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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 15:23

 

Le choix fait par les vénézuéliens, le 7 octobre 2012, du programme socialiste, écologique et participatif de Hugo Chavez avec 54,5 % des voix, face au programme néo-libéral du candidat Henrique Capriles qui a obtenu 45 % des voix, est d’autant plus significatif qu’il a suscité une forte participation citoyenne (80 %). Il appelle à mon sens deux réflexions.

 

1. Il est temps de comprendre l’Histoire du peuple du Venezuela, qui a trop vécu, trop lutté, trop retenu ses larmes, trop appris, trop compris. Dans cette société fondée dans la violence du maître et de l’esclave, dans la castration continue du sujet, la rage de l’humiliation s’est souvent accumulée au point de faire sauter toutes les barrières. L’échec de la première république (1814) était due en grande partie au caudillisme de Boves qui transforma la rage collective en instinct de destruction. Il a fallu que Simón Bolivar (1783-1830) élimine ce danger, reprenne cette rage à zéro, et fasse de son armée d’esclaves le ferment d’une république et l’outil de l’émancipation du reste de l’Amérique Latine.

 

A la fin du vingtième siècle, le Venezuela pétrolier aurait pu retomber facilement « dans les griffes de Boves ». La colère de l’immense pauvreté, l’arrogance de l’élite, tout y conduisait. Ce qui a évité au Venezuela de devenir une deuxième Colombie ou un deuxième Mexique, c’est l’élection de Hugo Chavez, militaire qui avait refusé la répression comme réponse aux problèmes sociaux, et construit un programme « bolivarien » transformant la violence en force victoria1-e1349687678560.jpgde construction : assemblée constituante (1999) puis démocratie participative (2002-2012).

C’est tout le paradoxe de cette histoire incomprise : il a fallu au peuple élire en 1998 un leader bolivarien venu des des forces armées pour reprendre l’Histoire, exorciser la rage, la peur, pour être soi, mais surtout « être plus » comme dit Paulo Freire, c’est-à-dire dialoguer avec le reste du monde, se reconnaître peu à peu dans les autres.

 

Quand Chavez parle longuement à la population, en pédagogue des droits humains, de l’économie socialiste, des droits inscrits dans la nouvelle Constitution, de l’Histoire censurée du Venezuela, c’est tout le contraire d’un embrigadement. Il travaille pour que le processus ne dépende plus d’un seul homme, et il le fait inlassablement. En 2012, la sédimentation de la démocratie participative, avec ses 40.000 conseils communaux, a déjà rompu avec le paternalisme endémique et la paix sociale achetée par les régimes antérieurs.

 

Pour arriver à cela, Chavez ne fait que reprendre la manière du chanteur Ali Primera qui enseigna aux Vénézuéliens qu’il existait un passé et un dehors. Le chantre des casas de cartón, du haut de sa voix rauque et de ses notes blessées, racontait qu’il y a autant de morts en Haïti que le colibri bat d’ailes en un siècle. Primera refusa de vendre son chant ou d’apparaître dans une télévision qui au Venezuela n’admettait que les blancs, préférant l’abrazo de foules grandissantes, jusqu’à sa mort. En parlant avec humour à ceux à qui jamais on ne parlait, Ali Primera ou Hugo Chavez réveillent un peuple et lui communiquent le sentiment d’exister.

 

Exister. Dignité. Ces mots expriment le corps brun, noir, pauvre sorti de l’ombre et qui vous cherche, vous saisit par le bras, jusque sous la pluie, et ce visage trop présent soudain qui vous parle, vous parle de ce qu’il refuse à présent de perdre, dans le rire souverain, là où se dressent chaque matin les échoppes des vendeurs de rue, là où la jeune femme brune lève un bras musclé et pose sa question en reposant son enfant par terre. Mains noires plongées dans la terre noire, qui ne demandent qu’à nourrir les corps décharnés de Haiti, la république soeur : la pensée resurgit dans la lutte, dans le temps, lentement, devenant université, musique, pensée, sentiments, Petrocaribe, Alba…

 

On rappelle parfois que les idées de Rousseau débarquèrent ici dans les caisses de machines à imprimer traînées sur le sable par les généraux de Bolivar, on oublie qu’elles ont dû coexister très tôt avec l’imaginaire, bien enraciné dans la moëlle, du « cumbe », cette commune libre ou les esclaves en fuite réinventaient le monde. L’imprimerie allait bientôt tomber aux mains d’une élite post-bolivarienne comme outil de distinction contre la « plèbe analphabète » ? Mais la révolution bolivarienne rend deux siècles plus tard au peuple ces livres à des prix symboliques. Le Venezuela est devenu en 2012 le troisème pays d’Amérique Latine en nombre de lecteurs.

2. Cette victoire est aussi la défaite des grands médias qui aujourd’hui « pensent » la gauche occidentale. Tête basse, celle-ci n’ose plus parler une autre langue. Elle comprendra peut-être un jour que son refus de démocratiser et de pluraliser en profondeur le champ médiatique, la condamne non seulement à ne plus comprendre le monde, mais à ne plus y être entendue et, à terme, à disparaître elle-même. Car réduire le monde à un journal télévisé, c’est finalement cesser d’exister soi-même.



Le cliché : «Ah ! quel dommage que Chavez soit trop primaire pour comprendre que les ennemis de ses ennemis ne sont pas forcément des amis » exprime la difficulté, voire le refus de s’informer et d’admettre que l’Autre est capable de penser subtilement, d’avoir une stratégie à long terme et une Histoire assez dense pour qu’on ne le définisse pas en creux.

Comment ignorer encore, en 2012, le mouvement profond d’une diplomatie qui procède en droite ligne de Simón Bolivar et de son projet de réunir “les trois quarts de l’Humanité” lors du Congrès de Panama (1826) pour bâtir «l’équilibre du Monde » ? Rêve multipolaire saboté par les grandes puissances de l’époque mais souvent repris depuis par les nations du Sud (Bandoeng  1955) ? Au-delà des contingences de qui gouverne chacun des États (combien de despotes ici ou là à l’époque de Bolivar, à l’époque de Bandoeng, aujourd’hui ?), cette multipolarité – un des cinq objectifs pour lesquels Hugo Chavez vient d’ètre réélu – consiste à préparer, par des accords d’État à État, le jour où comme en Amérique Latine, et peut-être sous son influence, l’intelligence collective des peuples permettra de démocratiser les institutions politiques et de construire des relations internationales sur les principes de souveraineté, d’égalité, de respect et de coopération. C’est dans ce sens que Caracas resserre ses liens avec l’Afrique et l’Asie, et accueillera le sommet des non-alignés en 2015.

Thierry Deronne, Caracas, 8 octobre 2012.

Photos de l’auteur : à Caracas, le peuple vénézuélien fête la victoire du 7 octobre 2012.

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/08/une-victoire/

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans La Revolution Bolivarienne
25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 12:35

Par Jody McIntyre

Ce fut en prenant le métro ce samedi matin et en lisant Ciudad Caracas, que je réalisai que je m’étais trompé d’une heure. La manifestation, baptisée « marche des Missions avec Chavez » était annoncée pour 9 heures du matin. Cependant dès 8 heures, quelques milliers de personnes s’étaient concentrées près de la Plaza Venezuela. Ce ne pouvait être que de bon augure.

À seulement deux semaines des élections du 7 octobre, au lendemain d’une mobilisation massive à Mérida (en présence du président), les gens s’étaient déplacés à Caracas depuis tout le pays.

J’avais lu certaines choses sur les “Missions“, ces structures promues par le gouvernement, souvent organisées depuis la base, pour multiplier les soins de santé, l’éducation et tout ce qui peut bénéficier à la population. Cependant en faisant le tour de la Plaza, j’eus l’occasion de voir les participants à ces programmes en chair et en os.  Il y avait, entre autres, des délégations de la Misión Madres del Barrio (subvention et formation pour les mères de famille seules et démunies), qui semblaient les plus nombreuses ; de la Misión Milagro, un programme de soin gratuit pour les maladies oculaires qui a sauvé de la cataracte Mario Teran, le bolivien qui assassina Che Guevara il y a de nombreuses années ; Barrio Adentro, le programme de santé gratuite pour les secteurs populaires, créé à l’origine avec l’aide de milliers de médecins cubains graduellement remplacés par de jeunes vénézuéliens formés en médecine communautaire ; La Misión Sucre, programme gratuit d’enseignement universitaire ; La Misión Robinson, qui a permis d’alphabétiser 1,5 million de vénézuéliens ; La Misión Alimentación, programme de sécurité alimentaire aux objectifs similaires au réseau de supermarchés “MERCAL” subventionnés par le gouvernement, la Misión Negra Hipolita, mission d’accueil et de réinsertion des SDF et autres personnes en difficultés, la Gran Misión Saber y Trabajo qui vise à créer entre 2011 et 2018 trois millions d’emplois, et la Gran Misión Vivienda qui construira 3 millions de maisons jusqu’en 2019, et a déjà remis 252 mille 767 logements neufs aux familles les plus pauvres.

A mesure que les heures s’écoulaient, la foule enflait. J’avais entendu l’expression “marée rouge » mais celle-ci devint vite une réalité. Je fus impressionné par le niveau de motivation.  J’ai lu des choses sur l’organisation sous-tendant la révolution bolivarienne mais c’est différent de la voir en pratique. 

Le samedi matin, avant 9 heures, beaucoup de gens à Londres sont dans leur lit. Pas le « pueblo » du Venezuela, semble-t-il. Les femmes étaient clairement plus nombreuses que les hommes et en terme d’âge, on ne pouvait trouver plus grande diversité. Les groupes de Madres del Barrio par exemple comptaient de très jeunes femmes portant leurs bébés dans les bras, cotoyant des grand-mères dont les yeux trahissaient des années d’expérience.

Trois frères – aucun d’eux n’avait de plus de six ans – jouaient des coudes dans la foule très dense à présent, bras dessus bras dessous, poursuivant leur mère, craignant de se perdre en route. Les événements de ces prochaines semaines pourraient avoir un fort impact sur le type de société dans laquelle ils grandiront. Sont-ils trop jeunes pour comprendre ce qu’est la politique… ou la comprennent-ils déjà ? Quoi qu’il en soit ils prennent déjà part à la construction de leur avenir.

