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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 13:35

Jeudi 7 octobre 2010  

Par Numancia Martínez Poggi

       

Le dimanche 26 septembre 2010 les Vénézuéliens ont voté pour élire les 165 députés de leur Assemblée nationale, chambre unique de la République bolivarienne. Allié à quelques petits partis, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) obtient 98 députés ; le PPT, parti qui a récemment quitté l’alliance révolutionnaire, obtient 2 députés ; La MUD , alliance hétéroclyte de l’opposition, obtient 65 députés.  

 

Enjeu limité  

L’opposition ferait donc son « entrée » dans l’Assemblée nationale et les médias du système impérialiste signalent avec insistance le grand événement démocratique. En fait dans l’Assemblée qui finira en décembre prochain il y a déjà une dizaine de députés qui appartiennent à l’opposition. Ismaël García par exemple, membre du parti Podemos, élu en 2005 avec les voix révolutionnaires, avait vite retourné sa veste afin que la chaîne de télévision Globovisión lui fasse concession de quelques minutes d’écran. Son parti est l’une des voix de l’opposition dans l’Assemblée depuis déjà longtemps. Il vient d’être réélu député, cette fois avec les voix réactionnaires, ce qui est somme toute un peu plus naturel. La situation dans l’Assemblée nationale n’est donc guère modifiée, excepté le fait que les députés de l’opposition sont plus nombreux qu’auparavant, bien que toujours minoritaires.  

On souligne, pour s’en réjouir ou pour le regretter, le fait que si les chavistes obtiennent bien la majorité absolue ils ne parviennent pas aux 110 députés (sur 165), ce qui aurait signifié une majorité de deux tiers. Ils ratent également, d’un siège, la majorité des trois cinquièmes. Ces majorités, des 2/3 ou des 3/5, dites majorités qualifiées, sont parfois nécessaires, par exemple pour effectuer certaines modifications de type institutionnel, voire constitutionnel. Cette difficulté que pourrait rencontrer la Révolution bolivarienne est cependant très relative parce que l’Assemblée nationale n’est hélas qu’un théâtre parmi d’autres de la confrontation politique, et certainement pas le plus important. Les chavistes ont eu cette majorité des deux tiers ces cinq dernières années, et n’avaient pourtant pas toujours la partie facile pour réaliser certains projets d’une urgence criante. Les forces principales de l’opposition, bien que boudant hors de l’Assemblée nationale, n’avaient pas cessé d’exister politiquement et elles mobilisaient d’immenses ressources pour continuer d’entraver ou de dévier tous les projets révolutionnaires.  

S’il est vrai que dans une démocratie parlementaire, fonctionnant normalement, l’Assemblée nationale est le lieu de prédilection pour le débat, au Venezuela c’est loin d’être le cas. L’opposition a pris l’habitude de disposer de structures, économiques, sociales, universitaires, médiatiques, etc., autrement plus efficaces que quelques députés pour peser sur la vie politique. Les héritiers de l’ancienne culture politique peuplent encore fortement les structures de l’État, ce sont autant de militants de l’opposition. Quoi qu’en dise Reporters Effrontés, les grands médias sont encore très majoritairement entre les mains des secteurs oligarchiques. Leur impact sur la vie sociale, sur la vie politique, est beaucoup plus fort que celui d’un simple élu du peuple. Le cas d’Ismaël García est de ce point de vue encore tout à fait parlant : c’est sa soif d’exposition médiatique qui l’avait mené à rejoindre le camp de l’opposition.  

