques comme celle du barrage hyrdo-électrique du Guri, la violence armée, la guerre de sabotage irrégulière, à la Contra nicaraguayenne, pour devenir des alternatives « légitimes » et « urgentes » pour affronter le chavisme. Le délégué de Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams, spécialiste de la guerre contre le Nicaragua sandiniste et de l’invasion de l’Irak, se base à présent sur un mélange de chaos social générés par les sabotages croissants et les incursions paramilitaires destructrices.

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La « Contra » semant la terreur au Nicaragua dans les années 80, chapeautée par l’actuel envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, Elliot Abrams

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Un des soldats d’Abrams: deuxième en bas à partir de la gauche, Lorent Saleh, paramilitaire vénézuélien formé par Alvaro Uribe a été considéré comme « persécuté politique » par Amnesty International et par le Parlement européen qui lui a octroyé… le « Prix Sakharov ». Le gouvernement de Juan Manuel Santos l’avait expulsé de Colombie en 2014 à la suite de ses activités illégales d’entraînement terroriste.

2. Embargo et sanctions: armes de destruction massive.

Outre les vulnérabilités historiques d’un système électrique tributaire des recettes pétrolières, il y a eu une politique féroce de sanctions financières qui a réduit la capacité d’investissement public dans les branches stratégiques de l’État. L’argent vénézuélien saisi par les États-Unis s’élève à 30 milliards de dollars, ce qui, en utilisant le « gouvernement parallèle » de Guaidó comme outil, a laissé le pays sans ressources liquides pour faire face aux difficultés soulevées par les sanctions.

Le système électrique national a été attaqué pour un mélange explosif entre désinvestissement, stimulé par le blocus financier, perte de personnel technique spécialisé en raison de la dépréciation des salaires et opérations de sabotage systématique, le dernier toujours mis en œuvre lorsque l’offensive politique est reprise par Chavismo. Chris Floyd, auteur du livre The Empire Burlesque, a eu raison de qualifier les sanctions financières d' »holocauste » : l’utilisation de cette arme de destruction massive dans des pays comme l’Irak, l’Iran et la Syrie, montre que les dommages aux infrastructures critiques sont similaires à une campagne intense de bombardements par missiles de croisière.

En ce sens, la panne d’électricité est une extension de l’embargo contre le Venezuela, de la politique américaine de restriction des importations, de blocage des comptes et d’entrave à l’accès aux liquidités sur le marché financier international et sur son propre marché pétrolier, interdisant le paiement des exportations au Venezuela. La panne est aussi une métaphore de l’état de siège dans lequel le pays est maintenu et de la façon dont le blocus financier, qui empêche l’utilisation de l’argent pour récupérer un système électrique national déjà affaibli qui soutient l’activité pétrolière et économique du pays, est un substitut aux actions militaires directes.

3. Coup d’Etat cybernétique et crime contre l’humanité.

Ce que Guaidó avait expliqué lors de son appel non suivi à une « grève nationale » mardi dernier devant certains syndicats de l’administration publique, était qu’une action énergique imminente accompagnerait. La fabrication d’une situation d’effondrement, comme lorsque la plate-forme de paiement Credicard a été sabotée, en 2016, provoquant l’interruption de toutes les activités commerciales et économiques dans le pays, cette fois-ci a été exécuté en élargissant son rayon d’affectation.

Le poids du stress et du mécontentement dans la population, comme carburant pour stimuler une situation d’anarchie généralisée qui pourrait en quelque sorte être canalisée dans des manifestations violentes en faveur de Guaidó, indique que la stratégie du chaos (par le cybersabotage et l’artisanat axé sur les infrastructures critiques qui font fonctionner le pays) est utilisé comme un outil de choc. L’opération n’est pas seulement de guerre électrique: ses conséquences couvrent toutes les activités courantes de la société vénézuélienne, auxquelles l’accès à la nourriture, au service hospitalier et aux communications de base est entravé.

Un crime contre l’humanité vu à la lumière du Statut de Rome et du droit international, tout en cherchant à détruire physiquement un groupe de population en utilisant comme armes de guerre les éléments fondamentaux de sa subsistance.

Marco Rubio et Mike Pompeo ont réagi à la panne en plaisantant sur Twitter, ce qui reflète bien les motivations et la stratégie sous-jacente du coup d’Etat contre le Venezuela : comme le « plan Guaidó » a échoué dans ses objectifs à atteindre la fracture de la FANB pour faire disparaître Maduro, la population civile (sans discrimination idéologique) devient la première victime des attaques militaires clandestines continues menées par les Etats-Unis.

Ce coup d’État cybernétique contre le système électrique national implique une agression militaire de facto, une extension de celle qui a eu lieu à la frontière entre la Colombie et le Venezuela le 23 février.

4. Cette phase n’est que la première de la guerre irrégulière.

Depuis l’arrivée de Guaidó, sa projection médiatique est devenue marginale. Cette réduction préméditée de sa visibilité contraste avec le poids croissant que le Commandement du Sud, John Bolton, Marco Rubio et Mike Pompeo ont dans l’orientation du changement de régime. En ce sens, les effets néfastes du black-out s’inscrivent parfaitement dans le récit de la  » crise humanitaire « , selon laquelle le Commandement Sud et l’extrême droite vénézuélienne, depuis 2016, mobilisent  » l’urgence  » d’activer un dispositif d' » intervention humanitaire  » qui neutralise l’interdiction du Congrès américain, du Conseil de sécurité des Nations unies et le consensus pragmatique pour la non intervention qui a fait son chemin en Amérique latine et dans le monde entier.

Le black-out en tant que tel n’est pas une fin en soi. Il vise à aiguiser les vulnérabilités du pays et à mesurer la capacité de réponse militaire des systèmes défensifs de la République face à une action militaire irrégulière et mercenaire, qui profiterait du blocus de l’information pour couvrir les incursions armées, sa carte opérationnelle et ceux directement responsables sur le terrain, surtout du fait du black out généré par la rupture du système électrique.

