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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 14:57
Un ex-général à la présidence du Guatemala
 Par Giorgio Trucchi    vendredi 6 janvier 2012

Le 14 janvier 2012, le général à la retraite Otto Pérez Molina, candidat du parti de droite « Parti Patriotique » (PP) deviendra le président du Guatémala. Durant sa campagne il a promis la “main dure” contre la délinquance, contre le narcotrafic et le crime organisé, réussissant à capter le vote d´une population terrorisée par les taux élevés de violence dans le pays. Cependant le retour au pouvoir d´un militaire au passé obscur éveille de sérieuses craintes dans plusieurs secteurs de la société qui se refusent à oublier l´histoire récente du pays.

Le 5 juillet 2011 trois activistes états-uniens et l´organisation indigène Waqib Kej ont dénoncé le prochain président du Guatémala auprès du Relateur Spécial des Nations Unies contre la torture.

Selon eux, l´ex-général entraîné dans la sinistre École des Amériques a été mêlé au génocide perpétré pendant les années 80 contre la population indigène, alors qu´il était officier d´opérations dans la province du Quiché, une des plus affectées par la guerre civile.

Jennifer Harbury, une des plaignantes, a accusé Pérez Molina d´être responsable de la torture et de la disparition en 1994 de son mari, le guérillero guatémaltèque Efraín Bámaca. Durant cette période le général à la retraite était chef d´intelligence militaire.

Génocide

Le sociologue Carlos Figueroa Ibarra affirme que le Guatémala a vécu pendant la deuxième moitié du 20ème siècle “le plus grand génocide observable dans l´Amérique contemporaine”. Entre 1954 et 1996, environ 150 mille guatémaltèques furent exécutés de manière extra-judiciaire et 45 mille autres « disparus ».

Ce qui s´est produit durant le conflit a fait l´objet de l´enquête du Projet Interdiocésain « Récupération de la Mémoire Historique" (REMHI). La présentation du rapport final “Guatémala : Plus jamais” fut la responsabilité de l´évêque Juan José Gerardi, Directeur du Bureau des Droits de l´Homme de l´Archevéché de Guatémala (ODHAG).

Dans ses conclusions le rapport a démontré qu´au moins 60 pour cent des plus de 55 mille violations des droits humains commises contre la population furent la responsabilité directe de l´armée. Deux jours après la publication du rapport, le 24 avril 1998, Monseigneur Gerardi était brutalement assassiné.

Aujourd´hui le retour au pouvoir d´un ancien haut gradé militaire génère de vives préoccupations parmi plusieurs secteurs de la population guatémaltèque.

Griffes vert-olive

Le véritable problème n´est pas ce que Pérez Molina et son entourage annoncent en termes de programme de gouvernement mais ce qui gravite autour d´eux” a déclaré, dans une conversation avec Sirel, Enrique “Quique” Torres, conseiller légal de la Fédération Syndicale des Travailleurs de l´Alimentation (FESTRAS).

Selon lui, les militaires trouvent ici l´occasion de redevenir les protagonistes. “Ils se sentent de nouveau dotés de pouvoir et ils sortent leurs griffes. Leur premier objectif est d´obtenir la démission de la Juge Générale Claudia Paz y Paz, pour qu´elle ne poursuive pas ses enquêtes sur les crimes du passé” explique Torres.

En outre d´importants secteurs du capital oligarchique traditionnel, du capital “émergeant” et les militaires eux-mêmes de la droite contre-insurrectionnelle, exigeront leurs quotas de pouvoir dans le nouveau gouvernement. “Ce qui nous préoccupe le plus dans ces choc de géants c´est que le peuple est toujours perdant” a-t-il souligné.

Face à cette situation, Francisco Barillas, secrétaire général du Syndicat des Travailleurs de la Centrale de mise en bouteilles SA-Coca Cola (STECSA) a annoncé que les travailleurs organisés craignent une régression dans les conquêtes sociales acquises au prix de décennies de lutte.

Nous attendons de voir quelles seront les premières mesures du nouveau gouvernement. Pendant ce temps nous allons continuer à conscientiser nos bases et à renforcer l´unité des travailleurs sur les plans national et international parce que notre avenir passe par la promotion et la garantie de la négociation collective” a expliqué Barillas.

Pour David Morales aussi, secrétaire général de FESTRAS, la victoire électorale de Pérez Molina ouvre un climat d´incertitude. “Son cabinet va être formé de membres de la droite économique du pays qui reviennent au pouvoir. En tant que mouvement syndical nous allons observer de très près l´action du gouvernement et nous allons renforcer notre structure, et nous préparer pour ce qui viendra” conclutMorales.

Giorgio Trucchi - Rel-UITA

http://nicaraguaymasespanol.blogspo...

 

Traduction : Thierry Deronne, pour

www.larevolucionvive.org.ve

 

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 20:01

Le Nicaragua sandiniste persiste et signe

par Maurice Lemoine, jeudi 10 novembre 2011

Pour peu que, dans les jours précédant le scrutin, on ait pris la peine de parcourir les quartiers populaires — à commencer par ceux de la capitale, Managua —, de parler avec leurs habitants et d’y respirer l’atmosphère, il eût fallu être aveugle et sourd pour ne pas prévoir la victoire du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) et la réélection à la présidence du chef de l’Etat sortant, M. Daniel Ortega. D’autant que même les instituts de sondages, quel que soit leur bord, le donnaient largement gagnant.

M. Ortega, l’un des principaux dirigeants de la guérilla christiano-marxiste qui, en 1979, a renversé la dictature d’Anastasio Somoza, a été élu une première fois en 1984. Devenu à son corps défendant l’un des enjeux de la guerre froide, le Nicaragua fut alors soumis à une féroce agression américaine par contre-révolutionnaires interposés — la contra. Le viol du droit international fut tel que, en 1986, la Cour internationale de justice de La Haye condamna Washington à payer 17 milliards de dollars d’indemnisation à Managua pour avoir soutenu les mouvements « terroristes » agissant en territoire nicaraguayen depuis le Honduras — décision que les gouvernements américains successifs ont ignorée et continuent à ignorer avec mépris. C’est donc épuisés et ayant laissé 30 000 morts dans ce combat inégal que les Nicaraguayens, dans une nation ruinée, « mirent les pouces » en 1990, permettant à la droite de revenir au pouvoir en la personne de Mme Violeta Chamorro. S’ensuivirent seize années de politiques néolibérales qui, ravageant à leur tour le pays, ramenèrent M. Ortega à la présidence le 5 novembre 2006.

Cinq ans plus tard, le 6 novembre 2011, avec 62 % des suffrages (1), il devance très largement son plus proche adversaire, l’entrepreneur Fabio Gadea, du Parti libéral indépendant (PLI ; 30 %), et expulse littéralement de la vie politique le candidat du Parti libéral constitutionnaliste (PLC), l’ex-président Arnoldo Alemán (1997-2002), condamné en 2003 pour corruption et crédité de 6 % des voix. Qui plus est, le FSLN s’empare, au Parlement, d’une majorité qualifiée qui lui manquait jusque-là.

Dans la grande tradition droitière de ces dernières années en Amérique latine, l’opposition annonce ne pas reconnaître le triomphe sandiniste. D’après elle — et nombre d’observateurs —, M. Ortega n’avait pas le droit de se représenter à la présidence, l’article 147 de la Constitution interdisant deux mandats successifs. C’est oublier que, en octobre 2009, la Salle constitutionnelle de la Cour suprême de justice (CSJ) a déclaré cet article inapplicable (2) — tout comme les instances similaires l’avaient fait en Colombie, permettant la réélection du « très contesté » Alvaro Uribe (3), et au Costa Rica, sans que nul n’y trouve à redire, en faveur du « très consensuel » Oscar Arias.

Reste donc l’argument battu et rebattu, tel qu’exprimé en première page par le quotidien La Prensa : « Pire qu’une fraude ». On rappellera que, lors des élections municipales de novembre 2008, le candidat libéral à la mairie de Managua, le banquier Eduardo Montealegre, avait, pour le même motif, exigé un recomptage des bulletins. N’ayant pas prévu que le Conseil suprême électoral (CSE) accéderait à cette demande, les libéraux, mis au pied du mur, optèrent pour ne pas assister au recomptage et se gardèrent bien de venir y présenter les « preuves » qu’ils prétendaient détenir.

Il n’en demeure pas moins que, dans ce pays marqué par les années de guerre et politiquement très polarisé, où la culture civique et démocratique n’a eu que très peu de temps pour s’imposer — bien que le sandinisme, lui, ait toujours accepté sa défaite lorsqu’il y a été confronté —, un certain nombre d’irrégularités ont été constatées pendant le scrutin. Tout en les pointant du doigt, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), M. Miguel Insulza, a salué « le peuple et le gouvernement », insistant sur « la maturité démontrée par les Nicaraguayens pendant le processus ». Très agressif à l’égard des autorités dès son arrivée dans le pays, le chef des observateurs de l’Union européenne, M. Luis Yanez, a dénoncé nombre d’anomalies et une absence de transparence. Toutefois, confronté à l’insistance d’un journaliste, il a dû admettre, le 8 novembre : « Que définit le mot fraude ? Pour les politiques, frauder est donner gagnant celui qui a perdu et nommer perdant celui qui a gagné. Dans ce cas, il n’y a aucun doute : le Front et M. Ortega ont gagné les élections. »

Gagné, et même spectaculairement gagné. En 2006, M. Ortega n’avait remporté le scrutin qu’avec 37,99 % des suffrages — la victoire étant permise au candidat arrivant en tête avec 40 % des voix ou 35 % dans le cas où cinq points le sépareraient de son plus proche rival. En portant son score à 62 %, le FSLN fait un bond phénoménal — ce qui peut permettre, en toute bonne foi, de se poser des questions. Mais celles-ci ont une réponse. Et on la trouve en allant à la rencontre de ceux que le néolibéralisme a jetés dans la misère pendant plus d’une décennie.

Tout en ménageant les intérêts du secteur privé et en gérant le pays d’une façon assez classique, sans se mettre à dos les investisseurs étrangers ou les organismes financiers internationaux (Fonds monétaire international, Banque mondiale, etc.), M. Ortega n’en a pas moins opéré un virage spectaculaire en engageant de fortes dépenses à caractère social en faveur des secteurs les plus pauvres, qui constituent l’immense majorité. C’est cette majorité qui, reconnaissante et rejetant une droite revancharde, sans projet, a explicitement demandé au « comandante Daniel » de continuer dans cette direction ; car beaucoup reste à faire, inutile de le préciser.

Certains objecteront que cette avalanche de projets sociaux — santé, éducation, alimentation, habitat, etc. — n’aurait pu être mise en œuvre, ou en tout cas pas à cette échelle, si M. Ortega n’avait fait entrer le Nicaragua au sein de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), bénéficiant ainsi de l’aide financière du Venezuela et de celle de Cuba en matière de santé. C’est précisément la force de cette gauche latino-américaine qui joue l’intégration à travers la coopération, la solidarité et la complémentarité. Et c’est ce qui la fait gagner.

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2011-11-10-Nicaragua#nh1

(1) Les résultats officiels définitifs ne sont pas encore connus à l’heure de la rédaction de ces lignes.

