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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 20:10

Thierry Derronne

vendredi 9 mars 2012

 

« Démocratiser le monde opaque de la production », “Mettre en place des conseils des travailleurs”, “éliminer la division du travail”, « réduire la durée du travail pour faire place au temps de la vie », « créer la propriété sociale des moyens de production » : les objectifs qui fondent historiquement l’existence de la gauche sont bien vivants… au Venezuela. Alors qu’en Europe, en Espagne par exemple, la loi du travail est revue et corrigée pour la rendre plus favorable au patronat, le Venezuela a lancé il y a quelques mois un débat public pour élaborer une loi qui « paie enfin la dette que possède encore la révolution vis-à-vis des travailleurs ».

La loi actuelle reste en effet très favorable à un secteur privé dominant, et marquée au coin du néo-libéralisme et des accords de Punto Fijo (1961) par lesquels sociaux-chrétiens et sociaux-démocrates avaient fixé le contrôle politique de l’État. Pour que la nouvelle “Loi Organique du Travail” (LOT) que signera le président Chavez le 1er mai prochain soit le fruit d’un débat pluraliste, la commission présidentielle reçoit les propositions que rédigent des mouvements sociaux aux quatre coins du pays : syndicats, mouvements de jeunes, organisations de femmes, coordinations de concierges, de producteurs agricoles ou de pêcheurs, etc…

Ainsi les militants de la JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique) ont réalisé un diagnostic précis des atteintes aux droits des jeunes travailleurs (photo). « Non-reconnaissance des jeunes travailleurs du secteur informel », « mauvais traitements et agressions au travail », « licenciements injustifiés », « irrespect du droit lié au premier emploi », « stages sans paiement de salaires », « pas d’accès à la santé dans les centres de travail », etc.. L’axe central de leur proposition est que la loi consacre enfin les jeunes travailleurs comme sujets de plein droit, en garantissant l’égalité et en punissant sévèrement les patrons coupables de discriminations. Parmi les propositions, on notera entre autres :

- Le patron devra garantir que 25% au moins du personnel soit composé de jeunes. Ceux-ci bénéficieront d’un régime spécial qui leur permette d’étudier tout en travaillant, sans que cela affecte ni leur salaire, ni la stabilité de l’emploi.

- Le patron devra garantir les moyens concrets de la formation intégrale des travailleurs durant la journée de travail (ce qui vaut pour les syndicats, délégués de prévention et membres du Conseil des Travailleurs).

- L’interdiction de pré-requis à l’embauche tels qu’expérience préalable ou période d’ essai.

- Les pleins droits à la participation politique et à l’organisation dans les centres de travail, pour le mouvement syndical comme pour les conseils des travailleurs.

- Les pleins droits aux assemblées permanentes comme moyens de prises de décisions et de consultations syndicales et des conseils de travailleurs pendant les heures de travail ou pendant le temps libre.

Osvaldo Vera, député socialiste (PSUV) et membre de la commission présidentielle qui rassemble les diverses propositions, explique que la loi modifiera le rôle du ministère du Travail. « Il cessera d’être neutre et se mettra du côté du travail, non plus de celui du capital ». Mr. Vera évoque la création d’un fonds pour le paiement des divers droits sociaux dus aux travailleurs, alimenté par 3% des royalties pétrolières. « Ainsi, tout travailleur qui quitte son poste pour prendre sa retraite, ou parce qu’il démissionne ou se fait licencier, pourra compter sur le paiement rapide de ses droits ou de ses indemnités”. La figure du « licenciement injustifié » sera éliminée de la loi et remplacée par le "licenciement illégal".

Depuis la salle de réunion des conseils communaux du secteur Valentin Valiente de la ville de Cumaná, sur la côte (photo), des dirigeants syndicaux parmi lesquels Marcela Maspero (UNETE, syndicat bolivarien) ont annoncé la remise de propositions le 22 mars prochain dans le cadre d’une grande mobilisation nationale à Caracas. Elle a exigé que la commission présidentielle rende publique l’ensemble des propositions : "Il n’y a aucune clarté et nous ne pouvons nous démobiliser vu la compromission de secteurs locaux du ministère du travail et le retard de certains dossiers, comme c’est le cas pour les 18 travailleurs de l’entreprise privée Toyota licenciés en septembre 2011, et dont le retour au travail a été repoussé durant 5 mois".

« Nous sommes toutes travailleuses, dans tous les aspects de la vie »

Dans l’État agricole de Portuguesa, une cinquante de travailleuses se réunissent à l’occasion de la Journée Internationale de la femme (photo).

Sindia Aguilar et Yilvany Martínez de l’entreprise Protécnica, Patricia Méndez de l’entreprise Molinera, Carolina Gana et Milena Hernández de l’entreprise Proarepa, Camila Rodríguez de ATC, Johanna Rojas et Ninfa Riera, de Pronutricos, Rosa Landínez (Communauté de Píritu), María Mendoza (Venearroz) et Olga Angulo (Arroz del Alba), entre autres, veulent « adapter la loi à nos besoins concrets et en particulier réaliser l’équité totale entre hommes et femmes au travail ». Chacune d’elles va réunir le plus grand nombre possible de travailleuses dans d’autres entreprises pour poursuivre la discussion.

A l’autre bout du pays, des femmes de l’État de Vargas (Maison de la Femme de la mairie, Zone Éducative de Vargas, Direction Régionale de la Santé, Organisation des femmes Josefa Joaquina Sánchez, etc..) exigent que la loi « visibilise la femme travailleuse sous toutes ses facettes : femme qui travaille au foyer, paysanne ou commerçante informelle ».

Aimée Benítez, du mouvement Josefa Joaquina Sánchez : « L’égalité absolue est indispensable. Nous sommes toutes travailleuses, dans tous les aspects de la vie. Nous défendons des propositions comme le fonds de sécurité sociale financé par les entreprises publiques et privées, pour résoudre les difficultés des travailleu(r)ses indépendantes ». Les femmes appuient la réduction de la durée du travail de 8 à 6 heures par jour, l’extension du congé prénatal à deux mois comme droit inaliénable et du congé postnatal à six mois, un droit qui pourrait être étendu à tout proche qui aide à prendre soin de l’enfant jusqu’à l’âge d’un an. On défend la proposition de “garderies dans les entreprises publiques et privées pour, notamment, garantir le temps de l’allaitement maternel”.

Renaissance légale du « Conseil des travailleurs ».

Un des buts de la nouvelle loi est de rattraper le retard pris dans la création de la figure légale du « Conseil des Travailleurs » que le Parti Communiste du Venezuela avait déjà proposée à l’Assemblée Nationale en 2007. Quel est le but de ces « conseils », revendication historique de la gauche mondiale (1) ?

Pas de collaborer avec le patronat pour augmenter l’emprise du capital sur le travail mais de devenir une forme d’organisation supérieure des travailleurs, qui exercera le contrôle social sur la production et sur l’administration des entreprises, prendra une part active aux décisions et développera la participation directe de la population dans les centres de travail publics comme privés. Les « conseils de travailleurs » ne se substitueront donc pas aux syndicats, maintenus dans la nouvelle loi, mais leurs membres jouiront de la même protection légale que les militants syndicaux. Il s’agit en fait de démocratiser le monde du travail. Les entreprises mixtes et privées ne pourront en aucun cas faire obstacle à leur constitution ni à leur fonctionnement, sous peine de sanctions.

Thierry Deronne, avec AVN, Ciudad CCS, Prensa Proarepa, JOC, Prensa MINPPAL.

(1) La journaliste Carolina Hidalgo (Ciudad CCS) rappelle qu’au Chili en 1973, les travailleurs chiliens s’organisèrent spontanément sous la forme des “cordons industriels”, sorte de conseils de travailleurs constitués dans chaque secteur pour faire face aux pénuries provoquées par l’opposition et par le gouvernement états-unien sous la présidence de Salvador Allende. Dans ces cordons industriels les ouvriers prenaient les décisions sur la production et fonctionnaient indépendamment du gouvernement.

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com...

Dans les premières années de la révolution russe, avant l’époque stalinienne, les “soviets” désignaient des assemblées d’ouvriers, de soldats, de paysans comme force fondamentale de transformation. En 1918, en Allemagne, l’opposition à la Première Guerre Mondiale et à ses pénuries et à la monarchie prussienne furent le point de départ des conseils de travailleurs, de marins et de soldats. Cette année-là des milliers de ces organisations s’établissent dans 18 villes allemandes. En Espagne, en 1936, de nombreuses expériences semblables appelées « collectivités » surgirent au sein du mouvement républicain en lutte contre les franquistes. Ces structures contrôlées par les travailleurs assumèrent dans certains cas les services municipaux, voire le pouvoir municipal. En 1937, ces “collectivités” furent anéanties sous l’action des troupes franquistes.



http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1991


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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 15:01

 JESSE CHACÓN      

                                                     Jesse-Chacon-copie-1.jpg

 lundi 30 janvier 2012

Pendant toute l'année 2011 la FAO n´a cessé de lancer des cris d´alarme au sujet de la famine sévissant dans diverses parties du monde. Ces alertes ont pour toile de fond une véritable crise humanitaire. En 2011, 1600 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Parmi elles 60% sont des femmes.

Alors qu´au Venezuela, si on vit le temps des êtres humains et non le temps du capital, on peut souligner les réussites en matière d´alimentation. La FAO a classé le Venezuela en 2011 comme le cinquième pays latino-américain possédant le meilleur indice nutritionnel pour les enfants de moins de 5 ans. Le Venezuela dépassera en 2015 l´Objectf du Millénaire sur l´éradication de la faim, fixé par l´ONU.

 

Ceci témoigne des avancées sur le problème alimentaire de la population : alors qu´en 1990 l´indice de dénutrition infantile pour les moins de cinq ans se situait à 7,7%, nous avons réussi à le réduire à 3,2% en 2010.