Tout au fond du boulevard piétonnier de Sabana Grande, juchés sur un grand podium, des artistes offraient des chansons politiques populaires dont Uh, Ah, Chavez no se va! (uh ah, Chavez ne part pas!”). Vers 9 heures 30, malgré la chaleur croissante, il fallait bien chercher pour trouver une personne ne dansant pas au rythme de la musique. Les motifs de la marche sont sérieux, ça n’empêche pas de savourer ce mouvement ascendant.

Au Venezuela, à la différence de nombreux pays, la participation des gens ne se limite pas à résister aux effets d’actions politiques cyniques. On a plutôt l’impression que les vénézuéliens prennent part à un processus qui transfère de plus en plus de pouvoir dans leurs mains. Cependant comme le disaient les participants à la marche, exprimant avec fierté leur appui au gouvernement actuel par leurs slogans sur les tee-shirts ou en dansant sur les chansons, ceci n’est pas dû à la chance. Sans le gouvernement pour lequel ils ont voté et revoté, les Misiones n’auraient tout simplement pas existé. « Chavez corazón de mi patria » (« Chavez, Coeur de ma patrie ») lit-on sur les banderoles. Le coeur de ma Patrie. En Hugo Chavez, les gens ont trouvé une force d’unification. Il n’était pas présent à Caracas mais jamais je n’ai vu autant de gens de conditions sociales diverses se transformer en force unitaire. De peau brune, de peau noire, de toutes les nuances. Les gens mènent leur propre révolution et ils sont prêts à la défendre.

Vers 11 heures la marche n’avait pas encore quitté Plaza Venezuela. Des centaines de bouteilles d’eau furent distribuées, un répit sous le soleil. Une demi-heure plus tard nous prenions l’ombre sous les arbres entourés par des chemises rouges heureuses de pique-niquer pour patienter lorsque finalement nous vîmes le mouvement plus haut sur l’avenue. La marche avait commencé.

Lorsque nous avons tourné à gauche sur la voie principale, la marche se scinda en deux, une partie empruntant un voie surélevée. Ce n’est que de ce point de vue favorable, alors que les différent groupes s’étaient fondus en une masse, que je pus prendre la véritable échelle du nombre. En regardant vers l’avant ou vers l’arrière la foule s’étendait à perte de vue. Les gens brandissaient des banderoles de soutien depuis les appartements qui nous surplombaient et d’autre se joignaient à nous par des rues transversales, à droite et à gauche. Un camion au milieu de la foule diffusait de la musique, et les jeunes supporters de Chavez affluaient en moto. La présence de la police était étonnamment faible pour un événement de cette taille (étonnant sans doute par rapport à ce que je suis habitué de voir chez moi).

Au moment où nous dépassions la station de métro “Colegio de Ingenieros” et que nous marchions vers «Bellas Artes», la chaleur se fit épuisante. En suivant le métro deux arrêts plus loin on pouvait voir que la foule au béret rouge venait de plus loin que du centre de Caracas. Des estimations ultérieures parlent de centaines de milliers, et les gens restèrent nombreux durant l’après-midi.

La stratégie assez confuse du principal opposant de Chavez, Henrique Capriles Radonski, est d’affirmer qu’il maintiendra la plupart des Misiones, cherchant ainsi à se présenter comme un candidat compétent, de gauche ou du centre. Mais même si nous ignorons les fuites récentes de documents de l’opposition qui ont révélé le fort ancrage néo-libéral de son agenda économique et ses plans d’éliminer immédiatement les subventions gouvernementales, cette tactique semble vouée à l’échec. A l’aune de ce qui s’est passé samedi, il semble que beaucoup de citoyen(ne)s du Venezuela, en particulier ceux et celles qui donnent vie aux Misiones, ne le croient tout simplement pas.

Source: Jody McIntyre Blog , http://jodymcintyre.wordpress.com/2012/09/23/misiones-on-a-mission/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/25/le-samedi-matin-avant-9-heures-beaucoup-de-gens-a-londres-sont-dans-leur-lit-pas-le-pueblo-du-venezuela/

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans La Revolution Bolivarienne
7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 14:55

 

Chroniques vénézuéliennes, par Jean Ortiz. A deux mois des élections présidentielles, état des lieux du Venezuela treize années après l'arrivée au pouvoir de Hugo Chavez. Aujourd'hui : "Retour a Caracas."

Nos chroniques n'ont d'autre ambition que d'esquisser pour le lecteur de l'Huma et de l'HD, a grands traits, colorés, avec quelques touches d'humour, n'en déplaise aux grincheux, les contours d'un pays en transition vers un système qui se détache progressivement du modèle néolibéral, sans rupture brusque, mais avec un objectif globalement défini et assumé: le "socialisme du XXIe siecle" dans des conditions de luttes intérieures et extérieures très tendues. Des nouvelles formes de démocratie, de propriété, de relations de production, se mettent en place.

Le processus doit beaucoup à Chávez; il est le moteur, le catalyseur, le fédérateur. Son rôle est pour l'instant irremplaçable. 
La révolution se fait au quotidien, dans le pluralisme : 14 campagnes électorales (une par an). Nous avons parcouru des milliers de kilomètres; le pays est riche, divers, dispose d'un potentiel énergétique énorme (400 milliards de barils de pétrole dans la seule frange de l'Orénoque, de quoi exploiter pour plus d'un siècle). Le Venezuela a sans doute les réserves pétrolières les plus importantes au monde. On comprend des lors le pourquoi de la convoitise et des agressions de Washington.

Le pays, centralisé, bien qu'il s'en défende, autour de Caracas, devrait se décentraliser rapidement et se redéployer vers les régions pétrolières de l'Oriente, métis, mulâtre, caribéen. Nous n'avons pas prétendu à une analyse de fond, nous avons volontairement survolé certains thèmes, inédits et fondamentaux pour les développer plus tard, pour les lecteurs, notamment, de l'HD. Certains, sont des marqueurs de ce processus :
- mise en place de l'autogestion, du pouvoir populaire, de la démocratie directe, des conseils communaux, et surtout des "communes"
- les "Missions" sociales, culturelles, éducatives, etc.
- les nouveaux villages
- l'entrée au MERCOSUR et l'intégration continentale
- le plan du gouvernement (Plan Patria) pour 2013-2019, qui programme "plus de socialisme"

Dans les Etats de Zulia et de Táchira, gouvernés par l'opposition,nous avons rencontré des humbles qui ont peur du socialisme, du "communisme", qui vont voter contre Chávez. Dans les régions conservatrices, l'opposition est agressive, haineuse (nous avons pu le constater directement), et mise déjà sur la déstabilisation par la contestation du résultat des urnes, le 7 octobre.

De retour à Caracas, place Bolivar, un prêcheur évangéliste côtoie des dizaines de jeunes chavistes qui répètent leurs slogans. Les journaux font écho au discours de Chávez, qui se considère "soldat de Jésus". 

La presse d'opposition insiste sur les insatisfactions populaires; on se dispute le journal gratuit, et pourtant de qualité, "Ciudad Caracas", dirigé par l'ami Ernesto Villegas. Sur un podium, un groupe musical interprète des textes de Ali Primera. Le théâtre de rue "la ruta histórica" fait revivre aux passants l'épopée de Simón Bolívar, et le coup d'État contre Chávez d'avril 2002. L'inventivité populaire est surprenante.

Dans la rubrique "opinion" du quotidien "Quinto Día", Domingo Alberto Rangel écrit: "les systèmes démocratiques des pays des deux rives de l'Atlantique Nord vivent une décadence insupportable. L'Europe est non seulement vieille, mais elle veut transmettre son obsolescence aux autres continents, spécialement à l'Amérique latine.

A la Foire du Livre, 30 centimes d'euro l'ouvrage, nous rencontrons le grand poète vénézuélien Gustavo Pereira. Pas besoin de lui présenter l'Humanité. Il connait! Il parle parfaitement français, et a récemment écrit dans "Les êtres invisibles": "un graffiti des années 1960, sur un mur de Montevideo disait "Celui qui sème la faim récolte des révolutions". Au Venezuela, nous vivons un processus qui tente enfin de traiter à la racine ce drame. Le gouvernement s'efforce de privilégier justice sociale au delà des mots, et des pactes secrets entre les puissants vénézuéliens et les multinationales. Ce n'est pas seulement rhétorique, il s'agit avant tout de rendre visibles, c'est-a-dire acteurs de leur histoire, les êtres invisibles. 

C'est-a-dire les déshérités. C'est-a-dire ceux qui constituent 80% de notre population. (...)  Avec la solidarité des 'justes du monde'.

Jean Ortiz   http://www.humanite.fr/monde/celui-qui-seme-la-faim-recolte-des-revolutions-501947

 

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 14:29

 

      

C’est la quatorzième. Depuis qu’il a gagné sa première élection présidentielle en décembre 1998, Hugo Chavez s’est déjà soumis - directement ou indirectement - treize fois au suffrage des électeurs du Venezuela. Il l’a emporté presque toujours [1] et dans des conditions de légalité démocratique reconnues par des missions d’observateurs dépêchées par les instances internationales les plus exigeantes (ONU, Union européenne, Centre Carter, etc.).

Le suffrage du 7 octobre prochain constituera donc le quatorzième rendez-vous du dirigeant bolivarien avec les urnes [2]. Cette fois, c’est sa réélection à la présidence qui est en jeu. La campagne électorale officielle a démarré le 1er juillet dernier avec deux singularités par rapport aux précédentes votations. D’abord, Hugo Chavez sort de treize mois de traitement contre un cancer diagnostiqué en juin 2011. Ensuite, la principale opposition conservatrice a parié, cette fois-ci, sur l’unité. Elle s’est regroupée au sein d’une coalition, la Mesa de la Unidad Democratica (MUD), qui, après des primaires, a désigné comme candidat unique, le 12 février dernier, Henrique Capriles Radonski, un avocat de 40 ans, actuellement gouverneur de l’Etat Miranda.

Fils d’une des familles les plus riches du Venezuela, Henrique Capriles fut l’un chefs de file du coup d’Etat contre Chavez le 11 avril 2002 au cours duquel, avec un groupe de putschistes, il participa à l’attaque contre l’ambassade de Cuba à Caracas [3]. Politiquement, il a longtemps appartenu à l’organisation internationale ultraconservatrice Tradition, Famille et Propriété, dont il a fondé la branche vénézuélienne. Alors que sa candidature est soutenue par les secteurs les plus droitiers (dont les médias de masse privés, qui continuent de dominer très largement l’information), Capriles fait habilement campagne en promettant de conserver, voire d’amplifier (!), toutes les avancées sociales de la révolution bolivarienne. Il jure même que son modèle politique est celui - de gauche - de l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva... En fait, il parie surtout sur l’affaiblissement physique du président Chavez [4].