(2) Dans un de ses prochains numéros, Le Monde diplomatique reviendra plus en détail sur cette question.

(3) En 2005, la Cour constitutionnelle autorisait le président Alvaro Uribe à effectuer un deuxième mandat. En 2010, elle invalidait toutefois une loi organisant un référendum destiné à lui permettre de se présenter à nouveau.

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 14:02

uissante victoire de la politique sociale des sandinistes

dimanche 6 novembre 2011

Ce dimanche 6 novembre dès 20 heures des dizaines de milliers de nicaraguayens brandissant des drapeaux rouges et noirs ont célébré dans la rue une victoire historique du Front Sandiniste. En cinq ans de gouvernement le président Ortega a en effet quasiment doublé son nombre de voix, recueillant près de 64 %, soit un bond de trente pour cent par rapport á son score de 2006 et un avantage d´environ près de 35 points sur le premier des opposants de droite, Fabio Gadea. Les députés sandinistes obtiennent enfin la majorité à l´assemblée nationale.

Pendant 17 ans les gouvernements néolibéraux successifs que représente Gadea ou Aleman avaient creusé de fortes inégalités et laissé un pays privatisé, pillé par des réseaux transnationaux. La majorité des nicaraguayens exigent aujourd´hui de poursuivre la reconstruction de l´état et d´approfondir des réformes sociales parmi lesquelles on peut citer la gratuité de la santé et de l´éducation, l’analphabétisme réduit de 32 % à 4 % de la population, les titres de propriété octroyés à 140.000 familles ; les plus de 267.000 foyers pauvres qui ont reçu des matériaux pour améliorer leur logement, dont au moins un toit de zinc, la remise de plus de 8.600 logements et l´électrification de156.000 foyers ; les crédits reçus par les paysans, producteurs urbains et femmes chefs de famille pour mettre la terre en culture et initier diverses activités productives ; les microcrédits à très bas taux pour lancer les commerces familiaux (80.000 femmes sont aujourd’hui productrices de lait et de viande, 217.000 femmes ont bénéficié de micro-crédits sans intérêts, 481.537 producteurs agricoles ont obtenu des crédits).

Sans oublier le doublement du salaire minimum et le fait que 152.000 fonctionnaires reçoivent un bon mensuel de 700 cordobas. La crise de l’énergie électrique enfin résolue, la remise sur pied de ENABAS, réseau national de distribution avec ses 4.000 magasins qui vendent les aliments de base à des prix plus favorables que le marché privé.

Dans leur premier communiqué officiel les observateurs de l´OEA déclarent que malgré des problèmes locaux et certains cas de violence, ils n´ont pas détecté d´anomalies significatives qui puissent remettre en cause ce verdict populaire. L´association des experts électoraux latino-américains souligne la participation massive et pacifique, en particulier des jeunes et des femmes, alors que le vote n´est pas obligatoire.

Les résultats définitifs sont visibles sur le site du Conseil Supreme électoral du Nicaraguahttp://www.cse.gob.ni/md5/res1dipparl.php

Thierry Deronne (avec agences)

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 22:20
Hedelberto López Blanch

Le triomphe de Cristina Fernández Kirchner aux récentes présidentielles argentines est un exemple pour de nombreux pays dans le monde, tout spécialement de l’Union Européenne, qui montre comment résoudre les crises provoquées par des politiques néolibérales sans avoir à recourir à des mesures économiques et sociales agressives envers les peuples.



La présidente, représentante du Front pour la victoire (FPV) est élue au premier tour par 53,9 % des électeurs. Un résultat historique depuis le retour de la démocratie en Argentine.

Cette victoire attendue, permettra à Cristina Fernandez de commencer son second mandat ce 10 décembre avec une position politique renforcée, une grande popularité et une opposition fragmentée et fragilisée.

Il y a quelques mois, l’économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz a fait l’éloge de l’accroissement rapide du PIB argentin accompagné par une réduction importante du taux de pauvreté par rapport aux pires moments vécus dans le pays et pour avoir traversé la dernière crise financière bien mieux que les Etats-Unis ou l’Europe.

Il ajoutait que le chômage n’y dépasse pas les 8 % et que l’Argentine peut laisser définitivement de côté les « magiciens » de la finance. « Ils nous ont mis dans la mouise et exigent maintenant l’austérité et une restructuration retardée. S’il doit y avoir souffrance, elle doit concerner d’abord ceux qui ont profité de la bulle qui a précédé ».

Fernández a reçu un appui populaire énorme à cause de la politique économique et financière de ces quatre dernières années, y compris les nationalisations, la protection de l’industrie et les différents subsides tandis que l’économie s’est accrue au rythme de 8 % malgré les critiques des entrepreneurs, du FMI et de la Banque mondiale et même de Wall Street.

L’Argentine a commencé à sortir du désastre économique avec la victoire électorales en 2003 de l’inconnu Néstor Kirchner face au responsable de la période néolibérale des années 90 : Carlos Ménem. Pour ceux qui auraient oublié, rappelons que la situation d’alors. L’argentine, était alors l’enfant chéri du FMI et de la Banque mondiale, leurs programmes de réformes, de privatisations des services publics, a connu le défaut de paiement et devint vite une nation pestiférée. Menem ouvrit les services et les industries au capital étranger et à permis l’importation sans frein des marchandises ce qui entraîna une débâcle économique sans précédent dans l’histoire.

Le pays a subi 54 mois de récessions et 4 ans de prostrations, un effondrement des exportations de 70% tandis que la vente d’immeubles et le tourisme extérieur chutaient de 85 et 60 % respectivement. En quelques mois, de janvier à aout 2003, 110 000 petits commerces ont fermé leurs portes et laissé à la rue 300 000 personnes qui vinrent grossir les rangs des chômeurs (25.5 % de la population active). Le nombre total de sans-emploi est arrivé à 16 millions sur sur une population de 36 millions, l’inflation, dévaluation du peso, faiblesse du recouvrement des impôts, en définitive : la débâcle.

Néstor Kirchner en assumant sa présidence, interdit de poursuivre le déficit du pays à travers l’endettement permanent et décida qu’on ne paierait pas la dette au prix de la faim et de l’exclusion. En 2006, grâce aux avancées économiques obtenues, l’argentine a pu se libérer de sa dette envers le FMI éliminant ainsi toute possibilité d’intervention et de pression de ces organismes dans la politique économique du pays. En 2007, le chômage était descendu à 10 %.

Durant la même période, on a récupéré plusieurs services publics offerts au privé par Menem comme les Postes ou l’Eau potable, on a créé l’entreprise publique Energie Argentine (ENARSA) pour contrôler les ressources naturelles stratégiques.

Fin 2007, Cristina Fernandez devint présidente et poursuivi la politique mise en place par son époux durant les quatre années précédentes.

Aujourd’hui, l’économie argentine enregistre une avancée favorable dans la production industrielle et dans l’agriculture. La consommation alimentaire des familles a augmenté tandis que le chômage diminuait, que les salaires s’élevaient tout comme les revenus des retraités. Une allocation universelle par enfant a été créée pour aider les parents aux salaires les plus bas et au travers du Marché central, des produits variés de première nécessité devenaient accessibles aux plus démunis.

L’accession de plus larges franges de la population grâce aux augmentations de salaires et les politiques de revenus universels ont dynamisé la consommation intérieure. La banque centrale maintient un taux de change compétitif, et les secteurs bancaire et financiers sont désormais solides face à une volatilité mondiale très forte. Les exportations enregistrent un excédent de 16 milliards de dollars sur les importations et les réserves internationales dépassent les 50 milliards de dollars.

Comme le peuple n’oublie pas, ces raisons ont conduit à la large victoire de Cristina Fernández Kirchner ce 23 octobre. Elle pourra s’attacher au cours des prochaines années à poursuivre et conforter l’intégration latino-américaine qui prend chaque jour plus d’importance dans la région.

Le « modèle » argentin pour résoudre par des mesures indépendantes au bénéfice du peuple les  conséquences des politiques néolibérales imposées par le FMI, la Banque mondiale et les USA au cours des années 90, devrait intéresser plusieurs pays européens qui souffrent actuellement une grave dégradation économique.

Hedelberto López Blanch in rebelion.org 31/10/2011

traduction non officielle par alfare

http://www.legrandsoir.info/elections-en-argentine-la-victoire-economique-des-kirchner-rebelion.html

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 14:51

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Pour la vingtième année consécutive, le blocus des États-Unis contre Cuba a reçu une nouvelle et large condamnation à l’Assemblée Générale des Nations Unies.

La résolution intitulée «Nécessité de mettre fin au blocus économique, commercial et financier imposé par les Etats-Unis d’Amérique contre Cuba » a été adoptée hier, 25 octobre par la majorité favorable de 186 nations, contre 2 (Les Etats-Unis et Israël) et 3 abstentions (La Micronésie, Les Îles Marshall et Palau).

Depuis 50 ans, le blocus économique, commercial et financier des États-Unis contre Cuba, constitue l’obstacle principal au développement du pays.

Le montant du préjudice économique direct infligé au peuple cubain par le blocus étasunien, depuis sa mise en place jusqu’au mois de décembre 2010, s’élève à 975 milliards de dollars, compte tenu de la dépréciation internationale du dollar face à l’or depuis 1961 jusqu’à 2010.

Il ne s’agit pas d’une question bilatérale entre notre pays et les États-Unis. Il a une évidente application extraterritoriale qui gêne d’une manière significative beaucoup d’autres États y compris la France et d’autres pays européens.

Cuba a une fois de plus obtenu le soutien de la communauté internationale et exige donc des États-Unis la levée immédiate du blocus.

Paris, le 26 octobre 2010

Ambassade de Cuba en France

 

 

Résultats du vote

 

Année

Pour

Contre

Abstention

1992

59

3

71

1993

88

4

57

1994

101

2

48

1995

117

3

38

1996

137

3

25

1997

143

3

17

1998

157

2

12

1999

155

2

8

2000

167

3

4

2001

167

3

3

2002

173

3

4

2003

179

3

2

2004

179

4

7

2005

182

4

1

2006

183

4

1

2007

184

4

1

2008

185

3

2

2009

187

3

2

2010

187

2

3

2011

186

2

3

 

Analyse Régions géographiques: http://www.granma.cubaweb.cu/2011/10/26/cubamundo/artic04.html

 

 

L’Ambassade de Cuba en France concède tous les droits et vous invite à distribuer et à diffuser cette information.
Si vous avez besoin d’être informés en permanence sur la réalité politique, économique et sociale de Cuba, contactez le service de presse de l’Ambassade: prensa@ambacuba.fr. Nous pouvons aussi vous abonner au journal « Granma international » en français ou en espagnol. Visitez notre site web : http://www.cubadiplomatica.cu/francia/FR/Accueil.aspx

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 16:14

par Maurice Lemoine  sur Mémoire de Luttes    http://www.medelu.org/

http://www.medelu.org/spip.php?article829

le 22 juin 2011

 

Le 22 mai, le président hondurien Porfirio Lobo et l’ex-chef de l’Etat Manuel Zelaya, renversé en juin 2009, signaient à Cartagena de Indias (Colombie) l’Accord pour la réconciliation nationale et la consolidation du système démocratique dans la République du Honduras. Leurs homologues colombien et vénézuélien Juan Manuel Santos et Hugo Chávez, qui avaient œuvré en tant que médiateurs lors des négociations ayant mené à ce dénouement, leur ont servi de témoins.     
                                                                                                                    En En permettant le retour dans son pays de M. Zelaya, jusque-là réfugié en République Dominicaine, cet accord a facilité la réincorporation du Honduras au sein de l’Organisation des Etats américains (OEA), survenue le 1er juin et approuvée par la totalité des pays membres, à l’exception de l’Equateur. Si la fin de l’éloignement de « Mel », comme on appelle familièrement l’ancien chef de l’Etat, a provoqué une vague d’enthousiasme au sein du Front national de résistance populaire (FNRP), la réintégration express et concomitante du pays dans l’OEA y a produit un fort malaise et une évidente confusion.  