Ces succès résultent de l´engagement du gouvernement révolutionnaire de garantir un droit fondamental comme l´alimentation. Ils sont le produit d´une politique intégrale qui articule la distribution et la commercialisation d´aliments à des prix subventionnés, l´adoption de mesures destinées à protéger les prix des aliments et la mise en route d´un plan de production agricole qui ambitionnant d´augmenter à moyen terme la production nationale d´aliments.

Sur le terrain des chaînes de distribution, les réussites sont importantes mais en ce qui concerne le contrôle des prix les résultats sont assez limités : la spéculation et l´accaparement sont encore palpables dans le quotidien du vénézuélien.

En ce qui concerne le secteur agricole les résultats qui jusqu´en 2009 connaissaient une tendance ascendante, ont montré des résultats en baisse pour certains articles, et des avancées modestes pour la majorité. Le président Hugo Chávez lui-même l´a reconnu dans son discours annuel de mémoire et comptes de la nation à l´assemblée : “… certes, l´effort a été très grand. Mais si on me pose la question, je répondrai que je ne suis pas content des résultats, je ne suis pas content. Non. Nous pouvons faire beaucoup plus, et nous sommes dans l´obligation de faire beaucoup plus. Et nous avons commis des erreurs, nous devons être autocritiques et ces erreurs il faut les corriger…

Cette reconnaissance critique du président est importante, vu les espoirs fondés sur le lancement de la Mission Agrovenezuela. Cette mission fut lancée le 25 janvier 2011 ; cependant, le bilan final n´exprime pas le grand saut agro-productif attendu. Au contraire il montre la chute de 8 des 47 articles principaux mesurés, tandis que le progrès de 39 autres est modeste.

Voyons quelques unes des données les plus significatives de ce rapport annuel 2011 :

 Pour le riz nous observons une croissance de la production nationale de 6 % par rapport à 2010. Nous sommes passés d´un million 161 mille tonnes à un million 230 mille tonnes, j´arrondis le chiffre.

 Pour les haricots on a obtenu une croissante de la production de 17 % par rapport à 2010. Nous sommes passés de 34.400 à 40.376 tonnes en 2011.

 En ce qui concerne le coton nous sommes passés de 8.800 à 28.300 tonnes.

 Le café croît de2 %, de 73.600 à 75.500 tonnes.

 Le cacao croît de 9 %, de 20.900 à 22.800 tonnes.

 Le maïs baisse de 17 % : La production atteint 1.200.000 tonnes pour le maïs blanc et 600.000 tonnes pour le maïs jaune.

 Pour le poulet, la production nationale a cru de 8 % par rapport à 2010. Nous sommes passés d´un million 77 mille à un million 164 mille tonnes.

 Pour les oeufs, la croissance est de 26 %, de 241.500 à 304.000 tonnes.

Beaucoup attribueront les chutes dans la production ou le manque d´augmentation substantielle par rapport aux objectifs de production, aux conséquences du changement climatique. On pourra même évaluer positivement le processus si on réalise une étude comparative des réussites par rapport aux gouvernements de la quatrième république. Au cours de la dernière décennie du “puntofijisme" (1) - de 1988 à 1998 -, la récolte a subi une diminution progressive au plan national, la surface cultivée n´atteignant plus que 1.638.923 hectares (en 1998). On observe par contre, sous le cycle du gouvernement bolivarien, une croissance considérable, avec 2.392.811 hectares cultivés en 2009, soit une augmentation de 46%.

Méme si ces faits sont exacts et acceptables comme références pour l´analyse, ils restent insuffisants. Pourquoi ? Parce que nous avons besoin d´évaluer la politique agro-alimentaire en fonction des besoins urgents de la souveraineté agro-alimentaire.

Nous nous trouvons face à un paysage global fragile et catastrophique : la brume de la guerre et de l´effondrement économique mondial, associés à la chute des prix internationaux du pétrole, peuvent se rapprocher rapidement.

Dans ce contexte seule nous sauvera la capacité de mener à bien des réalisations concrètes afin de produire nous-mêmes les aliments, et de renforcer les secteurs de l´eau et de l´énergie, pour éliminer toute fragilité.

Dans le nouveau plan de développement national 2013-2019, il faut formuler de manière beaucoup plus systématique l´ensemble des chaînes productives du secteur agro-alimentaire. Il est urgent d´incorporer un système de gestion qui rationnalise la production du secteur agro-alimentaire sur la base de critères d´efficacité, de productivité. Il est nécessaire de créer une plus grande complémentarité dans les processus d´ensemencement primaire, de récolte, de stockage, de traitement agro-industriel et de distribution. Il faut de même bien étudier la dimension territoriale, comprendre l´impact que des méga-projets d´infrastructure publique ou d´industrialisation, peuvent avoir sur la production agricole dans les contextes régional et local.

Le thème agro-alimentaire revêt une telle importance dans la réalité vénézuélienne qu´il aura suffi d´un accord passé cette semaine entre deux grands groupes agro-industriels nationaux (le groupe Mendoza et le groupe Capriles) pour forcer le retrait de la candidature de Leopoldo López en faveur d´Enrique Capriles, ce qui nous ramène à l´époque où les groupes Santa Lucia et Roraima (décennie 80-90) s´étaient proposé de subordonner le pouvoir politique au pouvoir économique. Si Capriles devient finalement le candidat de l´opposition, nous serions en présence de deux courants clairement différenciés pour les élections du 7 octobre 2012. D´un côté la politique comme outil de transformation sociale et de l´autre la politique comme outil de majoration des bénéfices et des privilèges des grands groupes économiques.

C´est pourquoi la dialectique de la révolution, aujourd´hui plus que jamais, exige de nous le langage de l´espoir et, tout autant, le langage de la critique et du posible, pour conquérir de nouveaux espaces dans chacun de nos processus.

Jesse Chacón  Directeur du GISXXI  www.gisxxi.org

(NDT : le "puntofijisme" est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo entre des partis dominants vénézuéliens (social-chrétien et social-démocrate) pour se répartir en alternance le gouvernement et l´État sans en modifier les structures.)

Traduction française : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1910&lang=es

 

 

 

 

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 20:25

 Santiago ZABALA, Université de Barcelone  :

 Je viens de rentrer du sixième Forum International de Philosophie à Maracaibo, au Venezuela, où des philosophes de quatre continents étaient invités à débattre sur le thème de "l´Etat, la Révolution et la construction de l´hégémonie". Cet évènement a été inauguré par les vice-présidents du Venezuela et de Bolivie, et retransmis par plusieurs chaînes de télévision. Le dernier jour un prix de 150.000 $ a récompensé le meilleur ouvrage présenté dans le cadre du Prix Libertador pour la Pensée Critique 2011.

 

De même que pour le Forum Social Mondial du Brésil, ce prix et ce forum visent à refléter non seulement le progrès social qui caractérise ces nations, mais aussi les progrès dans d´autres parties du monde ; c´est pourquoi on ne compte parmi les invités que des penseurs essentiellement de gauche : engagés au service des secteurs faibles, exclus, opprimés de la société.

 

Indépendamment de l´impact que le rapport de cette rencontre peut avoir sur les gouvernants qui le liront, ce qui nous intéresse, nous en tant qu´universitaires européens, est la signification institutionnelle donnée à la philosophie dans cette région du monde. Existe-t-il une conférence, un forum aux États-Unis ou en Europe que des vice-présidents de la république prendraient le temps d´inaugurer ?

 

Sans doute les participants étaient-ils tous des socialistes progressistes (voire marxistes dans certains cas) et nourrissaient-ils d´emblée une certaine sympathie pour ces mandataires politiques démocratiquement élus (en Amérique Latine, seul le Honduras ne dispose pas de gouvernement démocratiquement élu). Reste que nos gouvernants occidentaux néo-libéraux n´organisent pas de telles conférences pour leurs intellectuels préférés. Voir les vice-présidents d´Italie ou du Canada financer une conférence pour que 50 philosophes réfléchissent sur leurs politiques, reste de l´ordre du rêve. Peut-être que ce jour viendra.

 

D´ici là interrogeons-nous nous-mêmes sur ce que ce forum latino-américain nous dit de la relation entre philosophie et gouvernement.

 

Avant quoi, il faut rappeler que la plupart des nations latino-américaines actuelles ont élu des gouvernements socialistes dont l´objectif principal est de sortir de la pauvreté les citoyen(ne)s exclu(e)s par les états néo-libéraux (et dans certains cas par des états dictatoriaux) qui ont gouverné cette région dans le passé. C´est pourquoi depuis plus d´une décennie, des intellectuels progressistes aussi célèbres que Noam Chomsky et beaucoup d´autres ont soutenu Chavez, Morales, et d´autres présidents démocratiquement élus : pour leurs programmes sociaux et pour leur indépendance économique du FMI.

 

Malgré le progrès social (depuis 2003, la pauvreté extrême a été réduite de 72 % au Venezuela), malgré les initiatives écologiques (Morales a été déclaré “Héros Mondial de la Terre-Mère" par le Président de l’Assemblée Générale des Nations Unies), malgré l´efficacité économique de ces gouvernements (à la différence des États-Unis, les économies latino-américaines croîtront de 4.7 % en 2012), nos médias occidentaux mantiennent leur campagne de désinformation haineuse pour discréditer ces succès.

 

Oliver Stone a suggéré dans son brillant documentaire South of the Border, que cette campagne est le symptôme de la peur que les citoyens occidentaux exigent à leur tour de semblables politiques. En tout cas, tandis qu´en Europe nous éliminons des services sociaux pour obéir aux demandes de la Banque Centrale Européenne, les États Latino-Américains ne font que les augmenter, et c´est précisément ce que réclament tant de manifestants occidentaux ("indignados", Occupy Wall Street, et autres mouvements courageux).

