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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 18:32
DU BRESIL AU VENEZUELA, LES MOUVEMENTS PAYSANS DISENT "BASTA" ! A LA DROITE PUTSCHISTE

C’est au cri de « que les corrompus nous rendent nos terres !» que des centaines de militant(e)s du Mouvement des Sans Terre ont occupé ce 25 juillet du nord au sud du Brésil de grandes propriétés appartenant à des ministres, des sénateurs, et directement ou à travers des prête-noms, au président de facto Michel Temer. A Rio de Janeiro les travailleurs sans terre ont occupé l’immense hacienda improductive de Ricardo Texeira, ex-président de la puissante fédération brésilienne de football, impliqué comme Temer dans de nombreuses affaires de corruption. L’hacienda Santa Rosa, nous explique Joaquin Pineiro, des Sans Terre, sert de plate-forme au blanchissement de capitaux, et « toutes ces terres de corrompus doivent être rendues à la reforme agraire ». La justice brésilienne a ordonné l’expulsion immédiate, ce 25 juillet, des occupants qui ont décidé de maintenir leur campement.

Temer – un ultra-libéral qui s’accroche au pouvoir depuis le coup d’État mené par la droite parlementaire contre la présidente élue Dilma Roussef – est en train de vendre aux multinationales les terres de l’Amazonie appartenant aux communautés indigènes et aux quilombolas (communautés afro-descendantes). Dans le reste du Brésil, il met aux enchères les terres destinées à la réforme agraire (manière d’acheter le vote des secteurs de l’agrobusiness au sein du congrès et de freiner sa possible destitution pour corruption). Allié privilégié des multinationales, le président de facto multiplie la répression contre les militants sociaux. Les travailleurs sans terre dénoncent l’impunité qui entoure les assassinats et autres exactions, réclament la démission du putschiste, la tenue immédiate d’élections libres et la reprise de la réforme agraire.

Au Venezuela, les amis de Temer rêvent, impatients, de mener la même politique sauvage de privatisation de l’économie, de restitution des terres aux grands propriétaires  et de répression des mouvements sociaux. Leur violence raciste et de classe (que les médias internationaux déguisent en « révolte populaire » comme ils l’ont fait pour les mobilisations de la droite contre Dilma Roussef) n’est que la répétition générale de ce qu’ils feraient une fois au pouvoir. Depuis le coup d’État contre le président Chavez en 2002 jusqu’à aujourd’hui, en passant par les 43 morts des « guarimbas » de 2014, cette droite est responsable de la violence et de la majorité des morts. Des mouvements paysans ont répondu en occupant des terres improductives appartenant à ces partisans du coup d’État.

La grande différence avec le Brésil est qu’ici, le gouvernement bolivarien, malgré ses inerties conservatrices, résiste aux violences de la droite et continue à donner des réponses positives aux revendications des paysan(ne)s : ce lundi ; après des années de luttes amères, d’expulsions à l’aube, l’Institut National des Terres leur a enfin remis 5.000 hectares du grand domaine Las Mercedes (État de Barinas) et leur a octroyé le titre de propriété. Comme l’explique le journaliste Marco Teruggi : « Il faut poursuivre le mouvement avec d’autres récupérations stratégiques comme les grandes propriétés de Cajarito El Diamante, La Primavera, El Otoño, celles du Sud du Lac de Maracaibo, une longue liste de terres encore aux mains de ceux qui, historiquement, ont vécu de la pauvreté des paysans et financent aujourd’hui les violences de l’extrême droite putschiste. Manière de donner un double signal : en direction des grands propriétaires pour les décourager de continuer à financer la déstabilisation, et en direction des mouvements sociaux, pour montrer qu’on peut renforcer une dynamique positive depuis l’État en faveur de ceux qui veulent semer la terre. » (1)

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Thierry Deronne, Venezuela, 26 juillet 2017

Note

  1. Lire, de Marco Teruggi : Campesinos rescatan 5 mil hectáreas de un terrateniente financista de la violencia, http://www.hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/25/campesinos-rescatan-5-mil-hectareas-de-un-terrateniente-financista-de-la-violencia