Ainsi, au niveau du théâtre d’opérations de la guerre contre le Venezuela, le black-out se traduit par la génération d’un panorama diffus et déroutant qui favoriserait l’exécution d’opérations de faux drapeaux, d’incursions paramilitaires et autres actions violentes qui précipitent un état de troubles généralisés, qui pourrait être présenté comme l’événement déclencheur d’une intervention militaire préventive, soit pour « stabiliser le pays du fait de la crise humanitaire » ou pour « sauver les Vénézuéliens de situations d’État défaillant » dans « une crise humanitaire ». Dans ce cadre narratif, Julio Borges, Antonio Ledezma, Juan Guaidó, Elliot Abrams et le cabinet de la guerre contre le Venezuela à Washington, se serrent la main et travaillent ensemble sous la doctrine du chaos contrôlé des factures américaines.

Avec le black-out, ils cherchent à concrétiser physiquement la « crise humanitaire », non seulement au niveau de la propagande, mais aussi en profitant des pertes humaines et des complications d’un ordre différent générées par l’opération de sabotage.

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L’envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams (au centre), réuni avec l’équipe de Juan Guaido à New York le 26 janvier 2019.

  1. Caractéristiques de l’agression.

Cette fois-ci, il n’y a pas eu d’attaque contre des sous-stations ou des lignes de transport d’électricité, comme cela avait déjà été tenté à plusieurs reprises, selon les manuels de sabotage de la CIA contre le Nicaragua sandiniste des années 80, déjà déclassifié.

Il est à noter que le logiciel utilisé (appelé Scada) dans le système de contrôle automatisé (SCA) qui assure le fonctionnement des moteurs est celui créé par la société ABB, qui ne fonctionne plus dans le pays depuis des années. Cette société ABB, qui a travaillé au Venezuela sous le nom de ABB Trilateral Consortium (ABB Venezuela, ABB Canada, ABB Suisse), a conçu un projet de modernisation de Guri à la fin de la dernière décennie, sous le gouvernement de Hugo Chávez, dans lequel elle décrit en profondeur le système attaqué et l’organisation fondamentale du Guri.

L’analyste géopolitique Vladimir Adrianza Salas, dans un entretien avec TeleSur, a expliqué que le réservoir de Guri  » nécessite un système de contrôle techniquement appelé  » scada system « , qui n’est rien de plus qu’un système de supervision, de contrôle et de réquisition de données qui permet, du point de vue informatique, de contrôler tous les éléments de la production énergétique. Si vous sabotez ça, vous sabotez l’opération. Mais pour saboter cela, il faut deux choses : soit vous devez avoir accès de l’extérieur, soit vous devez avoir une complicité interne pour modifier les processus.

Des précédents de ce type se retrouvent dans des pays directement attaqués ou sous pression par les États-Unis, comme l’Irak et le Liban, où les pannes ont été systématiques et consécutives, l’une après l’autre pendant des dizaines d’heures. Les « répliques » de l’interruption de l’approvisionnement énergétique répondraient à ces séquences d’offensives qui ont déjà été vécues dans d’autres contextes de guerre asymétrique et irrégulière.

La création d’armées de pirates et de matériel de cyberguerre par la CIA et la NSA a été documentée au fil des ans. Un documentaire explique l’origine du virus Stuxnet, qui devrait indiquer les couloirs de ces agences de renseignement américaines. Cet instrument de cyberattaque visait à la fois à saboter les installations de recherche nucléaire en Iran et à dresser un tableau circonstancié qui pourrait conduire à une attaque du réseau électrique national automatisé de l’Iran (analogue au système Guri) en cas de guerre déclarée entre Washington et la République islamique.

  1. Ralentir les tendances à la reprise.

La panne se produit dans un contexte de tendance à la reprise économique à différent niveaux : une baisse des prix des produits alimentaires sensibles a réduit la tension en début d’année, tandis qu’au niveau financier, la restructuration du marché des changes a permis de contenir une des variables de l’inflation induite : la hausse du prix des devises sur le marché noir. Ces tendances ont favorisé la stabilité politique du pays, au milieu d’agressions non conventionnelles et de menaces d’intervention militaire, privant Guaidó non seulement du pouvoir de convocation, mais aussi de la capacité de manœuvre pour capitaliser le malaise général causé par les sanctions.

Ainsi, le black-out cherche à freiner ces tendances de redressement social, politique et économique, aggravant par un boycott généralisé les moyens de paiement, l’accès à la nourriture et aux hôpitaux et le développement normal de la société vénézuélienne. De même, l’agressivité de l’attaque vise à affaiblir la production pétrolière et industrielle du Venezuela.

  1. La prise de conscience du pays et le pouls de l’intervention.

Tout comme en 2002, la population vénézuélienne vient de connaître un baptême généralisé du feu. Une opération de sabotage visant à précipiter un chaos généralisé, qui met en danger la santé et la nutrition de la population, l’activité économique du pays, ses télécommunications et nos routines les plus élémentaires, nous ramène au paysage du sabotage pétrolier des années 2002-2003, où l’opposition de ce moment, les mêmes qui gèrent une intervention avec les Etats-Unis et la Colombie, ont exécuté un état de siège qui paralyse le pétrole.

La réaction de la population, attaquée psychologiquement au cours des dernières années dans le but de l’inciter à une guerre civile qui rend possible une intervention, a été défavorable au calcul du sabotage. Malgré des protestations locales, le calme s’est imposé, à travers l’utilisation d’alternatives pour cuisiner, la mobilisation des ressources physiques du pays pour faire face aux urgences les plus urgentes, et la vocation généralisée du pays à ne pas tomber dans une provocation qui vise à mener à une confrontation civile et armée. La violence a été vaincue comme en 2002-2003 : ce paysage qui marque aujourd’hui notre histoire contemporaine offre la leçon qu’après une épreuve de feu dépassée, où la brutalité du coup d’Etat a un impact massif, la cohésion du peuple est réaffirmée. Les Etats-Unis doivent donc « augmenter la dose de chaos » pour obtenir le mécontement servant à justifier leurs plans d’intervention ou de coup d’Etat..