 

Ces pays d´Amérique Latine ne font pas appel aux philosophes pour obtenir d´eux des justifications rationnelles ou dans l´espoir que certains d´entre eux écrivent des articles de propagande sur leurs politiques. Ils montrent plutôt leur conscience que l´Histoire n´est pas finie. Je rappelle la célèbre théorie de Francis Fukuyama ("la démocratie libérale est la seule forme légitime de gouvernement généralement acceptée"), aujourd´hui complètement assimilée, pour ne pas dire intégrée, à notre culture capitaliste.

 

Sauf que l´Histoire en Amérique Latine n´a jamais pris fin ni recommencé. Elle évolue simplement comme une alternative à notre logique capitaliste d´enrichissement économique, de progrès technologique et de supériorité culturelle. Les pays latino-américains ne visent pas à dominer les autres mais simplement à revendiquer ceux que Walter Benjamin appelait les "perdants de l´Histoire" : ceux qui n´ont pas réussi dans notre système néo-libéral démocratique. Ces "actionnaires" sans succès ne sont pas seulement représentés par les citoyens défavorisés mais aussi par les nations et les continents sous-développés. C´est dans ce contexte que la philosophie est appelée à penser historiquement – c´est-à-dire à maintenir vivante l´Histoire. Mais comment ?

 

En tant que discipline interprétative déterminée à mettre en cause les fondements (culturels, scientifiques ou politiques) de la pensée, la philosophie vit dans l´insatisfaction permanente, obligée de poursuivre son inlassable recherche de modèles, de possibilités et d´histoires alternatives. Ce sont ces alternatives qui permettent de maintenir l´Histoire en vie parce qu´elles maintiennent la possibilité d´une plus grande liberté, d´une démocratie plus large, et de systèmes alternatifs.

 

Dans ce but les organisateurs du forum ont préféré suivre les principes herméneutiques du dialogue, d´une conversation où la vérité devient un échange constant de points de vue différents. Dans un dialogue sincère, aucun des interlocuteurs ne dispose à priori de la vérité absolue ni du terme final du débat ; c´est la discussion qui y mène.

 

Les 50 participants de la rencontre ont donc été divisés en plusieurs groupes : les différents thèmes du débat ont été discutés ouvertement par chacun, depuis chaque point de vue philosophique. Un rapport a émané de chacun des groupes et leur somme a été remise aux gouvernants du Venezuela pour les encourager à poursuivre et à améliorer le progrès social déjà atteint. Je suis certain que la totalité de nos propositions et analyses ne sera pas bienvenue ou appliquée. Mais le fait que des leaders politiques nationaux ont besoin de telles réunions depuis plus de dix ans indique la signification qu´ils donnent à la philosophie pour le bien-être de l´État.

 

Même si nous avons tou(te)s été invité(e)s pour nos sympathies envers les politiques contemporaines de l´Amérique Latine, les organisateurs savaient très bien que nos différences de positions philosophiques enrichiraient plutôt qu´elles nuiraient à la discussion. En somme et comme le disait feu Richard Rorty, l´Amérique Latine fait appel aux philosophes "pour poursuivre la conversation" et parce que ses mandataires politiques sont assez honnêtes pour reconnaître que l´Histoire n´a pas pris fin avec leur forme socialiste et démocratique de gouvernement.

 

Santiago Zabala est professeur et chercheur de l´ICREA, Université de Barcelone. Parmi ses ouvrages citons The Hermeneutic Nature of Analytic Philosophy (2008), The Remains of Being (2009) et surtout le récent Hermeneutic Communism (2011, co-écrit avec Gianni Vattimo). Tous ces ouvrages ont été publiés par Columbia University Press.

Sa page Web est www.santiagozabala.com

 

Traduction de l´anglais : Thierry Deronne, pour 

ww.larevolucionvive.org.ve

http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1850&lang=fr

 

 

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 14:19

De récents scrutins ou sondages menés en Amérique Latine montrent que l´action des présidents progressistes rencontre un appui croissant de la population - en moyenne de 60 %. C´est le cas de Rafael Correa, de Cristina Fermandez, de Evo Morales, de Daniel Ortega, de Dilma Roussef ou de Hugo Chavez. Jesse Chacón ausculte les raisons de cette tendance dans le cas du Vénézuéla.

Sans aucun doute, le fait politique fondamental de l´année 2011 au Venezuela fut la maladie du président, qui avait fait prédire à nombre d´analystes une chute de la popularité présidentielle dans une opinion publique qui aurait considéré que Chávez avait perdu sa capacité à gouverner.

Or c´est le contraire qui s´est produit. La situation nouvelle produite par la maladie du président a signifié un renforcement de sa connection et de sa proximité avec la population. L´opinion publique a entouré solidairement un homme qui a su affronter chacun des moments critiques de sa vie, même les plus dramatiques, avec courage et combativité. Mais cela suffit-il à expliquer la popularité actuelle de Chávez ?

Certes durant toute l´année 2011, et les instituts privés de sondage l´ont confirmé, le président a maintenu la tendance ascendante dans la perception positive de sa gestion, tendance qui avait débuté en février 2010 avec un pourcentage de 37.7% d´opinions positives et qui a continué à grimper jusqu´à 60% en décembre 2011. Nos propres études ont cependant démontré que cette tendance à la hausse ne peut s´expliquer par la solidarité qui s´est réveillée à la suite de la maladie du président.

En réalité cette ascension remonte à plus loin dans le temps, et elle a été constante et progressive : 37% d´opinions positives en février 2010, 43% en mars 2010, 52% en décembre 2010, 54.7% en janvier 2011, 57.8% en juillet 2011, mois où Chávez a fait état de sa maladie. Les raisons de cette tendance à la hausse doivent donc être cherchées ailleurs.

Le dernier rapport du PNUD (organisme de l´ONU pour le développement) sur la réduction structurelle de la pauvreté nous donne le fond explicatif de la hausse des opinions positives du président malgré douze ans de gouvernement. Cet organisme international souligne les réussites de la Révolution bolivarienne qui a permis d´atteindre un Indice de Développement Humain de 0.735. Ceci signifie une amélioration de tous les indicateurs liés : l´espérance de vie se situe à 74.4 ans. Les années de scolarité atteignent 7.6, et les années espérées de scolarisation atteignent actuellement 14.2. Le revenu national brut par habitant est de 10.656 dollars. Le Venezuela se détache comme une des sociétés les plus égalitaires d´Amérique Latine, bénéficiant d´un indice Gini de 0.3898.

Tout ceci est perçu par la population, cependant un secteur ne prend pas en compte la signification de ces réussites. C´est un segment qui ne mesure la gestion du gouvernement que sur base des indicateurs quotidiens. Les prix et l´approvisionnement sont fondamentaux dans l´appréciation qu´a cette partie de la population de l´action gouvernementale.

Ce tableau montre comment le gouvernement bolivarien a maintenu une gestion stable en dépit des constantes structurelles inflationnistes que connaît l´économie vénezuélienne, en dépit des impacts des phénomènes environnementaux ainsi que du jeu politique imposé par les facteurs du capital à travers la fuite de devises ou l´accaparement de produits.

L´action gouvernementale a permis de réduire l´Indice des Prix à la Consommation de 5,2 % en avril 2010 à 1.4% en avril 2011. On peut observer la même chose à propos de l´Indice de Rareté qui en janvier/février 2010 était de 14.8, alors que pour les mêmes mois en 2011, il se situe à 12.6 et en novembre 2011 à 13.4.

D´autres indicateurs sur lesquels s´est concentré le gouvernement et qui ont un impact positif sur la popularité ascendante, concernent la croissance économique. Rappelons que l´activité économique accuse une chute de -3,7 % du PIB lors du dernier semestre 2009, puis une chute de -5,8% au premier trimestre de 2010. Cependant pendant toute l´année 2011, les politiques d´investissement public (infrastructures, logement populaire, etc..) ont permis un redécollage de l´économie.

Le Produit Intérieur Brut (PIB) à prix constants montre au troisième trimestre de 2011 une croissance de 4,2% par rapport à la même période de 2010. Ce qui donne une croissance de 4,8% au premier trimestre de 2011 et de 2,5% au deuxième, soit une croissance de 3,8% pour les neuf premiers mois de 2011.

Le renforcement du crédit politique du gouvernement aux yeux de la population a donc une explication tangible, tant en ce qui concerne le cadre macroéconomique que dans les variables quotidiennes.

Plusieurs instituts de sondage liés à l´opposition ont reconnu que le président Chávez possède, actuellement, les meilleures idées pour résoudre les problèmes du pays. Ces firmes de sondage indiquent que les personnes s´identifient aux idéaux d´égalité, de justice, d´inclusion sociale, d´option pour les pauvres - cadres de valeur communs au président et á une majorité de vénézuéliens.

Le haut niveau d´approbation de la gestion présidentielle est corrélée aux intentions de vote. En décembre 2011, si les élections avaient lieu demain, 57% des vénézuéliens voteraient pour Hugo Chávez alors que 27% des électeurs apporteraient leur suffrage à l´opposition.

Par ailleurs le paysage politique de 2012 « oppose Chávez à Chávez ». C´est-à-dire qu´une gestion adéquate du président et de son équipe sur les thèmes quotidiens du vénézuélien, en particulier sur des problèmes aussi aigus que l´insécurité ou la problématique du logement, signifierait une consolidation du projet bolivarien comme option victorieuse pour les élections d´octobre 2012.

