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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 16:16
Source : Counterpunch http://www.counterpunch.org/maher01122007.html
Par George Ciccariello-Maher Les 12-14 janvier 2007 Aucune nouvelle en provenance du Venezuela n’a autant troublé à l’étranger, particulièrement aux Etats-Unis, que la récente décision du gouvernement Chávez de ne pas renouveler la concession de Radio Caracas Télévision (RCTV). Beaucoup sont allergiques, peut-être avec raison, à ce tout ce qui peut ressembler à une attaque contre la liberté d’expression. Cette réaction hypersensible néglige cependant un détail important de cette affaire : le non renouvellement de la concession de RCTV n’a tout simplement rien à voir avec la liberté d’expression. Le discours de l’opposition et de la presse étrangère selon lequel la liberté de la presse serait foulée aux pieds est basé sur une série de fausses affirmations : 1. Le gouvernement vénézuélien se comporte de façon anormale. L’opposition présente cette affaire comme s’il s’agissait d’un pas de plus vers l’autoritarisme et le fascisme. Beaucoup disent que le Venezuela s’est déplacé en dehors des normes démocratiques qui caractérisent l’ère de l’après-guerre froide, ainsi le non renouvellement de la concession de RCTV est une nouvelle illustration de ce penchant. Rien n’est cependant plus éloigné de la vérité. La Constitution Bolivarienne de 1999, comme toutes les constitutions, signale des obligations envers les medias privés et fait notamment référence pour ces derniers à la notion de " responsabilité ". Les propriétaires des grands medias ont exprimé leur inquiétude sur ce point, et non sans raison, puisqu’ils se sont comportés de façon irresponsable pendant assez longtemps. Si cette disposition constitutionnelle avait des conséquences dans la législation et si elle était appliquée, les medias privés pourraient affirmer que leur existence est un peu plus difficile que pour d’autres medias dans le monde. Mais en fait la législation et les réglementations n’ont rien d’extraordinaire. La loi de responsabilité pour les medias, loi RESORTE, a comme objectif " la responsabilité sociale des fournisseurs de service de radio et de télévision " ; de plus elle protège les droits des enfants et elle accroît la quantité d’émissions produites dans le pays. Cependant, l’idée selon laquelle les medias qui reçoivent une concession ont des responsabilités n’est pas particulière au Venezuela. Malgré la déréglementation du début du gouvernement Reagan, la loi FCC aux Etats-Unis est de même nature. Comme nous savons, la loi FCC édicte des restrictions de contenu pour la programmation (plus strictes, doit-on dire, que dans bien des pays européens) et elle peut très bien réduire au silence qui enfreint ces restrictions. Depuis le " dépassement vestimentaire " de Janet Jackson, l’application de ces restrictions a été plus rigoureuse (ainsi le cas des diligences de la FCC pour fermer l’émission du vil animateur radio Howard Stern, pour ne pas parler des fermetures de medias plus petits). Et nous ne parlons là que de soi-disant cas d’" obscénité ", en rien comparables aux accusations portées contre la chaîne RCTV qui, comme c’est bien connu, a participé activement à une conspiration qui a provoqué plusieurs morts et a utilisé ces morts pour provoquer un coup d’Etat en avril 2002. A la suite de cela RCTV a participé activement au sabotage pétrolier qui a frappé l’économie vénézuélienne en décembre de la même année. Bien que cela ne soit pas une excuse, on pourrait parler des visites du FBI à la suite de    " menaces " contre George W. Bush, bien qu’il s’agît d’incidents individuels et isolés, à la différence des rébellions organisées et des assassinats prémédités dont se sont rendus responsables les medias vénézuéliens. 2. Les " droits humains " sont violets Lors de la présentation du nouveau gouvernement de Chávez, Jorge Rodríguez –pour sa première intervention en tant que vice-président– a abordé le thème RCTV. Il a commencé par la définition du mot " concession " dans le dictionnaire : " l’outil juridique par lequel l’administration cède à une personne soit l’utilisation privée d’un espace qui relève du domaine public soit la gestion d’un service public, pour une période déterminée et sous certaines conditions ". Rodríguez a ajouté que " ce n’est pas Hugo Chávez qui dit cela, c’est le dictionnaire ". Les medias d’opposition ont quant à eux aussitôt essayé de présenter le thème du non renouvellement de la concession de RCTV comme la violation d’un droit humain. Ce " droit " apparemment signifie le droit d’un grand conglomérat médiatique privé de disposer sans restriction d’un bien public, d’utiliser ce bien public et d’abuser de ce bien public pour en tirer un profit sans assumer la moindre responsabilité. Lorsque le PDG de RCTV Marcel Granier tente d’attirer les sympathies des cœurs libéraux, il adjoint dans ses affirmations que les droits humains des travailleurs sont violets. Oui, vous avez bien lu, RCTV (une branche du groupe d’affaire 1BC) est préoccupé par les droits des travailleurs. Le gouvernement a rapidement répondu que la concession n’est pas refusée aux travailleurs et il a encouragé les travailleurs de RCTV à s’organiser collectivement et à revendiquer la gestion de la concession pour eux-mêmes. 