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11 janvier 2006 3 11 /01 /janvier /2006 10:48
 

DECORTICAGE D’UNE MANIPULATION

 

 

Hugo Chávez aurait tenu des propos antisémites. Lesquels, au juste ?

 

(Tous les passages soulignés le sont par moi, MV).

 

 

I- Cinq versions dont deux sont fausses.

 

 

1- Version de Libération, le 9 janvier 2006.

 

« Le credo antisémite de Hugo Chávez par Jean-Hébert ARMENGAUD.

 

Antinéolibéral, anti-impérialiste... et antisémite ? Le président vénézuélien Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine, a identifié les «maîtres du monde» : «Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ.» Cette «minorité s'est emparée des richesses du monde».

 

 

2- Version du MONDE, le 09 janvier 2006

 

« Le centre Wiesenthal accuse Hugo Chávez d'antisémitisme.

 

Le président vénézuélien, Hugo Chávez, connu pour ses diatribes anti-impérialistes, a tenu des propos antisémites lors de son discours de Noël, prononcé le 24 décembre. Ces propos, passés un temps inaperçus, ont été dénoncés par le centre Simon Wiesenthal, une organisation juive basée à Los Angeles, vendredi 6 janvier.

 

"Le monde appartient à tous mais une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, s'est emparée des richesses mondiales", avait déclaré le président lors d'une visite dans un centre d'hébergement de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l'Etat de Zulia. Ce discours, retransmis en direct à la télévision nationale, est toujours visible sur le site Internet du ministère de la communication du Venezuela. »

 

 

3- le paragraphe entier, traduit en français (source proposée ci-dessus par le Monde  http://www.mci.gob.ve).

 

« Je viens de terminer ce matin le dernier rapport de l’ONU sur la situation du monde et c’est alarmant. C’est pour ça que je dis que aujourd’hui plus que jamais en 2005 ans, il nous manque Jésus Christ, parce que le monde est en train de se consumer jour après jour ainsi que les richesses du monde, parce que Dieu et la nature sont sagesse, le monde a de l’eau en quantité suffisante pour que chacun ait de l’eau, le monde a suffisamment de richesses et de terres pour produire de la nourriture pour la population mondiale, le monde a suffisamment de pierres pour construire pour que personne ne soit laissé sans habitat. Le monde possède pour tous, donc, mais dans les faits DES minorités, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d ici et le crucifièrent aussi a leur manière a Santa Marta en Colombie. Une minorité s’est appropriée les richesses du monde, une minorité s’est appropriée l’or de la planète, de l’argent, des richesses minérales, des eaux, des bonnes terres, du pétrole, de toutes les richesses donc, et a concentré les richesses entre quelques mains : moins de 10% de la population du monde est propriétaire de la moitié de la richesse du monde entier et … plus de la moitié des habitants de la planète sont pauvres et chaque jour il y a de plus en plus de pauvres dans le monde. Ici, nous avons décidé de changer l’Histoire.»

 

 

4- L’extrait incriminé, dans la langue où il a été prononcé (même source) :

 

« El mundo tiene para todos, pues, pero resulta que unas minorías, los descendientes de los mismos que crucificaron a Cristo, los descendientes de los mismos que echaron a Bolívar de aquí y también lo crucificaron a su manera en Santa Marta, allá en Colombia. »

 

 

5- Le même en anglais (source : dépêche d’AP) : 

 

« The world has enough for all, but it turned out that some minorities, descendants of those who crucified Christ, descendants of those who threw Bolivar out of here and also crucified him in their own way in Santa Marta , there in . A minority took the world's riches for themselves. »

 

 

II - Troncatures, erreurs, manipulations et traductions hasardeuses.

 

(Merci à Romain Migus, un français du Venezuela pour son apport sur des points développés ici).

 

- Pour faire croire que Chávez visait les juifs (que même les pires antisémites n’ont jamais accusés d’avoir tué Bolivar), il fallait absolument mutiler sa phrase en enlevant «  les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d’ici et le crucifièrent aussi à leur manière à Santa Marta en Colombie. »  Ainsi on fait dire à Chávez que « LA minorité » qui a crucifié le Christ s’approprie les richesses mondiales. Par cette troncature et l’interprétation qu’ils font du texte restant, les journalistes de Libération et du Monde (et non pas Hugo Chávez) ressuscitent le credo nazi de l’antisémitisme : le juif déicide et cupide. Ils attisent, dans les inconscients troubles, les braises de racisme, ils commettent la faute dont ils accusent mensongèrement Hugo Chávez : c’est l’éternelle histoire du voleur qui crie au voleur !