Jesse Chacón  24/12/11

Directeur GISXXI      

 

Traduction : Thierry Deronne pour www.larevolucionvive.org.ve

http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1828&lang=fr

 


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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans La Revolution Bolivarienne
1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 22:45
Juan Manuel Karg

 trois mémoires pour un point de non-retour de « notre Amérique ».

mercredi 30 novembre 2011

La Communauté des États Latinoaméricains et des Caraïbes (CELAC) fondée les 2 et 3 décembre 2011 á Caracas constituera sans aucun doute l´événement politique majeur de ces dernières années. Cet organisme remplace en effet une OEA (Organisation des États Américains) décrédibilisée par son alignement sur les États-Unis, par un organisme exclusivement latino-américain et politiquement pluraliste. Celui-ci réunira pour la première fois sans les USA ni le Canada, 32 chefs d´État sur un total de 33 pays représentant 550 millions de citoyen(ne)s sur un territoire de plus de 20 millions de kilomètres carrés. D´ores et déjà le président équatorien Rafael Correa a manifesté son souhait de voir se créér au sein de la CELAC une commission des droits de l´homme réservée aux latino-américain(e)s pour substituer une CIDH devenue caisse de résonance de campagnes médiatiques contre les gouvernements progressistes qui se multiplient en Amérique Latine.

Unité contre dépendance : une lutte historique.

Pour mesurer la portée historique de l´événement on peut se référer aux propos tenus par le président de la république bolivarienne du Vénézuéla - puissance invitante et l´une des principales forces d´impulsion du nouvel organisme : “Combien d´années de lutte. C’est un premier pas, ce n´est pas la victoire. Non. Mais c´est un premier pas. Parce que c´est en 1820 qu´a commencé la lutte dans ce continent. Aprés 300 ans de conquête, de domination, de génocide de la part des empires européens, a surgi la menace de l’empire naissant. Et Bolívar l’a prévu, l’a pressenti, l´a vu. L’a affronté. Bolívar proposa l’unité dès le Congrès Amphictionique de Panamá. Mais finalement s´est imposé le monroïsme : l’Amérique pour les américains. Et on a cru enterrer le boliviarianisme”.

L’ importance politique de la CELAC – même avant sa naissance – est liée à la caducité de l’OEA et à son épais dossier d´interventions contre des pays qui empruntaient diverses voies transformatrices sur le continent. L’ « Organisation des États Américains » restera tristement célèbre pour l´aval qu´elle a donné á des invasions, des coups d´État, voire des magnicides. De l’intervention étasunienne en République Dominicaine (1965) au coup d´État contre le président Zelaya au Honduras (2009), on peut lire l´histoire de l´OEA comme celle d´un « instrument de l`impérialisme » (dixit le politilogue argentin Atilio Borón). L’apogée de la dépendance de l´OEA vis-à-vis de Washington fut sans doute l´expulsion de Cuba en 1962 au motif du danger que représentait “ l´offensive subversive de gouvernements communistes, de ses agents, et des organisations contrôlées par eux” (sic). C`est sur cette base que les gouvernements nord-américains successifs ont appliqué un blocus comercial toujours en vigueur contre Cuba, provoquant des pertes qu´on estime à 975 milliards de dollars.

Le point de “non-retour” de Notre Amérique

En 2005, divers mouvements sociaux et politiques de l’ Argentine et d´ailleurs remplissaient le stade du “mundial de futbol” pour un événement majeur organisé en présense de Hugo Chávez et de Evo Morales : l´enterrement de l´ALCA, traité de libre commerce d´obédience néo-libérale que l’administration Bush avait tenté d´imposer au continent, mais aussi le démarrage paralléle de processus au Vénézuéla, en Bolivie et en Équateur qui ont permis de construire l’ALBA – Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique. Ce bloc de pays – également intégré par Cuba et le Nicaragua entre autres- a ensuite fondé le TCP (Traité de Commerce entre les Peuples) pour substituer par la complémentarité et la solidarité, la concurrence entre pays du « libre commerce » des années 90.

La CELAC ne tombe donc pas du ciel mais s´enracine dans une « mémoire longue » – le “bolivarianisme” auquel Chávez se réfère ainsi que la marque laissée par les différents « Libertadores » de l´Amérique Latine, eux-mémes enracinés dans de longs cycles de résistance indigène, afrolatinoaméricaines comme celui d´Haïti, qui fut la première république libre du continent.

Elle prend aussi racine dans une « mémoire moyenne » - la résistance au néolibéralisme, les émeutes anti-FMI à Caracas (1989), etc-. Et dans une “mémoire proche” formée par des processus unitaires entre nations souveraines tels que l`ALBA, un système nourri de coopération sociale et libéré de la logique du profit. D’autres, bien que plus nuancés, comme l´UNASUR, ont déjà permis de résoudre des moments de tension comme la tentative de coup d´État contre Evo Morales en Bolivie (2008).

Alors que dans une Europe amnésiée par les grands médias, on a vu des "intellectuels" de gauche se convertir à la « guerre humanitaire » et défendre peu ou prou une guerre meurtrière en Libye, il est bon de citer la présidente argentine Cristina Fernandez « Quand je vois les pays dits civilisés régler leurs affaires à coups de bombes, je me sens fière d´être sud-américaine ».

Juan Manuel Karg, Licencié en Sciences Politiques, UBA

Traduit et adapté pour le français par Thierry Deronne pour La revolución Vive

Site officiel de la CELAC : http://www.celac.gob.ve/ (avec lien de la transmission spéciale par Internet de la réunion des 33 pays à Caracas les 2 et 3 décembre 2011)

http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1791&lang=fr


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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 14:36

Bernard Cassen, président d’honneur d’ATTAC et secrétaire général de Mémoire des luttes, analyse les mesures progressistes prises par les gouvernements d'Amérique latine, qui s’installent entre la gauche et le centre gauche. Victime de campagnes de désinformation et de dénigrement par les grands médias, le continent le plus stable du monde selon Cassen, où « l’intégration passe moins par l’économique que par le politique », insiste-t-il, devrait servir d'exemple à l'Europe.



(Bernard Cassen - Capture d'écran Dailymotion - lepartidegauche - cc)
L’Amérique du Sud est en train de sortir du libéralisme ? 
  
C’est un bien grand mot. Même si le socialisme du XXIème siècle est revendiqué comme objectif, il y a plutôt une convergence vers un modèle de type social-démocrate (celui de l'Europe des années d'après-guerre), sans remise en cause globale et immédiate du capitalisme et de l’économie de marché. Ce qui prime est la volonté d'éliminer la pauvreté et de réduire les inégalités, même si on est très loin d’y être arrivé complètement, de redistribuer les richesses, de récupérer les ressources naturelles, le tout s'accompagnant d'une prise de distance vis à vis du libre-échange. L’Amérique latine s’installe entre la gauche et le centre gauche. 

A partir du début des années 2000, l’objectif prioritaire des luttes de tous les mouvements sociaux latino-américains a été de mettre un coup d’arrêt au projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA en espagnol et en portugais), de l'Alaska à la Terre de Feu, impulsé par Washington. Ce projet aurait en effet permis aux Etats-Unis d’institutionnaliser des relations totalement asymétriques et de recoloniser ainsi le reste de l’hémisphère. Le libre-échange est en effet un outil au service des forts et au détriment des faibles. Le projet a finalement été enterré en 2005 sous la pression conjointe de Hugo Chavez, de Lula et de Nestor Kirchner. 

De nouvelles structures d'intégration, essentiellement politiques, ont ensuite vu le jour, sans que les Etats-Unis soient conviés à en faire partie : en 2008, l'Union des nations sud-américaines (UNASUR) dotée de surcroît d'un Conseil de défense. C’est une « première » depuis le Traité de Rio de 1947, dit Traité américain d’assistance réciproque (TIAR), qui n’était ni plus ni moins qu’un instrument permanent d’intervention de Washington. D’un point de vue géopolitique, il s’agit de renforcer le mouvement vers une pluri-polarité du monde. 
Quant à la Communauté des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) qui regroupera tous les pays de ces deux zones (dont Cuba), elle sera officiellement mise en place en décembre prochain à Caracas. 

Par ailleurs, en décembre 2004, a été lancée par Cuba et le Venezuela une construction inter-étatique  radicalement nouvelle : l'Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), à laquelle se sont ensuite incorporés la Bolivie, le Nicaragua, l'Equateur et trois petits Etats anglophones (La Dominique, Antigua-et-Barbuda et Saint-Vincent-et-les Grenadines). Le Honduras, qui en était également membre, en a été retiré par les putschistes qui ont renversé le président Manuel Zelaya en juin 2009. 
  
Quelle est l'originalité de l’ALBA ? 

Ce n'est pas une zone de libre-échange, mais un espace politique et économique organisé, fondé sur la solidarité, la complémentarité et la prise en compte des asymétries. 
Sa finalité est avant tout sociale : la lutte contre la pauvreté, le chômage, l’exclusion, pour l'accès gratuit et universel à l’éducation et la santé, pour la préservation de l’environnement. En favorisant le commerce intra-zone, parfois sous forme de troc, et en réduisant au maximum l'utilisation du dollar comme monnaie d’échange. D'où la création d'une monnaie commune virtuelle des pays de l'ALBA (comme l'était, en Europe, l'ECU avant l'euro) : le SUCRE. 

L’Amérique latine est-elle unie idéologiquement ? N’y a-t-il pas deux pôles : d’un côté les pays de l’ALBA, justement, et, de l’autre, le Brésil  ? 

Par ignorance ou pour tenter d'isoler les gouvernements les plus engagés dans la transformation sociale et le refus de l'ingérence de Washington (en premier lieu le Venezuela), les grands médias prétendent qu’il y aurait « deux gauches » qui s'opposent en Amérique latine : d’un côté une gauche radicale, celle de Chavez, Correa et Morales, et, de l’autre, une gauche « raisonnable », représentée par le Brésil de Lula puis de Dilma Roussef, l'Uruguay, le Pérou d'Ollanta Humala et l'Argentine de Cristina Fernandez, veuve de Nestor Kirchner, triomphalement réélue à la présidence le 23 octobre (si tant est que l'on puisse ainsi classer le péronisme). 

En fait, on constate un continuum entre les gauches de ces pays, chacune ayant sa spécificité. Elles s’emboîtent les unes dans les autres. Leurs dirigeants se rencontrent ou se parlent en permanence et sont animés d'une volonté commune : celle de construire la Grande patrie latino-américaine pensée par Simon Bolivar, d'oeuvrer à la justice sociale et de se débarrasser de la tutelle du grand voisin du Nord. 