Ainsi s’explique le choix fait par l’opposition de boycotter les élections parlementaires en 2005. Le prétexte était que le système électoral n’offrait pas les garanties de transparence suffisantes ; la réalité est que l’opposition avait acquis la certitude qu’une déroute l’attendait. Chávez avait en août 2004 réuni près de 60% des voix, et fin 2006 63%. Si l’opposition avait participé loyalement au scrutin, on peut imaginer qu’en 2005 les pourcentages eussent été du même ordre. Pour l’oligarchie et l’impérialisme la présence à l’Assemblée nationale n’est pas un objectif stratégique. L’opposition vénézuélienne ne se trouve pas dans la situation d’un parti de gauche qui jugerait, avec raison, que d’entrer dans une assemblée parlementaire est une grande victoire, une avancée stratégique. Quelques militants de gauche devenant députés peuvent gagner en surface médiatique et en aura politique. Dans certains pays cela peut même représenter une protection, et c’est parfois pour un parti l’occasion de mieux se structurer, de se développer. Que la gauche emporte la mairie de Lima, c’est pour nous une grande victoire qui comble de joie toute la gauche latino-américaine. Cependant toutes ces considérations ne sont pas pertinentes pour l’opposition vénézuélienne : la droite emporte la mairie de Caracas, cela ne change pas grand-chose à sa capacité d’action. Elle dispose déjà des ressources de l’immense capitalisme vénézuélien, médias compris, des confédérations patronales, des confréries de professionnels indépendants organisés, du système de distribution économique, etc. Culturellement, l’opposition contrôle encore bien des rouages décisifs. Le monde universitaire traditionnel, l’un des filtres d’accès à la bourgeoisie, est encore souvent contrôlé par l’opposition. Toutes les universités catholiques cultivent le militantisme anti-chaviste, et c’est également le cas de bien des universités publiques. Enfin last but not least l’opposition dispose de toutes les forces de l’impérialisme – en  fait c’est même plutôt le contraire.

   

Stérilité politique de l’opposition  

Au cas où l’opposition vénézuélienne s’astreindrait à venir parler politique dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, elle pourrait bien, en raison de son propre caractère composite, se retrouver piégée. Elle est truffée de cadres qui se prétendent de gauche, pour des raisons bassement électoraliste le plus souvent. Or, au sein de l’opposition c’est la droite qui commande.  

Que se passerait-il à l’Assemblée nationale en cas de débat pour la privatisation de l’entreprise CANTV, grande entreprise de téléphone, jadis d’État, privatisée avant la Révolution , puis à nouveau nationalisée sous Chávez ? Pour la politique étrangère le débat risque d’être très tendu à l’intérieur de l’opposition sur des sujets aussi importants que l’ALBA ou l’UNASUR. Le député Stalin González, sous-marin bien connu du parti « maoïste » Bandera Roja, pourra-t-il longtemps pratiquer le propos alambiqué ? Lorsqu’il sera en réunion avec María Corina Machado, caricaturale représentante de l’oligarchie traditionnelle, de quoi parlera-t-il ? Andrés Velásquez, ancien syndicaliste, vainqueur de l’élection présidentielle volée par Rafael Caldera en 1993, pourra-t-il résister au plaisir de faire faux bond aux truands de la IVème République  ? Les députés qui affectent de faire croire qu’ils sont de gauche pourront-ils, avec la droite décomplexée, défendre le patronnat étranger face à la législation sociale avancée de la République bolivarienne ?  Sur les thèmes de société les 65 députés s’aligneront-ils tous sur les positions extrémistes de l’Église vénézuélienne ?  

Le Chávez manœuvrier pourrait s’en donner là à cœur joie, avec ses coups de barre à gauche, ses coups de barre à droite, et dans toutes les autres directions. Des débats vont nécessairement s’ouvrir, qui certainement gêneront l’opposition, alors que les chavistes se présentent comme bloc politique de granite.

   

52% pour l’opposition, 100% mensonge  

Les résultats électoraux du dimanche 26 septembre dernier ont été présentés comme une victoire par l’opposition vénézuélienne. Elle a très vite affirmé avoir rassemblé 52% des électeurs, précisant que les chavistes battus dans les urnes avaient davantage de députés en raison de trucs et de magouilles. Últimas Noticias, le quotidien le plus lu du pays, présenté comme chaviste par Reporters Effrontés, titre : « MUD logró 52% del voto popular » (soit «  La MUD obtient 52% des voix »). Le quotidien El Nacional titre : « MUD : Candidatos representados en la unidad recibieron el 52% »  (soit « Selon la MUD , les candidats représentés dans l’alliance ont reçu 52% des voix »). Le quotidien Tal Cual sous le titre « Ganan y sin embargo pierden » (soit « Ils gagnent et pourtant ils perdent ») écrit : « Le dirigeant de la MUD Ramón Guillermo Aveledo affirme que l’opposition a obtenu 52% des voix »El Universal titre « Unidad asegura que obtuvo el 52% de los votos » (soit «  La MUD affirme avoir obtenu 52% des voix »). Ce ne sont là que quelques échantillons de la presse vénézuélienne que certains décrivent comme « muselée » par le très autoritaire président castriste du Venezuela. Le chiffre de 52% a également été diffusé par la presse française et par la presse états-unienne.  

En fait la MUD obtient 5 320 364 voix, soit 47,16%, et les chavistes 5 423 324 voix, soit 48,19%. Il n’est pas du tout normal que la MUD s’auto-octroie toutes les voix non chavistes, comme il ne serait pas normal que les chavistes s’attribuent toutes les voix non-MUD. Le PPT, qui obtient 353 709 voix, est de plus politiquement proche des bolivariens, même s’il est vrai que Chávez, parfois radical, a publiquement reproché à ce parti d’avoir intégré dans ses rangs le gouverneur Henri Falcón. Le parti MEP, également extérieur aux deux grands blocs, est lui-aussi plus proche de Chávez que de l’opposition. Une fois convaincus leurs électeurs qu’ils avaient gagné les élections, comme souvent, les dirigeants de l’opposition ont bien voulu accepter l’idée qu’ils n’avaient pas gagné les élections.  

Une autre polémique a alors surgi en raison de la différence dans les proportions, en voix et en sièges. La MUD a 47% des voix mais obtient à peine 40% des sièges, les chavistes ont 48% des voix et presque 60% des sièges. Chávez a expliqué à la journaliste de RFI Andreína Flores, qui avec insistance l’interpellait sur ce point, que les bolivariens ont aussi, à une plus petite échelle, été victimes de ce genre de déséquilibre. Dans l’État du Zulia les bolivariens ont obtenu 45% des voix, mais ils n’ont que 3 députés sur 15, soit 20%. Dans l’État d’Anzoátegui l’opposition obtient 52,24% des voix, lesquelles se transforment en 7 députés, soit 87,50% des sièges de l’État. Autre facteur important, les chavistes sont souvent majoritaires dans les provinces, et cela est un avantage. Les électeurs des États ruraux sont en effet surreprésentés parce que l’Assemblée nationale est en partie l’héritière du Sénat de la IVème République où ce déséquilibre était de rigueur. Finalement les classes aisées ont tendance à résider en des zones très homogènes socialement. Dans certaines zones, comme à Baruta et à Chacao, l’opposition emporte largement plus de 80% des suffrages. Le pays « normal » est plus mixte, socialement et politiquement.   

   

Tassement du vote chaviste  

Il reste vrai que ces résultats sont inquiétants pour le mouvement bolivarien. L’opposition est maintenant capable de réunir facilement plus de 5 millions de voix – c’est la deuxième fois. Dimanche 26 septembre 2010 il ne s’en est pas fallu de beaucoup que l’opposition ne fût majoritaire, quelque 100 000 voix de différence sur 17 millions d’inscrits. Depuis 2006 l’opposition croît et beaucoup croient encore au Venezuela que ce n’est pas très important parce que Chávez garantit à la Révolution les victoires électorales nécessaires. Nous pourrions prendre les chiffres des représentants au Parlement latino-américain, qui ont été élus sur des listes nationales, également le dimanche 26 septembre. Les chavistes obtiennent une victoire un petit peu plus nette, la différence atteignant en ce scrutin presque 200 000 voix.  