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 14:23
Dimanche 2 avril, les près de 13 millions d’électeurs du pays andin devaient décider qui, du candidat de gauche Lenín Moreno (en illustration) ou du néolibéral Guillermo Lasso, succédera à Rafael Correa, représentant du « socialisme du XXIe siècle » au pouvoir depuis 2007. En élisant le candidat d’Alianza País, le parti du président sortant, avec 51,16 % des voix, dans un contexte économique particulièrement difficile, les Equatoriens ont exprimé le souhait de poursuivre la « révolution citoyenne ».
Chronique d’une campagne dont le résultat a une énorme signification tant pour l’Equateur que pour l’ensemble de l’Amérique latine.
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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 14:13
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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 18:00
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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 16:52

Voilà un peu plus d'un an que Cuba et les Etats-Unis ont amorcé un rapprochement diplomatique historique après l'imposition d'un embargo sur la petite île des Caraïbes par Kennedy en 1962. Les deux pays ont même rouvert officiellement leurs ambassades respectives. La France aussi cherche à se rapprocher de l'île. Après une visite très médiatisée à Cuba en mai 2015, François Hollande a reçu Raul Castro à l'Elysée début de cette année. Comment expliquer ce revirement diplomatique à l'égard d'un gouvernement cubain longtemps diabolisé ? Si Barack Obama a affirmé vouloir changer de stratégie, poursuit-il les mêmes objectifs que ses prédécesseurs ? Quel impact ce rapprochement aura-t-il sur Cuba ? Animateur du site Le Grand Soir et co-auteur du livre Cuba est une île, Viktor Dedaj répond à nos questions.

CUBA "LE RAPPROCHEMENT EST UNE VICTOIRE CUBAINE, UNE DECULOTTEE POUR LES ETATS-UNIS"
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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 18:14
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 14:01
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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 16:54

Depuis 1994, sous les auspices de l’Organisation des Etats américains (OEA), tous les pays du continent, à l’exception de Cuba exclue depuis 1962, se réunissent périodiquement dans le cadre du Sommet des Amériques pour débattre des questions d’intérêt commun. Sa septième édition se tiendra les 10 et 11 avril au Panamá et, présentée comme « historique », devrait compter sur la présence de Barack Obama et Raúl Castro.

La première rencontre d’Obama avec ses pairs a eu lieu lors du sommet tenu en avril 2009 à Puerto España (Trinité et Tobago). Nombre d’observateurs attendaient avec gourmandise le moment où le locataire de la Maison-Blanche croiserait le Vénézuélien Hugo Chávez, victime en 2002 d’une tentative de coup d’Etat soutenue par George W. Bush – également impliqué dans la tentative de déstabilisation du président bolivien Evo Morales en septembre 2008. Ceux qui espéraient un clash en ont été pour leurs frais. Obama a salué Chávez, en espagnol, d’un cordial « Cómo estás ? » et celui-ci lui a répondu en anglais « I want to be your friend ».

Sommet de Trinidad et Tobago (2009). Le président Chavez offre au président Obama “Les Veines ouvertes de l'Amérique Latine” de l'uruguayen Eduardo Galeano (1971), récit implacable du pillage des ressources de l'Amérique latine depuis le début de la colonisation européenne des Amériques jusqu'à l'époque contemporaine. On ignore si l’occupant du Bureau Ovale l’a lu.

Sommet de Trinidad et Tobago (2009). « I want to be your friend ! » : le président Chavez offre au président Obama “Les Veines ouvertes de l’Amérique Latine” de l’uruguayen Eduardo Galeano (1971), récit implacable du pillage des ressources de l’Amérique latine depuis la colonisation européenne des Amériques jusqu’à l’époque contemporaine.

Face à la majorité de chefs d’Etat catalogués « de gauche » ou « de centre gauche » arrivés au pouvoir depuis la fin des années 1990, Obama avait alors offert un dialogue « d’égal à égal », « un nouveau commencement », tout en confirmant qu’il maintiendrait l’embargo imposé à Cuba. Cette annonce a empêché la signature d’une « Déclaration finale » commune, mais, marquant un évident changement d’époque, il n’y a pas eu de confrontation.