Juan Guaidó tente de canaliser l’impact du black-out pour  » déclarer une urgence extraordinaire  » à l’Assemblée nationale, car selon lui  » le moment est venu de faire le pas « , flirtant avec l’idée d’utiliser la Constitution pour légitimer une intervention. C’est précisément dans cette orientation comme moyen de boucler le cycle du sabotage, que l’on voit que le black-out tente de fabriquer les conditions de l’anarchie, du chaos et de l’absence de services vitaux, de faire pression pour une « intervention humanitaire » sur le sol vénézuélien, avec l’approbation de l’Assemblée nationale et la « coalition des pays latino américains », prêts à entreprendre une action vigoureuse, que John Bolton arme.

Compte tenu de l’arrivée prochaine de la mission technique du Haut Commissaire aux droits de l’homme, le black-out cherchera à être canalisé vers un engraissement du dossier  » crise humanitaire  » au Venezuela qui, s’il est bien géré et promu dans les médias, pourrait entraîner un changement de position au niveau de la région, de l’ONU elle-même, du Congrès américain, sur  » l’urgence  » d’une action  » humanitaire  » demandée par le  » gouvernement parallèle.

Cette manœuvre baisse le rideau sur Guaidó : emprisonné dans un plan mal conçu et dépendant de la chaîne de commandement du cabinet de la guerre contre le Venezuela à Washington, il doit être sacrifiée pour l’ouvrir à la guerre. Sa volonté de faire légitimer par une assemblée nationale à majorité de droite, une intervention militaire étrangère est un suicide politique. Accompagné par des secteurs de l’extrême droite Caracas, descendants en droite ligne des premiers colonisateurs espagnols, qui prétendent activer la Responsabilité de protéger (R2P) qui a détruit la Libye, le Kosovo, l’Irak, et d’autres régions que les Etats-Unis ont pillées pour maintenir leur statut de puissance.

Mais le black-out doit être une autre leçon, et il doit nous obliger à retrouver les codes sociaux et les habitudes collectives et solidaires pratiquées lors de la guerre économique de 2002-2003. C’est là que sont nos armes en tant que communauté historique et spirituelle à notre disposition pour maintenir en vie le fil de notre histoire comme patrie.

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Mobilisation de travailleurs pétroliers en réaction au lock-out décidé par les cadres supérieurs de l’entreprise publique PDVSA  dans le cadre de la guerre économique de 2002-2003 contre Hugo Chavez


Source : Mision Verdadhttp://misionverdad.com/La-Guerra-en-Venezuela/venezuela-bajo-ataque

Traduction: Thierry Deronne

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25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 18:43

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Published by RICHARD - dans Le Venezuela
14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 20:16

14 Octobre 2018, 17:04  publié par Bolivar Infos

Le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela dénonce et condamne la tenue d'une réunion insolite à Bali, en marge de la réunion du FMI, à laquelle ont participé les ministres des finances de l’Allemagne, de l'Argentine, du Brésil, du Canada, du Chili, de la Colombie, de la France, du Guyana, de l'Italie, du Japon, du Mexique, du Panamá, du Paraguay et du Royaume Uni, convoqués et dirigés par le Secrétaire D’état au Trésor des États-Unis pour augmenter l'agression diplomatique et financière contre le Peuple vénézuélien.

Par cette sorte d'actions de conspiration internationale réalisées ouvertement, le Gouvernement étasunien continue à manifester son obsession démesurée et inhumaine envers le Venezuela sans se préoccuper des dommages que le blocus financier criminel auquel il cherche à unir d'autres Gouvernements qui lui sont honteusement soumis occasionne à la plupart de la population.

Le Peuple et le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela restent fermes dans la défense de leur souveraineté politique et complète et dans le développement du Plan de Rétablissement Économique, de Croissance et de Prospérité basé sur le présupposé essentiel que ses ressources naturelles sont destinées au bien général des Vénézuéliens et non à alimenter les systèmes capitalistes comme cela a été le cas pendant des décennies avant l'arrivée au pouvoir de la Révolution Bolivarienne.

L'élite gouvernante des États-Unis et son petit groupe de pays satellites seront isolés dans leur tentative de destruction de l'économie vénézuélienne alors que le pays diversifie ses relations économiques et financières avec les puissances déjà installées et émergentes les plus importantes engagées envers le profit mutuel et la paix qui développent des marchés alternatifs et encouragent la création d'un ordre mondial équilibré et multipolaire.

Caracas, 13 octobre 2018 

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/10/venezuela-les-etats-unis-convoquent-les-ministres-des-finances-de-divers-pays-dont-la-france-pour-renforcer-les-attaques-financieres-contre-le-venezuela.html

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- dans Le Venezuela
23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 14:25
VENEZUELA :  «ILS ONT DOLLARISE LES PRIX, JE PETROLISE LE SALAIRE" MADURO S'ENGAGE A RELANCER L'ECONOMIE

La quasi-totalité des médias français discrédite son «plan de restauration, de croissance et de stabilité économique», mais en quoi consistent exactement les différentes annonces faites par le président vénézuélien Nicolas Maduro ?

Après l'annonce d'un plan de rétablissement de l’économie du Venezuela par Nicolas Maduro le 17 août 2018, la presse francophone s'est fait l'écho des mesures qu'a décidé de mettre en place le chef de l'Etat vénézuélien en usant de titres plus ou moins objectifs, parfois volontiers pessimistes. Seul souci : en lieu et place d'analyse, les articles en question se contentent la plupart du temps de rapporter les critiques de l'opposition – oubliant même parfois d'expliquer en quoi consistent ces fameuses mesures.

Rares sont les articles qui évoquent le «Plan 50» annoncé en 2016 par Caracas, les programmes sociaux qui découlent du «Carnet de la Patrie» lancé en 2017 ou encore la manipulation du taux de change, pourtant en grande partie responsable de l'inflation que subit le Venezuela. Et pourtant, les objectifs poursuivis par le président vénézuélien avec son «plan de restauration, de croissance et de stabilité économique» s'inscrivent dans la durée et se veulent un prolongement des accomplissements de la République bolivarienne dans le domaine social, dans un contexte économique plus que chaotique. Pour pouvoir s'en faire une opinion, encore faut-il les connaître.