Cela ne change rien au rapport de force global dans les joutes électorales. Chávez avait obtenu 7 gros millions de voix en décembre 2006. La tendance global pour les chavistes est bien au tassement, même s’il est perceptible que l’électorat révolutionnaire continue d’exister, ne se mobilisant en force que quand la figure de Chávez est l’enjeu. Ainsi lors du référendum pour l’amendement constitutionnel en février 2009 Chávez avait obtenu plus de 6 millions de voix.  

Après la victoire de l’opposition lors du référendum pour la réforme constitutionnelle de fin 2007 Chávez avait parlé de la nécessité d’adopter la stratégie des 3R : « Réviser, Rectifier et Ré impulser ». Certains documents avaient repris ces trois orientations, certains les avaient même transformées en slogan. Mais les faits, comme souvent, n’ont pas suivi les slogans. Le dimanche 3 octobre 2010, une semaine après les élections, le président lui-même souligne dans Las Líneas de Chávez que le haut niveau de mobilisation observé pendant la campagne électorale ne s’est pas traduit en votes effectifs, ce qui revient à admettre que le compte des voix n’est pas satisfaisant. Chávez indique donc qu’« une vigoureuse relance des 3R s’impose, maintenant au carré (…) », si bien que « la formule d’aujourd’hui c’est 3R² ! », avec une petite nuance : « Réviser, Rectifier et Relancer ». Il propose aussi d’ouvrir « un ample débat interne sur la base de ce qui était la proposition électorale : ‘‘Le Peuple à l’Assemblée !’’ ». Ce slogan électoral doit, poursuit le président, « devenir notre devise et notre praxis, avec efficacité politique et qualité révolutionnaire. »  

Vladimir Acosta, brillant intellectuel vénézuélien qui accompagne la Révolution bolivarienne, s’exprime sur Radio Nacional de Venezuela (RNV) (www.aporrea.org/actualidad/n166947.html). Il signale qu’il y a « une tendance inquiétante » dans l’évolution des scores électoraux. « C’est un avertissement, et ce n’est pas le premier avertissement », insiste-t-il. Acosta propose ensuite quelques explications très vraisemblables. Il parle d’une gestion « arrogante », de citoyens qui se sentent « humiliés » dans les services publics, de « bureaucrates inefficaces », etc. Il signale le mauvais fonctionnement de certains services, où le public souffre, ce qui provoque « lassitude » et « déception ». Les voix que Chávez gagne en campagne avec son enthousiasme communicatif sont en effet neutralisées par le nombre des ex-électeurs chavistes refusant de voter, « las » de s’être trop heurtés à des bureaucrates insensibles.  

Durant la période parlementaire de 2001 à 2005, l’opposition avait plus de 80 députés présents dans l’Assemblée nationale. Ils étaient des acteurs mineurs des grandes offensives de l’opposition, en avril 2002, en janvier 2003, en août 2004, etc. Les forces les plus menaçantes étaient alors, plutôt, les grands médias, les militaires putschistes, les oligarques qui tenaient séquestrée l’économie pétrolière, etc., autant de dangers nettement diminués aujourd’hui. Espérons que les 65 députés qu’aura l’opposition entre 2011 et 2015 joueront le jeu du débat démocratique.  

Lula est très populaire, au Brésil comme à l’étranger, on parle parfois de 80% d’acceptation. Dilma Rousseff, la candidate qu’il soutient, a obtenu 44,63% des voix. 48,18% pour les chavistes au Venezuela, c’est donc somme toute un score très enviable au bout de onze années de navigation face à la tempête impérialiste.  

Il reste que des décisions simples, élémentaires et connues, doivent être prises pour éliminer certains inconvénients qui compliquent la vie quotidienne au Venezuela.

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans La Revolution Bolivarienne