Toutefois, rapidement, l’espoir de relations équilibrées s’est converti en déception. C’est bel et bien avec l’assentiment et parfois la participation directe de Washington, sous le mandat du même Obama, qu’ont été renversés les présidents hondurien Manuel Zelaya (2009) et paraguayen Fernando Lugo (2012), et qu’un soulèvement policier à caractère putschiste a tenté de « sortir » l’Equatorien Rafael Correa (2010). La réactivation de la IVe flotte US – pour patrouiller au large de l’Amérique centrale et du Sud – ainsi que l’utilisation par le Pentagone de sept bases militaires en Colombie ont fortement indisposé les gouvernements progressistes du sous-continent. En septembre 2013, furieuse de l’espionnage de la NSA, dont elle et ses collaborateurs avaient été victimes, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a dénoncé l’administration Obama devant l’Assemblée générale de l’ONU et, en signe de protestation, a annulé une visite d’Etat prévue à Washington. Peu de temps auparavant, en avril 2012, lors du Sommet des Amériques de Carthagène (Colombie), une majorité de pays avaient témoigné leur solidarité envers Cuba en menaçant de ne pas participer à celui de 2015, au Panamá, si l’île n’y prenait pas part.

L’annonce était assortie de dangers trop précis pour être prise à la légère, un tel boycott réduisant encore un peu plus l’influence de Washington dans son « arrière-cour » et infligeant publiquement un camouflet à la Maison-Blanche. En effet, depuis la création en 2008 de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR ), à l’initiative de Chávez et de son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, puis, en 2011, de la Communauté des Etats latino-américains et caraïbes (CELAC : tout le continent sauf les Etats-Unis et le Canada), l’OEA demeure la seule instance régionale au sein de laquelle le Département d’Etat peut faire entendre sa voix. Plutôt que d’affronter un outrage tout en torpillant le forum le plus important à ses yeux, Obama, dans le registre « puisque les événements nous échappent, feignons de les organiser », a annoncé, le 14 décembre 2014, l’ouverture de négociations avec La Havane en vue de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays. Se sortant ainsi d’une situation délicate. De fait, cette décision a été saluée par l’ensemble de la communauté internationale, particulièrement sa composante interaméricaine, qui y a vu – une seconde fois ! – le début d’une nouvelle ère dans les Amériques.

Las ! Chassez le naturel, il revient au galop… Au Venezuela, incapable de l’emporter dans les urnes, la droite radicale, depuis février 2014, s’est lancée dans une campagne de déstabilisation du successeur de feu Chávez, Nicolás Maduro. Alors que cette situation conflictuelle est généralement présentée, dans les médias, comme de la seule responsabilité du gouvernement bolivarien, dès le 7 mars 2014, au nom de l’UNASUR, la présidente du Chili, la modérée Michelle Bachelet, a donné le ton : « Nous n’appuierons jamais un mouvement qui refuse le résultat des élections et cherche à renverser par la violence un gouvernement élu librement et démocratiquement. » Ce qui n’empêchera pas le dirigeant d’opposition vénézuélien Leopoldo López d’encourager ses partisans, le 19 mars suivant : « Je lance à un appel à tout le pays pour maintenir et augmenter la pression jusqu’au renversement de la dictature » – ce qui lui a valu d’être inculpé et arrêté.

Après quarante-trois morts – dont de nombreux civils victimes des enragés de l’opposition et six membres des forces de l’ordre tués par balles -, une nouvelle tentative putschiste a été neutralisée le 12 février 2015, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et du maire de Caracas Antonio Ledezma. Se portant au secours des éléments factieux, Obama a réagi en signant le 9 mars un « Executive Order » décrétant une « urgence nationale » pour répondre à « la menace inhabituelle et extraordinaire » que représente le Venezuela « pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ».

Au terme d’une visite à Caracas où, en compagnie des ministres des Affaires étrangères Mauro Vieira (Brésil), María Ángela Holguin (Colombie) et Ricardo Patiño (Equateur), il a pris connaissance des preuves de la conspiration réunies par le gouvernement vénézuélien, le président de l’UNASUR, l’ex-président colombien Ernesto Samper, a recommandé à l’opposition « de jouer le jeu électoral et de renoncer à la violence ». Réunis en session extraordinaire à Quito le 14 mars, les Etats membres de l’organisation ont manifesté leur rejet unanime du décret « impérial » et, déclarant que l’ingérence des Etats-Unis dans la région « crée une très forte tension », réclament son abrogation. Depuis, la CELAC s’est prononcée dans le même sens, de même que la Russie, le G-77 + Chine (plus de 130 membres), le Mouvement des pays non-alignés (120 pays, soit deux tiers des pays membres de l’ONU) – c’est-à-dire le gros de la « communauté internationale » (qui ne se limite pas aux Etats-Unis, à l’Union européenne et à leur excroissance, l’OTAN).

Lorsqu’il atterrira au Panamá, le 10 avril, Obama n’y sera sans doute pas accueilli avec des fleurs par ses partenaires latino-américains. Malgré la présence tant attendue et commentée de Cuba, ce Sommet des Amériques risque davantage d’être celui de la discorde que celui de la réconciliation.

Maurice Lemoine au Honduras avec Giorgio Trucchi

Maurice Lemoine (à droite) et Giorgio Trucchi (à gauche) au Honduras en 2013 pour couvrir la résistance populaire au coup d’État mené par l’oligarchie contre le président Zelaya avec l’appui des États-Unis.  Journaliste et ex-rédacteur en chef du Monde diplomatique, Lemoine couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et récemment  “Les enfants cachés du général Pinochet” (Editions Don Quichotte, en librairie depuis le 2 avril 2015). Lire l’interview à ce sujet : http://wp.me/p2ahp2-1PD

Source : http://huff.to/1yP250Y

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1RH

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 18:30

Hernando Calvo Ospina    Potosi (Bolivie)   18 octobre 2014

Maintenant, les indigènes ne descendent plus du trottoir pour laisser passer un métis ou un blanc

 « Si le Che nous a choisis pour continuer sa révolution, c’était bien pour quelque chose », m’a dit à La Paz, un bolivien très fier.

Les véhicules sont nombreux, trop. Ceux du service public, en particulier. On ne comprend pas pourquoi il n’y a pas plus de collisions. Les piétons doivent calculer pour passer d’un trottoir à un autre sans se faire renverser. Mais ça a l’air de ne déranger personne. Seulement nous, qui ne sommes pas d’ici. Quelqu’un a dit une fois que cette ville était “la Shangai latino-américaine”.

 

L’ODEUR DE LA BOLIVIE D'EVO ET D'ALVARO

Je m’arrête pour observer. En regardant bien pendant quelques minutes, je comprends que maintenant, les indigènes, qui sont la grande majorité dans ce pays, ne descendent plus du trottoir pour laisser passer un métis ou un blanc.

Je me souviens quand, il y a deux ans, j’avais vu les femmes indigènes avec leurs jupes et leurs chapeaux au Parlement. Et aussi les ouvriers avec leurs vêtements pauvres, mais très propres. Cela m’avait frappé. C’est parce que la culture occidentale, la « civilisée », nous a appris que l’on allait dans cette enceinte qu’en veste et en cravate, jupes bien coupées et chaussures à talons, et nous a habitués à cela.

Il y a moins de pauvreté. Ce qui signifie qu’il y a maintenant très peu d’enfants et de vieillards demandant l’aumône. Il y a quelques années, on ne pouvait être tranquilles lorsqu’on mangeait au restaurant : ils venaient régulièrement demander un morceau de nourriture ou de l’argent. On se sentait coupable d’avoir de quoi manger. Il était normal que le propriétaire du lieu les chasse à coups de bâton. Jamais on ne voyait d’autres visages que ceux des indigènes. Eux, les maîtres d’origine de ces terres, avaient été considérés depuis l’arrivée des espagnols au XVI° siècle seulement comme des bras pour travailler ou saleté gênante. Ce qui a changé, à pas de géants, depuis qu’Evo, l’indigène, est arrivé au gouvernement en janvier 2006.

L’ambiance de la capitale et des autres cités respire l’optimisme. Evidemment, il manque des hôpitaux. Et il manquera des médecins pour soigner le plus grand nombre dans ceux qui sont en construction : la formation médicale reste encore élitiste, comme presque partout dans le monde. Depuis les premiers pas de ce gouvernement, des milliers de médecins cubains sont arrivés. Ils se sont installés pour exercer dans des lieux reculés, où le soleil et l’air arrivaient à peine. Des milliers de boliviens ont découvert l’existence d’une île nommée Cuba, ainsi que des femmes et hommes en blouse blanche qui les considèrent comme des êtres humains.