Au terme d’une assemblée générale réunissant mille cinq cents délégués, les 26 et 27 février, le Front avait publiquement fait connaître ses exigences pour une sortie de crise : le retour en toute sécurité des exilés, dont l’ancien président (alors sous le coup de plusieurs procès montés de toutes pièces après son éviction ) ; la non participation à un quelconque processus électoral ; le démantèlement des structures golpistas [1  ] et le châtiment des responsables. Il avait également annoncé l’auto-convocation d’une Assemblée nationale constituante (ANC) « participative et démocratique », pour le 28 juin. Or, avec l’assentiment de M. Zelaya (et de M. Chávez, considéré par le FNRP comme son plus fidèle allié sur la scène internationale), l’Accord de Cartagena ne satisfait que le premier de ces points. 

 

Bénéficiant d’une totale impunité, les organisateurs et bénéficiaires de la rupture constitutionnelle sont toujours incrustés dans les structures de l’Etat et du gouvernement Lobo. La répression n’a pas cessé. « L’Etat de droit est brisé et ses décombres demeurent entre les mains de ceux qui ont promu, accepté et défendu le golpe  », s’insurgeait Mme Bertha Oliva, dirigeante du Comité des familles de détenus-disparus du Honduras (Cofadeh), dès le 2 juin, exprimant un sentiment très répandu. « Comment pouvons-nous répondre au peuple qui réclame justice et liberté ? » D’où le malaise latent. 

 Alors que, depuis le coup d’Etat, ce sont les bases du Front qui, refusant de reconnaître la légitimité des gouvernements de MM. Roberto Micheletti (le putschiste) et Lobo (issu d’élections « illégitimes »), ont affronté et subi la repression, le sentiment a prévalu que le mouvement, en tant que tel, n’avait pu qu’entériner une négociation menée en dehors de lui, par MM. Santos, Chávez, Lobo et Zelaya – un accord de « chefs » laissant le peuple de côté.                   

 Il eût fallu être aveugle ou sourd pour ne pas prendre conscience du sentiment de frustration, et même parfois de colère, régnant à Tegucigalpa. Outre Quito, Caracas (mais peut-être trop tardivement) s’en préoccupa. Le 1er juin, lors de l’Assemblée générale de l’OEA au cours de laquelle le Honduras devait retrouver son siège, le ministre des affaires étrangères vénézuélien Nicolás Maduro ne ménagea pas sa peine, pendant de longues heures, pour que soit inclus, dans la résolution, « un élément ayant à voir avec la lutte contre l’impunité et le respect des droits de l’homme ». Ses efforts n’ayant pas abouti, le Venezuela, sans rejoindre la position très ferme de l’Equateur, votera « pour la réintégration », mais en exprimant des « réserves » [2  ].                                                         
 Pour autant, on ne résout pas un problème en le compliquant davantage : conscient d’avoir triomphé de la ligne des pustschistes qui refusaient la présence de M. Zelaya au Honduras, le FNRP a retrouvé son dirigeant – le seul, par son charisme, à même de fédérer le mouvement, et donc à lui permettre de possibles futures victoires – et serre les rangs. Et, M. Zelaya en tête, il dénonce les premiers « accrocs » aux Accords de Cartagena. Car ceux qui ont contesté la légitimation du gouvernement Lobo et le « blanchiment du coup d’Etat » qu’a entraîné de facto le retour au sein de l’OEA n’avaient pas, pour le faire, que de mauvaises raisons.          

Depuis cette « normalisation », trois nouveaux paysans ont été assassinés et trois autres blessés par les paramilitaires à la solde des terratenientes [3  ], dans le Bas Aguán ; un autre est porté disparu depuis le 15 mai. Ces crimes portent le nombre des victimes des sicarios et des forces de sécurité à 32 morts, depuis janvier 2010, dans cette région.     


Le 15 juin, M. Enrique Flores Lanza, ex-ministre de la présidence de M. Zelaya, a dû se présenter devant la justice. Membre de la Commission politique du FNRP, exilé au Nicaragua et revenu à Tegucigalpa, le 28 mai, dans le même avion que l’ancien chef de l’Etat, il est accusé d’avoir « détourné » des fonds publics pour mener campagne en faveur de la consultation populaire parfaitement légale que celui-ci voulait organiser, et qui lui a valu d’être renversé. Or, l’un des paragraphes de l’Accord « pour la réconciliation nationale » signé par M. Lobo mentionne « l’engagement assumé par le gouvernement de garantir à l’ex-président Manuel Zelaya, ainsi qu’aux autres ex-membres de son gouvernement, l’exercice de toute leur liberté d’action politique et toutes les garanties envisagées dans la Constitution et les lois du Honduras (…)  ». Il est également précisé que ces ex-fonctionnaires, au cas où ils auraient à répondre devant la justice, pourraient exercer leur défense « en liberté ».  

  

 Ce 15 juin, le juge Claudio Aguilar a placé M. Flores Lanza en détention à domicile, lui donnant un délai d’un mois pour réunir une caution de 27 millions de lempiras – quasiment un million d’euros –, somme exorbitante, jamais demandée dans le pays à aucun prévenu. Si, au terme de trente jours, il n’a pu présenter cette somme, dont il a déjà précisé qu’il ne peut la payer, il sera placé en détention préventive, dans une prison de droit commun.           

 Tandis que le FNRP, en tant qu’organisation, demande à la communauté internationale « de se prononcer contre ce nouvel acte arbitraire qui constitue un dangereux sabotage des tentatives de donner une sortie pacifique et politique à la crise vécue depuis le coup d’Etat de 2009 », son coordinateur général, M. Zelaya, dénonce : cette décision de « justice » (institution notoirement impliquée dans le golpe) « viole l’accord signé à Cartagena de Indias ».                                                                                                    

Le président Lobo navigue à vue. Son aval au retour de l’ennemi juré a provoqué la fureur des secteurs golpistas. Depuis le début du mois de juin, une campagne médiatique menée en particulier par les quotidiens El Heraldo et La Prensa (propriétés de M. Jorge Canahuati Larach, l’une des figures les plus en vue de l’oligarchie) l’accusent implicitement d’avoir passé « un pacte secret » avec… M. Chávez. L’affirmation repose sur l’interception (par qui ? comment ?) d’un supposé câble destiné à Caracas et relatant une conversation entre le chargé d’affaires vénézuélien à l’ambassade de Tegucigalpa, M. Ariel Vargas, et le chef de l’Etat hondurien, à la mi-mai. Ne niant pas cette rencontre, M. Lobo a précisé qu’elle avait pour objet de demander au président bolivarien la reprise des relations diplomatiques et sa médiation pour que le Honduras rejoigne l’OEA.

 

Probable candidat du Parti libéral (PL) lors de la prochaine élection présidentielle [4 ], M. Lucio Izaguirre a appelé les députés du Congrès à organiser immédiatement un référendum « pour savoir si le président Lobo doit ou non continuer à exercer le pouvoir, car il a menti au peuple [en passant un « pacte secret » avec M. Chávez] et qu’un président qui ment à son peuple ne peut continuer dans l’exercice de la présidence [5  ». 

 

Ayant peut-être les « intérêts supérieurs du pays » à l’esprit, mais surtout peu désireux de finir comme « Mel », en pyjama, dans un avion, un petit matin blême, M. Lobo a expliqué que Cartagena « n’a pas pour objet d’éviter l’application de la justice ni de “blinder ” des cas de corruption », et que « personne n’est au-dessus de la loi ».

 

C’est ainsi que, membre à part entière de l’OEA et ayant réintégré avec honneur la « communauté internationale », le Honduras compte un éminent prisonnier politique : l’ancien ministre de la présidence Flores Lanza.

                         

 http://www.medelu.org/spip.php?article829

Notes :                                                                                                      [1 ]  De golpe : coup d’Etat.                                                     

 [2 ]  Lire Patricio Zamorano, « Honduras : el golpe perfecto (o lo que pasó este mes en la OEA) » ; www.lanacion.cl/honduras-el-golpe-perfecto-o-lo-que-paso-este-mes-en-la-oea-/noticias/2011-06-07/143956.html                        [3 ]  Grands propriétaires.  

[4 ]  M. Lobo est issu, lui, du Parti national (PN).    5 ]  El Heraldo, Tegucigalpa, 17 juin 2011.

                                                                   

 

 

 

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 11:09

lundi 6 juin 2011 

Juan Marrero, Cubadebate

Un nouveau pas dans l’éveil de l’Amérique Latine a eu lieu au Pérou, le peuple ayant décidé d’élire le candidat de l’option « Gana Perú », Ollanta Humala, attaqué et calomnié sans pitié pendant de nombreux mois avant les élections avec les armes les plus troubles de la propagande par les forces de l’Empire, l’oligarchie, et la mafia péruviennes, sans oublier le pouvoir politique, médiatique et financier déployé pour empêcher sa victoire dans les urnes.

A un mois des élections, un article de Cubadebate intitulé « Pérou : élections présidentielles à l’heure cruciale”, nous écrivions :

“Opter pour le changement est le plus sensé, car au moins cela ouvre une porte à l’espérance ; l’autre consiste à revenir au passé et à rester ancré dans le fujimorisme et le néolibéralisme, où les riches continueront à amasser des richesses, mal ou bien acquises, et les pauvres seront pauvres et misérables”.

La victoire de Humala est une bouffée d’air pur pour le peuple péruvien qui dans les dernières décennies n’a connu que des gouvernements dociles à Washington, faisant cadeau des richesses nationales à des intérêts étrangers, imposant la corruption.

Humala signifie un espoir parce que depuis que le commandant indigène est entré dans le paysage politique du Pérou il a montré une sensibilité profonde pour les besoins, aspirations et préoccupations de la population la plus maltraitée de ce pays andin : les pauvres, les indiens, les paysans, les ouvriers, et les femmes au foyer. Il faut croire dans la possibilité qu’à partir du 28 juillet, quand le nouveau gouvernement prendra ses fonctions au palais de Pizarro, l’empire de l’injustice régnant au Pérou depuis des temps très anciens, puisse connaître le début de la fin.