Bien sûr il existe des conflits historiques, comme entre la Bolivie et le Chili, mais que nul ne songe plus à trancher par les armes. Plus prosaïquement, se présentent des contentieux économiques qui se règlent au fur et à mesure : entre le Brésil et l’Argentine sur les importations ; entre l’Argentine et l’Uruguay sur la construction d’une usine de pâte à papier qui présentait des risques de pollution du fleuve Uruguay, etc. 

Au plan politique, on peut parler d’une véritable convergence.  En Colombie, le nouveau président, Juan Manuel Santos, a pris le contrepied de son prédécesseur Alvaro Uribe en se réconciliant avec le Venezuela. Il se comporte comme un membre de la grande famille latino-américaine et non plus comme un relais régional des Etats-Unis. L’autre Etat pro-américain, le Pérou, est également passé au centre-gauche avec l’élection de Ollanta Humala.  Il y a un seul gouvernement ouvertement de droite, celui du Chili, dirigé par l’homme d’affaires Sebastian Pinera, qui a annoncé qu’il voulait gérer le pays comme une entreprise : c’est un échec lamentable ! 

Cette réussite n’est-elle pas très dépendante d’un fort protectionnisme, et de ressources énergétiques et en matières premières importantes ? 

Ce protectionnisme n’est pas si fort, et en tout cas pas plus que celui des Etats-Unis ! Mais il n’y a effectivement plus de course aux traités de libre-échange ! Ensuite, il faut reconnaître que la politique d’aide aux plus démunis en Argentine est financée par le boom des exportations agricoles, notamment du soja, et elle n’est tenable que si ces exportations se maintiennent à un très haut niveau. Quant à la manne pétrolière du Venezuela, évidemment, le pays en vit, mais, contrairement à ses prédécesseurs, Chavez en a fait bon usage pour le financement de programmes sociaux de très grande envergure. Il en a également fait profiter les pays d’Amérique central et de la Caraïbe, via le projet PetroCaribe. Combien de dirigeants diraient comme lui : « Le hasard a fait que le pétrole est ici, mais il appartient à l’Amérique du Sud » ? 

Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. En Amérique latine, et en premier lieu au Brésil, la richesse est toujours scandaleusement mal répartie. Et pourtant Lula a quitté le pouvoir avec 80% d’opinions favorables. Que s’est-il passé ? Dans son bilan, il a évoqué les 30 millions de personnes sorties de la pauvreté et l’émergence des classes moyennes. Mais s’il a été plébiscité par les classes populaires et moyennes, il l’a aussi été par les couches les plus riches qui, sous ses deux mandats, sont devenues encore plus riches ! La forte croissance a fait grossir le gâteau, mais n’a pas modifié la répartition des tranches. 

Comment ont évolué les rapports entre les Etats-Unis et l’Amérique latine ? 

A l’orée de son premier mandat, George Bush – qui baragouine l’espagnol -, avait annoncé son intérêt pour le sous-continent, ce qui n’était pas de bon augure. Les circonstances ont fait qu’il s’est trouvé mobilisé ailleurs après le 11 septembre. Le malheur des uns… 

Il faut cependant mettre à son « actif », l’appui au coup d’Etat avorté du 11 avril 2002 au Venezuela, comme à l’ « actif » d’Obama l’appui de fait au coup d’Etat de juin 2009 au Honduras contre le président élu Manuel Zelaya. La politique des Etats-Unis en Amérique latine est restée pratiquement identique d’un président à l’autre. Mais elle a trouvé en face d’elle un continent de plus en plus soudé pour lui résister. En témoignent, comme nous l’avons vu plus haut, l’échec de la ZLEA, la création de l’ALBA, de l’UNASUR et de la CELAC. 

Aujourd’hui, la priorité des priorités de Washington est de déstabiliser le Venezuela dans la perspective de l’élection présidentielle d’octobre 2012 à laquelle Chavez sera à nouveau candidat. Les services américains financent les opposants au gouvernement bolivarien, organisent contre lui des campagnes de presse, parfois grotesques, mais qui trouvent des relais complaisants dans les grands médias, plus particulièrement en Espagne et en France.

Dans les mois qui viennent, il faut s’attendre à une intensification de la désinformation contre Chavez. A cet effet, les agents de la CIA implantés dans les ambassades américaines sont à la manoeuvre un peu partout en Europe. Un de leurs objectifs est de créer un « cordon sanitaire » autour du gouvernement vénézuélien pour l’isoler non seulement de la droite, mais aussi des forces de gauche en Europe. Sont aussi visés les mouvements de solidarité avec le Venezuela et l’Amérique latine. 

L’Amérique latine pourrait-elle servir d’exemple à l’Europe ? 

Bien sûr ! Ce qui frappe en Amérique latine, c’est que l’intégration passe moins par l’économique que par le politique. C’est la volonté politique qui prime, l’exemple de l’ALBA étant à cet égard significatif. C’est aujourd’hui le continent le plus stable du monde, on devrait donc s’y intéresser ! Or ce qui est sidérant, c’est le peu d’intérêt que la majorité de la gauche européenne lui porte, pour partie en raison du matraquage médiatique hostile. A cet égard, les agissements de la CIA et du département d’Etat ont porté leurs fruits. Le terrain est d’autant plus facile à occuper pour la propagande américaine que peu nombreux sont les dirigeants de gauche qui ont un minimum de culture « latine » et qui parlent espagnol ou portugais. 

Ceux qui ont une bonne connaissance de l’Amérique latine et qui en tirent vraiment les enseignements sont Alain Lipietz  (mais il n’a plus de responsabilités nationales chez les Verts EE) et surtout Jean-Luc Mélenchon. Le candidat présidentiel du Front de gauche y a fait plusieurs voyages d’études, il parle bien l’espagnol, et le titre de son livre Qu’ils s’en aillent tous ! est un clin d’œil au mouvement social argentin du début des années 2000 avant l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner. A un degré moindre, j’ajouterai Olivier Besancenot qui se réfère souvent au Che et qui a fait des visites à Cuba et au Venezuela. 

Et, chez les socialistes, Arnaud Montebourg ? 

Posez-lui la question ! Je note que, dans son entourage proche, Christiane Taubira, élue de la Guyane, est très sensibilisée aux questions latino-américaines. Par ailleurs, Montebourg a cité la modalité du référendum révocatoire prévue par la Constitution vénézuélienne comme un exemple à suivre pour une VIème République. 
Au sein de la gauche du PS, Benoît Hamon et le maire du 14ème arrondissement de Paris, Pascal Cherki, sont également très attentifs à ce qui se passe en Amérique latine. En revanche, je n’ai jamais entendu François Hollande ou Martine Aubry s’exprimer sur le sujet. 

Pourquoi ce manque d’intérêt ? 

Je crois que l’Amérique latine donne mauvaise conscience aux dirigeants sociaux-démocrates : il y a dans cette région du monde des processus de transformation sociale qu’ils n’auraient peut-être pas le courage de mettre en place en France. Au mieux, ils ne veulent pas voir ce qui se passe là-bas, ils regardent ailleurs. Au pire, ils reprennent à leur compte les campagnes de désinformation et de dénigrement des grands médias. 

L’Amérique latine est aujourd’hui la seule région du monde où, certes de manière parfois désordonnée, des gouvernements mettent en œuvre des mesures réellement progressistes, créent les conditions de la participation populaire, rompent avec les dogmes néolibéraux, mettent le projet politique au poste de commandement et instaurent, dans le cas de l’ALBA, des formes de relations internationales fondées sur la solidarité et non pas la concurrence. 

Ces expériences mériteraient logiquement d’être étudiées et soutenues par tous les mouvements de gauche en Europe. Ce n’est pas – ou pas encore - le cas. Sans doute parce qu’elles constituent un vivant reproche pour tous ceux qui ont renoncé à changer la société autrement qu’en paroles.

Samedi 29 Octobre 2011
Propos recueillis pas Vladimir de Gmeline - Marianne  Source : http://www.marianne2.fr

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 14:54
Version  française de la lettre adressée par le Président Hugo Chavez à Monsieur Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, approuvant la création d'un Etat palestinien:
 

                                       Miraflores, le 17 septembre 2011

  

Son Excellence

Monsieur Ban Ki-Moon

Secrétaire général

Organisation des Nations Unies

 

 Monsieur le Secrétaire général ;

Honorables représentants des peuples du monde, 

Je m’adresse à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, à cette grande tribune où sont représentés tous les peuples de la Terre, pour réaffirmer aujourd’hui et en ce lieu l’appui total du Venezuela à la reconnaissance de l’État de Palestine, au droit de la Palestine de se convertir en un État libre, souverain et indépendant. Il s’agit là d’un acte de justice historique envers un peuple qui porte en soi depuis toujours toute la douleur et toute la souffrance du monde,

 

 Le grand philosophe français Gilles Deleuze a dit, empruntant l’accent de la vérité, dans son ouvrage mémorable La grandeur de Yasser Arafat : La cause palestinienne est avant tout l’ensemble des injustices que ce peuple a subies et continue de subir. Elle est aussi – oserai-je ajouter – une volonté de résistance permanente et irréductible qui est d’ores et déjà inscrite dans la mémoire héroïque de la condition humaine. Une volonté de résistance qui naît de l’amour pour la terre. Mahmoud Darwish, cette voix infinie de la Palestine possible, nous parle depuis le sentiment et la conscience de cet amour :  

Qu’avons-nous besoin du souvenir

le Mont Carmel est en nous

et sur nos paupières pousse l’herbe de Galilée

Ne dis pas : Que ne courrions-nous pas comme un fleuve pour le rejoindre

Nous sommes dans la chair de notre pays

Il est en nous


Contre ceux qui soutiennent à tort que ce que le peuple palestinien a souffert n’est pas un génocide, Deleuze soutient avec une lucidité implacable : D’un bout à l’autre, il s’agira de faire comme si le peuple palestinien, non seulement ne devait plus être, mais n’avait jamais été. C’est là  - comment dire ? – le degré zéro du génocide : décréter qu’un peuple n’existe pas ; lui nier le droit à l’existence.

