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11 janvier 2006 3 11 /01 /janvier /2006 12:00

http://lionel.mesnard.free.fr/

 « Le credo vichyste du journalisme franco-vénézuélien»

Par Lionel MESNARD, Le 11-01-2006

Si tu veux de te débarrasser d’un ennemi, dis de lui qu’il a la rage. En France, on pourrait remplacer le terme rage par antisémite et obtenir au final le même résultat. Cette fois ci la manouvre est plus que grossière, sur le fond elle met en évidence une pratique journalistique qui s’apparente à une manipulation à des fins peu scrupuleuses. De la propagande de bas étage, et très révélateur du peu de souci de la mémoire, si l’on oublie les faits, les invraisemblances et surtout un amalgame digne d’un esprit un tantinet malsain. Je me réveillais lundi (9 janvier 2006) au lueur du journal du matin de Canal plus et que fut ma découverte quand j’entendis les propos d’une commentatrice sur Hugo Chavez, en me rasant (rassurez vous, je ne me suis pas coupé). La source émanait du journal Libération, et le président vénézuélien lors d’une allocution le soir du 24 décembre 2005 aurait émis des propos antisémites. Par après, je me connectais à internet pour lire l’article

« le credo antisémite de Hugo Chavez ». Je découvrais au passage un ou deux articles relayant cette information au demeurant troublante.

On peut se dire qu’en peu de temps le stratagème aura été levé, que la manipulation opérée par Jean Hebert Armengaud n’est pas la première. Oh, ce monsieur connaît bien le Venezuela et en particulier les quartiers généraux de l’opposition et traîne rarement ses guêtres dans les barrios populaires de Caracas. Que voulez vous un si grand reporter de presse ne peut pas vraiment aller chercher n’importe où ses infos. Il vaut mieux crier au loup et dans les cocktails mondains sur la « dictature » de Hugo Chavez, et a peu de distance du palais présidentiel de Mira Flores. L’ennui pour ce piètre manipulateur, c’est que depuis 2000, le Venezuela connaît un lot de visiteurs et de résidents nouveaux. Pas vraiment dupes, et dans mon cas choqué en 2004 sur ce que je lisais dans Libération et Le Monde. Quand sur place, il n’y avait rien à voir avec ce que je découvrais dans les colonnes de ces 2 journaux. Dans ce cas, on devient très alerte sur le contenu, et apparemment la supercherie est cette fois-ci levée. Dans le cas du journal Le Monde, le plus grave consiste à reprendre l’information sans en vérifier le contenu et quasiment avec les mêmes arguments ou doutes erronés.

J’ai écrit, il y a quelques mois un texte sur le Venezuela, celui-ci parlait de comment un « 29 novembre 2004 » (1) la police métropolitaine avait fait irruption dans les locaux de l’Ecole Israélite de Caracas, un après-midi durant et en raison de l’assassinat du procureur Danilo Anderson. Et j’ai écrit aussi sur le négationniste argentin Ceresole disparu en 2003 (2). J’expliquais comment certaines thèses antisémites fonctionnent au Venezuela en resituant aux mieux les évènements, et en sachant que comme partout il y a des antisémites, et en particulier une église catholique très réactionnaire et ayant expliqué pendant 500 ans que les auteurs de la mort du christ étaient les « juifs », en oubliant la judaïté du fils de Dieu. Ce que soulignais mon texte c’est à quel point on s’est peu préoccupé après 1945 de la venue de certains migrants allemands nazis, et comment avec des capitaux et des organes de presse ce petit monde avait prospéré sur tout le continent américain (USA inclus). Faire état de la place des thèses des extrêmes-droites venues d’Europe sous les dictatures fascistes sud américaines est un fait avéré, mais peu évoqué par la presse dominante. Il faudrait faire un travail d’enquête, cela demande une autre perception du journalisme. Pour un « Garaudy latino », combien de criminels nazis sont morts tranquillement dans leurs lits de Washington à Buenos Aires ?

Il y a de quoi rester alerte sur le Venezuela et chercher une autre lecture de ce pays. Que Hugo Chavez un soir de Noel et de réveillon ait des accents christiques, cela n’a rien de très étonnant. Il ne cache pas ses convictions religieuses dans le débat politique, et ses références au Christ libérateur refont surfaces. Pour nous en France, c’est assez peu compréhensible, du moins de quoi agacer une libre pensée très hexagonale. Mais de là à désigner tous les catholiques comme des antisémites, se serait absurde ; à vouloir dénoncer en utilisant les pires armes de la délation, c’est proprement un reste de l’esprit vichyste. Faut il être un tant soit peu tordu pour s’attaquer à un individu et n’en montrer qu’un portrait faux, délibérément outrancier. Et il suffit qu’un journaliste lance un article, il sera relayé sans fondement et aidera une fois de plus à dire que ce qui se passe au Venezuela revient à une alliance des rouges et des bruns. Plutôt que de s’interroger sur comment de Libération à l’Express on lit les mêmes erreurs, les mêmes excès. Cette pratique qui consiste à faire dire le contraire est très en vogue outre atlantique, quand il s’agit d’éliminer ses adversaires. Maurice Lemoine aborde dans son « Chavez Presidente », quelques traits de ces aboyeurs de la presse présidentielle, qui d’un élément vont le transformer et en faire une accusation supplémentaire à l’encontre du pouvoir chaviste.

Pour tourner la page de ce très mauvais gag, saluons le texte de Romain Mingus (3) qui met court en peu de temps à cette information infondée sur l’antisémitisme du président vénézuélien. En tout cas c’est un moyen de comprendre pourquoi, plus que jamais il faut une presse libre et indépendante des pouvoirs politiques et financiers. Pauvre Jean-Paul Sartre, qu’ont ils fait de ce journal ? On peut comprendre pourquoi en 10 ans Libération est passé d’environ 300.000 lecteurs à 160.000 par jour. De quoi être fort chagrin de ne pouvoir plus trouver en kiosque un quotidien de référence. Je ne sais plus vraiment si il existe une déontologie journalistique. Du moins cet exemple est assez significatif de la mauvaise foi, de la peur de perdre son emploi qui agit dans de nombreuses salles de rédaction. Il faut vendre, faire dans le sensationnel. C’est vrai, on est très loin du journal qui ouvrait ses colonnes aux taulards et la nostalgie n’a plus lieu d’être. Il est anormal d’utiliser la mémoire à des fins cyniques et dérisoires, c’est une offense surtout aux disparus et à leurs enfants pour agiter de vieilles nostalgies franchouillardes. En fait, je me découvre comme une nausée quand je pense à certains médias. Et le pied de nez posthume de François Mitterrand est de penser que le qualificatif « de chien » est un peu abusif notamment pour les canidés.

(1) dans l’article de Libération est omise la date de 2004, il est cité un « 29 novembre » sans précison de l’année, quitte à le faire passer pour récent.
(2) Venezuela, le Retour de l’Histoire, texte en ligne sur le site :
http://lionel.mesnard.free.fr
(3) Article de Romain Mingus, ci-dessous…

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Published by Cercle Bolivarien de Paris - dans Le venin de la désinformation