Non pas que nous pensions que la victoire de Humala ouvre les portes d’un coup à un processus révolutionnaire profond et radical au Pérou. Il faut rester très objectif et n’avancer qu’en fonction de la réalité. Dans les circonstances actuelles et si nous prenons en compte les circonstances et les modifications apportées au programme électoral de « Gana Perú », les alliances et les engagements politiques concertés, au Pérou il y aura beaucoup de changements dans de nombreux ordres et à de nombreux niveaux mais sans brutalité. Humala lui-même l’a affirmé dans ses discours de la campagne du second tour.

La victoire a déjà signifié en soi un changement. On a porté un coup à la corruption. Parce que si Keiko Fujimori avait obtenu la majorité, ce qui attendait le Pérou était le retour aux années de pillage et de vol à visage découvert.

Humala a promis de mieux distribuer les immenses richesses du pays, qui se trouvent dans les gisements d’argent, de cuivre, de zinc, d’étain et d’or. Il a aussi promis d’éviter la déprédation et le pillage des ressources. Il lui faudra en tout cas oeuvrer en ce sens pour mettre fin à la pauvreté, à la misère, à l’analphabétisme, l’insalubrité à laquelle reste soumise la majorité sociale du Pérou.

Le Pérou disposera un gouvernement qui s’identifie aux les intérêts des masses pauvres, parmi lesquels les indigènes. Il deviendra ainsi le troisième pays qui fit partie de l’empire Inca à élire des gouvernements populaires et désireux d’agir en faveur des plus pauvres. Evo Morales, en Bolivie, et Rafael Correa, en Equateur, son les deux autres.

Les défis sont nombreux parce que ceux qui ont pillé et exploité les richesses nationales ne veulent perdre ni leurs privilèges ni leur hégémonie.

Mais les peuples de l ’Amérique Latine continuent à s’éveiller… Ils l’expriment dans les urnes et le moment venu pourront aussi le faire depuis les places des grandes villes, comme ils le font aujourd’hui en Espagne, en France ou en Grèce pour rejeter tous ceux qui n’ont d’autre solution à offrir que le néolibéralisme et la démocratie bourgeoise.

Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

Source : http://www.cubadebate.cu/opinion/20...


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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 09:22
Mémoire des luttes
http://www.medelu.org/spip.php?article816
lundi, 30 mai 2011 / Maurice Lemoine

« Sí, se pudo ! » (« Oui, on a pu ! ») C’est par cette formidable ovation qu’une foule enthousiaste a, le samedi 28 mai, à Tegucigalpa, accueilli l’avion de la compagnie vénézuélienne Conviasa dans lequel, en provenance de Managua (Nicaragua), rentrait au pays « son » président, Manuel Zelaya, renversé par un coup d’Etat le 28 juin 2009.

Lors de ce retour rendu possible par l’accord signé avec le chef de l’Etat hondurien en exercice, Porfirio Lobo, grâce à la médiation des présidents colombien Juan Manuel Santos et vénézuélien Hugo Chávez, le 22 mai, à Cartagena de Indias (Colombie), « Mel » comme on l’appelle affectueusement dans son pays, était accompagné par une délégation très représentative de l’importance que l’Amérique latine accorde à l’événement.

Etaient en effet présents à ses côtés : le ministre des affaires étrangères vénézuélien Nicolás Maduro ; Miguel Mejía, représentant de la présidence de la République Dominicaine (où Zelaya a vécu exil pendant seize mois) ; l’ancien président panaméen Martín Torrijos ; Marco Aurelio García, conseiller spécial de Dilma Roussef, présidente du Brésil ; Julio Baraibar, représentant le président uruguayen Pepe Mujica ; l’ex-sénatrice colombienne Piedad Córdoba ; deux Françaises représentant le Parti de gauche : la sénatrice Marie-Agnès Labarre et la porte parole internationale Raquel Garrido ; un dirigeant syndical britannique, Bert Schouwenburg ; des membres des Parlements andin et centraméricain ; le prêtre catholique salvadorien Andrés Tamayo, expulsé par le gouvernement du putschiste Roberto Micheletti, pour sa proximité avec les secteurs populaires honduriens. La veille, étaient arrivés le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) José Miguel Insulza et la ministre des affaires étrangères colombienne María Ángela Holguín.

 

Sur la place Isis Obed Murillo – rebaptisée du nom d’un jeune homme assassiné à cet endroit par l’armée, une semaine après le coup d’Etat –, face aux drapeaux rouges du Front national de résistance populaire (FNRP) et bleus de la République du Honduras, Zelaya a remercié ses sympathisants pour s’être « maintenus sur le pied de guerre » et avoir « travaillé sans repos pour son retour », avant de rendre hommage « à ceux qui sont tombés dans cette bataille, à ceux qui ont versé leur sang sur cette place », allusion directe à Isis Obed Murillo. « Ce sang n’a pas coulé en vain. » Deux années d’une lutte particulièrement difficile ont vraisemblablement, à cet instant, re-défilé dans plus d’un esprit enfiévré.

Ce matin du diman­­che 28 juin 2009, 15 000 urnes avaient été ins­­tal­­lées dans les parcs des principales agglomérations honduriennes. Après la col­lecte de presque 500 000 signa­tu­res, dans le cadre de la loi de participation citoyenne, la ques­tion qui devait être soumise aux électeurs était la sui­vante : « Etes-vous d’accord pour que, lors des élections générales de novembre 2009, soit installée une quatrième urne pour décider de la convocation d’une Assemblée nationale constituante destinée à élaborer une nouvelle Constitution politique ? » Déjà présent dans le pays, le direc­teur des opé­ra­tions élec­to­ra­les de l’Organisation des Etats américains (OEA), Raúl Alconada, avait déclaré : «  Espé­rons que cette parti­ci­pa­tion se dérou­lera de manière paci­fi­que et que les grou­pes poli­ti­ques qui s’y sont oppo­sés sau­ront faire une lecture appro­priée de ce que signi­fie une participa­tion poli­ti­que citoyenne.  » De puissants intérêts voyant d’un très mauvais œil ces prémisses d’une démocratie plus « participative », son souhait ne sera pas entendu.

 

Il est cinq heures du matin quand, obéissant aux ordres du général Romeo Vásquez, chef de l’état-major conjoint des forces armées, des militaires pénètrent dans la résidence du président Manuel Zelaya et le maîtrisent brutalement. Deux heures plus tard, après une escale de 45 minutes sur la base militaire américaine de Palmerola (située en territoire hondurien), un avion le déposera, en pyjama, sur une piste de l’aéroport international Juan Santamaría, à San José, au Costa Rica.

Avec l’accord de la quasi-totalité des députés, le président du Congrès, Roberto Micheletti, caudillo grotesque et anachronique aux allures de mafieux italien, membre comme Zelaya du Parti libéral (PL), prête serment pour le remplacer. Tandis qu’est instauré un couvre-feu et que la répression se déchaîne contre les milliers de partisans du chef de l’Etat légitime descendus dans la rue, la « communauté internationale » – OEA, Organisation des Nations unies (ONU), Union européenne, Système d’intégration centraméricain (SICA), Groupe de Rio, Alliance bolivarienne des peuples d’Amérique (ALBA), Union des nations sud-américaines (Unasur) – condamne le golpe [1].

Le 3 juillet, la Cour suprême de justice (CSJ) rejette la demande du secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, dépêché en hâte à Tegucigalpa pour obtenir le retour au pouvoir du chef de l’Etat renversé (et non « déchu » comme l’ont rabâché tant de médias !). Le traître Micheletti annonce que Zelaya sera jugé pour… trahison ! s’il rentre au Honduras. Peine perdue… Le 5 juillet, ayant pris place à bord d’un avion vénézuélien, le président légitime tente de se poser sur l’aéroport Toncontín de Tegucigalpa. La veille, dans un message transmis obligatoirement par toutes les chaînes de télévision, le cardinal Óscar Rodríguez a tenté de l’en dissuader : son retour risque de provoquer un bain de sang. Voilà pour le goupillon. Le sabre, lui, dès les premières heures de la matinée, occupe les abords de l’aéroport pour réprimer les manifestations et place des camions militaires en travers des deux pistes pour empêcher l’atterrissage du président. Qui doit renoncer. Provisoirement.

 

Les pressions exercées pour calmer ses ardeurs ne manquent pas. Le 7 juillet, alors que les Etats-Unis tentent d’obtenir l’accord du « président intérimaire » ( !) pour que Zelaya puisse terminer les six mois de gouvernement qui lui restent, « avec des pouvoirs limités et clairement définis » – c’est-à-dire avec les attributions d’une potiche –, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton lui recommande de faire tout son possible pour éviter une situation comme celle vécue le dimanche précédent, quand il a survolé le pays. Dix jours plus tard, le porte-parole du Département d’Etat, Robert Wood, revient à la charge : il exprime clairement l’opposition de Washington à une nouvelle tentative de retour, estimant qu’une telle initiative « mettrait en danger les efforts de médiation du président costaricien Oscar Arias ». En effet, consciente de l’influence déterminante des gouvernements progressistes siégeant au sein de l’OEA, Hillary Clinton a habilement manœuvré avec ses alliés pour ôter à cet organisme la gestion du cas hondurien et pour le déposer entre des mains amies.

Alors que les demandes de prudence de la « communauté internationale » – à l’exception des pays membres de l’ALBA – se multiplient, Zelaya surgit à Las Manos, à la frontière honduro-nicaraguayenne, le 24 juillet. L’armée hondurienne a décrété le couvre-feu dans quatre municipios frontaliers et interdit le passage aux centaines de manifestants venus l’appuyer. Si leur président entre brièvement sur le territoire national, il doit rebrousser chemin pour éviter d’être arrêté.

Le pouvoir croit avoir gagné la partie. Fin août, démarre la campagne électorale qui, le 29 novembre suivant, permettra de faire passer par profits et pertes la rupture de l’ordre constitutionnel. C’est compter sans l’opiniâtreté et le courage de Zelaya. Le 21 septembre, 86 jours après avoir été expulsé par la force des baïonnettes, celui qui représente la volonté du peuple rentre clandestinement à Tegucigalpa et trouve refuge à l’ambassade du Brésil. Quelque 4 000 de ses partisans qui passent la nuit devant la résidence sont très violemment délogés – deux morts et trente blessés – le lendemain à l’aube.

Pendant les semaines qui suivent, Zelaya et ceux qui l’accompagnent vont subir un véritable calvaire, entourés d’un fort dispositif militaire et policier, privés d’eau, de téléphone, d’électricité, inondés de gaz toxiques, soumis à une torture physique et psychologique par l’émission de sons de haute fréquence et, la nuit, par de puissantes illuminations de projecteurs. Avec l’appui clairement exprimé du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, qui met en garde Micheletti contre toute intervention dans l’ambassade, les insurgés tiennent bon.