Indexation de la devise nationale sur le petro

Le 20 août 2018, le bolivar souverain est entré en vigueur et est officiellement devenu la nouvelle devise nationale. Il a été annoncé au taux de 1 bolivar souverain pour 100 000 bolivars forts. C'est ce mécanisme que la presse résume de manière légèrement moqueuse en écrivant que Nicolas Maduro a «supprimé cinq zéros».

Pour compenser cette surévaluation mécanique, la banque centrale vénézuélienne a alors annoncé qu'elle dévaluait de 96% la valeur de la nouvelle monnaie. Le nouveau taux est donc de 60 bolivars souverains pour un dollar (le précédent taux équivalant à quelque 2,48 bolivars souverains pour un dollar). Aussi spectaculaire soit-elle, il ne s'agit donc pas d'une brutale dévaluation entreprise en toute catastrophe par le Venezuela, comme le laissaient entendre de nombreux titres dans la presse...

En outre, il est à noter que le changement de la devise nationale s'est effectué en indexant la nouveau bolivar souverain sur le petro, la cryptomonnaie émise par le Venezuela depuis le 20 février 2018. Cette indexation signifie que la valeur du bolivar souverain est désormais directement liée à l'évolution de la fameuse cryptomonnaie. Celle-ci correspond donc désormais à l'indice de référence de la nouvelle devise nationale, avec le taux de 1 petro pour 3 600 bolivars souverains.

Le petro se distingue des autres monnaies virtuelles présentes sur le marché, étant la seule à être basée sur des actifs tangibles, à savoir les réserves de pétrole du pays, mais aussi celles de gaz ainsi que les stocks d'or et de diamants. Autre différence notable avec la plupart des cryptomonnaies existantes, le petro est centralisé : il s'agit de la première cryptomonnaie émise par un Etat qui conserve tout pouvoir sur la création monétaire.

Par ailleurs, en mars dernier, le gouvernement vénézuélien avait expliqué qu'en générant plus de 186 000 offres d’achat, la prévente du petro avait permis au Venezuela de lever cinq milliards de dollars.

Le salaire minimum multiplié par 34

Nicolas Maduro a annoncé une hausse du salaire minimum vénézuélien. S'il n'avait dans un premier temps pas annoncé de date, le président vénézuélien a finalement précisé que cette mesure serait effective le 1er septembre.

Alors que le nouveau salaire minimum devrait correspondre à 34 fois le salaire mensuel Nicolas Maduro a annoncé une hausse du salaire minimum vénézuélien. S'il n'avait dans un premier temps pas annoncé de date, le président vénézuélien a finalement précisé que cette mesure serait effective le 1er septembre. minimum en vigueur aujourd'hui, le chef d'Etat a affirmé que le gouvernement compenserait la différence de salaire «dans la petite et moyenne industrie» pendant 90 jours, s'engageant ainsi à aider les petites et moyennes entreprises rencontrant des difficultés à payer le nouveau salaire minimum à leurs employés.

Cette politique à destination des plus pauvres se traduit également dans le domaine de la fiscalité. Si le gouvernement a annoncé que l'impôt sur la valeur ajoutée (IVA) augmenterait de 4%, son taux standard passant ainsi de 12% à 16%, cette hausse ne concernera pas les biens de consommation essentiels qui ont un impact direct sur le panier de consommation des ménages

Ajustement des prix des biens et des services

Face au déséquilibre entre le prix des biens de consommation et les coûts de production, le chef d'Etat vénézuélien a déploré le fait que «tous les prix [soient] dollarisés», il s'est ainsi engagé à viser un «processus d’ajustement équilibré et juste» sur la base des schémas internationaux et «avec l’indexation sur le Petro».

Nicolas Maduro a en effet annoncé un rééquilibrage des prix pour des produits de base du «Plan 50». Celui-ci a été présenté par le chef d'Etat vénézuélien en 2016 et correspond à une liste de 50 produits pour lesquels le gouvernement s'efforce de garantir l'accès à l'ensemble de la population, même en temps de crise économique.

Comme l'explique un article publié en juin sur le site de Telesur (chaîne vénézuélienne à vocation pan-latino-américaine qui dispose d'antennes dans sept pays d'Amérique du sud), Caracas a déjà entamé des discussions avec les secteurs concernés, dont l'agro-industrie et la distribution, pour rééquilibrer les prix de produits de base nécessaires à la population vénézuélienne.

Parmi les produits prioritairement concernés par le rééquilibrage des prix, le site Venesol, qui se présente comme une «plateforme de solidarité avec le peuple de la Révolution Bolivarienne au Venezuela», évoque la liste suivante : «Le café, le sucre, le riz, les haricots, la viande, le lait, le fromage blanc, le jambon, la mayonnaise, le maïs, le poulet, le poisson, la farine de blé, l’huile, différents produits d’hygiène et de toilette personnelle.»

Le président vénézuélien a par ailleurs annoncé la distribution de «bons d'adaptation» à près de dix millions de personnes. Selon lui, ces bons de reconversion monétaire, qui devraient atteindre une valeur de 600 bolivars souverains, devraient bénéficier, entre autres, aux titulaires du «Carnet de la Patrie», celui-ci correspondant à une carte électronique qui donne accès aux aides de l'Etat. En lançant le «Carnet de la Patrie» le 20 janvier 2017, Nicolas Maduro affichait son ambition de «combattre la corruption et réorganiser les missions», ces dernières découlant directement des programmes sociaux mis en place par Hugo Chavez.

Une bataille idéologique

Derrière les chiffres, la question économique revêt un enjeux particulier au Venezuela. En effet, plusieurs analyses s'opposent pour en expliquer les causes et les implications, les médias francophones s'abstenant généralement de relayer celle du gouvernement.