Là-dessus, il se trompe. L’auteur de ces lignes, présent le mois de juillet dernier au Venezuela, a suivi les deux premières semaines de la campagne du président bolivarien. A plusieurs reprises, il a pu s’entretenir avec lui. Il a assisté à deux de ses exténuants meetings de masse. Ainsi qu’à diverses interventions publiques : à l’Assemblée nationale, au défilé civico-militaire du 5 juillet (Fête nationale vénézuélienne), à l’Académie militaire et à l’inauguration d’une raffinerie dans l’Etat d’Anzoategui. Il peut donc témoigner de sa bonne santé et de son excellente forme physique et intellectuelle.

Démentant les fausses rumeurs diffusées par certains médias (The Wall Street JournalEl Pais) selon lesquelles, en raison de supposées "métastases dans les os et la colonne vertébrale", le président vénézuélien n’aurait plus que "six ou sept mois de vie", Chavez - qui a fêté ses 58 ans le 28 juillet dernier - révéla, devant la consternation de ses adversaires : "Je suis totalement libre de maladie. Je me sens chaque jour en meilleure forme [5]."

Par ailleurs, le leader bolivarien a pris à contrepied tous ceux qui pariaient sur une présence purement virtuelle pendant sa campagne électorale, en leur annonçant sa décision de "reprendre les rues" et de recommencer à parcourir le pays d’un bout à l’autre pour conquérir son troisième mandat : "Ils avaient dit de moi : « Chavez restera enfermé au palais présidentiel et ne fera qu’une campagne virtuelle, via Twitter, les réseaux sociaux et la télévision. » Ils se sont moqués de moi autant qu’ils ont voulu. Eh bien ! Me voici de retour, de nouveau, avec la force indomptable de l’ouragan bolivarien. L’odeur des multitudes m’a beaucoup manqué, ainsi que le rugissement du peuple dans les rues... [6]."

Ce rugissement, rarement on l’aura entendu aussi puissant et plein de ferveur que dans les avenues des villes de Barcelona (Anzoategui) et de Barquisimeto (Lara) qui ont accueilli Chavez les 12 et 14 juillet dernier, respectivement. Un océan de gens. Un interminable torrent écarlate de drapeaux, de symboles, de banderoles, de chemises rouges. Une vague géante de cris, de chants, de passions et d’emportements [7].

Tout au long de kilomètres et de kilomètres, hissé en haut d’un camion vermillon qui avançait au pas en fendant la foule, Chavez a salué sans faiblir les centaines de milliers de sympathisants accourus le voir « en vrai » pour la première fois depuis le début de sa maladie. De nombreuses personnes, jeunes pour la plupart, versaient des larmes d’émotion ; presque toutes adressaient des baisers de remerciement à un homme et à un gouvernement qui, en respectant scrupuleusement les libertés et la démocratie, ont tenu leurs promesses à l’égard des humbles. Ils ont payé la dette sociale et donné à tous, enfin, éducation gratuite, santé publique, sécurité sociale, plein emploi, logement...

Pour ôter le moindre espoir à l’opposition, Chavez commença ses longs discours électoraux, sans montrer la moindre fatigue, en disant : "Je suis comme l’éternel retour de Nietzsche car, en réalité, je reviens de plusieurs morts... Que nul ne se fasse d’illusion, tant que Dieu me prêtera vie, je continuerai à lutter pour les pauvres. Mais même quand il me faudra partir physiquement, je demeurerai parmi vous dans ces rues et sous ce ciel. Parce que moi - comme l’a affirmé Gaïtan [8] - je ne suis plus moi, je me sens réincarné dans le peuple. Chavez s’est fait peuple et désormais nous sommes des millions. Chavez c’est toi, femme. Chavez c’est toi, jeune. Chavez c’est toi, homme ; c’est toi aussi, soldat, pêcheur, agriculteur, paysan, commerçant... [9] Quoi qu’il puisse m’arriver, ils ne pourront rien contre Chavez, parce que Chavez est désormais tout un peuple invincible [10]."

Dans quelques unes de ses interventions, le leader bolivarien n’a pas hésité à critiquer durement des gouverneurs et des maires de son propre parti qui n’ont pas tenu les promesses faites aux citoyens : "Je suis devenu l’opposant numéro un." a-t-il affirmé. Mais il a aussi mis en garde ses électeurs : "Attention ! Vous n’élisez pas un maire ou un gouverneur. C’est pour un président que vous allez voter. Alors, vous pouvez - bien entendu - critiquer la révolution, mais pas voter pour le candidat de la bourgeoisie. Ce serait trahir. Il peut nous arriver de nous tromper ou de mal faire les choses, mais nous, nous avons, dans notre cœur, un véritable amour pour le peuple."

Orateur d’exception, Chavez prononce des discours amènes, distrayants et didactiques illustrés d’anecdotes, de traits d’humour et de chansons. Mais ce sont aussi, même s’ils n’en ont pas l’air, des compositions pédagogiques très élaborées, très structurées, travaillées de manière fort sérieuse et professionnelle, avec des objectifs concrets. Il s’agit, en général, de transmettre une idée centrale qui va constituer l’avenue principale de son parcours discursif. Dans cette campagne par exemple, il expose et explique méthodiquement, point par point, les idées-socle de son programme [11].

Mais, afin de ne pas ennuyer, Chavez, qui parle sans notes, s’écarte souvent de cette avenue principale et effectue ce qu’on pourrait appeler des excursions [12] dans des champs annexes (anecdotes, souvenirs, blagues, poésies) qui semblent ne pas avoir de lien avec le propos central. Cependant, elles en ont toujours. Et cela permet à l’orateur, après avoir apparemment abandonné - depuis longtemps - le cours principal de son propos, de revenir à lui et de le reprendre exactement à l’endroit où il l’avait quitté. Ce qui produit, de façon subliminale, un prodigieux effet de sidération dans l’auditoire. Une telle technique rhétorique lui permet ainsi de prononcer des discours de très longue durée.

Dans ses récentes allocutions électorales, Chavez rappelle souvent les politiques de démolition de l’Etat-providence actuellement à l’œuvre au sein de l’Union européenne (il cite notamment la thérapie de choc et les plans d’austérité décidés en Espagne par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy) et les compare aux grandes avancées sociales entreprises par son gouvernement, engagé dans la "construction du socialisme vénézuélien".

En quatorze ans (1999-2012), la révolution bolivarienne a atteint, en matière de politiques d’intégration régionale, de considérables réussites : création de Petrocaribe, de Petrosur, de la Banque du Sud, de l’ALBA (Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique), du Sucre (Système unique de compensation régionale), de la Unasur (Union des nations sudaméricaines), de la Celac (Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe), adhésion de Caracas au Mercosur (Marché commun du sud)... Et tant d’autres réalisations qui font du Venezuela de Chavez une source d’innovations favorisant l’indépendance réelle (économique et politique) de l’Amérique latine.

Même si de violentes campagnes de propagande (qui vont sans doute s’intensifier à l’approche de l’élection présidentielle) prétendent que, dans le Venezuela bolivarien, les medias sont contrôlés par l’Etat, la réalité - vérifiable par n’importe quel témoin de bonne foi, - c’est qu’à peine 10% des stations de radio sont publiques, le reste, soit 90%, sont privées. Et seulement 12% des chaînes de télévision sont publiques, le reste, soit 88%, sont privées ou communautaires. Quant à la presse écrite, les deux grands quotidiens nationaux - El UniversalEl Nacional - sont privés, et rageusement hostiles au gouvernement.

Le principal atout du président Chavez c’est que l’action de son gouvernement concerne essentiellement le domaine social : santé, alimentation, éducation, logement, retraite. Ce qui intéresse le plus les Vénézuéliens les plus modestes (75% de la population). Le gouvernement consacre 42,5% du budget de l’Etat aux politiques sociales. Résultat : des millions de personnes sont sorties de la pauvreté et ont intégré les classes moyennes. Le taux de mortalité enfantine a été divisé par deux. L’analphabétisme a été éradiqué. Le nombre de professeurs des écoles a été multiplié par cinq (il est passé de 65 000 à 350 000).

Le Venezuela est aujourd’hui le deuxième pays de la région Amérique latine - Caraïbe qui possède la plus grande proportion d’étudiants (83%) parmi l’ensemble de ses jeunes, après Cuba, mais devant l’Argentine, l’Uruguay et le Chili ; il en est le cinquième au monde, ayant même dépassé des pays comme, par exemple, les Etats-Unis, le Japon, la Chine, le Royaume Uni, la France et l’Espagne.

Le gouvernement bolivarien a généralisé l’accès aux soins de santé et à l’éducation. Pour en finir avec les bidonvilles, il a multiplié la construction de logements sociaux (il devrait en construire plus de 3 millions au cours de cinq prochaines années). Il a accordé des pensions de retraite à tous les travailleurs, y compris à ceux du secteur informel (vendeurs des rues, par exemple), aux femmes qui, ayant élevé une famille, n’ont jamais été salariées, et à toutes les personnes âgées pauvres même si elles n’ont jamais cotisé à une caisse de retraite. Il a multiplié le nombre de centres de soins et d’hôpitaux. Il propose aux familles modestes (et à toute personne qui le souhaite) d’acquérir dans les magasins d’Etat Mercal leurs denrées alimentaires de base et les produits électroménagers, 60% moins chers que dans les supermarchés privés. Il a limité la grande propriété terrienne (latifundium) et, grâce à la réforme agraire, la production d’aliments à plus que doublé. Il a impulsé l’écosocialisme, l’autonomie des communes, les banques communales, les monnaies locales, etc.

Même si tout est loin d’être parfait dans le Venezuela bolivarien (l’insécurité, par exemple, continue d’être un véritable problème non résolu), ces politiques sociales - conduites depuis 14 ans - expliquent le soutien populaire dont bénéficie Hugo Chavez. Dans ses discours de campagne, celui-ci promet d’aller plus loin : "Tout ce que nous avons fait n’est rien par rapport à ce que nous allons faire au cours de notre prochain mandat."

Des millions de personnes modestes le vénèrent comme un saint. Chavez - qui fut un enfant très pauvre, vendeur ambulant dans les rues de son village - répète souvent : "Je suis le candidat des humbles." Les électeurs vénézuéliens seront-ils sensibles à ses arguments ? Réponse, le 7 octobre prochain.

      http://www.medelu.org/Chavez-en-campagne

Avec Le Monde diplomatique en español

[1] Il n’a perdu, avec un très faible écart, que le référendum du 2 décembre 2007 sur "un projet de réforme constitutionnelle".