En insufflant de l’énergie à ses partisans, la présence de Zelaya dans son pays oblige le médiateur Óscar Arias à s’activer pour sortir la négociation des manœuvres dilatoires dans lesquelles, à dessein, elle s’embourbait. Le 30 octobre, les représentants du gouvernement légitime et de la dictature s’entendent sur le rétablissement de Zelaya dans ses fonctions avant le 5 novembre, et sur la nomination d’un gouvernement d’unité et de réconciliation. Dans les faits, et tandis que le Congrès retarde le vote permettant le retour du chef d’Etat constitutionnel, Micheletti s’offre un cabinet qu’il dirige lui-même et en écarte tout représentant zelayiste, au mépris de ses engagements. Le 5 novembre, Zelaya met un terme à l’imposture : « A compter de cette date, et quoi qu’il arrive, je n’accepterai aucun accord de retour à la présidence de la République permettant de couvrir ce coup d’Etat. »

 

En phase avec son leader, le Front national de résistance contre le coup d’Etat (FNRG) annonce, le 9 novembre, que le délai fixé à San José pour le retour du président légitime étant dépassé, il ne reconnaîtra pas les élections générales qui doivent avoir lieu vingt jours plus tard. Multipliant les provocations, le Congrès annonce qu’il se réunira le 2 décembre – soit trois jours après le scrutin ! – pour décider d’un éventuel rétablissement de Zelaya dans ses fonctions. Au jour dit, laissant éclater au grand jour à quel point la négociation de San José a été une farce, les députés la rejettent (111 voix contre, 14 pour). Cela n’empêche pas les Etats-Unis de faire savoir qu’ils reconnaîtront la validité de la consultation à venir.

Le 27 janvier 2010, élu pour le compte du Parti national (PN), et au terme d’un scrutin organisé par un gouvernement illégitime, Porfirio Lobo accède à la présidence, comme si rien ne s’était passé. Dans son uniforme de gala, le général Vásquez défile à son côté. Faisant partie des trois seuls chefs d’Etat qui assistent à l’investiture [2], le président dominicain Leonel Fernández emmène Zelaya dans son avion du retour, en tant qu’ « hôte invité » de son pays. Nommé député à vie, Micheletti bénéficie d’une amnistie politique.

Tous les golpistas s’auto-absolvent, se récompensant les uns les autres et s’offrant des postes importants (le général Vásquez reçoit la direction de l’Entreprise hondurienne de télécommunications Hondutel). Autre acteur majeur du pronunciamento, le général Miguel Angel García Padgett est nommé attaché militaire à l’ambassade hondurienne à Mexico. Egalement complices du coup d’Etat et du régime de facto, les membres de la Cour suprême de justice (CSJ), du Ministère public (MP) et du Tribunal suprême électoral (TSE) sont maintenus à leurs postes, au sein d’un prétendu gouvernement d’unité et de réconciliation nationale.

En revanche, des mandats d’arrêt sont lancés contre Zelaya « pour avoir dépensé de manière illégale 57 millions de lempiras [2 millions d’euros] en frais de publicité » pour la consultation prétendument illicite du 28 juin. S’il rentre, il sera immédiatement arrêté. Cette situation ne semble guère troubler le prix Nobel de la paix Barack Obama : « Les Etats-Unis gèrent l’économie, l’armée, les relations internationales et les combustibles, s’emporte Zelaya, depuis Saint- Domingue. Je ne comprends pas pourquoi ils permettent qu’on élise un président ; il vaudrait mieux qu’ils nomment un gouverneur [3 ! »

Pourtant, la situation ainsi créée ne signifie pas une défaite définitive des forces démocratiques. Pendant tous ces mois, le mouvement populaire s’est renforcé et le FNRG – dont la revendication initiale était le retour inconditionnel du président – se transforme en Front national de résistance populaire (FNRP), avec comme coordinateur « Mel » Zelaya. Au premier objectif, qui demeure intangible, il en ajoute un second : la convocation d’une Assemblée nationale constituante (ANC) pour refonder l’Etat. La très dure répression déclenchée par le pouvoir fera (au minimum) une centaine de morts, mais, jamais, ne parviendra à affaiblir la détermination du mouvement.

Confronté à la montée en puissance de cette Résistance – qui, lors de son Assemblée des 26 et 27 février 2011, a annoncé l’auto-convocation d’une ANC -, exclu de l’OEA, non reconnu par l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, l’Equateur, le Nicaragua, le Paraguay et le Venezuela, en proie à une grave crise économique (car ne bénéficiant plus du pétrole bon marché de Caracas !), le gouvernement hondurien doit impérativement desserrer l’étau en « normalisant » la situation.

 

La demande la plus pressante (la seule, en réalité) de la « communauté internationale » est le retour de Zelaya. Mettant en fureur ses secteurs les plus droitiers, Lobo a commencé à préparer le terrain en promulguant le décret 005-2011 (14 février 2011) par lequel il autorise la procureure générale Ethel Deras Enamorado à « s’abstenir de présenter des recours légaux ou d’autres actions judiciaires dans les procès en matière pénale actuellement en cours contre le citoyen José Manuel Zelaya Rosales ». Ensuite, il exercera une pression non dissimulée sur la Cour suprême de justice pour qu’elle annule les « procès pour orruption » (inventés de toutes pièces !) intentés contre Zelaya – ce qui sera fait le 3 mai. La veille, José Miguel Insulza avait anticipé cette issue en rappelant que l’annulation des deux jugements « pourrait permettre le retour du Honduras au sein de l’OEA ».

Trois semaines auparavant, le 9 avril, et chacun poursuivant des objectifs à la fois communs et divergents, les présidents colombien (allié inconditionnel de Washington) et vénézuélien (chef de file de l’anti-impérialisme dans la région) avaient créé une forte surprise en faisant connaître leur rôle conjoint de médiateurs (approuvé par Zelaya), lors d’une rencontre au cours de laquelle les deux ennemis jurés Lobo et Chávez s’étaient serré la main.

C’est cette démarche, appuyée au Honduras par le FNRP et, entre autres, à l’extérieur, par la résolution finale du XVIIe Forum de São Paulo, qui, le 22 mai, a abouti à la signature entre Lobo et Zelaya de l’Accord dit de Cartagena : Accord pour la réconciliation nationale et la onsolidation du système démocratique dans la République du Honduras. Puis, le 28, au retour de Zelaya.

L’une des principales revendications du Front est satisfaite : il retrouve avec enthousiasme le dirigeant qui fédère son hétérogénéité – et se définit désormais comme un « libéral pro-socialiste ». Il s’agit d’une incontestable victoire. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les réactions de l’oligarchie traditionnelle et de l’ex-putschiste Micheletti, pas loin d’accuser Lobo de « trahison de la patrie ». Toutefois, la présence de « Mel » sur le territoire national n’est qu’un des quatre points sur lequel porte l’Accord de Cartagena : 1) le retour des exilés, dont l’ancien chef de l’Etat, avec garantie de leur sécurité ; 2) la reconnaissance du FNRP en tant que parti politique ; 3) la mise en place d’une Assemblée nationale constituante « participative et démocratique » ; 4) le démantèlement des structures golpistas et le châtiment des responsables.

Si les deux premiers points sont acquis, le président du Congrès, Juan Orlando Hernández, s’étant engagé à faire reconnaître le FNRP par décret [4], de forts doutes demeurent sur (point 3) les conditions dans lesquelles le pouvoir acceptera l’organisation de la Constituante et (point 4) sur une réorganisation « démocratique » des structures de l’Etat et la fin d’une répression qui se poursuit.

 

Dans ces conditions, on ne s’étonnera guère que les principaux dirigeants du Front (Berta Cáceres, Carlos Reyes, Juan Barahona, etc.), de très nombreuses organisations de base et militants, mais aussi le président équatorien Rafael Correa, estiment prématuré un retour du Honduras au sein de l’OEA (une Assemblée générale extraordinaire de cette dernière étant convoquée à Washington, le 1er juin, pour évoquer cette possibilité). La précipitation n’est pas de mise et rien n’empêche de tester la sincérité du gouvernement Lobo. Après tout, c’est bien la raison pour laquelle, à Cartagena, a été créée une Commission de vérification composée de la Colombie et, surtout, compte tenu de la confiance que les mouvements sociaux honduriens mettent en elle, de la République bolivarienne du Venezuela.

On trouvera un reportage sur la situation au Honduras – « Bras de fer entre pourvoir et Résistance au Honduras » – dans Le Monde diplomatique de juin.

[1] Coup d’Etat.

[2] Les deux autres sont le Panamá et Taïwan.

[3] Canal 13 de la télévision dominicaine, 21 février 2011.

[4] Le FNRP ne reconnaît pas l’autorité du Tribunal suprême électoral « putschiste », théoriquement habilité à gérer cette reconnaissance des partis.


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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 12:00
"Rafael Correa : “Il faut travailler sur la base de ce triomphe”
 samedi 7 mai 2011

Le président de l’Equateur Rafael Correa a célébré la victoire populaire obtenue lors du référendum organisé ce samedi 7 mai 2011. Le Conseil électoral national annonce un score à peu près définitif de 61% des équatoriens ayant voté pour le “Oui” aux dix questions qui leur étaient proposées, soit une victoire du "Oui" dans 18 provinces sur 24. Correa a rappelé que ce scrutin est la huitième victoire consécutive de la Révolution Citoyenne. “Je remercie les 11 millions d’équatoriens qui ont participé et qui ont appuyé cette initiative.”

Dans une interview retransmite par Telesur, Correa a précisé que la décision souveraine de la population permettra notamment à l’Équateur de mettre fin au processus de décomposition dans lequel était tombé le système judiciaire. Le président, victime d’un coup d’État en octobre 2010 de la part des secteurs d’extrême-droite de la police alliés aux médias privés et aux États-Unis, a relevé qu’”une fois de plus les grands médias ont mené une féroce campagne pour le “non” mais que le peuple a gagné et a exprimé la confiance et l’espoir qu’il dépose dans notre la Révolution Citoyenne. Nous allons éliminer l’exploitation des travailleurs et offrír une meilleur cadre de vie aux jeunes et aux adolescents."

Ce ne sont pas les opposants qui ont été les principaux adversaires du “Oui” mais une presse qui plus que jamais a dépassé toutes les limites et a perdu tout scrupule”. Mais le peuple nous croit, il sait que nous tenons nos promesses et que nous n’allons pas le tromper”.

Il a rappelé qu’à dater de ce jour on dispose de huit mois pour concrétiser les nombreuses modifications constitutionnelles approuvées et il n’a pas écarté une nouvelle montée en puissance de la guerre médiatique. Il convoquera dès lundi le président de l’Assemblée Nationale pour que celle-ci commence à légiférer en fonction des points approuvés dans le référendum.

Les équatoriens ont exprimé leurs opinions sur de nombreux thèmes qui vont de la réforme du système judiciaire à la démocratisation de la propriété des médias. Parmi les questions soumises aux équatorien(ne)s figuraient l’interdiction des liens entre les entreprises du système financier privé et les entreprises du secteur des communications. ou la création d’un Conseil de Régulation des médias lorsqu’ils diffusent des messages violents et discriminatoires.

La population a également été consultée sur la restructuration du Conseil de la Magistrature et la limite aux mesures de protection liées aux délits les plus graves afin de faire baisser la délinquance, ou encore sur la caducité de la prison préventive et la règlementation des recours constitutionnels. L’élimination des casinos et l’élimination des spectacles basés sur la souffrance animale – corridas et combats de coq, figuraient aussi dans la longue liste.