 

À ce sujet, saluons la raison le grand écrivain espagnol Juan Goytisolo lorsqu’il affirme catégoriquement : La promesse biblique de la terre de Judée et de Samarie aux tribus d’Israël n’est pas un contrat de propriété entériné par-devant notaire qui autorise à expulser de leur terre ceux qui y sont nés et qui y vivent. Aussi la solution du conflit du Moyen-Orient passe-t-elle forcément par la justice à rendre au peuple palestinien : telle est la seule voie si l’on veut conquérir la paix.

 

Nous souffrons et nous indignons en constatant que ceux qui ont subi l’un des pires génocides de l'Histoire se sont convertis en bourreaux du peuple palestinien ; nous souffrons et nous indignons en constatant que le legs de l’Holocauste est la Nakba. Il est simplement indignant tout court de constater que le sionisme continue de recourir au chantage de l’antisémitisme contre ceux qui s’opposent à ses sévices et à ses crimes. Israël a instrumentalisé et instrumentalise d’une façon éhontée et vile la mémoire des victimes. Et il le fait pour pouvoir agir en toute impunité contre la Palestine.  Il va sans dire, au passage, que l’antisémitisme est une plaie occidentale, européenne, dont les Arabes ne sont pas partie prenante. De plus, n’oublions pas en plus que c’est le peuple sémite palestinien qui souffre de l’épuration ethnique pratiquée par l’État colonialiste israélien.

 

Qu’on me comprenne bien : une chose est de refuser l’antisémitisme, autre chose, et une autre, très différente, est d’accepter passivement que la barbarie sioniste impose au peuple palestinien un régime d’apartheid. D’un point de vue éthique, quiconque refuse la première doit condamner la seconde.

 

  Qu’il me soit permis une digression nécessaire : il est franchement abusif de confondre sionisme et judaïsme ; nombre d’intellectuels juifs, tels Albert Einstein et Erich Fromm, se sont chargés de nous le rappeler au fil du temps. Et, aujourd’hui, de plus en plus de citoyens conscients au sein même d’Israël, s’opposent ouvertement au sionisme et à ses pratiques terroristes et criminelles.

 

Il faut le dire clairement : le sionisme, comme vision du monde, est foncièrement raciste. Ces affirmations de Golda Meir, d’un cynisme atterrant, en sont une preuve criante : Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre ! Ce que l’on appelle les Palestiniens n’existe pas. Ce n’était pas comme s’il y avait eu un peuple en Palestine, qui se considérait comme le peuple palestinien, et que nous étions venus, les avions jetés dehors et leur avions enlevé leur pays. Ils n’existaient pas.

 Rappelons-nous : c’est dès la fin du XIXe siècle que le sionisme a parlé du retour du peuple juif en Palestine et de la création d’un État national qui lui soit propre. Cette prise de position s’imbriquait parfaitement dans le colonialisme français et britannique, comme il ferait ensuite dans l’impérialisme yankee. L’Occident a, depuis toujours, appuyé et encouragé l’occupation sioniste de la Palestine par la voie militaire.

 Lisez et relisez donc ce document qui est connu historiquement comme la Déclaration de Balfour de 1917 : le gouvernement britannique s’arrogeait la faculté de promettre aux juifs un foyer national en Palestine, en dénigrant délibérément la présence et la volonté de  ses habitants.  Et rappelons que chrétiens et musulmans ont vécu en paix, des siècles durant, en Terre sainte jusqu’à ce que le sionisme ait entrepris de la revendiquer comme sa propriété entière et exclusive.

 

Rappelons encore que, dès la deuxième décennie du XXe siècle, le sionisme, profitant de l’occupation coloniale de la Palestine par la Grande-Bretagne, a commencé à développer son projet expansionniste. Et qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le peuple palestinien verrait sa tragédie empirer par son expulsion à la fois de son territoire et de l’Histoire. La résolution 181 des Nations Unies – ignominieuse et illégale – recommanda en 1947 la partition de la Palestine en un État juif, en un État arabe et en une zone sous contrôle international (Jérusalem et Bethléem), concédant ainsi – quelle honte ! – 56% du territoire au sionisme pour qu’il y constitue son État. Cette Résolution violait de fait le droit international et bafouait d’une manière flagrante la volonté des grandes majorités arabes : le droit des peuples à l’autodétermination devenait lettre morte.

 

De 1948 à nos jours, l’État sioniste a poursuivi sa stratégie criminelle contre le peuple palestinien. Pour ce faire, il a toujours pu compter sur un allié inconditionnel : les États-Unis d’Amérique. Et cette inconditionnalité se traduit par un fait bien concret : c’est Israël qui oriente et fixe la politique internationale étasunienne au Moyen-Orient. Edward Saïd, cette grande conscience palestinienne et universelle, soutenait avec force raison que tout accord de paix qui se construirait sur l’alliance avec les USA, loin d’amenuiser le pouvoir du sionisme, le confortera.

 

Toutefois, contrairement à ce qu’Israël et les États-Unis prétendent faire croire au monde à travers les multinationales de la communication et de l’information, ce qui est arrivé et ce qu’il continue d’arriver en Palestine n’est pas – disons-le avec Saïd – un conflit religieux : c’est un conflit politique marqué du sceau du colonialisme et de l’impérialisme ; ce n’est pas un conflit millénaire : c’est un conflit contemporain ; ce n’est pas un conflit qui est né au Moyen-Orient : c’est un conflit qui est né en Europe.

 

Quel était et quel est encore le nœud du conflit ? Le fait qu’on privilégie dans les discussions et les analyses la sécurité d’Israël, jamais celle de la Palestine. L’histoire récente le corrobore : il suffit de rappeler la nouvelle équipée génocidaire déclenchée à Gaza par Israël à travers l’opération Plomb fondu.

 

La sécurité de la Palestine ne peut se réduire à la simple reconnaissance d’un auto-gouvernement et d’un auto-contrôle policier limités dans ses « enclaves » de la Rive Ouest du Jourdain et de la bande de Gaza, tout en ignorant non seulement la création de l’État palestinien dans les frontières antérieures à 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, les droits de ses nationaux et le droit de son peuple à l’autodétermination, mais encore le droit à la compensation et le droit au retour de la moitié de la population palestinienne dispersée dans le monde entier, aux termes de la Résolution 194.

 

Il n’est pas croyable qu’un pays, Israël, qui doit son existence à une résolution de l’Assemblée générale puisse mépriser à ce point les résolutions émanant des Nations Unies ! Voilà ce que dénonçait le père Miguel D’Escoto quand il réclamait la fin du massacre de la population de Gaza fin 2008 et début 2009.

 

Monsieur le Secrétaire général ;

Honorables représentants des peuples du monde,

 

On ne saurait ignorer la crise des Nations Unies. Nous avons soutenu en 2005, devant cette même Assemblée générale, que le modèle des Nations Unies était épuisé. Le fait que le débat sur la question de Palestine ait été ajourné et qu’on soit en train de le saboter ouvertement en est une nouvelle confirmation.

 

Washington ne cesse de répéter depuis plusieurs jours qu’il opposera son veto, au Conseil de sécurité, à ce qui sera une résolution majoritaire de l’Assemblée générale : à la reconnaissance de la Palestine comme membre de plein droit de l’ONU. Nous avons d’ores et déjà déploré, aux côtés des nations sœurs qui constituent l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), dans la Déclaration de reconnaissance de l’État de Palestine, qu’une aspiration si juste soit bloquée par ce biais. L’Empire, nous le savons tous, prétend dans ce cas comme dans d’autres imposer un deux-poids-deux-mesures dans l’arène internationale : c’est là la double morale yankee qui, tout en violant le droit international en Libye, permet à Israël de faire ce qu’il lui chante, devenant ainsi le principal complice du génocide que la barbarie sioniste commet contre les Palestiniens. Je rappelle une phrase de Saïd qui met bien le doigt sur la plaie : compte tenu des intérêts d’Israël aux États-Unis, la politique de ce pays au Moyen-Orient est donc israélocentriste.

 

Je voudrais conclure en faisant entendre la voix de Mahmoud Darwish dans son mémorable poème  Sur cette terre :  

Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre

il y a sur cette terre,

le commencement des commencements,

la fin des fins.

On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine.

Madame, je mérite, parce que vous êtes ma dame,

je mérite de vivre.


Elle continuera de s’appeler la Palestine. La Palestine vivra et vaincra ! Vive la Palestine libre, souveraine et indépendante !

 

 

Hugo Chávez Frías

Président de la République bolivarienne du Venezuela

 

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 20:42
LUNDI, 29 AOûT, 2011

TÉMOIGNAGE • Treize ans après une première immersion au Venezuela, alors gouverné par Rafael Caldera, Annick Maziers est retournée sur place en mai dernier. Impressions sur la République bolivarienne d’Hugo Chavez, sous la forme d’un carnet de route.

L’absence temporaire du président Chavez a été l’occasion, pour une bonne partie de la presse mondiale de titrer sur le Venezuela... renforçant l’impression d’un régime dictatorial pour certains, éveillant, pour d’autres, respect et curiosité pour un leader adulé par une bonne partie de la population... Au total, des centaines d’articles, mais pour combien d’enquêtes sur le terrain?
Pour entendre un peuple, c’est peut-être un peu comme pour observer les étoiles... les grandes lumières de la ville peuvent parasiter un peu la tâche. Il ne faut pas hésiter à rentrer dans les terres, quitter la capitale. Cela faisait treize ans que je n’étais pas retournée au Venezuela. Je suis retournée dans mon Llano incandescent, à l’intérieur du pays.
Les mises en garde de quelques amis non chavistes, les e-mails alarmants sur la «dictature» de Chavez, ainsi que la presse avaient fini de me convaincre: il valait mieux ne pas prendre mon fils de sept ans avec moi pour retourner au Venezuela. Je suis donc partie seule pour retrouver les gens avec qui, treize ans auparavant, j’avais vécu. Je ne connaissais rien du Venezuela socialiste. Quand je suis partie, le pays était encore sous le mandat du président Caldera. Hasard des dates, mon départ avait coïncidé avec les derniers mois de la présidence Caldera.

