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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 11:28

 

«Sans surprise, le président Maduro s’est emparé de la dernière institution qui échappait à son pouvoir » : tel est le commentaire de Ouest-France suite à l’élection des listes du GPP (grand pôle patriotique), dont la composante principale est le parti chaviste PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela) avec 67,6 % des suffrages exprimés, 20 % pour la droite et 69 % d’abstention. Mais 67,6 % n’est-ce pas un peu faible ? Un dictateur, c’est 90 % minimum, non ?!!

L’abstention est importante certes, mais pas nouvelle dans ce type d’élection – elle était de 75% lors des législatives de 2005 – et pas étonnante vu la situation de crise économique, politique et sanitaire que vit le pays.

Elle est appelée par la droite la plus dure (qui avait par avance dénoncé les fraudes, lui évitant d’avoir à les prouver), mais est due aussi à une déperdition de 2 millions de voix chavistes.

Ce scénario a été utilisé déjà lors des présidentielles de mai 2019, avec appel au boycott, suite à des pressions (des directives plutôt) de Washington (voir Solal n°115). Cette fois-ci, les USA et l’UE, soutenant à bras le corps Guaido, avaient dénoncé aussi par avance le scrutin et fait changer d’avis un certain Henrique Capriles, un des opposants les plus importants.

Alors pourquoi cette stratégie ?

Après tout la droite pouvait gagner, après la victoire aux dernières législatives de 2015. Selon son discours la population honnissait le pouvoir ; les conséquences sociales de la crise économique auraient dû détourner la population de ceux désignés comme uniques responsables.

Mais, imaginons quand même qu’elle perde (cas quasi impossible sauf si cette même population détestait encore plus la droite !), mais alors elle aurait été obligée de reconnaître que le chavisme était majoritaire, contrairement à ce qu’elle annonçait.

En 2016, au milieu du mandat de Maduro, la droite avait demandé la tenue d’un référendum révocatoire, qu’elle aurait peut-être gagné (ou perdu, et dans ce cas elle était obligée de reconnaître Maduro). En fait, après nombre de tergiversations, elle l’avait demandé au-delà des dates à respecter, tout à fait consciemment bien sûr, ce qui lui avait permis de dénoncer un président s’accrochant au pouvoir, confortant ainsi l’image de l’usurpateur. On ne discute pas avec un « dictateur », on le chasse. Et pour cela on peut s’affranchir des règles démocratiques.

Comment fabrique-t-on un « dictateur » au Venezuela ?

En organisant des actions violentes dans la rue (présentées comme révoltes populaires mais qui ne sont ni révoltes ni populaires), en appelant à la mutinerie dans les casernes, en fomentant des débarquements organisés de mercenaires, en tentant d’assassiner le président, en appelant à une intervention extérieure, en simulant une opération humanitaire à partir de la Colombie (refusée bien sûr par le pouvoir).

S’ensuivent, inévitablement, des emprisonnements de responsables civils ou militaires et potentiellement et réellement des bavures, étant donné le niveau de confrontation. Puis on dénonce Maduro qui emprisonne l’opposition, les militaires, les médias et toute voix dissidente. La « communauté internationale » s’indigne, les grands médias dénoncent. Les accusations sont grotesques ; la droite occupe quotidiennement la rue et la grande majorité des médias sont entre ses mains.

Fabriquer une image détestable du pouvoir chaviste (pour l’international) plutôt que de se confronter légalement à celui-ci : telle a été la stratégie dominante de la droite radicale.

Mais Maduro s’est-il pour autant « emparé » de tous les pouvoirs ? Imaginons qu’en France par exemple un parti devienne majoritaire à la présidence de la république, aux législatives, et aux régionales, dirait-on que le président s’est emparé de tous les pouvoirs ? 

Les « infos » sont toutes à charges et sans grand souci de la vérité.

Ce scénario du dictateur, déjà dans l’air sous Chavez, s’est renforcé avec Maduro quand celui-ci a été fragilisé par la crise pétrolière puis par les attaques économiques du secteur privé, et enfin par les sanctions (en fait l’embargo) étasuniennes et européennes.

Les USA avaient approuvé les tentatives de coup d’état de 2002 déjà (l’UE plus discrètement) et n’ont jamais dénoncé les nombreuses autres. Le camp « occidental » qui se réclame urbi et orbi de l’état de droit, des droits humains, du droit international, pratique sans vergogne l’ingérence, l’appui ouvert à la droite, la reconnaissance d’un « président » non élu, les sanctions économiques, les menaces d’intervention militaire. Il fallait bien pour cela, pour son opinion publique, fabriquer un satrape. Et là nos médias font assaut d’allégeance. Une bonne partie de la gauche française, journal Le Monde en main, adhère à tout cela, hélas.

Pourquoi un tel engagement des USA et de l’UE ? Pour les USA, c’est très simple : l’Amérique latine est sa chasse gardée, ce sont deux siècles d’histoire qui se poursuivent. Tout gouvernement de gauche anti-impérialiste est impitoyablement combattu à l’instar du gouvernement de l’unité populaire au Chili. Et pour l’UE ? Ce sont les mêmes préoccupations qui l’animent. L’avènement de gouvernements « progressistes » des années 2000 en Amérique latine pouvait avoir un écho favorable en Europe. D’où la participation au concert de diabolisation du Venezuela et d’autres pays comme l’Équateur et la Bolivie, voire même l’Argentine et le Brésil dont on dénonçait le populisme.

Et maintenant ?

La droite radicale et la « communauté internationale », c’est à dire 50 pays sur 193 ne reconnaissent ni le président Maduro ni l’Assemblée Nationale et 34 de ceux-ci soutiennent un gouvernement de transition avec Guaido. L’élection de Biden va-t-elle changer cela ? Rien n’est moins sûr ; pour l’Amérique Latine tout au moins il y a un fort consensus des démocrates et des républicains. Rappelons que le premier décret considérant le Venezuela « comme menace extérieure inhabituelle » a été émis par Obama.

Mais l’opération Guaido a de plus en plus du plomb dans l’aile, y compris dans son propre camp ! Le camp chaviste sort un peu renforcé. Sur le plan politique, la confrontation violente peut s’atténuer avec un dialogue entre Maduro et la droite démocratique, au détriment des éléments les plus durs. Sur le plan économique, il faut que l’approvisionnement de la population redevienne acceptable, que la production pétrolière remonte significativement, et que les missions sociales – un des piliers du chavisme – reprennent vie. Il faudrait... C’est dans ce sens que le gouvernement va poursuivre son action dans des conditions sans doute un peu plus favorables.

Guy Maunoury

SOLAL Solidarité Amérique Latine   cal14@orange.fr 
Bulletin de l'agglomération caennaise n°117 décembre 220

 

 

 

 


 

 

 

 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

 

 

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