Traduction : Thierry Deronne

Sources : Agences (AVN, PL) 07/05/2011


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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 15:06

par Maurice Lemoine     http://www.medelu.org/spip.php?article800

 

 Posada-copie-2.jpg

De nationalité cubano-vénézuélienne, Luis Posada Carriles n’est pas citoyen américain.

 Il a bien été résident permanent aux Etats-Unis en 1962, mais il a perdu ce statut pour avoir passé plus d’une année hors du pays. Il ne peut donc y rentrer légalement. C’est pourtant avec l’objectif de passer ses vieux jours au « pays de la liberté » que, en mars 2005, il laisse derrière lui le Guatemala, traverse le Belize et se dirige vers Cancún, dans l’Etat mexicain de Quintana Roo. Jusqu’à son arrivée dans cette ville balnéaire, il a été aidé et assisté par des trafiquants de drogue appartenant au cartel centraméricain que dirige le mafieux Otto Herrera García. A Cancún, Juan Carlos Riverol, alias « le prof », prend le relais. Lié à un groupe de « narcos » d’origine cubano-américaine – Les Marielitos – Riverol s’enrichit sur le dos de Cubains sans visas désireux de gagner les Etats-Unis en évitant les 145 kilomètres du détroit de Floride, infesté de requins... et de garde-côtes américains.

De Cancún, Posada Carriles repart pour l’île Mujeres, à l’extrémité nord-est de la péninsule du Yucatán. Le matin du 15 mars, un yacht de 27 mètres, la Santrina,y accoste. Il appartient au millionnaire Santiago Álvarez, présent à bord en compagnie de cinq comparses de la communauté cubano-américaine de Miami. Le même jour, à 14 heures, le bateau repart et met le cap sur la Floride – avec, à bord, un « clandestin ».

Le 11 avril, Fidel Castro dénonce la présence de Posada Carriles à Miami. Le 12, durant la conférence de presse quotidienne du Département d’Etat, cette « insinuation » scandalise le porte-parole Richard Boucher : « C’est un sujet que nous avons abordé de nombreuses fois dans le passé. Je ne suis pas sûr qu’il y ait quelque chose de nouveau. » Il aurait mieux fait de se taire. Le lendemain, provoquant quelques hoquets, Posada Carriles demande l’asile politique car, plaide son avocat, il a « favorisé les intérêts des Etats-Unis pendant environ quatre décennies » :une telle requête ne peut être présentée que lorsqu’un individu est déjà sur le territoire national ! De La Havane et Caracas, Castro et Hugo Chávez exigent des autorités américaines qu’elles arrêtent l’individu pour activités terroristes et réclament son extradition.

Terrorisme international

Né à Cienfuegos (Cuba), le 15 février 1928, Posada Carriles a collaboré avec la police du dictateur Fulgencio Batista à partir de 1955. En 1959, le triomphe de la révolution lui donnant la nausée, il rejoint les contre-révolutionnaires. Membre de la Brigade 2006, il participe à la tentative d’invasion de la Baie des Cochons qui débute le 17 avril 1961. Il n’y fait rien de vraiment héroïque, ne réussissant même pas à débarquer ! Ulcéré par cet échec individuel et collectif, il est l’un des deux cents Cubains qui incorporent l’armée américaine pour y être formés au grade d’officier. Lui est, de plus, recruté par la Central Intelligence Agency (CIA). En octobre 1967, la « Compagnie » l’envoie à Caracas pour restructurer les services de renseignement vénézuéliens. Il demande et obtient la nationalité de ce pays pour pouvoir intégrer la Direction générale de police (Digepol) qui deviendra ultérieurement la Division générale de sécurité de la direction des services de renseignement et prévention (Disip). Sous le pseudonyme de « commissaire Basilio », il s’y livre jusqu’en 1974 à la répression féroce des mouvements de gauche vénézuéliens.

Quittant ses fonctions à la suite d’un changement de gouvernement, Posada Carriles demeure à Caracas et y ouvre une agence de détective – Investigaciones comerciales e industriales C.A. Toujours lié à la CIA et collaborant avec les services secrets argentin, chilien, guatémaltèque et salvadorien, il dirige, avec un autre Cubain, Orlando Bosch, le Commando d’organisations révolutionnaires unies (CORU). Tous deux préparent et commanditent la pose de deux bombes dans le vol CU 455 de la Cubana de Aviación qui, décollant de La Barbade, le 6 octobre 1976, explosera en vol, causant la mort de soixante-treize passagers.

Emprisonné à Caracas avec Bosch et les deux Vénézuéliens qui ont matériellement perpétré le crime, Posada Carriles, non encore définitivement jugé, s’évade en 1985 avec l’aide de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) – créée en 1981 par Ronald Reagan, basée à Miami – et de la CIA. Cette dernière a besoin de ses compétences. On retrouve effectivement Posada Carriles sur la base militaire d’Ilopango, au Salvador, où, sous la direction du lieutenant-colonel américain Oliver North, et en tant que chef de la logistique, il approvisionne en armes et en matériels les contre-révolutionnaires nicaraguayens – la contra. Violant une interdiction explicite du Congrès des Etats-Unis, l’opération est de plus financée grâce aux tonnes de cocaïne que fournit le cartel de Medellín, en Colombie.

Lorsque éclate le scandale de l’Iran-Contragate [1], Posada Carriles se fait oublier quelque temps avant de réapparaître en tant que « conseiller » de la police salvadorienne, puis de gagner en 1988 le Guatemala où, en plein conflit armé – deux cent mille morts –, il travaille pour le gouvernement comme fonctionnaire du renseignement [2].

Indépendamment de ses activités au service de l’Empire, des dictatures continentales et des luttes contre-insurrectionnelles, la priorité de Posada Carriles est toujours demeurée Cuba. Les groupes anticastristes de Miami et en particulier la FNCA le financent sous le manteau tout en faisant tourner des affaires ayant pignon sur rue. Toujours en Amérique centrale, il recrute, forme – il est expert en explosifs – et équipe les guatémaltèques et salvadoriens qu’il charge d’exécuter une série d’attentats dans l’île. Du 12 avril au 4 septembre 1997, leurs bombes frappent des hôtels de La Havane et de Varadero – Meliá Cohiba, Capri, Nacional, Sol, Palmeras, Tritón, Château-Miramar et Copacabana ; dans ce dernier, meurt un jeune touriste italien, Fabio Di Celmo.

Le 17 novembre 2000, Luis Posada Carriles est arrêté au Panamá alors qu’il préparait un attentat à la bombe contre Fidel Castro en visite dans ce pays à l’occasion d’un Sommet ibéro-américain. L’engin devait exploser durant une conférence du président cubain à l’Université, au risque de blesser, mutiler ou tuer un nombre considérable d’étudiants panaméens. Condamné le 20 avril 2004 à huit années d’incarcération « pour avoir compromis la sécurité publique », Posada Carriles est amnistié le 26 août, pour « raisons humanitaires », par la présidente panaméenne Mireya Moscoso, qui doit terminer son mandat... le lendemain. Certes, le président de la Cour suprême s’était opposé à cette mesure, le procès étant en cours d’appel et la loi panaméenne stipulant qu’il n’est possible de gracier un prisonnier que si la procédure judiciaire est arrivée à son terme. Mais, dans les semaines précédentes, Moscoso avait reçu la visite du secrétaire d’Etat Colin Powell et d’Otto Reich, cubano-américain chargé des affaires de l’hémisphère occidental (l’Amérique latine) au Conseil national de sécurité du gouvernement de George W. Bush. Après le séjour de Reich au Panamá, une rumeur avait largement circulé à Miami : « Il a tout arrangé. »

Ce 26 août 2000, les complices cubano-américains de Posada Carriles – Guillermo Novo Sampol, Pedro Remón et Gaspar Jiménez –, eux aussi amnistiés, atterrissent donc triomphalement à Miami. Pour les raisons précédemment évoquées – il n’est pas citoyen américain –, leur chef ne peut les accompagner. Un deuxième avion, à bord duquel se trouve Santiago Álvarez, le transporte à San Pedro Sula, au Honduras. C’est depuis l’Amérique centrale où l’accueillent et le protègent hauts fonctionnaires de police, collaborateurs de la CIA, marchands d’armes et narcotrafiquants qu’il entreprendra le périple qui, en mars 2005, lui permet d’entrer clandestinement aux Etats-Unis.

Selon que vous serez « les Cinq » ou Posada

Caracas et La Havane ont fait trop de bruit. Washington ne peut plus feindre ignorer le lieu de séjour du « terroriste international » – selon la définition du Federal Bureau of Investigation (FBI) –, d’autant qu’il passe son temps à accorder des interviews. Le 17 mai, on se résigne à l’arrêter. Le 19, il est incarcéré à El Paso (Texas), dans une cellule « cinq étoiles », et inculpé pour… « violation de la législation sur l’immigration ». Le 27 septembre, la justice américaine détermine qu’il ne sera pas extradé au Venezuela ou à Cuba pour y être jugé de ses crimes [3] car… « il pourrait être torturé dans ces pays ». Mû par un sentiment de rancune primitive, il pourrait surtout y dévoiler les dessous de la « guerre sale » menée par Washington en Amérique latine et à Cuba depuis les années 1960, les turpitudes de la CIA et même, pourquoi pas, le rôle de celui qui en était directeur en 1976, au moment de l’explosion du DC-8 de la Cubana de Aviación : George Bush (père). Le risque de voir étalé au grand jour l’American Way of Death est pratiquement le même s’il est réellement jugé aux Etats-Unis. Bref, il a dans la tête des secrets que beaucoup ne souhaitent pas voir étaler au grand jour.

Dès lors, deux scandales judiciaires étroitement liés l’un à l’autre se téléscopent publiquement. En effet, le 24 mai 2005, quelques jours après l’arrestation de Posada Carriles, le Groupe de travail des Nations unies sur les détentions arbitraires a dénoncé l’emprisonnement, aux Etats-Unis, de cinq Cubains – Gerardo Hernández, Ramón Labañino, René González, Fernando González et Antonio Guerrero –, soulignant qu’il viole les normes internationales et exigeant un nouveau procès. Cette même année 2005, dix prix Nobel lanceront un appel pour la libération des cinq Cubains en question [4].

Ayant infiltré sans violence, pour le compte du gouvernement cubain, les groupes terroristes de la mouvance Posada Carriles afin d’en neutraliser les effets dans l’île, les « Cinq » ont été arrêtés à Miami en septembre 1998, jugés dans cette ville et dans des conditions ahurissantes pour « conspiration d’espionnage » mettant en cause la sécurité nationale des Etats-Unis, puis condamnés en décembre 2001 à des peines qui dépassent l’entendement [5].

Tout autre va être le sort de celui dont les agissements ont imposé leur présence à Miami, au nom de la légitime défense de leur pays, Cuba. Après avoir décidé que Posada Carriles ne pouvait être extradé ni à La Havane ni à Caracas, le juge William Lee Abott a donné quatre-vingt-dix jours au gouvernement pour qu’il trouve un pays tiers où l’expulser. Washington cherche donc un endroit où il pourrait vivre tranquillement. Lui est prêt à préparer sa valise – c’est une de ses grandes spécialités. Mais, le Canada, le Mexique, le Honduras, le Costa Rica, le Guatemala et le Salvador refusant de l’accepter sur leur territoire, Washington reste avec cet ami encombrant sur les bras.