[2] En plus d’Hugo Chavez, six autres candidats se présentent à l’élection du 7 octobre : Henrique Capriles Radonski, pour Mesa de la Unidad (MUD), Orlando Chirinos, pour le Parti Socialismo y Libertad (PSL), Yoel Acosta Chirinos pour le parti Vanguardia Bicentenaria Republicana (VBR), Luis Reyes Castillo pour l’“Organización Renovadora Auténtica” (ORA), María Bolívar pour le Parti Democrático Unidos por la Paz y la Libertad (Pdupl) et Reina Sequera pour le parti Poder Popular (PP).

[3] Lire Romain Mingus, "Henrique Capriles, candidat de la droite décomplexée du Venezuela",Mémoire des luttes, 28 février 2012.

[4] A la mi-juillet 2012, les principaux sondages donnaient à Chavez entre 15 et 20 points d’avance sur Capriles.

[5] Déclaration du 6 juillet 2012.

[6] Discours de Barcelona (Anzoategui), 12 juillet 2012.

[7] Lire Le blog de Jean-Luc Mélenchon, 16 juillet 2012, « No volveràn », http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/07/16/no-volveran/

[8] Jorge Eliecer Gaïtan, leader politique de gauche colombien, tué en 1948, et dont l’assassinat déclencha la guerre civile qui dure encore en Colombie.

[9] Le célèbre Sous-commandant Marcos, qui portait un masque, au Chiapas (Mexique), avait fait une déclaration semblable, dans les années 1990. Quand on lui demandait qui il était, il répondait : "Si tu veux savoir qui est Marcos, prend un miroir, le visage que tu y verras est celui de Marcos. Car Marcos c’est toi femme ; c’est toi, homme, c’est toi indigène, paysan, soldat, étudiant... Nous sommes tous Marcos, tout un peuple insurgé." Cf. Ignacio Ramonet, Marcos, la dignité rebelle. Conversations avec le sous-commandant Marcos, Galilée, Paris, 1991.

[10] Discours de Barquisimeto (Lara), 14 juilet 2012.

[11] Lire, Propuesta del candidato de la patria Comandante Hugo Chávez para la gestión bolivariana socialista 2013-2019, Comando Campaña Carabobo, Caracas, juin 2012.

[12] Du latin ex cursus, "qui part du cours principal".

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 16:38

 PAR JESSE CHACÓN

Jesse Chacón
Le thème de la sécurité a été utilisé dans toutes les sociétés capitalistes comme ressource de l’État pour légitimer ses appareillages répressifs et militarisés. Elle est fondamentalement un rituel de contrôle social. La stratégie à l’oeuvre dans ces dispositifs est le traitement violent des conflits qui se convertit, dans le cas des problèmes d’insécurité en un scénario privilégié de violation des droits humains.
Face au défi que signifie conjurer les formes croissantes d’insécurité urbaine, le gouvernement bolivarien a opté pour une politique nationale de sécurité dont la conception et la mise en oeuvre concrète suivent les normes de respect et de garantie des droits humains. Il s’agit de transformer le droit à la sécurité ensécurité des droits comme le propose avec raison le criminologue critique Alexandro Barata.
La gestion antérieure a permis de construire un système national de police, qui compte sur des instruments significatifs tels que la police nationale et les nouveaux standards opérationnels des polices des état et municipales.
Les résultats obtenus dans la diminution du taux de délits contre le patrimoine comme les vols avec violence ou non, ont été importants. C’est le résultat de nouvelles conduites policières ainsi que de l’intégralité  dans la politique sociale et de garantie des droits économiques et sociaux. Le taux national de vols sans violence a baissé de 190 en 2009 à 169 en 2011, celle des vols avec violence de 254 en 2009 à 211 en 2011.
Le taux d’homicides au contraire, bien que contenu, stagne sans montrer de tendance significative à la baisse, qui en 2009 fut de 49 et en 2010 de 50, avec les jeunes comme majorité des victimes et auteurs d’homicides. En ce qui concerne les caractéristiques des homicides,  83,63% ont lieu le plus fréquemment dans les secteurs populaires, 56,52% dans la strate 4 et  27,12%. Dans la strate 5, dans la strate 1 et 2 (secteurs riches) ne se produisent que 3,9% des homicides. 61,57% des assassinats se produisent dans le quartier lui-même et 10,01% dans le même secteur. 71.5 ont lieu le soir et à l’aube.
Sur tout ce qui précède, il existe divers facteurs de la société liés à ce qu’on appelle l’opposition qui ne comprennent pas ce que signifie transformer cette problématique sur la base d’un modèle de sécurité citoyenne centré sur des pratiques démocratiques et sur le respect des droits humains, et ne valorisent pas le processus substantif de construction du système national de police ni la politique nationale de désarmement. Ces secteurs ne peuvent valoriser ces pas fondamentaux de la politique publique parce qu’ils gardent la vision et la conception militarisée de la sécurité citoyenne, qu’ils appliquent selon le schéma typique du “plomb pour les délinquants”. Leur tradition est la violation systématique des droits humains, et leur position en matière criminologique est donnée par la théorie du « droit pénal de l’ennemi » selon laquelle les formes de criminalité juvénile, en tant qu’elles transgressent le pacte social, doivent être classées comme celle d’ennemis publics auxquels il n’est pas légitime d’acccorder les garanties et le respect des droits humains. Il ne faut pas s’étonner de les voir exiger en  permanence que toute mutinerie soit écrasée dans le feu et le sang.
Le Gouvernement bolivarien est conscient de la gravité que représente le problème de l’insécurité pour l’ensemble de la société vénézuélienne et c’est pourquoi il a lancé un appel à assumer publiquement ce problème comme celui de tous, au lieu de le considérer depuis la partialité politique, et recherche la convergence de tous les secteurs de la société pour dégager des solutions alternatives.
Le début de la solution passe par la capacité de tisser État et société sur la base de l’accomplissement des standards des droits humains, par la reconnaissance que la sécurité est un problème politique et citoyen, et non pas en adoptant les postures régressives de la militarisation des mentalités et des dispositifs d’action.
Il est également nécessaire de caractériser correctement les nouveaux types de criminalité transnationale qui s’implantent dans la société vénézuélienne. Considérer le problème de l’insécurité sans visibiliser l’impact que les cartels colombiens et mexicains de la drogue ont dans la reconfiguration de la criminalité  urbaine, exprimée par le micro-trafic de stupéfiants et par l’augmentation des homicides, c’est perdre de vue la connexion structurelle du problème.
Ces phénomènes ne sont pas nationaux mais font partie d’un phénomène qui impacte aujourd’hui à plus ou moins grand degré la totalité des villes d’Amérique. Une compréhension de ce phénomène exige la lecture du narcotrafic non seulement comme problème criminel mais comme expression d’une transnationale d’accumulation de capital, dans laquelle se mêlent autant les néo-bourgeois mafieux aux élégants banquiers de la bourgeoisie traditionnelle.
Le narcotrafic et son impact dans la société vénézuélienne peuvent être mieux compris si on analyse l’évolution du marché des consommateurs. Jusqu’à la fin de la décennie 90, selon les Nations Unies, les États Unis représentaient un marché de 267 tonnes cubiques par an pour  2008 – produit du surgissement d’un segment de consommateurs jeunes tournés vers les drogues synthétiques, tandis que la consommation annuelle de cocaïne s’est réduit à 165 millions de tonnes. Pendant ce temps, l’Europe a subi une augmentation de la consommation, en passant de 63 tonnes annuelles en 1998 à 165 tonnes en 2008.
Cette variation fondamentale dans les marchés a eu pour conséquence la transformation de la cartographie de la distribution et la consolidation et la configuration de nouvelles routes, qui ont converti le Venezuela en un territoire fondamental de transit de la drogue, acheminée au littoral vénézuélien puis aux îles Caraïbes et de là, réexportée directement pour une part vers l’Europe et pour une autre part à travers l’Afrique.
La configuration de circuits criminels au  Venezuela ne s’est pas fait attendre, avec le développement du mercenariat consubstantiel au commerce du narcotrafic, autour de la protection et du transport des chargements depuis la Colombie ainsi qu’autour du microtrafic de drogue urbain qui a impliqué une augmentation de la consommation et de la possession de drogue par les citoyens.
Selon des données du CICPC (Corps d’Investigations Scientifiques, Pénales et Criminelles), alors qu’en 2009 le taux de consommation de drogues au Venezuela était de 0,04, il s’est situé à 7,7 en 2011; le taux de possession de drogue par les citoyens est passé dans la même période de 33 à 39.
Le gouvernement révolutionnaire, conscient de la signification dramatique de ce nouveau phénomène transnational dans la réalité nationale, n’a pas été la proie de réponses spasmodiques à court terme, ni de formules fascistes de contrôle et de répression; au contraire, sans écarter l’augmentation opérationnelle des forces policières, qui a permis d’obtenir des résultats partiels sur plusieurs indicateurs, il a opté pour une transformation structurelle du système national de sécurité.
Récemment le gouvernement a convoqué une moblisation publique autour du problème du désarmement et travaille à des mesures structurelles pour le contrôle de l’armement. Il a également mobilisé des facteurs citoyens pour participer à la mission “A toda Vida Venezuela (1) qui travaillera de manière systématique sur les manifestations de la criminalité, les problèmes d’accidents de la route et le manque de lien social à l’intérieur des communautés.
Tout ceci est la nouvelle manière de tisser le social sur la base de critères socialistes : une stratégie visant à transformer le concept et la pratique de la sécurité, dans le cadre de la construction de liens sociaux, qui est le nouveau nom de la sécurité.
Étudiant(e)s de la nouvelle Police Nationale Bolivarienne, organe formé au respect des droits humains au sein de l’UNES (Université Expérimentale de la Sécurité). Lancement de la Mission “A toda Vida Venezuela”, juillet 2012.
Malheureusement, confrontée à sa stagnation dans les sondages, l’opposition a opté pour électoraliser ce problème, avec une proposition qui ne contient aucune action concrète. Que peut en effet proposer le candidat Henrique Capriles aux vénézuéliens en matière de sécurité, alors que l’État dont il est le gouverneur possède les plus hauts indices de criminalité ?
Puissions-nous sortir ce thème de la polémique politicienne et offrir une solution d’État à une société qui le demande. La Mission “A toda vida Venezuela” est la grande occasion de rassembler toutes les volontés autour de cet objectif.
Jesse Chacón, Directeur de la fondation GISXXI
www.gisxxi.org
Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne
 
(1) NdT: La mission d’État “A toda vida Venezuela”, lancée officiellement le 10 juillet 2012, a six axes principaux : 
1. La prévention intégrale et la vie en commun solidaire.
2. Le renforcement des organes de sécurité citoyenne.
3. La transformation du système judiciaire, pénal et la création de mécanismes alternatifs de résolution des conflits.
4. La modernisation du système pénitentiaire.
5. La création d’un système national de suivi intégral des victimes de la violence.
6. La création et la socialisation de la connaissance pour le vivre-ensemble et la sécurité.
 