Le président vénézuélien, commentant le taux d'inflation qui atteignait 82 700 % au mois de juillet 2018, a ainsi déclaré : «Ils ont dollarisé les prix, je pétrolise le salaire», faisant implicitement référence à la guerre économique que le Venezuela accuse régulièrement les Etats-Unis de lui livrer.

De son côté, l'économiste vénézuélienne Pascualina Curcio explique le phénomène d'inflation entre autres par «la manipulation des taux de change». Professeur d'économie à l'université Simon Bolivar, Pascualina Curcio affirme en effet, dans une chronique du sociologue Romain Migus sur la spéculation et la hausse des prix au Venezuela : «La manipulation du taux de change est la plus puissante des armes de la guerre économique.» A celle-ci s'ajoutent l'impact du marché noir de la devise nationale sur son cours, mais aussi les conséquences dramatiques des sanctions économiques imposées au Venezuela par certains pays occidentaux, dont la France, qui dénoncent régulièrement la «dérive autoritaire» de Nicolas Maduro.

Source RT France   

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- dans Le Venezuela
22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 17:25

Y avait-il des armes de destruction massive en Irak ? Non. Y a-t-il une dictature au Venezuela ? Non. La démocratie au Venezuela est un fait irréfutable, même si le président des États-Unis dit le contraire. Ce ne sera pas la première ou la dernière fois que ce qu'ils appellent la communauté internationale constitue une excuse pour faire ce qu'ils veulent vraiment. Il y a plus de quinze ans, le 16 mars 2003, le trio des Açores (Bush-Blair-Aznar) a inventé ce que personne ne pourra jamais prouver pour intervenir dans un pays, le bombarder et conserver tous ses puits de pétrole. Aujourd'hui, quelque temps après, l'histoire se répète.

Dans ce cas, sur le Venezuela. Le Groupe de Lima et l'Union européenne servent d'amplificateurs de ce que le gouvernement américain décide. Et il y a quelque temps, ils ont décidé que le Venezuela avait une dictature, malgré le fait que 24 élections avaient eu lieu en deux décennies. Ils ont également décidé qu'il y avait une dictature parce qu'en 2015 et 2016 il n'y a pas eu d'élections présidentielles, même si elles ne correspondaient pas, conformément au mandat constitutionnel. Et maintenant que les élections attendues arrivent, ils décident qu'il y a une dictature parce qu'il n'y a pas d'opposition, malgré le fait qu'il y a deux candidats (Falcón et Bertucci) avec des propositions qui sont complètement antagonistes à celles du candidat et du président Nicolás Maduro. A tel point que Falcón a proposé la dollarisation du pays et l'utilisation du FMI pour sortir de la situation économique compliquée du pays.

Une dictature dans laquelle il existe des alternatives si différentes ? Une dictature dans laquelle il n'y a pas eu d'incidents notables pendant toute la campagne électorale ? Une dictature dans laquelle le principal journal d'opposition, El Nacional, fait la une le même jour que les élections "L'absence de garanties et d'avantages obscurcit le processus électoral" ? Une dictature dans laquelle le corps électoral a un recteur (Luis Emilio Rondon) qui dénonce une sorte d'irrégularité ?

Il n'y a pas de démocratie parfaite. Ni au Venezuela, ni ailleurs dans le monde. Il y a une infinité d'exemples de vices de procédure dans toute nomination électorale. Voir récemment la Colombie lors de ses élections législatives, où il manquait des bulletins de vote dans de nombreux bureaux de vote. Les règles démocratiques peuvent également être discutées, comme aux États-Unis, où ce n'est pas le président qui obtient le plus de voix. Quelqu'un parle-t-il de dictature dans ce pays ? Nous ne sommes peut-être pas d'accord avec les présidents élus avec très peu de voix, comme c'est le cas de Rajoy en Espagne, qui n'a obtenu que 21,74 % des électeurs inscrits.

La démocratie mérite tous les débats possibles pour qu'elle puisse être améliorée. Tu dois toujours exiger plus de lui. Non seulement en termes de procédure, mais aussi dans le sens le plus large du terme. Le Venezuela est un pays qui a fait tout ce qui était nécessaire en ce XXIe siècle pour assurer un système démocratique plus profond. Les Vénézuéliens, et en particulier les Chavistas, comme les élections. Plus d'un par an en moyenne. Tout est en ordre. Ceux qui ont été perdus, même par le plus petit montant (référendum constitutionnel de 2007), ont été reconnus. Nul ne peut douter de la démocratie vénézuélienne, qui dispose également d'un système de dépouillement électoral très sûr, soutenu par le même ancien président des États-Unis, Jimmy Carter. Zapatero lui-même, l'ancien président espagnol, a également confirmé il y a quelques jours que les Vénézuéliens voteront librement.

Et c'est ce qu'ils ont fait. Les Vénézuéliens se sont rendus aux urnes. Dans une démocratie. Ils ont élu Nicolas Maduro à la présidence à la majorité de 67,7% des voix, disposant ainsi de tout le soutien nécessaire pour gouverner dans les années à venir. L'opposition était loin derrière : Falcon 21,2% et Bertucci 10,7%. Falcon est laissé sans force électorale légitime pour assumer la tâche de façonner une alternative. Les évangéliques apparaissent sur la scène. Nous verrons ce qui leur arrivera à l'avenir. Et, pour sa part, l'opposition antidémocratique n'a pas participé à la réunion démocratique.