Beaucoup, trop, ne savent pas parler espagnol, parce qu’ils communiquent en aymara, quechua ou guarani. Des langues ancestrales, reconnues il y a peu.

A La Paz, ce gouvernement, celui du “président frère”, a construit un téléphérique, le « amarillo » (« jaune »), qui est le plus long du monde. Cette semaine est inauguré le « vert », qui, je crois, est plus long que l’autre. Pour ceux qui vivent là-haut, dans la commune d’El Alto, cela représente une heure de trajet en moins pour arriver en bas, à La Paz. Le trajet complet, qui dure presque vingt minutes, coûte trois bolivianos. Le téléphérique est très moderne. Quand on regarde les cabines les unes derrière les autres, on dirait une invasion d’ovnis. Les paceños, les habitants de La Paz, en sont fiers.

Et Evo a gagné d’autres élections. Tout le monde l’espérait. Ce fut la grande fête nationale. Ce qui est le plus impressionnant sont les dégâts occasionnés dans la « forteresse » de l’opposition à Santa Cruz, là où actions terroristes, attentats contre la vie d’Evo et projets séparatistes ont été fomentés. A cet endroit, la majorité est blanche. En regardant à la télévision les résultats dans cette ville, je me suis souvenu de la reine de beauté d’il y a plus ou moins trois ans. Lors du concours de Miss Univers, cette habitante de Santa Cruz avait osé dire qu’il n’y avait pas d’indigènes en Bolivie. Dans cette ville et à Sucre, la capitale d’origine du pays, la publicité se fait avec des mannequins de blanches.

A Santa Cruz, de nombreux industriels ont compris qu’en réinvestissant dans la nation, ils pourraient y gagner aussi. Une bourgeoisie nationale qui revendique la souveraineté est en train de se former avec Evo. Alliée du processus de changement. Maintenant, ses ouvriers et ses travailleuses ne sont plus de semi-esclaves, et ils sont rémunérés de façon juste.

La presse, celle qui fait encore le plus de ventes, celle des élites, celle qui continue d’adorer les Etats-Unis et d’espérer leur retour pour gouverner avec eux, tient le même discours que celle d’Equateur et celle du Venezuela. Je crois que leurs propriétaires millionnaires épargneraient de l’argent si quelques-uns de leurs journalistes se coordonnaient pour écrire les articles de politique nationale et internationale. Il suffirait seulement de changer des noms et des données pour les remettre dans le contexte de chacun de ces pays. Car leurs textes sont uniformisés. Le discours est le même. Quoi qu’il en soit, j’admire les tours de passe-passe qu’ils font pour expliquer autrement la réalité.

J’ai revu les propositions de l’opposition en question. Les boliviens ont eu raison de lui donner une telle raclée avec leurs votes. C’est bien parce qu’elle ne proposait rien. La base de son discours consistait à critiquer et inventer des choses contre Evo et Alvaro García Linera, le vice-président blanc cultivé au cœur métis et guerrier. Elle, l’opposition, parlait de « changement », de « démocratiser », de « servir les majorités ». Et, l’on ne sait s’il faut en rire ou rester dubitatif, mais oui, ce sont les mêmes ou leurs comparses, leurs grands-parents et arrière-grands-parents qui ont dirigé le pays pendant des décennies, presque des siècles, comme s’il était leur propriété. Ils ont maintenu le pays prosterné devant le capital étranger et les décisions de l’ambassade étasunienne. Avant Evo, la Bolivie était le deuxième pays le plus pauvre du continent, après Haïti. Alors que les immenses richesses dont son sol regorge partaient vers les Etats-Unis et l’Europe.

Je me rappelle quand Evo est entré dans le palais présidentiel, le Palacio Quemado, situé sur la petite Place Murillo. Je suppose que les fonctionnaires qui servaient ici, se préoccupaient du fait que cet indien allait salir les parquets cirés. Evo voulut savoir à quoi servait chaque bureau. Après avoir vu le sien, il demanda quel était celui se trouvant juste à côté. On ne voulut pas l’ouvrir. Il fallait demander l’autorisation à une personne non bolivienne. Ou il fallait appeler un bureau en dehors. Devant l’insistance du nouveau président, il fallut l’ouvrir. Mieux : forcer la porte, car aucun Bolivien n’avait la clé. Le service de sécurité non plus. Il s’agissait du bureau de l’ambassade des Etats-Unis, celui du responsable de la CIA, plus particulièrement. Evo, avec assurance, ordonna d’appeler le responsable de la délégation diplomatique pour le déménager du bureau et du Palais. Ce fut son premier acte de souveraineté.