***

Mai 2011, j’arrive à Zaraza, à l’intérieur du pays. Je renoue avec mes amis comme si je les avais quittés hier; tous de milieux différents, de sensibilités politiques différentes. Il y a treize ans, je travaillais dans le cadre d’une action sociale bénévole au cœur du pays avec des enfants, des malades. Aucune prise de position politique n’était souhaitable, neutralité totale, je travaillais avec des gens de tous bords.
Enregistrant, notant, photographiant tout ce que je n’avais plus vu depuis treize ans, j’avais treize années à comprendre. Du balayeur de rues au chauffeur de taxi, de la guichetière au cadre supérieur de la compagnie d’électricité, du collégien au propriétaire terrien exploitant, je les ai tous harcelés de questions. J’ai découvert un nombre incroyable de programmes, il m’était difficile de tout capter tant il y a avait de sujets à développer.

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L’un des programmes les plus impressionnants m’a semblé être les réseaux mercal. Ce sont des magasins du commerce équitable vendant à prix régulés les denrées de base produites localement. Ils sont implantés partout dans le pays. Je me suis rendue dans l’un d’eux. Le bruit courait qu’il n’y avait plus moyen de se procurer de l’huile. Je voulais vérifier. Alors que nous entrions dans le mercal, ils déchargeaient des palettes de bouteilles d’huile.
J’ai vu les comedores, ces cantines publiques gratuites pour les plus de 60 ans, les écoles de musique gratuites pour tous, les formations professionnelles gratuites, les transports publics très bon marché et gratuits pour les personnes âgées.

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L’un des grands points du Venezuela est la mobilité des gens. Compte tenu du prix du carburant, des prix des transports publics (métro, liaisons bus entre les villes...), les Vénézuéliens ont vraiment la possibilité de se déplacer. Ce qui n’est pas un détail quand on sait, en France notamment, l’élimination «naturelle» que représentent pour les étudiants les déplacements à la capitale. Les parallèles me venaient souvent à l’esprit, et de penser à nos retraités européens, français, grecs, anglais, ceux dont la retraite ne permet même pas le paiement d’un loyer ou les couples avec double salaire qui ne peuvent plus payer le gasoil pour se chauffer l’hiver.

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Les maisons que j’avais connues ont été aménagées, les réservoirs d’eau potable ont été changés, le téléphone est accessible à tous et, d’ailleurs, tout le monde a son téléphone portable. La compagnie nationale de téléphone Cantv a été nationalisée en 2006 et elle propose des tarifs sociaux extrêmement accessibles, très encadrés. Tous peuvent être connectés à Internet, le prix est modique et des cours gratuits d’initiation sont offerts partout dans le pays. D’ailleurs, les premiers ordinateurs 100% vénézuéliens voient le jour.
Toute personne qui souhaite étudier peut étudier, les universités sont partout présentes. De très nombreuses femmes reprennent des études tout en gardant leur travail, les horaires ont été aménagés. Dans la ville où j’étais, Zaraza, le nombre d’universités est passé de deux à quatre. Le Venezuela est le pays au monde comptant le plus d’étudiants, 36% de la population étudie. Les bourses sont largement distribuées. Ainsi, l’une de mes amies vit seule avec quatre enfants à charge, ses quatre enfants étudient, aucun n’a besoin de travailler pendant son cursus.

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Il y a des médecins à tous les coins de rue, grâce au programme d’échange de médecins avec Cuba. J’ai pu rencontrer certains de ces Cubains, comprendre comment ils vivaient cette expérience et comment ce «prêt» de médecins était perçu par la population bénéficiaire: une expérience enrichissante pour les premiers car beaucoup de maladies présentes au Venezuela sont maintenant éradiquées à Cuba et, pour les seconds, une aubaine.
J’ai pu voir au fin fond de la campagne des gens opérés, des gens avec des attèles, des lunettes... Les parallèles avec la tendance actuelle en France me viennent en permanence en tête: alors que la France applique un numerus clausus et renvoie des médecins étrangers bien que la population subisse une pénurie criante, que le taux de cancer explose et que la population vieillit; le Venezuela fait venir 20 000 médecins cubains. C’est l’asymétrie parfaite.
Les familles les plus aisées que je connais sont certes très critiques au premier abord envers le pouvoir... Le vocabulaire est dur et ils ne manquent pas de relever tous les problèmes que connaît encore le Venezuela. Cependant, ils ont quand même tous reconnu ne rien avoir perdu. Ils ont gardé leur bateau, leurs fermes, les multiples voitures... Et, au fil des discussions, eux-mêmes reconnaissent que leur Venezuela est un charme et qu’ils n’ont pas envie de le quitter. Ils sont impliqués dans l’opposition, pour certains, et animent des émissions radio, occupent des postes à responsabilité.

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Le plus déstabilisant pour un esprit européen est peut-être de constater l’incroyable tendresse qu’exprime, avec une grande spontanéité, la population envers le président Chavez. Il est vu tantôt comme un fils, tantôt comme un frère. Transposer un tel comportement dans notre contexte politique actuel serait tout à fait surréaliste. Il n’est plus question dans notre paysage politique de fracture entre la classe dirigeante, en ce compris les hauts fonctionnaires, et la population; il est juste question d’univers différents.

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En passant au-dessus de la rivière la plus sale de Caracas, un véritable égout à ciel ouvert, mon amie me dit que «ce fou de Chavez a promis qu’il nagerait dedans». Cette remarque me fait alors penser à l’un des textes du grand «Gabo». Il parlait de ce général qui, pour son agrément, avait inversé le cours d’une rivière... Gabriel Garcia Marquez nous plongeait alors dans le réalisme magique; mais ce que Chavez rend abordable pour une partie de la population, c’est en fait une réalité magique. Il ne cherche pas à inverser le cours des rivières mais bien le cours des choses. Depuis de nombreuses années, personne n’avait autant orienté le développement du pays vers les classes les plus défavorisées, personne n’avait osé.
A l’image de ce métro de Caracas qu’il a fait sortir de terre pour rejoindre les banlieues à flanc de montagne, il a défié et renversé ce que beaucoup pensaient être la fatalité, les lois irréversibles du marché. Ainsi, fou pour certains, leader humaniste pour d’autres, cet homme a su réveiller l’optimise et la fibre politique d’un grand nombre de Vénézuéliens.
 

* Texte rédigé le 8 août 2011. Annick Maziers a cosigné, avec la photographe Eve Dufaud, le recueil Montagnes d’Hommes - Bergers, Bergères d’exception, 2010, ed. «Lieux Dits», Lyon. http://montagnes-d-hommes.com

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans La Revolution Bolivarienne
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 19:38

samedi 16 juillet 2011

Quand les grands médias se souviennent soudain de l’existence du Venezuela et se penchent sur « la maladie du président Chavez », on devine facilement leur rêve. Ce qu’un coup d’Etat n’a pu faire en 2002, une bonne maladie fulgurante ne le pourrait-elle pas ? Hélas pour le « Parti de la Presse et de l’Argent », la réalité sur place est aux antipodes de ce qu’il espère.

Non seulement parce que le président Chavez a gagné son combat contre une tumeur extraite il y a peu à Cuba, où il poursuit actuellement la thérapie post-opératoire, après avoir reçu à Caracas le nouveau président progressiste du Pérou, Ollanta Humala.

 

Non seulement parce que cet épisode très médiatisé a réaffirmé un fort soutien populaire, visible notamment dans les marches qui accompagnent le président lors de ses déplacements.

Mais aussi parce que la révolution ne fait qu’avancer. Comme cela, par contre est passé sous silence systématiquement par les mêmes médias, en voici un signe concret.

« Parce qu’elle a violé les droits des travailleurs et a commis de nombreuses irrégularités », le président a approuvé ce jeudi l’expropriation des biens et des immeubles d’une entreprise de traitement et distribution du riz située à El Sombrero, état de Guárico, lors du conseil extraordinaire des ministres réuni au palais de Miraflores (Caracas).

« Cette entreprise doit devenir un modèle. Soyez pleinement confiants, vous les travailleurs, que vous allez avoir une véritable participation dans cette entreprise, qui s’oriente à présent vers des principes socialistes » a déclaré le président, tout en demandant instamment au gouvernement de « s’assurer du contrôle effectif de l’entreprise pour l’orienter vers le nouveau modèle ». Hugo Chavez a expliqué qu’il ne s’agit pas comme le disent les grands médias et l’opposition, d’une « atteinte à la propriété privée » mais de « défendre enfin les droits de ceux qui travaillent » et de créer par la même occasion une nouvelle « entreprise mixte de l’ALBA pour distribuer un aliment de base » et de renforcer ainsi le « droit de la population à compter sur des entreprises de production sociale et non des entreprises converties en obstacles qui agressent la nation et qui empêchent le développement du pays ».

Dans le même esprit de développement de la souveraineté alimentaire, le président Chavez a approuvé la nouvelle Loi de la Banque agricole, complément de la Mission Agrovenezuela qui a ces derniers mois octroyé des crédits à des centaines de milliers de petits et moyens producteurs agricoles recensés dans tout le pays.

La nouvelle loi permettra à la Banque agricole d’accélérer la mise à disposition de crédits, et de travailler de manière plus rapide et plus efficace avec d’autres organismes de l’Etat pour appuyer directement les producteurs de maïs, légumes, riz, soja, tournesol, canne à sucre, café, cacao, les producteurs de poulet, œufs, porcs, lait, chèvres, ovins, bovins, ainsi que les pêcheurs et les agriculteurs en général.