 

- Au début de la phrase disputée, Chávez dit « unas minorias » qui se traduit par « LES minorités » et non par «une minorité ». Il désigne les différents types d’empire, de puissances, de classes qui, au fil des siècles, se sont accaparés de ce qu’il considère comme des biens publics mondiaux. Ainsi de l’Empire Romain qui condamna à mort le Christ, de la nouvelle oligarchie hispano-créole qui laissa mourir Bolivar sans même une chemise, ainsi de la bourgeoisie capitaliste propriétaire des sous-sols de notre planète.

 

- Jean-Hébert Armengaud est spécialisé dans les accusations les plus infondées contre le gouvernement bolivarien du Venezuela. Voir : « Quand Libération suggère de destituer Chávez » http://www.acrimed.org/article1723.html, « Lula le « gentil réaliste » - Chávez le « méchant populiste » http://www.observatoire-medias.info/article.php3?id_article=156, « Venezuela : réaction à la couverture de Libération » http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=411, « Chávez est politiquement inculte » dit Teodoro Petkoff. http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=521, etc.

 

- Hugo Chávez ne visitait pas « un centre d'hébergement et de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l'Etat de Zulia.» Accompagné du maire de Caracas et de quelques ministres il visitait un « Noyau de Développement Endogène», modèle bolivarien d’une économie alternative.

 

- L’Etat du Miranda ne peut pas être situé dans l’Etat du Zulia.

 

- La vérité est que Chávez, pas une fois dans sa vie, n’a tenu des propos antisémites. Il est catholique, il parle à des pauvres gens catholiques, la nuit de Noël. Le Monde et Libération notent d’ailleurs qu’il a célébré « Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (...), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste », avant de conclure : « Plus que jamais le Christ nous manque. » Lors de sa réception par Georges Sarre à la mairie parisienne du XIe arrondissement, Chávez a déclaré que le « Christ fut le premier socialiste et Judas le premier capitaliste ». On s’étonnera de ces discours (Quid de la séparation de l’Eglise et de l’Etat ?) si l’on ignore l’imbrication de la religion et de la politique en Amérique latine, marquée par des soutiens d’une partie de l’Eglise aux pires dictatures, tandis que l’autre partie s’engageait courageusement aux côtés des peuples massacrés. L’histoire de l’Amérique Latine inclus cette division théologique. C’est dans ce contexte que Chávez parle le 24 décembre 2005. On pourrait ajouter que, pendant le coup d’Etat de 2002, alors que l’ordre de l’abattre avait été donné, Chávez, prisonnier, avait trouvé un réconfort dans son portefeuille : une image qui ne le quitte jamais, celle de la Vierge Marie.

 

- Les lecteurs sont effrontément invités par les journalistes caviardeurs à consulter le site (http://www.mci.gob.ve) du Ministère de la Communication et de l’Information du Venezuela pour vérifier la véracité des faits allégués, sûrs que très peu iront éplucher un document de 26 pages, en espagnol (l’extrait en question se trouve en bas de la page 15). Parions ici que ceux qui le feront et qui écriront ensuite aux deux quotidiens seront censurés, sauf si la protestation déferle sur de nombreux sites Internet ou par des courriers de lecteurs, jusqu’à rendre le silence intenable.

 

III - Le chien ne décide pas de la mort du lion (proverbe chinois).

 

Il ne faut pas s’attendre à voir cette presse publier un erratum et encore moins à faire son mea culpa. La règle est de s’en dispenser, sauf pour des erreurs de détails ou idéologiquement vénielles. Mais nous sommes ici au coeur d’une offensive politique(1).

 

Là où l’opposition vénézuélienne a été laminée dans les urnes, là où le coup d’Etat de 2002 a échoué, là où le sabotage économique et la grève du grand patronat se sont retournés contre lui, là où les « casserolades » des dames emperlouzées ont sombré dans la ridicule, là où la CIA et les groupes paramilitaires piétinent, là où l’assassinat de Chàvez s’avère difficile à organiser, la où la force armée bushienne renâcle à s’aventurer, le « quatrième pouvoir », équipé de l’escopette du mensonge, lance sa dérisoire attaque d’inconsistants postillons dans les omoplates de Chávez avec le fol espoir de noyer son peuple.

                                                                                                     

Maxime Vivas

(1) Laquelle peut avoir deux cibles parentes En effet, la particularité de la presse quotidienne est d’informer dans les heures qui suivent un événement. Or, Chávez est vilipendé le 9 janvier pour ce qu’il aurait dit le 24 décembre. Pourquoi, demanderont les esprits suspicieux, ce retard de quinze jours, sinon pour que l’attaque soit proche de la date du Forum Social Mondial à Caracas (ce mois-ci), l’intention étant d’y semer un trouble ?

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation