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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 00:00

Par Jérôme Leroy

 

Publié le 2 octobre 2010 à 10h58            http://www.causeur.fr/one-more-time,7477          

  Chavezelect.jpg 

                                       

   C’est toujours ennuyeux, un dictateur qui gagne les élections. Le dimanche 26 septembre, le parti socialiste unifié vénézuélien (PSUV) et le parti communiste vénézuélien (PCV), les deux principales formations qui soutiennent le président Hugo Chavez ont remporté les législatives du 26 septembre. Apparemment, le peuple vénézuélien ne comprend rien à l’économie de marché, ni à l’actualité internationale. Il faudrait le dissoudre.

 

Pragmatique, donc très à gauche
On pourrait essayer par un coup d’Etat. Le coup d’Etat est une spécialité latino-américaine, mais contrairement aux empanadas, ce n’est pas dans les cuisines des barrios qu’on la prépare mais dans celle de la CIA.
Depuis quelques années, la CIA est occupée sur d’autres fronts et n’en finit plus de payer son inconséquence au moment du 11 Septembre. Ils en sont encore à rechercher des espions qui parlent arabes sans l’accent de Brooklyn. Cela laisse un peu de temps pour la construction d’un socialisme du XXIème siècle du côté de Caracas, Quito, La Paz, Managua, Montevideo. Il faut tout de même faire attention, la bête mord encore. Elle a déposé l’année dernière le président bolivarien Zelaya et l’a remplacé par un gouvernement de droite soutenu par l’armée. Zelaya, il avait fait fort, tout de même, avec son chapeau de cow-boy. Il avait été élu sur le programme d’Alain Madelin et s’était mis à faire la politique de Mélenchon. Par pragmatisme.
C’est dur à comprendre aujourd’hui, dans un monde de droite, mais dans certains pays, être pragmatique, c’est être très à gauche. Comme De Gaulle en 1945, tiens. Et puis, là, ces jours-ci c’est Correa en Equateur qui a été obligé à coups de flingue de sortir l’hosto où il recevait des soins parce qu’une partie de sa police n’était pas contente.
Partout la gauche gagne des élections, en Amérique. Même la gauche à la Lula qui est une gauche très raisonnable qui plaît à la droite. En même temps, avec une croissance à 7%, c’est facile d’enrichir les pauvres sans appauvrir les riches. Lula est de gauche parce que le Brésil est riche. Le resterait-il s’il avait pris, comme le Venezuela, le choc de la crise mondiale de 2008 de plein fouet ? Chavez, lui, il l’est resté. Il a décidé que ce ne serait pas le peuple qui paierait. On n’est pas chez Sarkozy, il s’est dit, comme ça, Chavez. Moi je vais continuer à financer la santé gratuite, l’éducation pour tous et la consommation. Je vais même faire des magasins d’Etat. On y trouve la même chose que dans les supermarchés privés (qui existent toujours) mais en moins cher. Tant pis si monsieur Casino n’est pas content, on l’a nationalisé pour lui apprendre que la distinction valeur d’usage/valeur d’échange. Quand il s’agit de nourrir une population, ça ne se fait pas. Sinon après, on revient à la situation d’avant du Venezuela, potentiellement un des pays les plus riches d’Amérique Latine où l’on crevait de faim.
Il m’a toujours fait rire, d’ailleurs, cet argument d’un Chavez finançant le socialisme dans son pays avec sa rente pétrolière. Et alors ? On a l’impression, quand on entend ça, qu’il n’y avait pas de pétrole avant Chavez, que les gisements ont été découverts, coup de chance, juste après son élection de décembre 1998. Ils faisaient quoi, les gouvernements du Venezuela, avant, avec la rente pétrolière ? Et puis si tous les pays qui avaient du pétrole étaient des modèles de développement social et humain, ça se saurait. J’aimerais bien, moi, que l’Arabie Saoudite, elle se serve de son pétrole pour l’éducation des filles et l’émancipation féminine plutôt que de couper des mains et de lapider.

 

Un observateur international derrière chaque votant                                                        

  On aimerait bien pouvoir se dire que Chavez triche aux élections. Ce serait bien. Au Venezuela, qui a été le premier pays à initier ce mouvement que l’on appelle bolivarien et qui gagne tout le continent, il y a à peu près un observateur international derrière chaque votant. On ne sait jamais, c’est tellement vicieux, un vrai socialiste. Mais là, manque de pot, les seuls qui ont essayé de tricher dans la récente histoire électorale du Venezuela, c’est la droite. Une tentative de putsch particulièrement ridicule. Le président du Medef local, Carmona, s’est senti pousser des ailes en 2002 et a déposé Chavez en l’envoyant en prison pour moins de 36 heures après lesquelles une manifestation monstre comportant civils et militaires restés fidèles l’a ramené à son palais de Miraflores, qui ne sera pas la Moneda, désolé pour les nostalgiques de Pinochet.
Là, l’opposition a décidé de jouer le jeu démocratique. Elle s’est présentée et elle a été raisonnablement abjecte en jouant sur l’insécurité (tiens, tiens, tiens..) : on a notamment eu le droit à une photo de la morgue de Caracas en une de Nacional, le principal quotidien d’opposition. Il est actuellement poursuivi en justice pour ce qui apparaît de plus en plus clairement comme une manip de type Timisoara. L’insécurité, ça n’a pas marché plus que ça, au Venezuela. Il faut croire que ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que le Venezuela souffrait avant Chavez de l’insécurité ET de la misère noire. Maintenant, il n’y a plus que l’insécurité. Ce n’est pas parfait, mais c’est mieux, surtout quand on vit dans une société plus juste. Ca nous rappelle ce que Ferrat chantait dans Cuba si, en 67 :
Je sais que l’on peut vivre ici pour une idée
Mais ceci est une autre affaire.
Incroyable, inouï, difficile à admettre, mais apparemment les pauvres ne se sont pas laissés avoir par la propagande médiatique. Mais comment, me direz-vous ? Chavez, ce dictateur, ne contrôle pas toute la télé ? Eh bien, non ! La première à annoncer les résultats électoraux, ce fut une chaine d’opposition, Globo TV, trop heureuse d’annoncer que la majorité des deux tiers permettant l’adoption de lois organiques ne serait pas atteinte par les partis chavistes.
Je suis très content pour la pluralité du PAV (paysage audiovisuel vénézuélien). Vraiment. Parce que moi, une télé d’opposition, en France, je n’en connais pas. Ah, si TF1, mais seulement quand la gauche est au pouvoir.
Bon, que nos libéraux ne pleurent pas trop. Il y a une élection au Venezuela en 2012. Une présidentielle, en plus. Chavez va s’y présenter. Il sera peut-être battu, le dictateur.
En attendant, puisque la même année, il y en a aussi une chez nous de présidentielle, je lui proposerais bien de faire candidat unique de la gauche de la gauche, à Chavez. Je pourrais enfin voter au premier tour pour un candidat qui fera un score à deux chiffres, ce qui ne m’est pas arrivé depuis…
Depuis jamais en fait.

 

Jérôme Leroy est écrivain.   http://www.causeur.fr/auteur/Jleroy

 

 

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans La Revolution Bolivarienne