URL de cet article: http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/14/la-securite-au-venezuela-la-solution-depuis-letat-et-non-comme-offre-electorale-par-jesse-chacon-fondation-gisxxi/
 

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 17:27

Dans l’air une chanson : http://t.co/jxEMBT0J

Puis une image : 

Et ces paroles : « Les années passeront et je me rends compte que je ne m’en irai plus jamais de ces rues parce que Chávez ce n’est plus moi, Chávez c’est le peuple. Nous sommes des millions. Chávez, c’est toi, femme. C’est toi, jeune, c’est toi, enfant; toi, soldat vénézuélien; ce sont vous les pêcheurs, les agriculteurs, les paysans et les commerçants ».

Et il y a ELLE (photo), qui quelques jours auparavant, a accompagné l’inscription au Conseil National Électoral de cet homme que les médias occidentaux rêvaient malade, encerclé par les complots, fini.

Elle a 73 ans m’explique-t-elle, et s’appelle Isabel. Venue des vallées de la rivière Tuy, de loin donc, surtout pour son âge. Je regarde son visage aux traits indigènes, presque impassible. C’est la première fois, poursuit-elle, qu’elle participe à un meeting. La première fois qu’elle croit « vraiment » dans la politique. Elle a fait la route parce qu’elle considère que c’est ce qu’elle peut faire pour lui. Sa fille intervient, émue, s’excusant du désordre de ses pensées : « Chavez a réveillé le meilleur de nous-mêmes, ce qu’il y a de plus authentique en nous. C’est un guerrier infatigable, insoumis et en même temps capable d’une tendresse qui confine à la naïveté. Avec sa franchise à la vénézuélienne qui peut choquer certains mais qui est toujours authentique. Quand je le regarde je vois mon reflet, je vois mes soeurs, mes frères, ou pour le dire autrement, le meilleur de nous-mêmes. II est de ceux qui vous poussent à ne jamais vous avouer vaincu alors que tous les autres vous disent que vous ne pouvez pas. Et notre espoir dans l’avenir n’est plus naïf, pour nous c’est un avenir de travail, de critiques. Nous sommes capables de reconnaître que nous avons fait beaucoup mais qu’il nous reste encore plus à faire. Sauf que maintenant nous savons et que nous nous respectons tels que nous sommes : noirs, indigènes, métis, blancs, tout en étant un même peuple. Avec lui nous avons déjà réussi beaucoup de choses mais je suis sûre que nous allons réussir beaucoup plus de choses parce que nous sommes souverains, indépendants.”

Tout autour de nous, je regarde ces milliers de citoyens. « Messianisme » ? « populisme » ? « totalitarisme » ? dictature » ? Et si c’était le contraire ? Si l’étincelle des urnes de 1998 avait cédé la place à l’intelligence critique d’une population qui ne vote plus pour un homme mais ose « demander le programme » et – crime suprême – ose voter contre l’avis pressant des grands médias ?

Dans le Venezuela de 2012 les universités sont ouvertes et même si la télévision privée conserve une part écrasante d’audience, la réceptionniste qui hier encore se vernissait les ongles, utilise l’ordinateur du patron pour étudier à la “Misión Sucre”. Au-delà de tous les signes « objectifs » publiés par  l’ONU, la CEPAL, etc.. sur les progrès économiques ou les avancées sociales, deux études gagnent à être corrélées : celle de l’ONG chilienne Latinobarometro qui place le Venezuela à la première place des pays latinoaméricains qui croient dans la démocratie (84%) et celle de la firme états-unienne Gallup qui le place à la 5ème place des pays les plus heureux dans le monde.

Un peuple qui a connu les dictatures de Gómez puis de Pérez Jimenez, puis la paix achetée par les sociaux-démocrates et entretenue par Venevision, est devenu mouvement, parole multiple, besoin d’étudier. Ses critiques quotidiennes sur le processus ne font que confirmer ce saut de conscience et ces besoins nouveaux. Les analyses universitaires, journalistiques de la classe moyenne occidentale réduisant ce processus à une manipulation charismatique ont un point commun: le mépris du peuple.

C’est ce type nouveau de co-création du politique que Jesse Chacón analyse dans l’article qui suit.

Thierry Deronne, 3 juillet 2012.

___________________________

HUGO CHÁVEZ: LA CONSTRUCTION D’UN LEADERSHIP PROGRAMMATIQUE

Par Jesse Chacón- GISXXI.

24 juin 2012.

Dans notre baromètre du mois de juin 2012, l’action en général du président Chávez se maintient à 63% d’opinions favorables, 17% l’évaluent comme “moyenne” et 19% comme “négative”; par contraste, les opinions positives pour l’opposition n’atteignent que 22% de la population, et 45% la jugent négativement. L’indicateur d’intentions de votes exprime la même tendance pour les deux candidats à l’élection présidentielle du 7 octobre 2012 : 57.8% voteraient pour Hugo Chávez alors que 23% seulement le feraient pour le candidat de la droite, Capriles Radonski.

Selon les indicateurs d’appui ou de rejet, le candidat de l’opposition est rejeté par 43%, Chavez par 17%. 21% se sentent indifférents face à la candidature de Capriles. A cette mathématique du rejet et du soutien, ajoutons que 56% affirment qu’ils ne voteront pas pour Capriles Radonski.

Au vu de ces résultats, divers analystes de l’opposition elle-même qui publient sur le site  http://eleccionespresidenciales2012.blogspot.com, se demandent comment il est possible qu’après l’impact des primaires de l’opposition en février 2012, le candidat de l’opposition n’ait pas réussi à grimper dans les enquêtes. Ils sont intrigués par le fait qu’alors que leur candidat parcourt le pays en faisant du porte à porte, et que le président Chávez ne s’est pas exposé aussi intensément en public, c’est ce dernier qui reste en tête dans tous les sondages. Pas plus qu’ils ne comprennent comment leur candidat qui incarnait la santé et la jeunesse, a pu s’évanouir par deux fois dans des réunions publiques et qu’il soit incapable de construire un discours de plus de 7 minutes, alors qu’un Chavez convalescent, frais comme une rose et plein de vie, bat le record d’un discours de plus de huit heures pour la présentation du bilan annuel au congrès et de trois heures le jour de l’inscription de sa candidature.

Capriles tente de conjurer cette ambiance par l’argument qu’il ne croit « qu’aux enquêtes sérieuses, pas aux enquêtes bidons ». C’est évidemment la réponse de tout candidat qui se sent dépassé par son concurrent; mais cela dénote sans aucun doute la perplexité qui l’envahit face à la proximité du duel électoral et à l’incapacité de construire une stratégie cohérente et dotée d’impact.

D’autres analystes cherchent à expliquer la supériorité du président dans les résultats électoraux par la logique du leadership charismatique, élevant à la dimension de la magie la relation qui s’est construite entre Chávez et le peuple vénézuélien. De ce point de vue seule une connexion du même ordre émotionnel direct et quasi religieuse pourrait renverser cette frénésie.

A première vue l’interprétation précédente peut paraître novatrice. Elle ne fait que s’ajouter aux postures politico-académiques du mépris pour le sujet populaire, national, lorsqu’il acquiert une conscience historique. Cette interprétation préfère octroyer toutes les qualités au leader et reléguer les multitudes au rôle de simples spectatrices, ou, au mieux de marée aveugle, prisonnière de l’émotionnel et de l’irrationnel. Nous pensons que la forte connexion entre le peuple et Chávez doit être lue depuis un autre perspective, celle d’un leadership programmatique.

Le cycle de la révolution que vit aujourd’hui la société vénézuélienne a été déclenché par les majorités lors des émeutes du Caracazo en 1989 : une avant-garde nationale, d’extraction populaire – le MBR200 – interpréta cette atmosphère de révolution et en tira les conclusions en se lançant dans les rébellions civico-militaires de1992. De ces dates jusqu’à aujourd’hui, le Venezuela a vécu un vertigineux processus de déplacement des élites “puntofijistes” (1), a retourné le tracé d’un mode de développement néo-libéral pour le transformer en une politique sociale centrée sur la garantie et l’universalité des droits. Pendant ces 12 ans de gouvernement bolivarien, et malgré la transgression contre-révolutionnaire, ce type de politique a permis des transformations significatives dans la réduction de la pauvreté et dans l’élévation de la qualité de vie des vénézuéliens.

Malgré les échecs opérationnels des rébellions civico-militaires de 1992 menées par le  MBR200, celles-ci se sont configurées en références décisives d’ouverture à une phase instituante, marquant le début d’un cycle révolutionnaire, approfondi ensuite dans la période connue comme constituante. Ce processus constituant ne correspond pas seulement au moment-clef de l’assemblée nationale constituante de 1999, mais à tout le processus de mobilisation et d’identification de la proposition et du modèle de société à construire tel qu’il s’est débattu pendant la décennie des années 90 et qui a trouvé sa première expression publique dans « l’Agenda Alternatif Bolivarien », présenté en 1996 par le MBR200 comme synthèse d’un débat large, riche, initié par les insurgés depuis la prison et ensuite étendu à tout le pays.

L’insurrection sociale et politique vénézuélienne représentée par le MBR200 et la disposition générale de la population à désobéir et à se mobiliser, produisirent leur première expression programmatique dans cet agenda présenté publiquement en 1996.

La période constituante, même si elle ne rompit pas avec la force charismatique générée par le leadership d’Hugo Chávez como commandant principal, permit cependant de développer la construction d’un programme de société nouvelle qui allait prendre forme quelques années plus tard dans la Constitution Bolivarienne de 1999.