Par Alfredo Serrano Mancilla http://www.celag.org/sobre-la-democracia-en-venezuela/

http://b-tornare.overblog.com/2018/05/sur-la-democratie-au-venezuela.html                           Traduction Bernard Tornare    

 

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Published by CELAG - dans Le Venezuela
9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 18:28

Arantxa Tirado et Silvina Romano,

Les élections présidentielles du 20 mai prochain au Venezuela sont présentées par une bonne partie de la communauté internationale comme un exercice électoral illégal et illégitime. Cette lecture n'est pas nouvelle et est liée à des discours, des décisions et des pratiques de certains acteurs internationaux concernant la démocratie vénézuélienne, qui remettent en question le système électoral et sa qualité démocratique. Ces acteurs, qui se caractérisent par le fait qu'ils ont des intérêts matériels et géopolitiques opposés à ceux du Gouvernement vénézuélien ont passé leur temps à diffuser devant l'opinion publique mondiale un sentiment commun sur la démocratie, la liberté et les droits de l'homme (DDHH). Les expériences précédentes se répètent, la réponse du secteur public-privé étasunien et de ceux qui ont des intérêts liés aux élites locales se répète : tout processus qui tente de remettre en question le statu quo, qui met des limites à son fonctionnement ou qui cherche des formes de démocratie différentes de la démocratie officielle de type procédurale et hégémonique est présenté comme raté et ou antidémocratique de telle sorte que l'idée qu'il « n'y a pas d'alternative » au système économique et politique existant s'enracine.

Dans le cas du Venezuela, depuis le début de la Révolution Bolivarienne et en particulier ces dernières années, on construit et on pose l'idée que c'est un Etat qui a échoué ou une dictature qui viole les droits de l'homme et la démocratie procédurale et qu'il a essayé de s'isoler du monde. Ces derniers temps, l'idée que le Venezuela est un pays qui souffre d'une crise humanitaire qui rend urgente l'intervention de la communauté internationale prend aussi de la force. Nous allons montrer quelques-uns des acteurs qui ces derniers mois ont participé à la construction de cette idée et à sa manipulation, leurs actions et leur comportement face à des élections qu'ils n'avaient pas prévues :

Les médias et les réseaux sociaux :

Ils construisent le consensus négatif autour du Venezuela grâce à un pouvoir doux qui a une incidence sur l'opinion publique mondiale. Le pouvoir doux est basé sur des éléments culturels et idéologiques pour coopter et séduire la population en l'attirant vers les valeurs de celui qui l'exerce. A la différence du pouvoir dur qui utilise des méthodes coercitives, le pouvoir doux est subtil et peut en pas être perçu.

Depuis quelques mois, les médias internationaux soulignent l'existence d'une crise humanitaire au Venezuela (en parallèle avec le cas de la Syrie) et font pression pour pour que des Gouvernements ou de organismes internationaux interviennent pour al résoudre. Dans le cadre de ce scénario, les avertissements concernant le problème migratoire s'exacerbent et on présente la migration vénézuélienne comme un exode provoqué par la grave crise humanitaire qui affecte la sécurité de l'hémisphère et qui est, uniquement et exclusivement, le produit des erreurs du Gouvernement vénézuélien, et ne donnent aucune importance aux médias économiques, politiques et diplomatiques et aux organismes internationaux qui ont poussé pour provoquer cette situation.

Un autre outil habituel pour créer un consensus négatif est la diffusion de rumeurs grâce aux réseaux sociaux, que ce soit Twitter ou Facebook. Par exemple, un éditorialiste connu comme expert diffuse le 27 avril une soi-disant « réforme de la Constitution pour abolir les élections au Venezuela » en se basant sur des déclarations du président colombien Juan Manuel Santos. La même chose s'est produite vers la fin mai 2016 quand le secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains (OEA), Luis Almagro, a diffusé sur les réseaux sociaux que la Charte Démocratique avait été appliquée au Venezuela, alors qu'en réalité, il fallait plusieurs demandes pour qu'elle soit appliquée, provoquant de graves tensions dans la région.

Leur rôle est crucial au moment d'agir sur l'opinion publique mondiale, même pour la mettre en conditions pour des élections propres, en associant les candidats qui ne sont pas du goût de l' establishment au Venezuela ( c'est le cas du Mexique, avec Manuel López Obrador, ou de la Colombia, avec Gustavo Petro) qu'ils aient ou non des liens avec ce pays. Il est à prévoir que les médias hégémoniques et les réseaux sociaux exacerberont cette construction du consensus négatif sur le Venezuela dans les prochaines semaines en critiquant et en discréditant les élections.

 

Think tanks et “opinions d'experts”

Ce sont des organismes qui élaborent l'opinion d'experts pour modeler l'opinion publique diffusée ou imposée par les médias et les réseaux sociaux ou encore par des articles universitaires qui présentent souvent comme des vérités objectives des faits discutables (manquant de fondements solides) et des interprétations tendancieuses et pleines d'omissions. Un exemple en est les multiples rapports sur l'inflation au Venezuela, les pénuries, la (soi-disant) misère structurelle vénézuélienne qui ne font aucune référence à a situation internationale, aux tensions, aux facteurs et aux acteurs politiques intérieurs et extérieurs qui ont une incidence ou font pression pour une déstabilisation permanente.

Les think tanks ont aidé à soutenir, grâce à leurs analystes et à leurs porte-parole, l'idée de a crise humanitaire au Venezuela en l'associant au cas de la Syrie, une association qui, comme nous l'avons dit, est reprise par la presse hégémonique. En effet, les médias qui ont le pus d'audience recourent à ces voix d'experts pour élaborer des articles ou les présenter dans des articles d'opinion. S'ajoutent à cette dynamique des conférences et des événements sur le Venezuela destinés à renforcer la nécessité d'un changement de régime urgent. Dans ce secteur, on inclut les membres de l’opposition au Gouvernement invités en tant que voix qui savent et particulièrement légitimes. Cela englobe aussi les experts qui agissent, soi-disant, à titre individuel avec des déclarations en privé ou en public et expriment directement les intérêts des Etats-Unis en leur qualité de fonctionnaires ou d'ex-fonctionnaires engagés dans la ligne du « changement de régime. »

Il est probable que les opinions d'experts vont arriver avec plus de force pour construire et sédimenter la notion de crise humanitaire qui justifie une intervention humanitaire qui aura le même utilité que celles que les Etats-Unis ont réalisées ces dernières années en ex-Yougoslavie et en Irak. 