Bien qu’un Grand Jury ait été convoqué à Newark (New Jersey) en janvier 2006 pour écouter les dépositions sur son implication dans les attentats de La Havane en 1997, la justice américaine accorde la liberté conditionnelle à Posada Carriles, contre une caution de 350 000 dollars, le 19 avril 2007. Il jouit dès lors d’une « retraite » tranquille, dans l’urbanisation Lago del Rey, au sud-ouest de Miami. Quatre années passeront en manœuvres dilatoires, intrigues et manigances, avant que ne s’ouvre enfin son procès, le 10 janvier 2011, à El Paso. Pourquoi dans cette ville du Texas ? Parce que Posada Carriles a de l’imagination ! Interrogé par les autorités migratoires, il a prétendu que, venant du Mexique, il a traversé en automobile la frontière de cet Etat, à Brownsville, et a ensuite voyagé en autobus Greyhound jusqu’à Miami. Il a encore menti aux Départements de la Justice et de la Sécurité lorsque, ayant sollicité l’asile politique et sa naturalisation américaine, il a nié, sous serment, être lié d’une manière ou d’une autre aux attentats menés en 1997 à Cuba.

Crimes sans châtiment

Sous la présidence de la juge fédérale Kathleen Cardone, nommée en 2003 à cette fonction par… George W. Bush, le show peut commencer. Prêtant à sourire, onze charges pèsent sur Posada Carriles, qui comparaît en prévenu libre : parjure, fraude, obstruction à la justice, infractions aux lois américaines sur l’immigration, etc… Avec, toutefois, un risque pour lui, signale d’emblée José Pertierra, l’avocat qui représente Caracas dans sa demande d’extradition : « Si le tribunal le juge coupable d’avoir menti sur sa relation avec les auteurs des attentats à la Havane, la justice américaine sera obligée de le poursuivre en tant qu’auteur intellectuel de ces crimes. » La défense ne s’y trompe pas qui, dès la première audience, entreprend de transformer l’affaire Posada Carriles en un procès contre… Cuba. L’avocat Arturo V. Hernández est d’autant plus inquiet que la juge a autorisé le Ministère public à présenter 6500 documents en provenance de La Havane. Elle lui a également permis d’utiliser comme preuve des éléments fournis par le gouvernement guatémaltèque, dont le faux passeport au nom de Manuel Enrique Castillo López avec lequel Posada Carriles est entré au Mexique (voir ci-dessous).

Le 19 janvier, la fonctionnaire de l’immigration Susana Bolanos s’avance à la barre. Elle a eu à examiner le formulaire N400 par lequel Posada Carriles demandait sa naturalisation. A la question « avez-vous milité, à un moment ou à un autre, pour le renversement d’un gouvernement », il a répondu « oui ». A celle concernant les antécédents pénaux, il a mentionné une condamnation qui lui a valu quatre années en prison au Panamá. « Ces choses, définitivement, m’ont préoccupée », conclut Bolanos. L’avocat Hernández a une réponse toute prête : l’accusé n’a pas une connaissance de l’anglais suffisamment fluide pour avoir compris, à l’époque, les questions posées.

Cubano-américain, mais aussi informateur (en échange de sa naturalisation) rémunéré du FBI, Gilberto Abascal témoigne pendant six jours à partir du 24 janvier. Recruté par Santiago Álvarez comme mécanicien, il faisait partie de l’équipage qui, à bord du yacht Santrina, est venu récupérer Posada Carriles dans le Yucatán et l’a transporté clandestinement à Miami. Il confirme donc la voie d’entrée réelle de l’accusé. Sortant de sa manche des rapports médicaux de l’Agence de sécurité sociale, la défense tente de le discréditer : on lui a diagnostiqué de sérieux symptômes de schizophrénie, entre 2002 et 2004, après qu’il ait fait une chute, en 2000, depuis un immeuble en construction. « Problèmes mentaux » conclut l’avocat. Ce qui ne devrait pas faire oublier qu’Abascal a prouvé ses dires en montrant une photographie de Posada Carriles en train de se faire couper les cheveux par un coiffeur de l’île Mujeres, avant l’embarquement sur la Santrina.

Abascal va payer très cher sa prestation. Le 27 janvier, la juge Cardone lui ordonne de s’asseoir sur le banc des témoins et lui demande, avant l’arrivée des jurés : « M. Abascal, vous me semblez être perturbé. Voulez-vous m’expliquer ce qui se passe ? » Il y a dans la voix du témoin une nuance d’amertume quand il répond : «  [l’avocat] Arturo Hernández fait des histoires à ma femme et elle m’a appelé pour me dire qu’en raison de ce harcèlement, elle ne veut plus rien avoir à faire avec moi [6]. » C’est qu’Abascal provoque la haine, et depuis longtemps. Il a aussi été un témoin « clé » de l’accusation lors de la comparution de Santiago Álvarez, le propriétaire de la Santrina, en 2006, à Miami. Arrêté par le FBI en 2004 pour possession d’un arsenal – AK-47 et AR-15 aux numéros d’identification limés, silencieux, grenades, etc. –, dans son bureau de Hialeah, à Miami, Álvarez a été condamné à quatre années de prison pour ce motif, mais également parce qu’il refusait de témoigner pour expliquer comment Posada Carriles est arrivé aux Etats-Unis. En août 2006, à Miami, Abascal a échappé de peu à une tentative d’assassinat par arme à feu. Une fois de plus, à El Paso, il a l’air d’un lapin pris dans les phares d’un camion. Fort sévèrement, alors que débute l’audience et après avoir demandé aux procureurs de s’approcher, la juge appelle l’avocat qu’elle admoneste pour ce délit fédéral – intimidation de témoin –, passible de prison. Toutefois, afin que les jurés ne puissent entendre la conversation, elle a préalablement coupé son micro. Lorsque la séance reprend son cours, l’avocat met Abascal sur le gril pendant un temps interminable, l’intimide, l’insulte, le traite de voleur, de menteur, d’espion de Cuba, de mercenaire et de fou !

Pour mémoire, on notera que pendant les sept mois du procès des Cinq, à Miami, en 2000 et 2001, c’est le procureur qui a permis toutes sortes de pressions et de menaces contre les jurés – pris en chasse dans le Palais de justice, interpellés par la foule des anticastristes, harcelés par les journalistes ayant pris fait et cause pour l’extrême droite cubano-américaine – à tel point que, à plusieurs reprises, ils exprimèrent leurs craintes pour leur sécurité.

Le 7 février, on apprend de la bouche de Steven Ussher, enquêteur du Service d’immigration et de contrôle des douanes, que les autorités américaines n’ont jamais donné l’ordre de perquisitionner ou d’examiner la Santrina pour y chercher des preuves de la présence de Posada Carriles. Le 8, l’avocat de ce dernier livre une bataille désespérée pour convaincre la juge d’empêcher ou de retarder le témoignage du lieutenant-colonel de la Sécurité cubaine Roberto Hernández Caballero. Une fois de plus, deux affaires se percutent – et curieusement : le 29 mars 2001, à la requête de la défense des Cinq, Hernández Caballero a déjà témoigné devant la Cour fédérale de Miami. Son adversaire d’hier, le gouvernement des Etats-Unis, lui demande aujourd’hui de présenter les mêmes éléments d’enquête contre Posada Carriles alors qu’il les a violemment combattus lorsqu’ils auraient dû, en bonne logique, permettre d’absoudre les Cinq. Il est vrai que, cette fois, l’enjeu est mineur : on ne juge pas les crimes de l’anticastriste contre Cuba, ni ceux qui ont tenté de les empêcher, mais quelques « petits mensonges entre amis ».

Le 9 février, c’est interrompu en permanence par les objections de la défense que le colonel Hernández Caballero livre finalement sa déposition sur les événements de 1997, les blessés qu’ils ont provoqué et la mort du touriste Di Celmo. La juge Cardone estime dès lors qu’elle en a fait assez. Elle décide que le témoin suivant – Ileana Vizcaíno Dime, spécialiste cubaine de médecine légale qui a autopsié le corps de Di Celmo – sera interrogé par l’accusation et la défense, mais… hors de la présence des jurés. De la même manière, elle ne permet pas que soit soumis à ceux-ci un fax particulièrement éclairant envoyé par Posada Carriles à des complices, depuis le Guatemala, en 1997.

Intercepté par Antonio « Tony » Álvarez, homme d’affaires cubain exilé qui, à Ciudad Guatemala, partageait un bureau avec le terroriste (sans se douter initialement de ses activités), le fax en question, signé Solo – l’un des pseudonymes favoris de Posada [7] – exigeait de ses interlocuteurs des informations précises sur le résultat de leurs attentats dans l’île, alors attribués à l’opposition interne par les médias internationaux : « Comme je vous l’ai expliqué, s’il n’y a pas de publicité, le travail est inutile. Les journaux américains ne publient rien si l’information n’est pas confirmée. (…) S’il n’y a pas de publicité, il n’y aura pas de paiement. J’attends des nouvelles demain (…)  ». Alarmé, Alvarez avait avisé des agents du bureau du FBI à Miami – qui n’avaient strictement rien fait.
A El Paso, avant de voir sa déposition interrompue, « Tony » Álvarez aura juste le temps d’expliquer qu’il a pu constater, à l’époque, la présence, dans le bureau de Posada Carriles, d’un tube portant la mention « Industrie militaire mexicaine - C-4 - Explosifs dangereux » – précision apportée en « petit comité », la juge Cardone ayant eu la délicate attention de faire, une nouvelle fois, sortir les jurés.

Dans une interview accordée aux journalistes Ann Louise Bardach et Larry Rother, le 18 juin 1998, dans l’île néerlandaise d’Aruba, Posada Carriles a reconnu qu’il avait organisé la campagne contre des objectifs touristiques cubains en 1997, qu’il était financé par la FNCA et son président Jorge Mas Canosa, et qu’il avait payé le salvadorien Raúl Cruz León pour poser les bombes – dont celle qui a tué Di Celmo [8]. Posada Carriles s’était même permis quelques facéties : « Le FBI et la CIA ne me gênent pas. Je suis neutre avec eux. Chaque fois que je le peux, je les aide. » Cet entretien fût publié dans le New York Times les 12 et 13 juillet 1998.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt qu’on attendait la présence de Bardach au procès d’El Paso. Toutefois, dès le départ, les dés ont été pipés, la défense s’étant mis d’accord avec les procureurs Timothy J. Reardon et Jerome Teresinski pour caviarder l’enregistrement réalisé par la journaliste à Aruba. D’une durée de six heures et trente minutes à l’origine, celui-ci fut réduit à deux heures et quarante minutes dans la version soumise à l’écoute des jurés. On leur évita ainsi de s’encombrer l’esprit avec : le rôle de Posada Carriles dans l’Iran-contragate, dans les années 1980 ; ses relations clandestines avec les organisations paramilitaires du Salvador et du Guatemala, durant la même décennie ; sa relation de plus de trente ans avec la CIA.