Cette loi vient réguler la Banque agricole créée en 2006 et qui depuis lors a octroyé 46.326 crédits - plus de 6.229 millions de bolivars - pour cultiver 813.790 hectares et pour améliorer 2.263.745 têtes de bétail. En 2011 la banque a remis des crédits pour un total de 1.219 millions de bolivars.

Ces crédits vont à des particuliers, des travailleurs regroupés en conseils communaux de paysan(ne)s, des conseils de pêcheurs, ainsi qu’à des réseaux de producteurs libres et associés.

Sources : AVN, PL

Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve


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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 11:19

 

« J’attends beaucoup du temps, son immense ventre contient plus d’espérances que de faits passés et les événements futurs doivent être supérieurs à ceux du passé ».

Simon Bolivar.

 

Le temps et ses rythmes, le temps et ses ordres, le temps et ses desseins comme il est dit dans l’Ecclésiaste, m’amènent aujourd’hui à lire ce communiqué à la Nation vénézuélienne et à l’opinion publique internationale très en attente, comme elles l’ont été de l’évolution de ma santé depuis que, voilà plusieurs semaines, j’ai commencé à donner des signes évidents de détérioration.

 

Après l’excellent voyage que nous fîmes au Brésil et en Equateur entre le 5 et le 7 juin dernier, nous sommes arrivés à Cuba, solidaire de toujours, pour conclure le voyage avec la révision et la signature de nouveaux accords de coopération. Je confesse que, du point de vue de ma santé, j’avais seulement prévu un bilan du genou gauche déjà pratiquement remis de cette lésion du début de mai.

 

Tout au long de ma vie, j’ai commis des erreurs du genre de celle qui pourrait parfaitement se trouver dans cette catégorie qu’un philosophe a appelées « erreurs fondamentales » : ne pas me préoccuper de ma santé et, en outre, d’être réticent aux bilans et aux traitements médicaux. Sans doute, c’est une erreur fondamentale.  Et surtout chez un révolutionnaire avec quelques modestes responsabilités comme celles que la Révolution m’imposa voilà plus de 30 ans.

 

Cependant, déjà à La Havane, alors que s’achevait la journée du mercredi 8 juin, nous étions à nouveau avec Fidel, avec ce géant supérieur à tous les temps et à tous les lieux.  Sûrement, il ne fut pas difficile à Fidel de se rendre compte des quelques malaises que au-delà de mon genou gauche, j’avais essayé de dissimuler depuis plusieurs semaines. Il m’interrogea comme un médecin, je me confessai comme un patient et cette même nuit, tout l’immense progrès médical que la Révolution Cubaine a obtenu pour son peuple et une bonne partie du monde fut mis à notre entière disposition et un ensemble d’examens et de diagnostics commença.

 

C’est ainsi  que fut détectée une formation étrangère dans la région pelvienne qui amena une intervention chirurgicale d’urgence devant le risque imminent d’une infection généralisée. Ce fut le samedi 11 juin, très tôt dans la matinée, quelques heures avant l’annonce  lue au pays et au monde et qui a provoqué tant de manifestations de solidarité qui ne cessent de m’émouvoir à chaque instant.

 

Après cette opération qui, en principe, réussit à drainer l’abcès, commença un traitement antibiotique intensif avec évolution positive qui amena une amélioration notable. Cependant et malgré l’évolution générale favorable tout au long du drainage et des soins, apparurent quelques soupçons de présence d’autres formations cellulaires non détectées jusqu’alors. Commença alors immédiatement une série d’examens cytochimiques, cytologiques, microbiologiques et d’anatomie pathologique qui confirmèrent l’existence d’une tumeur avec présence de cellules cancérigènes qui rendit nécessaire une seconde intervention chirurgicale pour extraire la totalité de ladite tumeur.  Une intervention majeure réalisée sans complications, après laquelle mon état a continué à évoluer de façon satisfaisante tandis que je recevais les traitements complémentaires pour combattre les divers types de cellules rencontrés et continuer ainsi sur le chemin de la guérison complète.

 

Pendant ce temps, je me suis tenu et je me tiens informé et à la tête des actions du Gouvernement Bolivarien, en communication permanente avec le vice-président, le camarade Elias Jaua et avec toute mon équipe  gouvernementale.

 

Je remercie infiniment pour les nombreuses et enthousiastes démonstrations de solidarité que j’ai reçues du peuple vénézuélien et des autres peuples frères, de même que des chefs d’Etat et de Gouvernement de nombreux pays du monde, avec la conviction que tout cet amour, toute cette solidarité, constitue la plus sublime énergie qui pousse et poussera ma volonté à vaincre dans cette nouvelle bataille que la vie nous a imposée et je remercie de manière très spéciale le peuple cubain et la nation cubaine, Fidel, Raùl, et toute cette légion médicale qui s’est mobilisée dans cette bataille, de manière véritablement sublime.

 

Cependant, j’ai été aussi très conscient d’un certain degré d’angoisse et d’incertitude qui a parcouru, tout au long de ces jours, de ces nuits, l’âme et le corps de la nation vénézuélienne. Je crois qu’au-delà des tentatives de manipulation de certains secteurs bien connus, ces sentiments étaient et sont inévitables et font partie de la nature humaine, celle-ci entourée en outre, par les circonstances qui l’encadrent et souvent la secouent, comme il arrive en cette occasion.

 

Depuis le début, j’ai assumé toutes les responsabilités avec grand

soin, quant à la véracité des informations devant être transmises, me fondant sur un double ensemble de raisons : la raison médico-scientifique d’abord et en second lieu et avec le plus grand soin, depuis le plus profond de mon âme et de ma conscience, la raison humaine, la raison amoureuse, pour être précis, la raison amoureuse.

 

Nous avons déjà un peu parlé de la première, c’est à dire la raison médicale. Cela a été un processus lent et soigneux d’approximation et de diagnostics, d’avancées et de découvertes, tout au long des nombreuses étapes d’une  procédure scientifique rigoureuse, qui ne  supportait  ni ne supporte  des précipitations ou pressions quelles qu’elles soient. La norme suprême qui soutient cette puissante raison est la pleine vérification scientifique au-delà des indices et des soupçons qui apparaissaient.

 

En ce qui concerne la raison amoureuse, je suis obligé maintenant de vous parler du plus profond de moi-même. En cet instant, je me souviens du 4 février de cette tumultueuse année 1992. Ce jour-là, je n’eus pas d’autre remède que de parler au Venezuela depuis mon crépuscule, depuis un chemin qui, je le sentais,  m’entrainait vers un abîme insondable Comme d’une obscure caverne de mon âme,  jaillit le « pour maintenant » et ensuite, je m’enfonçai.

 

Reviennent aussi à ma mémoire en ce moment ces heures fatidiques du 11 avril 2002. J’envoyais alors aussi à mon peuple vénézuélien bien-aimé, ce message écrit de la Base Navale de Turiamo où j’étais prisonnier, président déchu et prisonnier : ce fut comme un chant douloureux lancé du fond d’un autre abîme qui, je le sentais, m’entrainait dans sa gorge et m’enfonçait, m’enfonçait.

 

Actuellement, en ce nouveau moment difficile, et surtout depuis que Fidel Castro lui-même, en personne, celui-là même de la Caserne Moncada, celui-là même du Granma, celui-là même de la Sierra Maestra, le géant de toujours, vint m’annoncer la dure nouvelle de la découverte cancérigène, je commençai à demander à mon seigneur Jésus, au Dieu de mes pères, dirait Simon Bolivar, au Manteau de la Vierge, dirait ma mère Helena, aux esprits de la savane, dirait Florentino Coronado, qu’il me laisse la possibilité de leur parler non pas d’un autre sentier de l’abîme, non pas d’une obscure caverne ou d’une nuit sans étoiles : maintenant, je voudrais leur parler de ce chemin escarpé par où je sens que je sors d’un autre abîme, maintenant, je voudrais leur parler au soleil du levant qui m’illumine, je crois que nous avons réussi, merci, mon Dieu !

 

Et finalement, mes compatriotes aimés et aimées, mes filles et fils adorés, mes chers camarades, jeunes, filles et garçons de mon peuple, mes vaillants soldats de toujours, mes travailleurs et travailleuses aguerris, mes chères femmes patriotes, mon peuple aimé, tous et un seul dans mon coeur, je vous dis que vouloir vous parler aujourd’hui d’une nouvelle étape vers le retour n’a rien à voir avec moi mais avec vous, peuple patriote, peuple bon, avec vous, je ne voulais et je ne veux pour rien au monde que vous m’accompagniez par les sentiers qui s’enfoncent dans un abîme quelconque. Je vous invite à escalader de nouveaux sommets ensemble parce qu’ « il y a du bon vin là-bas, sur le coteau et une belle chanson à chanter », continue à nous dire depuis son éternité, le chanteur populaire, notre cher Ali Primera.

 

En avant, donc ! En avant avec notre père Bolivar à l’avant-garde pour continuer à escalader la cîme du Chimborazo !

Merci, mon Dieu, merci, mon peuple, merci, ma vie !

Jusqu’à la victoire toujours !

Nous vaincrons !

La Havane, cette chère et héroïque Havane, le 30 juin 2011.

Depuis la Grande Patrie, je vous dis, de tout mon coeur, de toute mon âme, de mon espérance suprême qui est celle d’un peuple, pour maintenant et pour toujours, nous vivrons et nous vaincrons !

Merci beaucoup !

A bientôt !

Presse Présidentielle

(traduction Gaston Lopez) 

http://www.editoweb.eu/vive_cuba/

 

Texte original et video

http://lapupilainsomne.wordpress.com/2011/06/30/viviremos-y-venceremos-dice-chavez-a-su-pueblo/

 

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