Diplomatie

Dans ce secteur, on inclue aussi bien l'action des Gouvernements que celle des organismes régionaux et internationaux qui donnent leur aval à l'idée que le Venezuela est soi-disant un Etat qui a échoué et en crise humanitaire. Avec leurs actions, ils maintiennent un ordre international asymétrique, dans lequel les puissances occidentales s'arrogent le pouvoir d'établir non seulement les règles du jeu dans le domaine international mais aussi à l'intérieur des pays en reproduisant les relations centre-périphérie qu'affectionne l'ordre capitaliste néolibéral.

La pression diplomatique sur le Venezuela a augmenté pendant ces derniers mois. Dans l'hémisphère et dans le domaine multilatéral se distingue le travail de l'OEA qui s'est consacrée à coordonner un front au service du « changement de régime » au Venezuela en insistant sur la crise humanitaire. Face à l'impossibilité d'obtenir un consensus à l'OEA, on a créé le Groupe de Lima, une alliance de 12 pays connus pour leurs affinités avec la politique étasunienne (Argentine, Canada, Chili, Colombie, Guatemala, Honduras, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou, Brésil et Costa Rica) auxquels se sont joints les Etats-Unis, le Guyana et Sainte Lucie, pour faire pression sur le Gouvernement Maduro. Ses déclarations sur l'illégalité des élections présidentielles sont prises pour une preuve de cette illégalité sans qu'on se demande jamais ce que stipule la législation vénézuélienne à ce sujet. Le Groupe de Lima prétend appliquer de façon unilatérale la Charte Inter-américaine de l'OEA au Venezuela.

La situation politique actuelle de l'Amérique Latine, avec une corrélation des forces plus favorable à a droite de la région, met le Venezuela en situation délicate. L'annonce de plusieurs pays de suspendre leur participation à l'UNASUR est la manifestation d'une tendance à s’accommoder (à nouveau) des orientations économiques, politiques et concernant la sécurité des Etats-Unis au détriment des initiatives latino-américanistes qui favorisent la résolution des conflits à partir de l'Amérique Latine et pour l'Amérique Latine.

Cette situation plus défavorable dans l'hémisphère réduit la marge de manœuvre du Venezuela face aux déclarations répétées des fonctionnaires étasuniens. Ces derniers jours, le vice-président des Etats-Unis Mike Pence a demandé de ne pas reconnaître les élections du 20 mai et de suspendre le Venezuela de l'OEA tandis que le secrétaire d'Etat récemment nommé, Mike Pompeo, a souligné le conflit autour de l'exode de millions de Vénézuéliens qui soi-disant fuient le pays à cause de la crise et du régime corrompu qu'il a qualifié de dictature. Dans cette situation, on end oit pas écarter l'installation d'un gouvernement parallèle en exil auquel les Etats-Unis pourraient fournir de l'aide et du matériel et surtout donner une légitimité aussi bien au niveau bilatéral qu'à travers des organismes multilatéraux comme l'OEA.

Les déclarations s'accompagnent d'autres mesures de pression diplomatiques comme les sanctions économiques, essentiellement contre des fonctionnaires vénézuéliens, qui ont débuté sous le Gouvernement Obama mais poursuivies et renforcées par le Gouvernement de Trump. Comme l'observent certains analystes, les sanctions restent bilatérales malgré leur inefficacité pour obtenir un changement de régime pour lequel les stratégies multilatérales sont plus utiles. En fait, les Etats-Unis ont cherché des alliés pour leurs sanctions qu'ont aussi appliquées les pays de l'Union Européenne et récemment la Suisse et le Panama. Les sanctions sont aussi destinées à éviter que le Venezuela développe des alternatives au blocus financier qu'il subit de facto, comme l'ordre exécutif signé par Donald Trump qui interdit d'utiliser le petro, la monnaie virtuelle vénézuélienne.

Malgré la pression, certains pays dont les relations diplomatiques avec le Venezuela se sont détériorées ces derniers mois (comme l'Espagne) ont manifesté leur intention de rétablir le travail commun, ce qui semble prouver que certains intérêts économiques sont au-dessus des scrupules démocratiques. Le retour des ambassadeurs respectifs, cependant, ne suppose pas que les raisons qui ont causé les frictions aient disparu ou que le Gouvernement de l'Espagne ait cessé d'être l'un des soutiens les plus importants de l’opposition vénézuélienne.

Le but ultime de ces dynamiques et de ces mécanismes est de créer et de renforcer une situation qui convienne à l'opinion internationale et que le Venezuela soit isolé (par décision du Gouvernement), ce qui justifierait une éventuelle intervention qui comprenne l'option militaire si les actions du pouvoir doux n'étaient pas suffisantes. Dans cette perspective, le rôle des Forces Armées est important. Pour l'instant, elles se limitent à faire des déclarations et des opérations conjointes avec les Forces Armées latino-américaines. 

Les Forces Armées et les organismes directement liés aux forces de sécurité

Elles sont, en dernier recours, le soutien dur des actions du pouvoir doux sans lequel les déclarations politiques ou les positions médiatiques ne pourraient exercer de pression authentique.

Ces derniers mois, aussi bien le Gouvernement des Etats-Unis qu'une partie de l’opposition vénézuélienne ont insinué qu'une intervention militaire au Venezuela était nécessaire ou possible en faisant un parallèle avec d'autres situations de crise au niveau international. Ces déclarations sont destinées à faire appel à ce qui est stipulé par les Etats-Unis dans leur Stratégie de Sécurité Nationale où le Venezuela est considéré comme un pays ennemi et un modèle autoritaire qu'il faut isoler. En fait,le commandant du Commandement Sud, Kurt Tidd, avait déjà déclaré devant le Congrès en 2017 : « La crise humanitaire croissante au Venezuela peut obliger à une réponse régionale. »

Enfin, il est important de souligner que le siège international, en plus d'être destiné à isoler le Venezuela, remplit la fonction de soutenir divers acteurs et divers secteurs de l’opposition interne et semble prendre plus d'importance face à une opposition qui s'est montrée faible et nue non seulement tout au long du processus de changement au Venezuela mais aussi dans les situations électorales. En ce sens, la remise en question de la légalité actuelle vénézuélienne par les acteurs internationaux est indispensable pour asseoir l'idée que ce qui se passe au Venezuela est hors-la-loi ou est contraire à celle-ci. On prétend, par conséquent, faire avorter de l'étranger toute possibilité de résoudre un conflit qui devrait être exclusivement résolu par la négociation des acteurs intérieurs et la loi vénézuélienne.