S’est construit ainsi un nouveau type de leadership programmatique, un leadership qui s’appuie sur un projet de pays : même si la culture politique vénézuélienne octroie une très forte prééminence au leader, la référence réelle est le projet de constitution bolivarienne, c’est elle qui occupe l’imaginaire des vénézuéliens, comme on l’observera lors des journées d’avril 2002, lorsque le peuple sortit massivement dans la rue pour renouer le fil constitutionnel brisé par le coup d’État de la droite. Le 13 avril 2002, le coeur de la moblisation populaire était le rétablissement du cadre constitutionnel et la restauration de la constitution bolivarienne.

L’Agenda Alternatif Bolivarien de 1996 représenta une option différente face à l’agenda néo-libéral de l’époque baptisé « Agenda Venezuela ». Alors que ce dernier, enivré de néo-libéralisme, approfondissait les privatisations et le démantèlement de l’État comme garant des droits, l’Agenda Alternatif  Bolivarien présenta avec clarté l’obligation pour la société vénézuélienne de recupérer l’État comme centre de gravité du nouveau processus national.

Cet Agenda Alternatif  Bolivarien fut la première ébauche d’un programme minimal et inaugura une nouvelle piste méthodologique, en proposant de créer le programme avec les gens, et de le faire via une assemblée constituante. Cet agenda s’est développé année après année de manière cohérente, d’abord dans la première constitution bolivarienne, ensuite dans les 49 lois d’habilitation, puis dans le plan de développement des 5 équilibres de 1999, dans le Projet National Simón Bolívar de 2006 et aujourd’hui, avec la proposition du candidat Hugo Chávez, le plan de gestion bolivarienne socialiste 2013-2019.

C’est sans aucun doute dans cette cohérence programmatique et dans la forte capacité de la transformer en actes concrets dans la vie quotidienne des gens, que nous devons chercher l’explication de la forte connexion entre Chavez et le peuple. Nulle sorcellerie ni magnétisme personnel du leader mais fidélité au plan de liberté et d’égalité dont le peuple fait conscience a exigé sans cesse la réalisation depuis la geste héroïque de 1989. L’équation n’est pas comme veulent la présenter les analystes d’oppositions ou les universitaires automnaux, que Chávez crée le peuple mais au contraire que Chávez est une création collective du peuple qui se soulève en révolution.

C’est ce peuple devenu gouvernement que la droite vénézuélienne affrontera le 7 octobre.

Jesse Chacón
Directeur de la Fondation GIS XXI
 
(1) NDT. Le “puntofijisme” est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo au Venezuela entre les deux principaux partis dominants (social-chrétien et social-démocrate) pour se relayer en alternance au pouvoir sans en modifier les structures.
 
Traduction : Thierry Deronne

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 12:12

Alors que le Venezuela vit la conjonction inédite d’un boom de croissance et d’une baisse de l’inflation, grâce à l’intensification des investissements sociaux, la construction massive de logements, le contrôle des prix en faveur des secteurs populaires; alors que le salaire minimum est le plus élevé du continent, nous publions le point de vue de l’historien Richard Gott, ex-rédacteur en chef du Guardian, auteur entre autres de “In the Shadow of the Liberator: The Impact of Hugo Chávez on Venezuela and Latin America”, Verso, 2001; « Cuba: A New History”, Yale University Press, 2004; et de « Britain’s Empire: Resistance, Repression and Revolt”, Verso, 2011. 

Richard Gott

Le chapeau de Bolívar

Les leçons d’économie de Chavez pour l’Europe

 

Il y a quelques années, alors que je voyageais dans l’avion présidentiel de Hugo Chavez avec un ami français du Monde Diplomatique, on nous demanda notre avis sur la situation en Europe. Un mouvement vers la gauche était-il possible ? Nous répondîmes avec le ton déprimé et pessimiste qui caractérisait les premières années du 21ème siècle. Ni au Royaume-Uni ni en France, ni ailleurs dans l’eurozone, nous ne discernions la possibilité d’une percée politique.

« Dans ce cas, reprit Chávez avec un regard pétillant, nous pourrions peut-être vous venir en aide ». Il nous rappela l’époque de 1830 où les foules révolutionnaires arboraient dans les rues de Paris le chapeau de Simón Bolívar, le libérateur vénézuélien de l’Amérique du Sud qui allait mourir quelques mois plus tard. Le combat pour la liberté, dans le style de l’Amérique Latine, était vu comme le chemin à suivre pour l’Europe.

Paris, 1830. Combat dans la rue de Rohan.

Sur le moment, je fus encouragé mais pas convaincu par l’optimisme de Chávez. Ce n’est qu’à présent que je pense qu’il avait raison; il était bon de nous rappeler qu’Alexis Tsipras, le leader du parti de la gauche radicale grecque Syriza, en visite à a Caracas en 2007, avait posé la question de la possibilité de recevoir à l’avenir du pétrole vénézuélien à bas prix, tout comme Cuba et d’autres pays des Caraïbes et d’Amérique Centrale. Il y eut ce bref moment où le maire Ken Livingstone et Chávez manigancèrent un accord pétrolier prometteur entre Londres et Caracas, rompu ensuite par Boris Johnson.

Plus important que la prospection de pétrole bon marché, il y a le pouvoir de l’exemple. Chávez s’est engagé au tournant du siècle, et même auparavant, dans un projet qui rejette les politiques néo-libérales affligeant l’Europe et une grande partie du monde occidental. Il s’est opposé aux recettes de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International et a bataillé avec force contre les politiques de privatisation qui ont abîmé le tissu social et économique de l’Amérique latine et avec lesquelles l’Union Européenne menace à présent de détruire l’économie de la Grèce. Chávez a renationalisé les nombreuses industries, dont celles du gaz et du pétrole, qui avaient été privatisées dans les années 90.

Les paroles et l’inspiration de Chávez avaient eu un effet au-delà du Venezuela. Elles ont encouragé l’Argentine à dénoncer sa dette; à réorganiser son économie par la suite et à renationaliser son industrie pétrolière. Chávez a aidé le bolivien Evo Morales à administrer ses industries du gaz et du pétrole en faveur de son pays plutôt que des actionnaires étrangers, et plus récemment à stopper le vol par l’Espagne des profits de sa compagnie de l’électricité. Par-dessus tout il a montré aux pays d’Amérique Latine qu’il existe une alternative au seul message néo-libéral transmis sans fin depuis des décennies par les gouvernements et les médias rivés à une idéologie dépassée.

C’est l’heure où ce message alternatif doit être entendu plus loin encore, doit être écouté par les électeurs d’Europe. En Amérique Latine, les gouvernements qui mettent en oeuvre une stratégie alternative ont été élus et réélus constamment, montrant son caractère efficace et populaire. En Europe, les gouvernements de quelque couleur que ce soit qui appliquent le modèle néo-libéral semblent chuter au premier obstacle, montrant que la volonté du peuple ne suit pas.

Lord Byron (Londres 1788- Messolonghi 1824)

Si Chávez et ses coreligionnaires de la nouvelle “Révolution Bolivarienne” ont appelé à un “socialisme du 21ème siècle“, ce n’est ni pour revenir à une économie à la soviétique ni pour continuer l’insipide adaptation social-démocrate du capitalisme, mais comme l’a décrit le président de l’Équateur Rafael Correa, pour rétablir la planification nationale par l’État « en vue du développement de la majorité du peuple “. La Grèce a une occasion merveilleuse de changer l’Histoire de l’Europe et de lancer en l’air ses chapeaux de Bolivar comme le firent lesCarbonari italiens à Paris il y a tant d’années. Lord Byron, qui avait l’intention de s’établir dans le Venezuela de Bolivar avant de faire voile pour contribuer à libérer la Grèce, baptisa son bateau « Bolívar »; nul doute que les évènements contemporains lui auraient plu.

Londres, le 16 mai 2012.

http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/19/le-chapeau-de-bolivar-ou-les-lecons-deconomie-de-chavez-pour-leurope-par-richard-gott-the-guardian/

URL de l’original (anglais) : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/may/16/hugo-chavez-lessons-europe-greece

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/19/le-chapeau-de-bolivar-ou-les-lecons-deconomie-de-chavez-pour-leurope-par-richard-gott-the-guardian/

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 08:15

La nouvelle Loi du Travail célébrée en grande pompe par les travailleurs vénézuéliens ce 1er mai 2012 est un vieux rêve devenu réalité au bout d’un débat citoyen qui a duré près de trois ans. Plus de 19000 propositions ont été remises par toutes sortes d’organisations de travailleurs, syndicats, coordinations, etc.. à la commission présidentielle chargée d’élaborer le projet. Avec la Constitution Bolivarienne, c’est le texte de loi qui a le plus bénéficié de la participation populaire.

Nous avions rendu compte de ce débat national il y a quelques semaines : “Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail

Résultat : la loi signée le 30 avril 2012 par le président Chavez brise enfin le carcan néo-libéral où les gouvernements antérieurs avaient étouffé les droits sociaux. Depuis le 2 mai la loi (dont on peut lire ici le texte intégral en espagnol) circule gratuitement sur internet et de main en main, massivement, dans plusieurs journaux. Sauf dans ceux de l’opposition qui relaient les critiques patronales contre la loi, contre l’égalité homme/femme, contre l’augmentation des indemnités dues aux travailleurs, etc… Des réunions seront organisées partout dans les mois qui viennent, notamment par les syndicats, pour continuer à faire connaître la loi et pour qu’elle soit un levier de nouvelles transformations.

Points forts : l’égalité entre hommes et femmes ; l’interdiction de la sous-traitance du travail ; les conseils de travailleurs. Ceux-ci ne substituent pas les syndicats (qui voient leurs prérogatives renforcées par la loi). Leur fonction, bientôt développée par une loi spéciale, est de promouvoir la participation des travailleurs et de la communauté vivant autour des centres de travail, dans la gestion des entreprises. Ainsi que de lutter contre la spéculation, l’accaparement des produits de première nécessité.

Détail amusant (qui rappelle l’extrême misère de l’information sur le Venezuela en France) : pour occulter le débat citoyen à la base de cette loi, le Monde et l’AFPn’ont rien trouvé de mieux que de la présenter comme une épreuve de force entre un autocrate et son opposition. Saluons cette nouvelle victoire du droit des lecteurs qu’on “informe” sur une Loi du travail sans donner la parole à un seul des millions de travailleurs concernés mais en la donnant… au patronat.

Cette loi s’accompagne par ailleurs d’une nouvelle augmentation du salaire minimum, qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. Une augmentation du pouvoir d’achat protégéee par la baisse continue de l’inflation depuis cinq mois consécutifs (0,8% en avril), par une loi de contrôle des prix pour les produits de première nécessité et l’offre concomitante de biens bon marché produits par les entreprises nationalisées.