Deux nations ont touché l’orgueil européen et ont dû le payer : Haïti et la Bolivie. En Haïti, les esclaves noirs africains se rebellèrent à la fin du XVIII° siècle. Ils humilièrent la puissante armée française de Napoléon, déclarèrent l’indépendance d’Haïti, le premier jour de 1804, ainsi que la fin de l’esclavage, trois ans avant l’Angleterre.

C’est en Bolivie que sont nées les plus grandes révoltes indigènes contre la domination espagnole. Cela depuis le XVII° siècle. A la fin du siècle suivant, ce sont Tupac Katari et sa femme Bartolina Sisa qui prirent les armes. Des milliers d’indigènes les suivirent. Ils assiégèrent La Paz. Ils voulaient en finir avec l’esclavage auquel étaient soumis leurs frères de sang. Evidemment, cela ne s’appelait pas esclavage car les rois espagnols et le Vatican avaient décidé, depuis le XVI° siècle, que les indigènes possédaient une âme, qu’ils étaient des humains. Ce qui n’était pas le cas pour les noirs africains. Mais comme il fallait des bras dans les mines et dans les champs, on donna d’autres noms à l’esclavage. Après de nombreuses batailles, Tupac Katari et Bartolina furent capturés. Ils furent dépecés et leurs membres exhibés dans de nombreuses régions, pour que les autres sachent ce qui leur arriverait s’ils continuaient à s’insurger. Mais les cendres restèrent brûlantes, et peu après, les combats contre la domination espagnole, et européenne en général, éclatèrent sur tout le continent.

Depuis lors, les puissances européennes ont décidé que les peuples de ces deux nations devraient payer leur audace. Leur désir de liberté. Ils les ont condamnés à la misère.

La Bolivie, avec ses mines d’or et d’argent fit rayonner les nations européennes. Au prix de millions de vies, ces dernières ont volé tant d’argent que l’on dit qu’avec une quantité pareille, on aurait pu construire un pont jusqu’à Séville, la ville où arrivaient les trésors volés.

Ana Rosa, un petit bout de femme dont la tête contient une bibliothèque remplie de renseignements sur l’histoire, m’a surpris quand elle m’a raconté que le militaire Cornelio Saavedra avait pris une part décisive dans la « Révolution de Mai », qui fut le premier pas vers l’indépendance de l’Argentine. Il devint une figure éminente de la politique, jusqu’à devenir le président de la Première Assemblée du gouvernement des Provinces Unies du Río de la Plata. Saavedra était un bolivien, né à Oyuno, dans l’actuelle province de Potosí. Un grand détail que les argentins se sont un peu gardés pour eux.

Aujourd’hui, avec Evo et Alvaro, la Bolivie a repris sa souveraineté. Et la majorité de sa population, l’indigène, comprend que l’empire Inca est en train de renaître.

Hernando Calvo Ospina*, depuis Potosi (Bolivie)

*Journaliste et écrivain, collaborateur du Monde diplomatique.

Traduction : Hélène Vaucelle.

http://www.legrandsoir.info/l-odeur-de-la-bolivie-d-evo-et-d-alvaro.html

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 17:34

 par Mémoire des luttes

Rafael Correa

Mercredi 6 novembre 2013, le grand amphithéâtre de la Sorbonne a accueilli une conférence du président de l’Equateur, Rafael Correa, consacrée à la crise financière mondiale. Dans cette dernière, le dirigeant Latino-américain – en français – a développé quelles étaient, selon lui, les alternatives à cette crise causée par les seuls « fondamentalistes de marché » . Rafael Correa y appelle également les peuples d’Europe à prendre en main le destin du Vieux-Continent.

http://www.medelu.org/Conference-a-Paris-de-Rafael

Source : http://epresence.univ-paris3.fr/1/watch/298.aspx?startTime=1055

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