Pendant quatre jours, Bardach a dû défendre vigoureusement son travail et répondre aux attaques insidieuses ou directes de l’avocat Arturo Hernández. Ainsi : « Ne croyez-vous pas que vous avez violé le code d’éthique journalistique en écrivant dans le New York Times que Cruz León travaillait pour M. Posada ? » Bardach répond d’une voix tranchante : « Si, M. Hernández, il travaillait pour Posada. Celui-ci me l’a dit – “Je suis le chef, l’auteur intellectuel, le responsable de l’opération”. » Hernández insiste. Il lit la transcription dans laquelle Posada Carriles affirme qu’ « un autre type » a employé León. « Un autre type ! N’importe qui peut l’avoir employé ! » Bardach sort de ses gonds : « Je sais qui est le type, vous savez qui est le type, eux [les procureurs] savent qui est le type ! Nous savons tous qui est le type, mais nous ne pouvons pas le dire ! Vous ne voulez pas qu’on dise qui est le type ! Disons qu’il s’appelle Monsieur X. Ce type n’aurait jamais recruté Cruz León si Posada n’avait pas voulu qu’il recrute Cruz León… »

Décryptage (sauf pour les jurés, à qui l’on interdit l’accès à cette information) : « le type » s’appelle Francisco Chávez Abarca. Salvadorien, il fût l’un des poseurs de bombe. L’une d’entre elles explosa le 12 avril 1997, dans la discothèque de l’hôtel Meliá Cohíba, provoquant d’importants dégâts ; une autre, dissimulée au quinzième étage du même établissement, put être désamorcée à temps. Sur instruction de Posada Carriles, il a recruté et entraîné – entre autres –, pour le même type de « travail », deux autres Salvadoriens, Otto Rodríguez Llerena (arrêté lors de sa seconde mission à La Havane, le 10 juin 1998) et Cruz León. Le 1er juillet 2010, porteur d’un faux passeport guatémaltèque, Chávez Abarca a été arrêté à l’aéroport international Simón Bolívar de Maiquetía (Caracas). Après sa détention, il a avoué être entré au Venezuela pour évaluer la possibilité d’y créer, en lien avec des membres radicaux de l’opposition, des troubles et des attentats de nature à déstabiliser le pays, à la veille des élections législatives du mois de septembre suivant. Extradé le 7 juillet à Cuba, il a, au cours de son jugement, les 20 et 21 décembre, reconnu sa culpabilité et décrit les opérations dont Posada Carriles l’a chargé [9].

Quand, à la demande de la défense, se présente Otto Reich, la juge Cardone le présente comme un « expert en affaires cubaines ». Il est surtout un ex-collaborateur direct des présidents Ronald Reagan, George Bush Ier et George Bush II. Impliqué dans l’Iran-contra et dans tous les « coups pourris » de Washington en Amérique latine, il a également joué un rôle dans le tentative de renversement du président Chávez, en avril 2002, au Venezuela. Les jurés n’ont pas besoin de le savoir, inutile de leur encombrer l’esprit. C’est néanmoins fort de cette riche expérience que Reich leur assène un long réquisitoire contre la « dictature cubaine »« cinquante mille militaires sont emprisonnés (sic !)  », avant de s’en prendre à Bardach – « capable de trafiquer les réponses de n’importe quel interviewé » – et même au New York Times, quasiment qualifié de quotidien crypto-cubain.

Le 8 avril, au terme d’une comédie qui s’est éternisée durant treize longues semaines, et après trois petites heures de délibérations, le tribunal, à l’unanimité, a déclaré Posada Carriles innocent des onze charges pesant sur lui. Sud des Etats-Unis oblige, la majorité des douze jurés étaient d’origine hispano. Or, El Paso, situé sur la frontière mexicaine, est l’une des portes d’entrée de l’immigration illégale sur le territoire américain – pratique qui, pour tout individu arrivé lui-même dans ces conditions, où descendant de parents ayant eu recours à cette pratique, non seulement ne constitue pas un crime, mais est même vu avec une certaine sympathie. Dès lors, considère l’avocat de Caracas Pertierra, « juger un “sans papier” pour avoir menti à l’Immigration est absurde pour un paseño. Ces cas-là, normalement, ne requièrent que le temps nécessaire pour danser un merengué à la porte d’un collège ! » D’autant que jamais le jury n’a su que, si Posada Carriles a menti, c’est surtout pour protéger ceux qui, avec Santiago Álvarez, à bord de la Santrina, lui ont permis de débarquer illégalement à Miami (l’aide à un « terroriste » est sévèrement sanctionnée par la loi). Jamais ils n’ont su que la juge Cardone avait rejeté le cas Posada Carriles en 2007. Elle prétendit alors que le gouvernement avait trompé ce dernier afin qu’il fasse de fausses déclarations – ce qui permettrait, ensuite, de le poursuivre pour parjure. Il fallut qu’une Cour d’appel invalide cette décision et oblige la magistrate à ouvrir le procès.

Dans ces conditions, nul ne s’étonnera que celui-ci se soit transformé en une mise en accusation de Cuba ; que Cardone ait constamment suspendu les audiences, pendant plusieurs jours et sous différents motifs – laissant ainsi le show s’éterniser durant plus de trois mois et abrutissant les jurés ; qu’elle ait permis à la défense de s’acharner pendant des heures sur les témoins ; qu’elle ait mis de côté un certain nombre de preuves ; qu’elle ait régulièrement fait sortir les jurés de la salle lors de témoignages importants ; qu’à de nombreuses reprises, elle ait intimé à ces mêmes jurés de ne pas tenir compte de ce qu’ils venaient d’entendre ; que…

En revanche, elle n’a pu ni prévoir ni prévenir la petite bombe qui a explosé le 18 janvier. Ce jour-là, s’exprimait Gina Garrett-Jackson, avocate du Département de sécurité nationale (Homeland Security). Celle-ci raconta comment, en contact avec des procureurs fédéraux et des agents du FBI, la Police des douanes et de l’immigration, ainsi qu’avec la Drug Enforcement Administration (DEA) [10], elle a travaillé en 2005 sur le cas Posada Carriles. N’ignorant pas que, en raison de ses activités passées, il ne remplissait pas les conditions pour obtenir l’asile politique, expliqua-t-elle à El Paso, « je l’ai néanmoins interrogé en détail car mon devoir était de tester sa crédibilité. Et je ne l’ai pas cru. » Ce qui l’amena, en août de cette année-là, à contacter par courrier électronique une procureure fédérale de Miami, Caroline Heck Miller, pour lui demander s’il ne lui paraissait pas opportun de poursuivre Posada Carriles « pour ses activités criminelles ». Et Garrett-Jackson de conclure : « La procureure n’a pas paru intéressée. »

Heck Miller n’est pas une inconnue. C’est elle qui fût chargée de l’accusation contre les Cinq, lors de leur procès inique, à Miami. C’est elle qui, aux ordres du procureur général du sud de la Floride Guy Lewis, dont la connivence avec l’extrême droite cubano-américaine était à peine dissimulée, a requis contre les Cinq des châtiments plus lourds que ceux prévus dans le « guide des peines » des Etats-Unis. En août 2005, précisément, lorsqu’elle ignora l’invitation de Garrett-Jackson à s’intéresser sérieusement au cas Posada Carriles, trois juges de la Cour d’appel d’Atlanta venaient de frapper le procès des Cinq de nullité. Dans leur argumentation, ils se référaient largement à la longue liste des crimes de Posada Carriles et d’autres terroristes que les Cinq étaient chargés de surveiller et, grâce aux informations qu’ils recueillaient, de contribuer à neutraliser [11].

Ainsi donc, on le sait désormais, celle-là même – Heck Miller – qui déploya une énergie phénoménale afin de faire condamner Gerardo Hernández, Ramón Labañino, René González, Fernando González et Antonio Guerrero à des peines iniques pour des crimes qu’ils n’ont pas commis a refusé de poursuivre Posada Carriles pour des crimes parfaitement avérés.

Comme pour rendre l’histoire encore plus immorale, le 18 janvier, alors que Garrett-Jackson témoignait à El Paso, Heck Miller est réapparue à Miami : elle y a une nouvelle fois sollicité la prorogation de la demande d’habeas corpus déposée par l’un des Cinq, Gerardo Hernández – l’homme qu’elle a jeté dans les geôles américaines pour deux perpétuités plus quinze ans.

 

  

Sur les Cinq et la trajectoire de Posada Carriles, lire Cinq Cubains à Miami ,Edition Don Quichotte, Paris, 2010 (avec le soutien de Mémoire des Luttes).

 livreMLemoine

 

 

  

 

[1] Violant l’embargo international, l’administration de Ronald Reagan vend du matériel militaire à l’Iran et utilise cet argent pour financer la contra.

[2] C’est à cette époque, le 28 février 1990, que Posada Carriles est victime d’un attentat, dans la capitale Ciudad Guatemala. Deux tirs l’atteignent : l’un lui fracasse la mâchoire et lui traverse la langue, l’autre se fiche à côté du cœur.

[3] La Havane réclame Posada Carriles pour la mort des soixante-treize passagers et membres d’équipage du DC-8 de la Cubana de Aviacion, à la Barbade ; pour celle du touriste italien Fabio di Celmo en 1997 ; pour plusieurs complots en vue d’assassiner Fidel Castro. Caracas a lancé un mandat d’arrêt international car c’est dans cette ville que le crime de La Barbade a été organisé et parce que Posada Carriles s’est évadé d’une prison vénézuélienne en 1985.

[4] José Ramos-Horta, Wole Soyinka, Adolfo Pérez Esquivel, Nadine Gordimer, Rigoberta Menchú, José Saramago, Zhores Alferov, Darío Fo, Günter Grass, Mairead Corrigan Maguirre.

[5] Quinze ans d’emprisonnement pour René González ; dix-neuf ans pour Fernando González ; perpétuité plus dix-huit ans pour Ramón Labañino ; perpétuité plus dix ans pour Antonio Guerrero ; deux perpétuités plus quinze ans pour Gerardo Hernández. Au terme d’une très longue bataille judiciaire, Antonio Guerrero a vu son châtiment ramené à vingt et un ans plus dix mois, le 13 octobre 2009 ; Ramon Labañino à trente ans d’incarcération et Fernando Gonzalez à dix-sept ans plus neuf mois, le 8 décembre 2009.

[6] Episode raconté par José Pertierra, dans un courrier collectif, le 28 janvier.

[7] Inspiré par une série télévisée fameuse dans les années 1960, MAN from U.N.C.L.E., dont le héros s’appelait Napoléon Solo.

[8] Arrêté le 4 septembre 1997 à La Havane, condamné à mort en 1999, Cruz León a vu en appel sa peine réduite à trente ans de prison par la justice cubaine, le 3 décembre 2010.

[9] Il a été condamné à trente ans de prison.

[10] Organisme anti-drogue dépendant du ministère de la justice.

[11] Le procureur général des Etats-Unis, Alberto González, fit appel de la décision des trois juges et, le 9 août 2006, la Cour plénière les désavoua, ratifiant le procès de Miami.

 

http://www.medelu.org/spip.php?article800

 

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Amérique Latine