 

Conclusion

La situation après les élections ne sera pas simple pour le Venezuela qui a moins d'alliés parmi les pays d'Amérique Latine et des Caraïbes que ses opposants de l’intérieur et de l'étranger pour pouvoir démonter leurs arguments. Même si l'option de voter pour isoler le Venezuela dans les organismes multilatéraux – comme l'OEA - a été écartée par ses propres promoteurs parce que la corrélation des forces est encore favorable au chavisme, d'autres instances multilatérales peuvent être utilisées pour mettre en scène le soi-disant isolement international du Venezuela.

En termes généraux, on peut prévoir que les résultats des élections du 20 mai ne changent pas – s'ils sont favorables au chavisme – les plans établis auparavant par ces acteurs pour asseoir l'idée d'une crise humanitaire au Venezuela pour forcer une intervention. Ce serait le dernier recours face à l'impossibilité de chasser le chavisme de l'intérieur. Pour freiner toute tentative d'intervention qui pourrait être envisagée dans des organismes multilatéraux comme les Nations Unies, le Venezuela dépend de ses alliés hors du continent, en particulier de la Russie et de la Chine dont le soutien peut être dissuasif jusqu'à un certain point pour les Etats-Unis bien que ce soit toujours relatif comme on l'a vu dans le cas de la Syrie.

Une autre possibilité est qu'on envisage la légitimation d'un Gouvernement vénézuélien en exil par la communauté internationale, quelque chose qui a déjà été expérimenté dans d'autres conflits (Conseil national Syrien, par exemple). En ce moment, il existe déjà un Tribunal Suprême de Justice en exil qui a proposé de juger le président Maduro et n'écarte pas de faire plus pour que les autorités et les institutions vénézuéliennes ne soient pas reconnues. Le rôle de la communauté internationale dans la reconnaissance de ces actions sera important pour obtenir le consensus de l'opinion publique mondiale.

Toutes les possibilités existent et la volatilité du Gouvernement Trump dans ses prises de décision ainsi que l'instabilité intérieure consécutive aux changements continuels dans le Cabinet ne permet pas de prévoir des lignes claires dans un sens ou dans un autre. La nomination d'un nouveau secrétaire d'Etat, un militaire de carrière issu de l'Agence Centrale de Renseignement (CIA) pourrait donner quelques pistes mais c'est seulement un acteur de plus dans la prise des décisions. Différentes façons de remettre le Venezuela dans le « bercail des bons » entrent en lutte, même à l'intérieur des Etats-Unis et la réthorique belliciste n'est pas forcément une aide pour le pragmatisme nécessaire pour continuer à faire des affaires avec le pays qui a les plus importantes réserves certifiées de pétrole du monde.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

http://www.celag.org/venezuela-en-la-mira-elecciones-cerco-internacional/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2018/05/venezuela-elections-et-siege-international.html

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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 20:22
24 Mars 2018,
 

Le Conseil des Droits de l'Homme de l'Organisation des Nations Unies (ONU) a approuvé la résolution proposée par le Mouvement des Pays Non-Alignés (MNOAL) présidé par le Venezuela condamnant les mesures coercitives unilatérales imposées par le Gouvernement des Etats-Unis (USA) contre le Venezuela, a informé vendredi le chancelier de la République Jorge Arreaza.

« Le Conseil des Droits de l'Homme ONU approuve une résolution présentée par le Venezuela – Présidence du MNOAL – condamnant les mesures coercitives unilatérales (sanctions). Voyons le vote. Les prétentions arrogantes de domination des Etats-Unis et de leurs alliés sont connues. Le multilatéralisme et la paix triomphent, » a écrit Arreaza sur Twitter.

Sur le réseau social, le ministre des Relations Extérieures a divulgué le contenu de la résolution qui a été présentée à la 37° période de sessions du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU qui s'est déroulée du 26 février au 23 mars, occasion à laquelle il a dénoncé l'effet négatif des actions d'intervention organisées par le Gouvernement des Etats-Unis et des pays européens alliés contre le Venezuela.

Lors de son intervention, le 26 février dernier, à la 37° Réunion du Segment de Haut Niveau du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU à Genève, Suisse, Arreaza a précisé que l'année dernière, des porte-paroles du Gouvernement des Etats-Unis ont fait 735 déclarations ou communiqués contre le pays et cette année, 105 déclarations.

Il a rappelé les déclarations du président des Etats-Unis Donald Trump, en 2017, dans lesquelles sil menaçait le Venezuela d'une intervention militaire, en plus des sanctions destinées à porter préjudice à l'économie et à la qualité de vie du peuple et le financement des attaques violentes de l’opposition vénézuélienne pendant 4 mois. Il a aussi mentionné l'appel du secrétaire d'Etat des Etats-Unis de l'époque Rex Tillerson lancé aux Forces Armées Nationales Bolivariennes pour qu'elles renversent le Gouvernement du président Nicolás Maduro.

« Nous voulons avertir ici, au Conseil des Droits de l'Homme, de la dangereuse situation que le Gouvernement des Etats-Unis et ses alliés cherchent à instaurer grâce aux sanctions économiques qui causent des dommages au peuple vénézuélien, aux pressions, à l'extorsion politique et financière qu'exerce Washington sur des Gouvernements d'Europe, de la région latino-américaine et caribéenne et grâce à une féroce guerre psychologique et médiatique très bien planifiée et financée qui cherche à faire croire au monde qu'au Venezuela, il y a une crise humanitaire. Un vieux truc de l'unilatéralisme ».

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infosolivarinfos.over-blog.com/2018/03/venezuela-l-onu-condamne-les-sanctions-unilaterales-des-etats-unis.html

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