Voici un résumé (non exhaustif) de quelques uns des droits dont jouissent à présent les travailleurs vénézuéliens.

Les indemnités auxquelles aura droit le travailleur lors de la fin ou lors de la rupture d’un contrat seront calculées en fonction du dernier salaire. Le travailleur y a droit de manière immédiate, tout retard dans le paiement entraînant des intérêts supplémentaires à lui verser. Ce calcul d’indemnités a un effet rétroactif à partir de de juin 1997, date à laquelle le gouvernement néo-libéral de Rafael Caldera et de Teodoro Petkoff avait modifié la loi au détriment des travailleurs. A présent le patron devra verser pour chaque trimestre et à chaque travailleur une somme équivalant à 15 jours de salaire. (Art. 141 y 142).

DAVANTAGE DE BÉNÉFICES NON SALARIAUX. La loi crée des avantages nouveaux (non décomptables des cotisations et des épargnes déjà établies en faveur des travailleurs) : notamment le remboursement de soins médicaux, l’octroi de bourses ou le financement de formations, de spécialisations. (Art. 105)

SANTÉ ET ÉDUCATION GRATUITES PROTÈGENT LE REVENU DU TRAVAILLEUR. (Art. 97)

DURÉE DU TRAVAIL. La durée du travail qui était jusqu’ici de 44 heures (ce qui obligeait à travailler les samedis) se réduit à 40 heures hebdomadaires (Art. 173). L’idée est d’avancer progressivement vers plus de temps libre (Art. 174)

SIX MOIS DE CONGÉ PRÉ- ET POST-NATAL (six semaines avant l’accouchement et vingt semaines ensuite) (Art. 336 y 338). Les pères auront droit de leur côté à quatorze jours de congé à partir de la naissance de leur enfant (Art. 339). Les parents sont désormais protégés contre toute forme de licenciement durant deux années à partir de l’accouchement. La loi prévoit des avantages semblables en cas d’adoption. L’idée est de permettre à l’enfant d’être mieux accueilli, mieux entouré affectivement par ses parents . Des repos quotidiens sont prévus pour l’allaitement des nourrissons (Art. 335-330-345)

LA SOUS-TRAITANCE DU TRAVAIL EST INTERDITE. Cette pratique s’était étendue à toute l’Amérique latine depuis les années 90 avec la néo-libéralisation du continent. On estime qu’au Venezuela 1 million 200 mille travailleurs en sont victimes.

RETOUR DE LA DOUBLE INDEMNISATION, comme l’avait annoncé le président Hugo Chávez peu avant la promulgation de la loi. Ce mécanisme vise à sanctionner le patron qui effectue un licenciement injustifié, et à compenser la perte de l’emploi pour le travailleur en doublant ses indemnités de licenciement (Art. 92)

LE PATRON PAIERA PLUS S’IL LICENCIE. Tandis qu’en Europe les politiques d’ajustement visent à rendre les licenciement moins chers pour le patronat, au Venezuela la nouvelle loi en élève le coût pour le patron (Art. 92)

QUINZE JOURS D’INDEMNITÉS DE VACANCES, c’est ce que devra payer à présent le patron au travailleur en plus du salaire normal (Art 192).

PLUS DE JOURS FÉRIÉS. La nouvelle loi prévoit quatre jours fériés de plus en faveur des travailleurs (Art. 184).

VACANCES OBLIGATOIRES. Le travailleur devra jouir de ses vacances de manière effective et obligatoire (Art 197).

LE CALCUL DES DIVIDENDES ET AUTRES BÉNÉFICES DE FIN D’ANNÉE DÛS AU TRAVAILLEUR se fera a présent sur la base de trente jours au lieu de quinze. La fourchette va donc à présent de trente jours minimum à quatre mois maximum de salaires (Art. 131-132). Les organisations syndicales pourront aussi inspecter les comptes de l’entreprise pour déterminer si ce qui est versé aux travailleurs reflète bien la réalité des bénéfices de l’entreprise (Art. 133-138)

Sanctions légales contre les patrons délinquants, avec DE POSSIBLES PEINES D’EMPRISONNEMENT. Nouveauté introduite par la loi, la détention comme mécanisme de sanction en cas d’infraction à la loi par un patron. Exemples d’infractions: le refus de réembaucher un travailleur, la violation du droit de grève, le refus d’appliquer ou l’obstruction aux actes des autorités du Travail. Ces infractions seront sanctionnées par une mesure de détention de six à quinze mois. (Art. 512, 538)

LA FERMETURE D’UN CENTRE DE TRAVAIL sera également cause d’une mesure de détention qui peut aller de six à quinze mois selon le verdict des organes juridiques compétents de la République. Toute récidive est punie d’une peine augmentée (Art. 539-540)

TRAVAILLEURS FIXES DÈS LE PREMIER MOIS. Les travailleurs de durée indéterminée (comme de durée déterminée, ou à la tâche) seront considérés comme fixes par la loi dès le premier mois et non à partir de trois mois (en fin de période d’essai) comme auparavant. Dans la loi antérieure le patron pouvait rompre le contrat en payant simplement la valeur de celui-ci au travailleur ou en s’appuyant sur les causes de licenciement (Art. 87).

ENTREPRISES SOUS CONTRÔLE OUVRIER : c’est le mécanisme établi par la loi pour faire face à la fermeture illégale ou frauduleuse d’entreprises et de centres de travail. Si le patron ne se soumet pas à l’ordonnance de reprise des activités productives, le Ministère du travail réunira les travailleurs pour former une instance d’administration et réactiver la production. Dans ce Conseil d’Administration Spécial est prévue la participation du patron. Si celui-ci s’y refuse, le contrôle revient totalement aux travailleurs. La loi prévoit la possibilité que l’État offre son assistance technique et participe à la gestion à travers les ministères compétents (Art. 149)

CE N’EST QU’APRÈS LE PAIEMENT DES TRAVAILLEURS et quand ceux-ci s’estiment pleinement satisfaits que les tribunaux peuvent désormais procéder à la déclaration de faillites. Le paiement des salaires est prioritaire par rapport à tout autre engagement de l’entreprise. (Art. 150-151)

CONTRE LE  HARCÈLEMENT MORAL AU TRAVAIL ET SEXUEL. La loi interdit tout autant ce harcèlement au travail que sexuel et établit les sanctions. Elle définit le harcèlement au travail comme la pression constante et la conduite abusive exercée par le patron ou ses représentants ou un travailleur portant atteinte à la dignité ou à l’intégrité bio-psycho-sociale d’un travailleur. Le harcèlement sexuel est défini comme l’imposition d’une conduite sexuelle non désirée et non demandée, exercée de manière isolée ou de manière répétée par le patron ou ses représentants contre le travailleur. La norme légale établit à présent que l’État, les travailleurs, leurs organisations sociales, les patrons sont dans l’obligation de promouvoir des actions qui garantissent la prévention, l’enquête, la sanction, ainsi que la diffusion, le traitement, le suivi et l’appui aux dénonciations de harcèlement. (Art. 164-166)

Signature de la loi par Chavez: “Justicia social !”. 30 avril 2012.

Caracas, 1er mai 2012.

Voir aussi :

“Venezuela : attaquée par les médias privés, la nouvelle loi du travail est appliquée et diffusée rapidement avec l’appui des mouvements paysans et du réseau féministe.”

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 08:31
par JESSE CHACON
Dans la première semaine d’avril, une nouvelle a secoué le monde entier. Dimitris Christoulas, pharmacien à la retraite de 77 ans, se suicidait d’un tir dans la tête face à une multitude sur une place d’Athènes. Dans sa poche et chez lui, il laissait une lettre où il disait:

« … Le gouvernement Tsolakoglou a anéanti toutes mes possibilités de survie, qui se basaient sur une pension très honorable que j’ai payée seul pendant 35 ans sans aucune aide de l’Etat. Et comme mon âge avancé ne me permet pas de réagir d’une façon dynamique (quoique si un compatriote grec devait se saisir d’une Kalashnikov, je m’empresserais de le suivre), je ne vois pas d’autre solution que de mettre fin à ma vie dignement, ce qui m’épargne d’avoir à fouiller les poubelles pour assurer ma survie. Je crois que les jeunes sans avenir vont prendre les armes un jour et ils pendront les traîtres de ce pays sur la Place Syntagma, exactement comme les Italiens l’ont fait pour Mussolini en 1945 ».

La mort tragique de Dimitris, plus qu’une attitude d’impuissance et de frustration telle que l’a présentée la presse internationale, représente un fait politique de résistance et de dignité, qui s’ajoute à la mobilisation de milliers de grecs qui aujourd’hui prennent les places d’Athènes pour protester contre le paquet drastique d’ajustements néo-libéraux que le gouvernement impose sous l’exigence du pouvoir financier et technocratique européen.

En Grèce depuis le début des mesures d’austérite gouvernementale prises en 2010 les allocations de retraite ont été diminuées d’environ 15 %  et celles de plus de 1.200 euros ont été réduites de 20 % de plus. Des citoyens qui ont cotisé, épargné toute leur vie, patiemment, pour jouir de la tranquillité dans leur vieillesse, découvrent aujourd’hui que tout s’écroule, que leur argent n’existe pas, que d’autres l’ont dépensé ou mal investi dans les ballets de titres qui se sont évaporés avec la crise financière déclenchée depuis 2008.

La sécurité sociale, et notamment la protection de la vieillesse, est une institution enracinée socialement depuis de nombreux siècles, et a surgi comme une pratique solidaire générée par la préoccupation pour les invalides ou face aux incertitudes du lendemain. Après la deuxième guerre mondiale et la déclaration formelle des droits humains en 1948, la sécurité sociale se déploie dans une structure de normes internationales et nationales qui en fait un droit formel; les états nationaux créent des structures prévisionnelles et de sécurité sociale et, au sein de celles-ci, des fonds de pensions, lesquels garantissaient une retraite pour les travailleurs à travers leur épargne.

Mais dans la décennie des années 70, la voracité néo-libérale a détruit le sens solidaire de cette institution et l’a convertie en un butin, cédant la place à la privatisation des fonds de pension. Ces fonds sont alors gérés non plus par des sécurités sociales publiques mais par des fonds privés de pension.