3. Le gouvernement " ferme " un media. Beaucoup ont cependant affirmé que le gouvernement " ferme " un media de façon unilatérale, et que cela représente une attaque contre la liberté d’expression. L’argument est le suivant : moins il y a de medias moins il y a de liberté de presse. Il est doit être clair que ces arguments –assez confus et peu solides– ne sont pas applicables en l’occurrence. On ne ferme pas la deuxième chaîne –RCTV– ; la diffusion continuera. La concession gérée par une entreprise privée n’est pas renouvelée, et elle sera donnée soit à une autre entreprise privée soit à entreprise mixte public privé soit à un collectif de travailleurs soit, finalement, à une combinaison de ces options. Lors de son discours Rodríguez a clarifié ce point : " Est-ce que le gouvernement bolivarien ferme une chaîne de télévision ? Est-ce qu’il viole la liberté d’expression ? Non, il ne révoque même pas une concession. La seule télévision qui a été fermée durant les huit années de gouvernement c’est la chaîne Venezolana de Televisión lors de la nuit tragique du 11 Avril 2002 ". Malgré toute leur rhétorique, les magnats de la presse qui gèrent RCTV –tout comme les autres chaînes d’opposition comme Venevisión ou Globovisión– ne se sont guère inquiétés de la liberté d’expression lorsqu’ils ont soutenu ce bref coup d’Etat [d’avril 2002] qui a immédiatement fermé le seul media qui représente la majorité des pauvres de la population, ainsi que d’autres medias comme Catia TV. En fait le simple fait que RCTV puisse continuer de diffuser par câble et par satellite montre que ce qui est en jeu c’est l’usage privé d’un bien public et non la fermeture d’un media. 4. C’est un acte " anti-démocratique " L’affirmation selon laquelle le non renouvellement de la concession de RCTV viole les normes démocratiques est liée aux affirmations ci-dessus, invoquant ainsi le " droit " inaliénable pour les entreprises privées à disposer d’un bien public. Sur Vive TV l’intellectuel vénézuélien Luis Britto García a précisé qu’il s’agit y compris en l’occurrence d’une affaire d’exigence démocratique, mais dans le sens opposé à la conception des medias de l’opposition. Le non renouvellement de la concession de RCTV est un pas en avant vers la démocratisation des ondes. Quel socialisme pourrions-nous construire, demande Britto, et particulièrement quelle sorte de socialisme démocratique, si l’accès aux ondes reste dans les mains d’une petite oligarchie de magnats disposant de ramifications internationales ? Qu’est-ce qui pourrait être plus démocratique que de donner la deuxième chaîne aux 63% de Vénézuéliens qui ont voté pour Chávez ? Qu’est-ce qui pourrait être plus démocratique que de permettre aux travailleurs de RCTV d’organiser leur propre télévision ? Et qu’est-ce qui pourrait être plus démocratique que de permettre l’accès aux ondes de ceux qui étaient traditionnellement exclus par l’oligarchie médiatique? Et s’il faut parler de " démocratie ", le PDG de RCTV Marcel Granier n’est pas le mieux placé. Après tout, lui et d’autres propriétaires de medias ont participé en avril 2002 à un coup d’Etat anti-démocratique et oligarchique contre le dirigeant démocratique élu à plusieurs reprises. (Pour bien saisir le rôle des medias lors du coup d’Etat, regardez le film " La Révolution ne sera pas télévisée "). 5. Il s’agit d’une question de " liberté d’expression " Lors d’une récente déclaration le secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains (OEA) José Miguel Insulza a critiqué le gouvernement vénézuélien qui affaiblit " le pluralisme médiatique ". Tout en admettant qu’il s’agit d’une question qui relève de la législation vénézuélienne, Insulza a tout de même jugé opportun de considérer que le geste " semble être une forme de censure en opposition à la liberté d’expression ". Hugo Chávez a répondu dans le style bien personnel qui est le sien : " Insulza est un idiot, du ‘‘i’’ au ‘‘t’’ " [le mot espagnol : ‘‘pendejo’’]. Le gouvernement vénézuélien a interprété les propos du secrétaire général de l’OEA comme une intromission dans une thématique qui relève de la souveraineté vénézuélienne et a demandé sa démission. (Rappelons que le Venezuela fait partie des pays qui se sont battus pour qu’Insulza soit maintenu à son poste). S’il reste quelques doutes sur la question de savoir si le non renouvellement de la concession à RCTV représente une attaque contre la liberté d’expression, il suffit de poursuivre la logique de l’argumentation. Lors d’une séance de l’Assemblée Nationale portant sur les déclarations d’Insulza, un député MVR a signalé que le secrétaire général de l’OEA allait voir le Venezuela récupérer des " concessions " du même genre, spécifiquement celles qui sont habituellement données aux entreprises pétrolières qui ont pillé le Venezuela pendant des décennies. Il n’y a pas de différences qualitatives entre les deux types de concession : les deux ont été traditionnellement et anti-démocratiquement cédées à de grandes entreprises à qui on donnait carte blanche pour réaliser des profits sans limites grâce à un bien public. Non, il ne s’agit pas d’une question de " liberté d’expression " ; mais il s’agit plutôt, selon le mot du ministre des affaires étrangères Nicolás Maduro d’en finir " avec les écœurants privilèges de l’oligarchie de la communication alliée à la finance internationale ".
George Ciccariello-Maher vit à Caracas.
Son email est : gicm@berkeley.edu
Traduction : Numancia Martínez Poggi

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Revue de Presse