La bouchée succulente de l’épargne populaire commence à remplir les coffres du capital financier. Celui-ci sans perdre de temps se met à investir ces fonds dans des titres et dans d’autres investissements douteux à l’extérieur. Au Chili par exemple en 2008, selon des données du Centre National de Développement Alternatif (CENDAS), “95,2 % des fonds investis à l’extérieur l’étaient sous rente variable, dans des pays fortement touchés par la crise et dans des instruments à haut risque. Depuis le début de la crise, le 25 juillet  2007 et jusqu’au 30 septembre 2008, les fonds de pensions avaient perdu 20,37 millions de dollars actuels, ce qui équivaut à une perte de 18.97%”. Tout ceci incombe aux Administrations des Fonds de Pensions (AFP) privés, qui jouent et perdent l’argent des personnes âgées, tout en se présentant au monde comme des experts en efficacité.

Le crédo capitaliste néo-libéral qui s’appuie sur le discours de Hayek et de Fridman, détruit la solidarité comme valeur et rend hégémonique une nouvelle anthropologie basée sur l’égoïsme et sur l’utilitarisme; cependant, de manière répétée, son modèle échoue et sa nature apparaît au grand jour : un système de de gangsters voué à la dépossession, au vol déguisé, destiné à augmenter la richesse de ceux qui sont déjà riches, très riches.

Mais il existe une alternative pour construire la société et la vie, il est possible de construire la société à partir d’idées socialistes, il est possible de récupérer la solidarité comme cœur des relations sociales et de construire des politiques qui garantissent le bien-vivre et le bonheur social.

Au Venezuela, après la mise en échec du modéle néo-libéral par l’insurrection populaire, lors de la révolte du caracazo (1989) et les soulèvements civico-militaires de 1992, cette alternative socialiste a été validée par des réalisations tangibles. Les fonds de pensions ont été préservés comme faisant partie du secteur public et l’État national est redevenu le garant de ces droits. Pendant ces 12 ans de gouvernement bolivarien le nombre de pensionnés a augmenté, passant de  211.040 en 1998 à 1.544.856 en 2010 (voir graphique).

L’Europe subit une crise qui est le produit de la dure recette néo-libérale d’austérité et de privatisations;  le Venezuela avance en tissant son futur sur la base de la solidarité et des idées du socialisme.

Jesse Chacón   Director GISXXI   www.gisxxi.org

Traduction : Thierry Deronne, pour www.venezuelainfos.wordpress.com  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/04/20/le-droit-a-la-retraite-modele-venezuelien-contre-modele-grec-par-jesse-chacon/ Original en espagnol : http://www.gisxxi.org/articulos/la-pension-un-apetecido-bocado-para-el-capital-financiero-jesee-chacon-gisxxi/

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 11:33

mercredi 4 avril 2012

Le 23 mars dernier le journaliste colombien Juan Gosain écrivait dans El Tiempo : “Il faut le dire sans anesthésie, le système colombien de santé est mort. (..) A Bogota un désespéré est monté au dernier étage d’une clinique, menaçant de se jeter dans le vide, parce qu’il demandait depuis huit mois à Saludcoop un rendez-vous avec le médecin. Le même soir à Cartagena, le médecin de garde fut attaqué à coups de poing par un ouvrier qui attendait depuis trois jours à la réception. Il ne supportait plus le mal de tête. Il avait subi une embolie cérébrale”.

Tel est le quotidien de la population dans un pays qui depuis le début des années 90 a déstructuré le système public de santé et l’a fait migrer vers un système dont le centre de gravité se trouve dans les entreprises privées tout en démantelant le système public de cliniques et d’hôpitaux par la privatisation. Les usagers migrent vers ce système qui en plus de recevoir une partie des subventions de l’État – on subventionne les riches – reçoit l’argent issu du paiement mensuel des usagers.

Aujourd’hui, après plus de vingt ans, ce modèle est devenu une immense escroquerie pour le public, puisque les usagers « assurés » par ce système voient le secteur privé retarder ou supprimer des traitements par souci de maximiser les profits – 19.000 millions de dollars par an – et les exemples dramatiques donnés par le journaliste Juan Gosain ne font qu’illustrer cette situation.

Dans le modèle néolibéral de la gestion de la santé appliqué en profondeur à des sociétés telles que la Colombie ou le Chili, nous pouvons identifier les caractéristiques suivantes :

- Compte tenu de la déréglementation des systèmes de santé nationaux, ceux-ci relèvent désormais du droit commercial et quittent le champ de la santé comme droit humain.

- Compte tenu de la privatisation des systèmes de santé nationaux, on cesse de protéger les fabricants nationaux de médicaments.

- On approfondit la monopolisation du secteur des médicaments par des brevets monopolistiques et la propriété intellectuelle.

- Les entreprises privées créent des sociétés de soins qui capturent les ressources publiques et celles des usagers, tout en dégradant la qualité des soins.

- Sous couvert de l’argument de la décentralisation, les gouvernements nationaux transfèrent leurs responsabilités aux municipalités ou aux régions, sans tenir compte de la protection des droits exigée par les protocoles internationaux signés par les Etats-nations et qui les responsabilisent comme garants universels.

Alors que ces caractéristiques se sont aggravées dans ces sociétés jusqu’à en faire des sociétés centrées sur le marché, le Venezuela, depuis le cycle de révolution bolivarienne, reprend la construction d’une société centrée sur l’État, où l’État retrouve son rôle d’axe structurant de la société et de l’économie, sans nier le jeu contradictoire et dynamique de sa relation avec le marché et la société civile.

La lutte pour la construction d’un état social de droit fut et reste la référence capable de doter de sens les concepts politiques et la politique elle-même. Sous cet horizon la santé vit une redéfinition structurelle, car au lieu d’être vue comme une marchandise remise au capital privé, elle est récupérée comme un Droit Humain, dont la garantie et la gratuité sont responsabilités d’État.

Le Venezuela a développé progressivement son système de santé, à travers l’existence d’un immense réseau de prévention et de soins primaires : la Mission Barrio Adentro I (“Au coeur du quartier populaire I“, NdT), ce qui lui a valu la reconnaissance non seulement de la population mais aussi d’organismes internationaux tels que l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation Panaméricaine de Santé (OPS).

Cet effort fait partie de la politique de garanties de l’État, qui suit les orientations contenues dans la Constitution Bolivarienne et dans les normes internationales. Le droit à la santé est prévu dans le pacte international des droits économiques, sociaux et culturels (ONU) et plus spécifiquement dans l’observation générale numéro 14 du Comité du PIDESC. Celle-ci exprime l’obligation de remplir les critères de gratuité et d’universalité et tous les États latino-américains ont signé et ratifié ces protocoles ; cependant seuls les gouvernements d’orientation socialiste comme le vénézuélien les respectent pleinement.

Cette politique de garantie, universelle et gratuite, est représentée par une extension de la couverture des soins de santé : en juillet 2010 on comptait 6.711 centres de consultations médicaux populaires, 556 salles de rééducation, 507 Centres de Diagnostic Intégral et 30 centres de haute technologie. Aujourd’hui 81.8% de la population est soignée par le système public de santé, tandis que 18.8% se tournent vers le secteur privé.

A ces réussites s’ajoutent une augmentation du personnel médical qui se consacre aux soins primaires. Selon les chiffres du rapport mondial de la santé de l’OMS, on comptait en 1998 au Venezuela 2 médecins pour 10 mille habitants. A l’heure actuelle on en compte 19,4. Cet indicateur est important pour la comparaison avec des sociétés néolibérales comme la chilienne et la colombienne. Au Chili selon des données de l’OMS, on a 10,9 médecins pour 10 mille habitants ; en Colombie 13,5.

De son côté l’opposition vénézuélienne, en tant qu’expression du néo-libéralisme local et des recettes du Fond Monétaire International, présente un programme sous la candidature de Capriles avec la claire intention de revenir en arrière et de démonter ce rôle de garant de l’État national. Son intérêt profond est la capture du secteur de la santé comme secteur commercial, comme on peut le lire dans le programme de l’”Assemblée de l’Unité” :

- “Sera mis en place un Système Public National de Santé (SPNS) qui renforcera la fonction rectrice du Ministère.” Ils ignorent le rôle de garant et de financement du Ministère de Santé, puisqu’il ne s’occupera plus que d’établir des règles et de coordonner un système dont l’axe est constitué par le secteur privé et par les municipalités.

- “Seront garanties les ressources pour couvrir une assurance publique de santé de spectre large et universel, financé par des ressources fiscales, qui garantira à toute la population des services adéquats et de qualité“. Ce qui semble un objectif profondément noble et social. Mais l’idée de “ressources fiscaless” limite le financement du secteur à la collecte d’impôts, faisant obstacle au financement par des ressources propres venant d’entreprises publiques liées au développement national telles que PDVSA (pétrole), CANTV (téléphonie..), etc.

- “Sera transféré le réseau des établissements de soins médicaux de la Mission Barrio Adentro I et II aux États régionaux.” Ici l’intention est claire : démonter la responsabilité de l’État national, un truc déjà utilisé au Chili et en Colombie pour transférer le poids aux localités et aux régions, lesquelles sous ce poids finissent par transférer les opérations au privé.

- “Sera revu l’Accord de santé Venezuela-Cuba et sera adjoint le réseau d’établissements médicaux de Barrio Adentro I et II au Ministère du Pouvoir Populaire pour la Santé (MPPS). De la même manière seront noués des accords de coopération avec le secteur privé dans le but de contribuer à affronter la crise qui affecte le réseau des hôpitaux publics nationaux.” Quand il est dit “sera revu” , il faut lire “sera supprimé“. ce sont des affirmations contradictoires puisque dans celle qui précède on dit que les établissements doivent être transférés aux états régionaux, pour die ensuite qu’ils doivent être adjoints au Ministère de la Santé. Incohérences propres d’un empressement à réaliser le rêve exprimé à la fin du programme de “nouer des accords avec le secteur privé”, autrement dit de faire de la santé un commerce lucratif.

Les propositions de Capriles sur le thème de la santé sont une invitation à revenir au passé, à revivre la douloureuse nuit fond-monétariste, à privatiser le système de santé.

Le 7 octobre 2012 les vénézuéliens décideront s’ils continuent à construire leur système public de santé inclusive ou si recommence au contraire un processus de privatisation de la santé qui ne couvrira que celui qui peut payer.

Jesse Chacón

Director GISXXI

www.gisxxi.org

Source : http://www.gisxxi.org/articulos/ven...

Traduction : Thierry Deronne pour www.venezuelainfos.wordpress.com

http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article2005

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